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Archives : juillet 2008

Dernier ajout : 1er juillet 2008.

My boy Jack

lundi 7 juillet 2008, par Marc Leblanc

C’est un téléflim britannique de Brian Kirk (2007), diffusé ce soir sur Canal Plus, qui relate un épisode intime et, semble-t-il peu connu, de la vie de Rudyard Kiplin, premier prix Nobel anglais de littérature.

En 1914, grâce à ses relations, Kipling réussit à faire incorporer son fils John (de son diminutif, Jack) dans les Irish Guards. Il avait d’abord été réformé en raison d’une très forte myopie. Devenu lieutenant, il sera tué en 1915 à la bataille de Loos, lors de son premier assaut, à la tête de sa section.

Le téléfilm relate donc le fil des évènements jusque après cette mort tragique et la transformation d’un Kipling militariste en un homme bourrelé de remords, à 2 doigts du pacifisme.

La réputation de Kipling était si étroitement liée aux idées optimistes qui caractérisent la civilisation européenne de la fin du XIXe siècle qu’elle pâtit inévitablement du discrédit dans lequel ces idées tombèrent pendant la Première Guerre mondiale et dans les années d’après-guerre. Kipling fut lui-même durement frappé par la guerre lorsqu’il perdit son fils, le Lieutenant John Kipling, tué à la bataille de Loos en 1915. Il écrivit ces lignes Si quelqu’un veut savoir pourquoi nous sommes morts, / Dites-leur : parce que nos pères ont menti [1].

Il est possible que Kipling ait éprouvé un sentiment de culpabilité pour avoir contribué à faire entrer son fils dans la garde irlandaise de la British Army, alors que le jeune homme avait été réformé à cause de sa myopie [2].

Cette tragédie est une des raisons qui poussa Kipling à rejoindre la commission crée par Sir Fabian Ware, l’Imperial War Graves Commission (Commission impériale des sépultures militaires) aujourd’hui Commonwealth War Graves Commission, responsable des cimetières de guerre anglais qui jalonnent la ligne du front ouest et que l’on retrouve dans tous les lieux où des soldats du Commonwealth ont été inhumés. Kipling choisit notamment la phrase célèbre, Leur nom vivra à jamais, tirée de la Bible et inscrite sur les pierres du souvenir des sépultures les plus importantes. C’est également à Kipling que l’on doit l’inscription Connu de Dieu sur la tombe des soldats inconnus. Kipling rédigea aussi l’histoire de la garde irlandaise, le régiment où servit son fils. Paru en 1923, l’ouvrage est considéré comme un des exemples les plus admirables de l’histoire régimentaire [3]. Enfin il composa une nouvelle émouvante intitulée Le Jardinier qui raconte des visites dans les cimetières de guerre.

Extrait de l’article de Wikipédia

En lui-même, ce téléfilm éclaire d’une façon tout à fait conventionnelle un épisode, certes tragique, de la vie de Kipling. Les sentiments décrits sont, en effet, prévisibles et l’architecture dramatique sans grande surprise. Peut-être était-il difficile de faire autrement tant il semble que, pour ce que j’en sais, le militarisme et l’hostilité envers l’Allemagne aient été des sentiments fort ancrés dans les opinions de l’époque, aussi bien en France qu’en Grande-Bretagne. De même, l’absurdité de cette guerre n’y est qu’effleurée. On est loin des "Sentiers de la gloire" de Stanley Kubrick ou d’"Apocalypse now" de Francis Ford Coppola. Mais peu importe, là n’est pas mon propos.

C’est la découverte des conditions dans lesquelles le fils est mort qui m’a touché. Et, bien sûr, la douleur décrite par les acteurs.

En un sens, j’ai trouvé ce jeu-là (d’acteur) presque indécent. Trop facile, trop théâtral, après tout ce temps. Je me suis dit que ça sonnait faux car rien ni personne ne pourra jamais restituer l’intensité de cette douleur ressentie par tant de gens durant ces quatre années. Je me suis demandé combien de familles avaient vécu ce drame, un peu partout en Europe ? Combien de douleurs anonymes dont on ne dira jamais rien et dont personne ne s’est jamais soucié au court de ces 90 dernières années ? Ou si peu. Parce que finalement trop bien partagées, presque trop banales. La longue litanie des noms des "Morts pour la Patrie" qui s’étalent sur nos monuments aux morts (d’ailleurs créés pour l’occasion) témoigne de la saignée ahurissante, de toutes ces vies fauchées dont personne n’a jamais rendu compte et sûrement pas les généraux imbéciles qui en sont responsables ni les hommes politiques qui ont conduit leurs peuples à ce désastre.

Alors que le dernier poilu vient de s’éteindre, je reste profondément fasciné par cette guerre qui dépasse, il me semble, l’entendement de tout être humain à peu près sensé. Comment a-t-on pu dresser des peuples les uns contre les autres et comment ces hommes ont-ils pu accepter une telle boucherie ?

Je me souviens de ce vieillard qui déambulait à travers le village, invectivant le ciel d’où il voyait encore tomber des obus, cinquante ans après, les tympans détruits par le vacarme des canons, et dont nous, les gamins, nous moquions parce que toujours bourré. Nous ne savions pas, évidemment. Comment aurions-nous pu faire le lien entre nos livres d’Histoire et ce pauvre hère ? Mais, cet homme détruit était bel et bien abandonné de tous. Il y en avait tant comme lui, n’est-ce pas ?

Je me souviens que partout où nous allions rendre visite à des parents ou des amis âgés, lorsque j’étais enfant, trônait sur un buffet la photo sépia d’un gaillard en uniforme, barrée d’un ruban noir. Parfois, une médaille y était accrochée. Parfois, il y avait plusieurs photos alignées là car cette saloperie de guerre avait emporté d’un même élan tous les hommes de la famille.

Et je me dis que ces noms sur les monuments, sur les tombes des cimetières militaires, personne ne s’en souvient plus. Ce ne sont plus que des symboles que l’on honore un peu mécaniquement quand des abrutis ne les profanent pas. Peut-être cet oubli est-il nécessaire. Peut-être est-ce mieux ainsi après tout. De telles horreurs doivent être oubliées pour que nous puissions vivre.

Pourtant, il me semble que, quand on vient nous parler de ces guerre passées ou à venir, c’est surtout cette douleur-là que l’on devrait évoquer pour calmer les ardeurs indécentes de ceux qui trouvent toujours de bonnes raisons pour en conduire de nouvelles.

Mais je ne me fais guère d’illusions. Quand je lis les noms de bien des rues, je me dis qu’on vénère aussi facilement des individus qui ont permis la mort de quantité d’êtres humains que ceux qui ont tenté d’en sauver. Des rois, des empereurs, des papes. Tous des grands hommes puisque les méchants sont toujours les autres. Avec nos villes qui s’étendent, il faudra en trouver de nouveaux.

Je souhaite bon courage aux générations futures.

Notes

[1] "If any question why we died/ Tell them, because our fathers lied"

[2] Webb, George. Foreword to : Kipling, Rudyard. The Irish Guards in the Great War. 2 vols. (Spellmount, 1997), p. 9.

[3] Kipling, Rudyard. The Irish Guards in the Great War. 2 vols. (London, 1923)

Privés de services... publics

mardi 8 juillet 2008, par Marc Leblanc

Je me souviens d’une époque pas si lointaine où on faisait la queue pour tout. Pas seulement à la boulangerie et pas pour cause de rationnement mais parce que, comme toujours, tout le monde se déplace au même moment pour aller au même endroit et qu’on n’a rien prévu ou presque pour absorber ce flot. A la Poste, à la Sécu, à la Mairie ou à la Préfecture, à la gare, à EDF, à l’ANPE, aux ASSEDIC… Partout.

Alors, on râlait comme des damnés contre ces enfoirés de fonctionnaires qui en foutent pas une ramée, c’est sûr. Mais bon, peu à peu, y a eu du mieux et on est plus obligés de se déplacer pour tout. N’empêche, quand on y est contraints, on retrouve nos chères vieilles queues et tous ces gens qui râlent en proférant d’un air sombre des vœux pour une privatisation qui mettrait tous ces fainéants au boulot. Pardi !

N’empêche, aussi, malgré un archaïsme parfois cultivé comme une marque de fabrique, on avait nos services publics à portée de main, pour ainsi dire. Et ça, quasiment partout. Chaque village avait sa Poste ou un truc approchant. Et une école publique avec, des fois, plus d’un instit pour enseigner aux lardons du coin.

Le service public, c’était aussi la possibilité d’accéder à l’électricité, au téléphone, à l’eau, au train, au même tarif partout ou presque. Et du coup, on avait des entreprises qui étaient devenues expertes dans leur domaine grâce à une politique volontariste d’équipement et de modernisation du pays.

La télé aussi, c’est le service public qui l’a faite arriver dans tous les coins, même les plus reculés, du pays. Voir la trogne de Raymond Marcillac ou de Léon Zitrone, le soir à l’heure du journal télévisé, était devenu au fil des ans une ambition familiale dans nombre de foyers. Une seule chaine pour commencer, puis deux, puis trois. Et puis la couleur (le fameux SECAM bien d’cheu nous), c’est le service public qui s’y est frotté.

Certes, on ne peut pas dire que c’était toujours le fin du fin mais l’État, les communes et les départements, depuis la fin de la guerre, avaient dépensé bien du pognon, celui de nos parents puis le nôtre, pour équiper peu à peu correctement le pays. Tout ça était donc à nous. Ça assurait même une égalité d’accès à tous. Une forme de solidarité dont on pouvait mesurer concrètement les effets, en quelque sorte. Avec une pointe de fierté aussi que, grâce à cet effort collectif, la France soit devenue un pays moderne où on pouvait vivre mieux que nos parents et nos grands-parents.

Et puis, peu à peu, on nous a dit que tout ça, ce n’était pas à l’État de s’en occuper. D’abord parce que ça coûte bien trop cher et que question gestion, y a rien de tel que les entreprises privées. Elles sont faites pour ça, les entreprises privées, pour gérer aux petits oignons et faire du fric. Et comme ça, on pourrait payer moins d’impôts. Forcément, les impôts, personne n’aime en payer. Faut donc les supprimer.

Alors, on a commencé à vendre nos entreprises publiques avec leurs fonctionnaires, ou assimilés, tire-au-flanc. On a prétendu que ça nous reviendrait sous une autre forme puisque nous pouvions être actionnaires. Mais c’est surtout des grands investisseurs, le plus souvent copains des hommes politiques au pouvoir, qui se sont taillés la part du lion. Ainsi, l’effort consenti pendant près de 50 ans par tout un pays revenait à une poignée de richards magouilleurs qui pouvaient s’en mettre plein les poches sur notre dos.

Pour nous convaincre du bien fondé de ce changement radical, ses promoteurs n’ont pas lésiné sur les moyens, à commencer par le choix des mots. On nous a parlé de la dette, trop lourde, insupportable, pensez ! Parce qu’elle hypothèque le niveau de vie de nos enfants, petits-enfants, arrières-petits-enfants, et ainsi de suite. Même cet impayable Raffarin y est allé d’une de ces formules mielleuses dont il a le secret : "Pendant que nous parlons, il y a sans doute un bébé en train de naitre dans une clinique, quelque part. Sur ses épaules, dès qu’il va commencer à respirer, il y aura 100 000 francs de dette, soit 15 000 €". [1].

"Ouatche con, putain !" s’écriront certains, médusés, " 15 mille euros, c’est pas rien". Et ils auront raison.

Sauf que Raffarinounet et sa bande de joyeux potes [2], qui, soit dit en passant, ont souvent eux-même creusé les déficits tout en privatisant à tour de bras (Balladur, notamment), ont juste oublié un détail. C’est bien gentil de comparer le pays à une entreprise ou à un ménage. Ça marque les esprits et c’est d’ailleurs fait pour ça. Mais même le "bon père de famille" le plus réfractaire à l’arithmétique sait, plus ou moins consciemment, que face à un passif, il y a le plus souvent un actif. C’est à dire un patrimoine. Or, c’est bien évidemment le cas de la France qui possède force infrastructures et un bon nombre d’actifs financiers et non financiers. Et ça fait du pognon, ça. Au point que notre bébé hérite aussi de plus de 11 000 € de patrimoine. Or, bizarrement, là, c’est le silence radio.

De plus, la France n’a pas de dette extérieure mais avec ses propres épargnants. Parmi ceux-ci, quelques rentiers que l’État aura généreusement aidé à constituer une belle épargne, en leur octroyant de beaux cadeaux fiscaux, qu’ils s’empresseront de faire fructifier en achetant des bons du Trésor, histoire de ne pas prendre de risque. Une sorte de redistribution des ressources à l’envers, les plus modestes payant pour les plus aisés. Du grand art.

Ce que nos chers bienfaiteurs oublient de dire aussi, c’est qu’un État, à la différence d’une entreprise ou d’un ménage, ne peut pas faire faillite. Raison pour laquelle, d’ailleurs, il est autrement plus profitable et bien moins risqué, pour un rentier pépère pas pressé de s’enrichir en faisant des coups audacieux, de lui prêter du pognon plutôt que d’acheter des actions. D’autant que la dette publique a souvent permis à l’État de se substituer à l’initiative privée pour stimuler une croissance très souvent poussive. La foi inébranlable que nos chers maîtres à penser vouent au libéralisme économique ne va pas jusqu’à la témérité. Les risques, c’est quand même à l’État de les prendre. Faut pas pousser. Non mais, des fois ! Sous-entendre que la dette publique serait due à des dépenses inconsidérées est donc aussi une belle supercherie.

Quand on y regarde de plus près d’ailleurs, cette dette publique devenue soudain insupportable n’est pas si catastrophique que ça. A près de 67 % du PIB en 2007, elle situe dans la moyenne des pays européens comparables. Elle était à près de 100 % à la fin du XIXème siècle, période faste s’il en fut, pour redescendre à 80 % au début de la Première Guerre Mondiale. Et sans vouloir faire de peine au gang des comptables à deux balles, ci-dessus cité, cette dette publique est passée de 36 à 58 % rien que entre 1991 et 1995, période durant laquelle le Furoncle a été ministre du Budget (1993-1995). Et c’est Sarko qui vient faire la leçon !… Pour mémoire, la dette du Japon atteint 180 %. Et c’est pas à proprement parler un pays misérable le Japon.

Alors quoi ? Ben en fait, ce soudain intérêt pour la dette provient des fameux critères de Maastricht que nous avons gobés comme le gage d’une gestion "en bon père de famille". Tu parles, Charles ! Car l’une des contre-parties est l’interdiction, désormais, pour l’État, de recourir à l’emprunt public qui fait le bonheur de tant de rentiers. Or, quand dans le même temps on parle de diminuer ces insupportables impôts progressifs sur les revenus, il est bien évident qu’il ne reste qu’une solution : Sacrifier le service public.

Ça tombe bien : L’Europe raffole de la concurrence et des services "d’intérêt général" gérés par des entreprises privées. Ainsi donc, ce que nous financions par l’impôt nous allons le payer comme utilisateurs et gagner en pouvoir d’achat grâce à la concurrence. Comme on est tous tombés de la dernière pluie, on y croit dur comme fer. C’est donc un fait acquis, le sacrifice de l’école publique au profit des écoles privées, la suppression des bureaux de postes au profit des messageries privées, la privatisation de l’électricité, du gaz, de l’eau, du traitement des déchets, des transports, de la télévision, des voiries, des prisons, des hôpitaux et des édifices publics [3], le démantèlement des régimes sociaux au profit des assurances privées, tout cela va nous faire gagner de l’argent et garantira l’égalité d’accès de tous à ces services.

Je crois que nos modernes gestionnaires qui se permettent de tirer à boulet rouge contre la gestion "hasardeuse" de leurs aînés, nous prennent vraiment pour des cons. Car tous ces services nécessitent de gros capitaux qui, d’ailleurs, pourront être aussi bien privés que publics. La différence est qu’une entreprise privée doit faire des bénéfices, notamment pour rémunérer ses actionnaires. Fini donc le retour collectif sur investissement collectif. L’argent ira à l’argent. Et si ce n’est pas le cas, on sait jamais, on peut être sûr que l’État viendra filer un gros paquet de pognon pour remettre tout ça à flot et le céder à nouveau aux investisseurs privés [4].

Ils nous prennent pour des cons et ils ont raison. Car le pire est qu’il faut que nous le soyons pour les laisser faire sans broncher.

P.-S.

Les chiffres cités sont tirés de l’article "L’épouvantail de la dette publique", de Bruno Tinel et Franck Van de Velde, paru dans le Monde Diplomatique de juillet 2008.

Notes

[1] Entretien du 26 septembre 2002 sur France 2.

[2] Cherchez pas, ils y sont tous : Michel Pébereau, ancien pédégé de Paribas qui parlait de 41 000 € par ménage, mais aussi Edouard Balladur, Raymond Barre et le Furoncle, évidemment.

[3] Au sens où ils sont destinés aux administrations publiques

[4] Comme pour les Chantiers de l’Atlantique, au hasard. Merci Sarko, encore !

Diversions

samedi 12 juillet 2008, par Marc Leblanc

Soyons heureux, mes frères, Ingrid est libre. Soyons heureux pour elle, pour sa famille et ses amis ; heureux pour le chrétien en chef auquel elle baisera la main ; heureux pour Lourdes qui va connaitre une pointe d’affluence dès qu’elle s’y rendra ; heureux donc aussi pour le commerce de l’eau bénite et des vierges fluorescentes ; heureux qu’Ingrid ne se coupe pas les cheveux (poussons à ce sujet un soupir de soulagement). Bref, soyons heureux sans réserve !

Réjouissons-nous aussi. Il y a des curetons, quelque part dans l’est du pays, qui parodient la Star’Ac pour rameuter d’infidèles fidèles qui désertent les églises. Elle en a bien besoin, l’Église. Tout le monde veut être évangéliste, musulman ou bouddhiste et plus personne ne s’intéresse à ce sympathique culte catholique. C’est bien, finalement, de savoir qu’ils sont encore une poignée à y croire.

Ayons tout de même une pensée émue pour la grande victime de l’arbitraire audiovisuel : PPDA est viré du 20 heures de TF1. Écrasons une larme de compassion pour le sort injuste fait à ce monument de l’impertinence et du cirage de pompes. C’est vraiment trop cruel !

Soyons à nouveau heureux pour nos chers athlètes qui pètent de bonheur car le Furoncle a enfin annoncé sa venue à la cérémonie d’ouverture du truc olympique de Pékin. C’est le gros Doudou qui le dit. Il est gentil, Doudou. Comme un panda qui se goinfre aux pousses de bambou, les cernes en moins. Vont pouvoir décrocher plein de médailles, nos athlètes, portés par cet élan stimulant, comme par un coup de fouet que ne manquera pas de leur donner la dernière médiocrité sarkosyenne. Cocorico ! Ils feront moins les malins les "chinetoques" quand la Marseillaise résonnera dans leurs stades flambant neufs. Dommage que la pollution risque d’anéantir ces belles perspectives, je vous le dis. Mais au moins, ils auront une excuse recevable, ce coup-ci, nos athlètes ! On peut leur suggérer aussi de porter un T-shirt "Free Tibet" ou RSF et de courir plus vite que la police chinoise. Tiens, c’est pas con, ça, pour les médailles.

On se demandait ce que devenait "l’affaire". Maintenant, on sait. Depuis 20 ans qu’on nous bassinait avec la mort du petit Grégory, ça aurait été dommage de renoncer. Alors, on nous exhume de nouveau le malheureux bambin et on va pouvoir se passionner encore pour l’histoire. Au moins pour cet été.

Espérons que ça ne fera pas d’ombre à l’union pour la Méditerranée dont le Furoncle semble vouloir qu’elle soit notre nouvelle frontière à nous. C’est pas grave que personne n’y entrave que dalle. L’essentiel, c’est que le petit s’amuse, comme avec sa toquante de maquereau. Réjouissons-nous d’ailleurs du succès plus que mérité du nouvel album de la première dame de France à avoir épousé un président de la Vème République en fonction (ce qui n’a aucun rapport, enfin, je pense, avec le proxénétisme). C’est mérité puisque la presse est quasi unanime. C’est du délire, cet enthousiasme librement consenti mais poli.

Quoi d’autre ? Ah oui, c’est le temps des vacances. Bison futé voit rouge, orange et noir. Et puis, les alarmes de piscine, que le gouvernement a imposées, ne sont pas fiables. Les baisés sont priés de se compter discrètement.

Ça, c’est en gros ce qui fait l’info importante. Les mesquins et les rabats-joie déploreront qu’on ne cause pas suffisamment du dynamitage du Code du Travail qui se discutera bientôt au Sénat après avoir fait un tour feutré à l’Assemblée. Boum, les 35 heures et la civilisation des fainéants ! Taillables et corvéables à merci qu’on sera à la rentrée. Retour au bon vieux servage, à l’esclavage. Car en plus faudra pas trop compter sur nos salaires pour vivre. Faut bien rémunérer les actionnaires, pas vrai ? Et puis, la concurrence et tout ça…

Franchement, je ne vois aucune raison d’emmerder nos concitoyens avec des trucs aussi triviaux alors que leur préoccupation principale est de rallier la première plage ou que les TGV ne tombent pas en panne sous la canicule. Sainte Ingrid, priez pour eux à Lourdes.

Dans un sens, on les comprend : Bientôt, les vacances se sera un rêve inaccessible, comme à la Belle Époque. Comme on travaillera plus, on gagnera plus, forcément, enfin, il paraît, mais on n’aura plus le temps d’utiliser cette manne. C’est vraiment ballot. On aura plus qu’à installer nos tables ou nos couvertures de pique-nique le long des routes, ou des ponts sur les autoroutes, pour regarder passer les "privilégiés" au volant de leurs belles voitures. Comme on faisait dans le temps quand on allait à Orly voir décoller des avions plein de bourgeois qui étaient les seuls à pouvoir se payer des voyages. Enfin, pour ceux qui habitaient par là.

La seule chose que je me demande, c’est si ce bel agencement va durer longtemps. Les médias ont beau faire diversion avec des infos à la con, à un moment donné, la réalité va bien finir par nous sauter à la gueule. Car quand on fait le compte, les "réformes" du Furoncle, elles commencent à toucher un sacré paquet de monde et surtout pour les foutre dans la merde. Il a beau rouler des mécaniques, il est en train de tout saloper. Il n’y a guère que ses amis du CAC 40 qui peuvent encore trouver à se réjouir. Et encore, faudrait pas que la bourse se casse trop la figure sinon il pourra plus compter sur les zincs et les rafiots des copains. La guigne. Surtout que ce bonheur distribué avec tant de zèle est très propice à un coup de pied au cul dispensé avant terme.

Vous aurez remarqué que, par les temps qui courent, l’électeur sarkosyen se fait rare. Il est vrai qu’il faut être sacrément arrogant ou inconscient pour s’en vanter publiquement. Et comme en plus ces malheureux trinquent pareil que les mécréants qui se sont opposés à lui, les vocations sont en crise. Sa tactique de division est en train d’unir beaucoup de monde, finalement.

Le problème avec tout ça, c’est que la réaction risque d’être irrationnelle car désespérée. Et quand on a une armée qui confond balles à blanc et balles réelles, c’est pas fait pour rassurer. Vaudrait mieux que Son Insignifiance demande dès maintenant l’asile politique en Chine ou en Syrie, chez ses nouveaux copains, et qu’il ne s’accroche pas à ses phantasmes. D’ailleurs, il pourrait profiter du défilé du 14 juillet pour rentrer avec El Assad. Car ça pourrait bien être un peu chahuté comme prestation cette année. Entre les militaires qui tirent… la gueule et le public qui pourrait ne pas donner que dans l’acclamation admirative…

Si, en plus de nous renvoyer au XIXème siècle, il réussit à rompre la paix civile, ce qui n’est pas à exclure, hélas, il aura vraiment modernisé le pays, notre Furoncle, et il pourra se vanter de laisser son nom dans l’histoire. Mais peut-être pas au chapitre qu’il souhaitait.

Allez Sarko, encore un petit effort, tu touches au but. La porte est par là !

Super(wo)men

mardi 22 juillet 2008, par Marc Leblanc

Logo Tour de FranceAvec l’été revient le temps du Tour de France et, avec lui, celui des "affaires de dopage". A croire, d’ailleurs, que c’est surtout durant cette épreuve que ledit dopage fait florès et, conséquemment, le bonheur des médias qui n’en loupent pas une miette. Un "Tour" sans "affaire" n’aurait peut-être pas la même saveur. Allez savoir !

Je vous invite à lire au sujet du dopage, la très fine analyse de Fab’.

Pour ma part, je ne sais pas s’il est bien ou mal, normal ou pas, que des athlètes de haut niveau aient recours à des produits pharmaceutiques pour améliorer leurs performances. Je note toutefois que, dans un domaine où l’égocentrisme est élevé au rang de religion (le sport en général) et où les carrières sont relativement brèves (si l’on excepte quelques cas remarquables comme, notamment, Jeannie Longo), faire sa place au soleil et se faire un nom ne sont pas une mince affaire. Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Si l’on ajoute, dans le cas des professionnels, la nécessité de faire mousser ses commanditaires afin de les fidéliser, nécessité économique oblige, on imagine aisément que la tentation est grande d’améliorer l’ordinaire au moyen de procédés artificiels afin de rester dans l’extraordinaire.

Car dans l’antique logique "du pain et des jeux [1]", ce qui importe, pour amuser le bon peuple et lui faire oublier que d’autres décident pour lui de son bonheur, c’est justement de lui offrir le spectacle d’un univers extraordinaire sans cesse renouvelé. Un peu comme au théâtre où, de la salle, on ne voit que les décors installés sur la scène sans apercevoir la machinerie qui les active en coulisses, on ne perçoit du sport que les exploits de femmes et d’hommes que l’on se plaît à nous présenter comme, finalement, tout à fait ordinaires. Tout juste admet-on qu’ils sont les heureux dépositaires d’un don ou d’un talent particulier qui les rend "extraordinaires". Et l’on voudrait nous faire admettre, pour la beauté du sport, que pour l’entretien courant de ces caractéristiques spéciales mais si humaines, il "suffit" de beaucoup d’abnégation, de volonté et d’entrainement. Ce qui n’est évidemment pas faux et en fait déjà des êtres exceptionnels.

Mais, comme le souligne Fab’, on navigue ici dans une incroyable hypocrisie.

On a beau être très naïfs, on a du mal à imaginer que seuls l’entrainement et la musculation, voire la professionnalisation, ont suffit pour transformer nos rugbymen en montagne de muscles, en seulement quelques années. Pour qui se souvient de la carrure moyenne d’un première ligne français des années 80, comparée à ceux d’aujourd’hui, la transformation est saisissante. De même, on se dit que nos footeux, qui, au cours d’une saison, enfilent les matches de haut niveau comme d’autres enfilent des perles sur un bout de fil, ne doivent pas sucer que des écorces d’orange pour garder le rythme.

Je ne sais plus quel journal (le Canard, je crois) faisait observer que plus la pente moyenne du Tour augmente, plus la vitesse moyenne de l’épreuve augmente. Je veux bien que les coureurs soient devenus plus performants dans les descentes mais quand même ! Comme le Tour ne passe pas tous les ans à Lourdes, ce miracle reste un mystère.

L’hypocrisie réside aussi dans la tendance à vouloir faire croire que le dopage serait devenu aujourd’hui une affaire personnelle. C’est le coureur (ou l’athlète) qui déciderait désormais de son propre chef d’y avoir recours, à ses risques et périls. Finies les dénégations d’un Richard Virenque qui découvrait, en 1998, avoir été bourré de vitamines spéciales "à l’insu de son plein gré". L’homme était sympathique, attachant et charismatique. Il symbolisait cette image du petit Français modeste, fier et opiniâtre, qui tenait la dragée haute aux hordes d’étrangers, tous plus ou moins barbares, venus dans nos campagnes… Bref, il lui fut beaucoup pardonné. Aujourd’hui, le coureur convaincu de dopage n’est plus qu’un sale tricheur que l’on embarque manu militari entre deux gendarmes. Pour un peu, on lui enverrait le GIGN, à ce salaud.

Or, les sportifs ne brillant pas, en général, par l’usage immodéré qu’ils font de leurs neurones, on peut penser que beaucoup de leurs comportements leur sont plus ou moins explicitement dictés. Après tout, ces sportifs de haut niveau représentent un gros investissement dont on imagine assez mal qu’il ne soit pas encadré, pour le meilleur comme pour le pire et, ce, même si l’individu en question est loin d’être le dernier des abrutis. Si, si, y en a, soyez pas méchants !

Et chose incroyable, ce tricheur serait le plus souvent un étranger. Les choses sont finalement bien faite mais il faut croire que l’information a du mal à passer les frontières de l’Hexagone : La France veut un Tour propre et se veut le modèle de la lutte contre le dopage. C’est pas si difficile à comprendre, quand même ! Nos Français à nous sont, par conséquent, des gentils qui ne peuvent pas gagner à cause de ces salauds d’étrangers qui font rien qu’à tricher. Normal qu’on soit sans pitié et cocorico !

Car il n’est évidemment pas question de saloper la réputation d’un Anquetil ou d’un Poulidor ou d’un Hinault en insinuant que les pages d’anthologie qu’ils ont écrites dans le Tour de France ne seraient pas si propres que ça. Pour Merckx, c’est un peu moins déconseillé, bien que, étant Belge, il fait un peu partie de la famille. Mais on peut se lâcher pour Armstrong, le vil américain qui, par bonheur, fait montre d’une assez remarquable francophobie de plutôt bon aloi. Quant aux Italiens et aux Espagnols, il est bien connu qu’ils ont la tricherie dans le sang. Y a qu’à voir le foot… On est entourés de monstres, je vous le dis.

Bandeau RSFSans vouloir faire de peine à Doudou, notre si gentil panda national, m’est avis que, pour la prochaine moisson de médailles, on va avoir du mal. Car les Chinois voudront démontrer qu’ils sont encore plus propres que nous et c’est pas le CIO qui ira les contrarier. Pas fou. Faudra donc trouver d’autres excuses. Peut-être le poids du badge ou la pollution. C’est bon, ça, la pollution, comme excuse, hein Doudou ?

En tout cas, le Tour de France, pour en revenir à lui, est l’un des principaux vecteurs de cette hypocrisie. Il se nourrit lui-même du dopage au travers de la lutte hyper-médiatique contre celui-ci. On lave plus blanc. Mais aussi par le système sur lequel il repose. Il est la conjonction d’intérêts qui se recoupent : Ceux des coureurs qui gagnent leur vie grâce à lui et viennent y chercher la notoriété, ceux des équipes qui les emploient et emploient quantité d’accompagnateurs, ceux des commanditaires qui en attendent un retour sur investissement et ceux des organisateurs qui en font une affaire juteuse. Le Tour n’est jamais qu’une affaire de gros sous, un grand spectacle qui repose pour l’essentiel sur une légende populaire vieille de plus d’un siècle avec ses héros et ses martyrs et sur une ambiance particulière que fabriquent les passionnées (ou simples curieux) qui jalonnent son parcours.

Un magnifique spectacle, souvent, d’ailleurs. Ne serait-ce que grâce aux images somptueuses des paysages que la télévision permet de faire découvrir. Grâce surtout aux efforts incroyables que les coureurs sont capables de consentir. Dopage ou pas, il ne faut pas oublier qu’emmener une bicyclette sur près de 3000 km en une vingtaine de jours, en passant par des cols dont certains avoisinent les 2000 m d’altitude, est un authentique exploit, que l’on soit le premier ou le dernier.

Notes

[1] Panem e circenses : Formule adressée par Juvénal (Satires, X, 81) aux Romains, incapables, selon lui, de s’intéresser à autre chose qu’aux distributions gratuites de blé et aux jeux du cirque.

Politburo

mardi 22 juillet 2008, par Marc Leblanc

L’expression fait florès depuis le grand retour de la droite décomplexée. Jean-François Copé, le cire-pompe en chef du Furoncle, ne rate jamais une occasion de faire état de sa science des langues étrangères et de sa grande culture politique, aidé parfois par ce malheureux Raffarin qui pense toujours savoir s’y prendre pour faire l’intéressant, hélas.

La dernière occasion en date, c’était évidemment hier, après la glorieuse victoire de Sarkosy au Congrès et l’adoption des modifications constitutionnelles à une voix près. On a senti que tout ce beau monde était soulagé (il y avait de quoi) mais Copé n’a pu s’empêcher de lancer la papatte en direction du Parti Socialiste dont le "politburo" (sic) avait donné des consignes pour faire échec aux prétentions "furoncliennes". Il s’en est fallu d’un cheveu, d’ailleurs, que tout ce bel agencement ne capote lamentablement.

En gros, quand l’opposition résiste, on a affaire à la menace bolchévique, soviétique et tout ça ; quand la droite gagne, c’est la démocratie qui gagne, quand ce n’est pas la liberté. Et modestes avec ça, les godillots !

Déjà, appliquer une terminologie soviétique au PS prête quelque peu à sourire quand on pense aux hésitations de ce parti sur ces origines, à son abandon de toute référence à la lutte des classes ou à la révolution et à ses œillades parfois appuyées pour le libéralisme économique. Mais on devine, derrière cette allusion subtile, les vieilles réminiscences d’un discours de droite éprouvé dans lequel tout ce qui est de gauche est coupable de communisme. Ceci va d’ailleurs tout à fait dans le sens du sarkosysme ambiant pour qui la modernité, c’est surtout une succession de retours en arrière. Il est d’ailleurs regrettable que, pour cause de disparition de l’URSS, Copé ne puisse pas ajouter, comme il était fréquent il y a 30 ans : "Si t’es pas content, t’as qu’à aller vivre chez les Bolchéviques" ! Non mais. On se demande qui, aujourd’hui, regrette le plus feu l’Union Soviétique !

Ensuite, on imagine assez mal que même à l’UMP, qui n’est pas vraiment un exemple d’homogénéité et de discipline, il n’y ait pas, comme dans la plupart des partis et des associations, une instance dirigeante qui ressemble peu ou prou à un "bureau" (en gros, Président, Secrétaire, Trésorier et quelques autres) dont le rôle est de veiller à la bonne marche de l’organisation et de faire appliquer la politique décidée par l’assemblée générale (ou le congrès, pour un parti). En d’autres termes, tous les partis (et même les associations) ont un bureau… politique autrement dit, en russe, un "politburo" !

Celui de l’UMP n’a d’ailleurs pas chômé ces derniers jours pour convaincre les récalcitrants de son propre camp, si l’on en croit le Copé lui-même. Et on n’a pas de mal à imaginer les amabilités qui ont dû être échangées à cette occasion. De là à dire que l’UMP a des pratiques bolchéviques… Passons.

Il est remarquable de noter, au sujet de cette fameuse réforme constitutionnelle, qu’elle a donné, aux simples péquins que nous sommes, une illustration pour le moins édifiante de l’esprit de responsabilité supérieur des hommes politiques sur celui, beaucoup plus mesquin, du citoyen ignare. En effet, on prétend souvent que, lors des référendums, les Français répondent à tout un tas de questions sauf à celle qui leur est posée. On peut constater que, avec les remous causés dans sa propre majorité par la politique de "réformes" du Furoncle et les tractations qui s’en sont suivies, un bon nombre de députés avaient bien d’autres réponses en tête que le simple oui (ou "da" pour Copé qui ne s’exprime qu’en russe) aux ordres du parti et du président.

Et pas seulement à droite puisque une bonne partie des Radicaux… de Gauche (enfin, il paraît) a cédé aux sirènes sarkosyennes dans l’espoir d’un peu plus de visibilité. Que ne ferait-on pas, chez ces gens-là, pour donner l’impression d’exister vraiment ?

Jusqu’à notre Djack national qui attend maintenant une reconnaissance méritée de ses valeureux services. C’est beau la fidélité à ses convictions. Et quel courage, comme dit Copé, d’avoir résisté aux oukases du politburo !

Quant à la réforme constitutionnelle, si elle touche à pas mal de choses, elle ne résout en rien le problème de fond de la Vème République qui est le conflit latent de légitimité entre l’exécutif et le Parlement. La Constitution a beau n’être ni de droite ni de gauche, selon Sarkosy, elle n’en est pas moins fortement connotée à droite par la conception quasi-monarchique de l’exercice du pouvoir qu’elle sous-tend. Ce n’est pas vraiment une surprise. Il ne fallait pas s’attendre à ce que Son Insignifiance se laisse trop aller à ses penchants démocrates jusqu’au point de mettre en place un système plus respectueux du suffrage populaire. Et la réforme du Sénat attendra, elle aussi.

En fin de compte, il n’y a pas grand chose d’important dans tout cela. A moins que le Parlement ne fasse un usage surprenant de sa nouvelle maîtrise de son ordre du jour (en fait la moitié). Comment dit-on : Affaire à suivre, en russe, M’sieu Copé ?

En passant par la Lorraine

mercredi 30 juillet 2008, par Marc Leblanc

A ce jour, je ne m’étais rendu qu’une seule fois en Lorraine. Cela remonte à une vingtaine d’année, au temps où je militais dans les MJC et c’était d’ailleurs pour l’assemblée générale (ou le congrès ou les assises, je ne sais plus quel terme était employé) de la Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture (FFMJC) qui se tenait à Pont-à-Mousson. Déjà des F, des M et des C, souligneront certains. Ben oui, déjà !

Toujours est-il que, au mois de février, ni Pont-à-Mousson ni la Lorraine ne m’avaient semblé particulièrement affriolantes. Il est vrai aussi que j’en avais vu assez peu puisqu’il s’était agi, en fait, d’un aller-retour sur 2 ou 3 jours laissant peu de place au tourisme. Une manie dans ces grandes fédérations !

Cette fois, l’occasion était trop belle. La FFMC des Vosges voulait fêter sa centième adhérente et avait invité le Bureau National à partager son bonheur. La date coïncidant avec le début de mes congés, j’ai sauté sur l’occasion, la tentation d’un petit raid à moto étant trop forte. A cela s’ajoutait l’invitation de France et de Pascal à venir goûter la chaleur de l’hospitalité lorraine. A eux seuls, ils doivent faire plus pour leur pays que tous les offices de tourisme de la région réunis ! Alors, ça ne se refuse pas.

Jour 1 : vendredi 18 juillet

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Préparatifs

Vendredi matin, donc, chargement de Frida, programmation du Tomtom Rider et zou, faï tira la bourrique ! En route pour l’aventure. Il était pas loin de 10 heures quand j’ai lancé le bourrin.

Rien à dire sur le voyage aller. De l’autoroute tout le long jusqu’à la sortie n°11 (Colombey les Belles) de l’A31. Puis la départementale D974 jusqu’à quasiment destination. Là, déjà, la Lorraine s’offre dans toute sa splendeur à mes yeux innocents. Une entrée en matière prometteuse.

Le temps de poser les valises et de boire une bière (lorraine, bien sûr), nous voilà repartis vers Épinal par les chemins de traverse, sous la conduite de Pascal et de sa FJR 1300 sur laquelle a pris place Quentin. France suit derrière sur sa Ducati Mostro et je ferme la marche.

Le pays est vallonné et les routes viroleuses. C’est verdoyant aussi, ce qui colle assez bien avec la quantité de nuages que je vois régulièrement stationner sur cette région quand je regarde la météo à la télé. Et frisquet. Moi qui suis parti, éternel optimiste méridional, avec mon blouson d’été, je me pèle gentiment depuis la traversée du plateau de Langres (où la Seine prend sa source, paraît-il). Je guette avec anxiété les hordes de pingouins qui, selon mes informations, traversent fréquemment les routes du pays, en volant en rase motte, signe de froidure imminente. Mais non, pas de pingouins à l’horizon. M’aurait-on enduit d’erreur à l’insu de mon gré ?

Du coup, j’en profite pour m’en mettre plein les mirettes. C’est vraiment beau. Je me souviens aussi de quelques noms de villages traversés ou aperçus : Lupcourt, Burthecourt aux Chênes, Domptail en l’Air…

Finalement, nous arrivons à Épinal après une petite heure de route et à l’heure, voire même peut-être en avance. La réunion est sympa, la "centième" est bien mignonette. Tout cela finit autour d’un verre de champagne ou de bière (belge !), selon les goûts de chacun. On pose même pour la postérité autour de notre jolie centième et de son ER6F noire flambant neuve. France passe des infos et félicite l’antenne et son coordinateur pour ce succès mérité. Moi, comme d’habitude, je ne capte pas la moitié de ce qui se dit et me contente de manifester ma solidarité par une présence silencieuse mais imposante.

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FFMC 88 Centième adhérente (juillet 2008)

Après 2 heures de discussions, de rigolade et d’échanges de toutes sortes, il est temps pour nous de reprendre la route pour Nancy. Cette fois, ce sera essentiellement la voie rapide (RN57, je crois) pour gagner du temps. Car la soirée n’est pas finie pour autant. Le temps de rentrer les motos en marche arrière dans le garage situé sous la maison (une opération un peu surprenante, la première fois), il faut bien manger un peu. Puis, au lit. J’ai plus de 800 km dans les jambes et les reins pour cette première journée et j’avoue que, là, je suis caramélisé.

Jour 2 : samedi 19

Il doit être 9 heures 30 quand j’ouvre les yeux. C’est bon de dormir quand on est vanné. Mes hôtes sont partis bosser (niark !) depuis longtemps, me confiant la garde de leur petit nid douillet et celle du chat, Spam. Un sacré numéro, celui-là ! Je flemmarde en buvant mon café (au lait) quand Quentin réintègre ses pénates et me fait les honneurs de sa maison et de son jardin. Une jolie demeure, bien agencée et décorée avec goût.

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Porte de la Craffe
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Fontaine Place Stanislas

Puis, Quentin et moi partons sur Frida en direction de la place "Stan" (en nancéen dans le texte). Là encore, la dernière fois que j’avais aperçu la place Stanislas (voir plus haut), c’était de nuit et en voiture et sans une minute pour la visiter. Aujourd’hui, la place, magnifique, est entièrement piétonnière et c’est un vrai plaisir d’y déambuler, ainsi que dans les petites rues avoisinantes du vieux Nancy. Après un détour par la basilique St Epvre, le palais ducal et la porte de la Craffe, nous arrivons dans le parc de la Pépinière, superbement arboré, où l’on peut voir de nombreuses bestioles et autres volatiles se pavaner tranquillement, ainsi qu’un splendide kiosque à musique.

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Essaim de Nancéennes en liberté

C’est là que Pascal a sonné la fin de la récréation sur le portable de Quentin. Il était temps de rentrer déjeuner car l’après-midi était consacrée à une réunion de travail de l’AFDM 54. Enfin, travail… Je me comprends !

Cette fois, le déplacement se fait en boitàroues, ce qui n’est pas mal non plus. Direction Mirecourt, dans les Vosges, où se tient la réunion.

C’est Cyril et Claire qui reçoivent dans une très belle maison du XIXième siècle (1857) construite dans un grand parc. Là, une bande d’énergumènes rigolards est censée préparer un stage de perfectionnement dans des effluves de pâtisserie facétieuse car décidée à se carboniser. Au grand dépit de Babette, la pâtissière du jour, qui devient la cible des quolibets de son fan-club. Sympa, les copains !

En fait, ça bosse aussi. Avec démonstration au tableau et vidéo-projection par Pascal et François. Du grand art. Forcément, sur la fin, ça se relâche un peu et ça discute de tout et de rien et surtout de… moto. Gagné ! Comme c’est aussi l’anniversaire de François, Cyril prépare le barbecue qui doit marquer la fête. Et c’est là qu’il se met à pleuvoir. Du coup, tout le monde se transporte dans la salle à manger où se déroulera le repas. C’est qu’"y mouille à siaux [1]", dehors.

Finalement, la pluie cesse quand on en vient au dessert, ce qui nous permet de finir la soirée dans le parc. Là, François et Babette se transforment en conteurs et font l’ambiance. Pour ma part, je m’accroche aux quelques sons que j’arrive à traduire dans le bruit d’éolienne d’une acouphène pas piquée des vers. Mais ça rigole bien.

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Une réunion de travail

Nous reprenons la route vers minuit et je retrouve bientôt avec plaisir le calme de ma petite chambre pour une séance de sommeil qui devrait régler, pour ce soir, les délicieux aléas de la surdité.

Jour 3 : dimanche 20

Comme il faut bien rentrer au pays, j’avais annoncé la veille à mes hôtes que le grand départ serait pour aujourd’hui. A leur grand dam, d’ailleurs, car, toujours soucieux de promouvoir ce coin de France, ils espéraient m’emmener en balade du côté de l’Alsace et des Vosges. Ce n’est que partie remise, pas d’inquiétude.

De toute façon, on n’est pas pressés. Il est pas loin de midi quand notre petite troupe se met en route. Pour l’occasion, Pascal et moi échangeons nos bécanes et me voilà pas peu fier de tester la FJR 1300. Pas mal du tout la bête. Moto vivante, joueuse, confortable, aisée à mettre sur l’angle, une position de conduite royale. Les premiers kilomètres, je m’obstine à vouloir passer une sixième qui n’existe pas. D’ailleurs, il faut aussi rétrograder pour les relances, afin de jouer sur le couple. De ce côté, ma Frida est plus pêchue. En tout cas, elle reprend bien plus bas dans les tours sans avoir à jouer avec le sélecteur. Mais ne boudons pas notre plaisir, la FJR est vraiment plaisante à conduire. Surtout, le grand pare-brise rend le Nolan N103 presque silencieux.

Pascal nous emmène sur les départementales. Une bonne idée. Ça monte, ça tourne, ça descend (forcément), il y a des forêts, des prairies et pleins de villages plus coquets les uns que les autres. Dans l’un d’eux, il y a même un musée de la brasserie mais pas le temps d’avertir le chef de meute ni de mémoriser le nom. C’est ballot. Faudra vraiment revenir !

Alors que nous traversons une courte zone de travaux, dans un autre village, je comprends qu’un riverain en train de décharger sa voiture ne nous adresse pas ses meilleurs vœux. France et Pascal confirmeront. Un râleur qui ne porte pas les motards dans son cœur. Une espèce somme toute assez répandue. A la sortie du bourg, France me propose sa Ducati. Ça ne se refuse pas et me voilà au guidon de l’italienne avec l’impression bizarre d’avoir le nez sur le garde-boue avant. Mais c’est sacrément joueur, cet engin, et ça pousse fort. Question confort, c’est pas trop mon truc mais j’avoue qu’on prend vite goût au caractère démoniaque de la bestiole.

Finalement, on fait une halte dans les environs de Vesoul pour boire un coup bien mérité. C’est là aussi que nos routes se séparent. Je reprends possession de ma Frida et file en direction de Besançon prendre l’autoroute A36. Il faut que j’achète une ampoule pour mon feu de croisement qui a rendu l’âme. La première aire est la bonne et je me lance dans le remplacement de la loupiote. J’en profite aussi pour m’envoyer les sandwiches préparés délicatement par France, dont un au Munster dont le top-case se souviendra pendant une semaine. Merci France, fallait pas !

Il est 16 ou 17 heures, on va devoir accélérer un peu la manœuvre.

Bon, l’autoroute, c’est l’autoroute : On s’emmerde ferme ! Pour varier les plaisirs, je prends par les A39-A40-A42-A432, pour récupérer l’A7 au sud de Lyon. Mais ras le bol. L’alerte-radar sonne tous le 20 km et j’aperçois même la Subaru de la maréchaussée qui fait des misères à un motard. De fait, ils étaient bien sur un ou deux emplacements annoncés. On a beau avoir la conscience tranquille, c’est fatiguant ce cirque !

Je sors donc à Chanas et croise en direction de Beaurepaire par la D519. Au passage, j’oublie de refaire le plein, ce qui donne un peu de sel au tronçon. Par bonheur, une station automatique m’attend à bras ouverts à Beaurepaire. Vu la quantité qu’engouffre le réservoir, il n’aurait pas fallu qu’elle soit installée 5 km plus loin. Comme on dit : "Quand on n’a pas de tête, mieux vaut avoir des jambes". Heureusement, Frida est sobre ce qui m’a évité de le vérifier !

Il est 20 heures passées. Arrivée prévue vers 0 heure. Alors, en route, mauvaise troupe !

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Escandillade

Foin des considérations spatio-temporelles, nous nous offrons la D538. Frida est ravie de reprendre de l’angle et moi aussi, du coup. L’orage menace. Du moins, il nous précède de quelques kilomètres. Un peu avant Lens-Lestang, une belle escandillade [2] illumine la vallée du Rhône, laissant le Massif Central en contre-jour, au loin. Je m’arrête donc pour immortaliser l’instant. La lumière donne un ton chaleureux aux champs de blé frais moissonnés sous les nuages sombres.

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Escandillade

A la sortie de Lens-Lestang, une maison au décor bariolé m’oblige à un nouvel arrêt. On n’est pas près d’arriver à ce train-là. Pour faire bonne mesure, je passe Hauterives, la ville du Facteur Cheval et de son Palais Idéal, sans m’arrêter. La maison vue précédemment me donne à penser que le bon facteur a fait école. Faudra revenir.

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Insolite à Lens-Lestang

L’orage nous frôle peu avant Romans. 3 gouttes retardataires et la chaussée bien mouillée. Mais rien de catastrophique. On continue sur notre D538. Un peu plus tard en haut d’une côte, la silhouette étrange d’une éolienne se détache sur le ciel qui noircit. Le bulbe et les hélices se découpent, imposants, au ras de la crête de la colline, au-dessus des arbres, lui donnant un aspect insolite, presque inquiétant. J’hésite à m’arrêter une nouvelle fois. La route est sinueuse, pas beaucoup de visibilité à cette heure entre chiens et loups. Prudent, je préfère passer mon chemin. Faudra revenir… encore !

La route redescend vers la vallée de la Drôme. Bientôt, au sud de Crest, je quitte la D538 qui s’écarte vers l’est pour rejoindre Nyons. Je croise tranquillement en direction de Grignan où je ne résiste pas à la tentation de photographier le château de la Marquise de Sévigné, tout illuminé de jaune-orangé.

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Château de Grignan

La route est encore bien viroleuse. Je passe Suze-la-Rousse, dont la citadelle est magnifiquement éclairée puis Rochegude et voilà Uchaux et le Vaucluse. Le reste est presque banal. Passé Orange, je retrouve la Nationale 7 qui me mène jusqu’à l’écurie.

Il est environ minuit quand je coupe le contact. Content quand même d’être arrivé.

Au final, voilà une belle balade de 1450 km qui vaut par les jolies départementales empruntées, la découverte de la Lorraine et de son incomparable hospitalité. Promis, je ne ferai plus de plaisanteries douteuses sur les pingouins lorrains, sauf par inadvertance, bien sûr… Cerise sur le gâteau, la Drôme traversée au soleil couchant et de nuit, qui constitue toujours une belle récompense pour le voyageur dilettante. Un département aux visages multiples qui mérite plus que quelques arrêts prolongés. On reviendra en voisin. Obligé !

Seule ombre au tableau, le bruit infernal du vent sur Nolan N103. Rien n’y fait, pas même les bouchons d’oreilles. Et encore, je suis sourd. Qu’est-ce que ça doit être pour un entendant ! De quoi pondérer sérieusement mes propos de ce billet.

Quant à Frida, elle a été irréprochable, comme toujours. De quoi donner envie de repartir très vite. Pourquoi pas la semaine prochaine ?

Les photos sont là

Notes

[1] Expression québécoise pour dire qu’il pleut comme vache qui pisse.

[2] Une embellie, un rayon de soleil qui perce à travers les nuages. Mais c’est plus beau encore en provençal !

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