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Achale-moi pas !

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    Non merci, sans façon !

    dimanche 13 décembre 2015, par Marc Leblanc

    Demain, je ne choisirai pas entre la Le Pen et l’Estrosi. Inutile d’insister, mais NON !

    Malgré la profonde aversion que j’éprouve à l’égard du parti qui se dit encore "socialiste", j’aurais voté, sans trop traîner des pieds, pour une liste de fusion au second tour qui aurait comporté des représentants du Front de Gauche, dans les conditions qu’explique ici Corinne Morel Darleux. C’est le mode de scrutin débile de ces élections qui l’impose pour permettre la représentation, même insignifiante, d’une partie de l’électorat. Et qu’on ne vienne pas surtout pas me dire que faire cela, c’est aller à la soupe pour préserver des places qui sont bonnes, évidemment. Les tenants du "tous pourris", en l’occurrence, me gonflent.

    Mais en PACA, nous n’aurons même pas cette option puisque, dès avant le premier tour, le (triste) sire Valls avait décrété que la liste P"S" annoncée en troisième position se retirerait. On n’allait quand même pas se compromettre avec la gauche ! C’est sans doute la raison pour laquelle la liste était conduite par un sous-fifre sans grande envergure pour succéder à un calibre comme Michel Vauzelles dont le bilan de mandature, je pense, n’était pas franchement mauvais. Il faut donc reconnaître qu’il y a des arguments plus enthousiasmants pour mobiliser un électorat hésitant… pour le moins.

    Alors, dans ces conditions, entendre "monsieur 5 %" appeler à voter pour la droite contre l’extrême-droite, au nom d’un prétendu "front républicain" qui fait se tordre de rire à la limite de la suffocation le marigot sarkozyste, honnêtement, ça ne passe pas.

    C’est que, même si Estrosi n’est pas seul sur sa liste, franchement, on a souvent du mal à discerner ce qui sépare ses idées de celles des fachistoïdes du FhaiNe. On est là dans le domaine de la nuance subtile, si tant est qu’on puisse appliquer cet adjectif aux effluves de latrines.

    Prenons un simple exemple :

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    Profession de foi Estrosi, détail

    On nous parle de gens qui "méritent" la solidarité, ce qui, venant d’un parti qui ne manque jamais une occasion de fustiger ce qu’il appelle l’assistanat, par exemple, laisse un peu dubitatif. Mais si on creuse un peu, est-ce que, par exemple, accompagner des femmes qui veulent avorter est un engagement assez méritant aux yeux d’Estrosi et de ses amis, malgré ce qu’ils prétendent, pour bénéficier des financements publics ? On nous parle aussi de "discriminations entre Français" alors que l’idéologie pétaino-lepéniste va largement au-delà. Elle concerne les êtres humains dans leur ensemble, tout simplement, car elle est raciste, xénophobe, homophobe et tout plein d’autres gracieusetés phobiques. Se limiter aux Français est une simple pirouette sémantique pour se présenter sous un jour plus avenant mais Estrosi n’est peut-être pas tout à fait le mieux placé pour parler de tolérance lui qui est incapable de voir au-delà des étiquettes.

    Voir Estrosi emboucher le clairon du gaullisme (de la première heure, cela va sans dire) pour appeler le bon peuple provençal à l’esprit de résistance ne manque donc pas de piment. Et puis, une chose est sûre : il respectera certains de ses engagements qui ne devraient pas provoquer trop de nausée chez la Marionnette. S’engager à laisser s’exprimer librement toutes les forces politiques de PACA ne devrait donc pas trop lui coûter. Surtout dans l’enceinte de l’Hôtel de Région ! Mais penser qu’il aurait le pouvoir d’empêcher quiconque de s’exprimer est déjà le signe d’une conception peut-être un poil absolutiste et discrétionnaire de ses attributions. Encore un petit potentat qui se la pète !

    Et puis, on ne vote pas pour ses ennemis de classe. Le P"S" en fait aujourd’hui les frais et laisse le champ libre à la réaction et à la bourgeoisie qu’il sert sans vergogne. Mais il faudra un peu plus que les coups de menton d’un Clemenceau de contrefaçon pour montrer la voie à suivre. Puisque nous voilà condamnés à subir, ne tressons pas la corde qui doit servir à nous pendre.

    Et pour faire bonne mesure, on lira cette tribune de Philippe Torreton qui appelle le peuple de gauche à reprendre la main dès lundi. Il est plus que temps !

    Alors, voter Estrosi ? Non, merci, monsieur Valls, sans façon. Vous n’existez plus !

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    Profession de foi Estrosi recto
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    Profession de foi Estrosi verso

    Avant de tomber dans le piège médiatique et moralisateur mis en place par les thuriféraires du tout répressif - l’inénarrable Got et la LCVR en tête comme d’habitude, rejoints pour l’occasion par le CNPA [1] - et par les habituels contempteurs d’un gouvernement si peu de gauche soit-il mais toujours suffisamment à leurs yeux pour être coupable de laxisme [2] quoi qu’il propose en termes de justice, et sans même parler du marigot nauséabond de tous ceux qui persistent à ne voir en Christiane Taubira qu’une infâme guenon simplement parce que : un, c’est une femme ; deux, c’est une femme noire, qui ne s’en laisse pas compter, qui n’a pas sa langue dans sa poche, et qui a osé porter et défendre l’égalité des droits de tous sans faiblir face à la chienlit réactionnaire et rétrograde, je pensais très sincèrement qu’il y aurait quelques voix pour évaluer l’enjeu avec un peu de recul afin de nourrir la réflexion. Mais il faut croire que cet air, venu du Sahara surchauffer notre été, liquéfie les cerveaux. Et puis, il faut reconnaître que ce n’est pas non plus une spécialité de nos médias « mainstream », comme on dit, le recul et la réflexion.

    En France, on nous inculque depuis plus de 40 ans que la seule politique de sécurité routière qui vaille repose sur trois principes fondamentaux, complémentaires et intangibles : un, la répression ; deux, la répression ; et trois, la répression. Il n’est pas impossible que dans un avenir proche, on y ajoute aussi la répression, histoire de garder sa cohérence à l’édifice. Le postulat de départ est donc très simple : tous des criminels. Ou peu s’en faut…
    Alors tu penses : quand une ministre - déjà frappée du sceau infamant du soupçon de laxisme car elle ose dire que le rôle de la justice ne se réduit pas à emplir les prisons - se met en devoir de s’intéresser à la sécurité routière, oulà, scandale ! Non seulement elle se prend des volées de bois vert de la part de ses habituels contempteurs, lesquels enragent de la voir survivre à leurs messes noires et de leur tenir tête, mais, en plus, elle s’attire les foudres du clergé de la sainte chapelle, chargé du respect sourcilleux du dogme sécuritaire en même temps que routier. Déjà qu’en temps normal, le moindre haussement de sourcil dubitatif pouvant signifier un début de manque de conviction dans l’acceptation sans condition du dogme provoque, dans le quart de seconde qui suit, le démarrage d’une harangue fébrile et vindicative de la part de la Grande Prêtresse Perrichon, tu t’imagines bien que sur un coup comme celui-là, on a droit à un prêche digne de l’apocalypse, pour ne pas dire de fin du monde. Ou les deux. C’est un truc à faire claquer tata Chantal d’un infarctus, ça. Au moins ! En plus, avec cette chaleur, je te jure, c’est des choses à pas faire…

    Mais qui a vraiment lu ce projet de loi ? La version intégrale est là. Et voici ce que dit plus précisément ce fameux article qui cristallise les phantasmes les plus hystériques.

    Lire la suite…

    Notes

    [1] Conseil national des professions de l’automobile

    [2] Oh que c’est vilain, ça !

    On ne dirait pas comme ça mais il y a déjà 3 mois, nous étions des millions à descendre dans les rues des villes de France en hommage aux victimes des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, à Paris, et crier à la face du monde que nous rejetions le terrorisme et l’intolérance. Nous nous disions « Charlie », alors.

    Depuis, il y a eu Copenhague, Sanaa au Yémen, Tunis et l’Université de Garissa au Kenya. Et toujours l’Irak, la Syrie, la Palestine, le Nigeria, et tous ces endroits oubliés des médias où l’on massacre, parfois loin de la lumière des projecteurs. Une macabre théorie de cadavres ensanglantés.
    Cela fait dire à certains que nous aurions l’indignation sélective puisqu’il ne s’organise pas de nouvelle marche à chaque nouvel attentat. C’est vrai, aussi. Mais à ce compte-là, les délires sanguinaires et meurtriers qui se succèdent à un rythme effrayant seraient aussi indirectement un bon moyen de lutter contre l’obésité. Vous verrez qu’on va finir par les remercier tous ces salopards…

    Il est vrai que ce reproche narquois s’adresse essentiellement à Hollande et à sa clique qui ont été si prompts à célébrer le « fameux esprit du 11 janvier. » J’en ai encore l’œil humide, tellement c’était beau et… bouleversifiant. Voir dans un même élan les rigolos pas drôles de l’Union européenne — les Merkel, Junker, Rajoy, Cameron, etc. — marcher au coude à coude avec d’autres crapules du même acabit (au hasard, Netanyahou et Libermann pour Israël, Bongo pour le Gabon, Orbán pour la Hongrie, pour n’en citer que quelques-unes), alors qu’ils n’ont d’ordinaire que mépris pour les petites gens, les sans-dents comme aurait dit notre bon président, avait de quoi vous retourner l’estomac. Paris, capitale du monde, l’unité nationale, allonzenfants de la patri-illeuh, tralalère ! Je comprends ceux de mes amis qui n’ont pas voulu cautionner une telle mascarade même si je crois que pour la plupart des gens qui étaient présents ce jour-là, l’important n’était pas dans ce spectacle écœurant et hypocrite.

    Depuis, il y a eu la longue litanie de commentaires, plus savants les uns que les autres, pour nous expliquer que, finalement, nous ne représentions pas grand chose. 4 millions de personnes, quand même. Une paille ! Etonnant dans un pays où 900 personnes suffisent à prouver que 75 % des Français sont raides dingues du génie politique de leur gouvernement d’après son fan-club ! Ces manifestations n’étaient donc, bien évidemment, que l’expression d’une classe de bobos, occidentaux bien blancs sur eux, qui se seraient donnés bonne conscience à bon compte car touchés dans leurs prétentions à l’universalité de la devise républicaine — Liberté, Égalité, Fraternité — et au motif, parfaitement exact au demeurant, que rien, en vérité, ne viendrait lui donner un semblant de début de réalité en notre bon pays de France (et de moins en moins, hélas) ni nulle part ailleurs, d’ailleurs !

    On a bien essayé aussi de nous faire comprendre que, si c’est pas joli joli de tuer des dessinateurs, il fallait reconnaître qu’ils l’ont bien cherché, faut dire, allez, un peu quand même, hein ? Faut pas se moquer des religions, ça blesse. Ou plutôt ça tue. Il est vrai qu’on avait un peu perdu l’habitude en France, depuis un ou deux siècles, peut-être un poil plus, de voir zigouiller des gens pour cause de ricanements trop ostensibles aux facéties de religions tellement nobles et généreuses qu’on se demande pourquoi, noun di diou, elles ne sont pas obligatoires. Quel gâchis ! Je reconnais que se poser la question, déjà comme ça, là, ça mérite le bûcher ou la décapitation. Si si, il faut le dire. Mais, que voulez-vous, je ne peux pas m’en empêcher. Bien le pardon, quand même, bien sûr !
    C’est que, voyez-vous, chez certaines personnes, il est difficile de concevoir que Dieu [1] et tout le tralala qui l’entoure, ça puisse ne rien évoquer du tout à de simples mortels. Que dalle ! Nibe de nibe ! Zépi ! Walou ! Nada ! Sauf des moqueries que eux-autres appellent des blasphèmes qu’ils voudraient voir inscrits dans la loi alors que ce ne peut être qu’une notion religieuse, donc PAS UNIVERSELLES du tout, pour le coup, puisqu’il faut croire en l’autre, là-haut, pour qu’elle ait un sens. C’est simple à comprendre, pourtant, non ? Ben non !

    On est mal, je vous le dis !

    Et puis, bien sûr, on a eu pour finir (provisoirement) nos élections Départementales où on s’est demandé si la haine et le rejet de l’autre n’allaient pas l’emporter et devenir le quotidien des citoyens de ce pays. Avec le résultat que l’on sait. Un grand écart, en apparence, que Jacques Rancière analyse dans cet entretien (abonnés).

    Certes, les attentats dont je parle plus haut ont fait beaucoup pour la promotion de l’islamophobie dans nos contrées. Sans doute est-ce l’un des objectifs stratégiques, d’ailleurs, afin d’accentuer le malaise que peuvent éprouver bon nombre de musulmans, en France et en Europe, et leur sentiment d’être rejetés. Et on ne saurait leur donner tort. Il faut dire aussi que notre classe politique ne brille guère par sa fidélité aux valeurs de la République qu’elle vend à longueur de discours et dont elle exige de chacun un respect tatillon mais dont elle sait fort bien se dispenser.
    Ainsi, au lendemain des attentas de Paris, les mêmes qui appelaient à ne pas stigmatiser nos compatriotes musulmans trouvaient-ils parfaitement légitime qu’on arrêtât un gamin de 8 ans pour « apologie du terrorisme. » Ailleurs, c’était des adolescents ayant osé refuser d’« être Charlie » ou de faire silence conformément aux injonctions de l’Etat qui se voyaient sommés de se justifier, et avec eux tous les musulmans de ce pays. Un peu pitoyable, cette forme d’opprobre jetée sur des enfants et leurs familles qui, pour des raisons qu’on se gardait bien de chercher à comprendre sans les caricaturer, refusaient de céder aux injonctions et brisaient la belle unanimité qui faisait si bien sur la photo, et alors même qu’on parlait, avec des trémolos dans la voix, de la liberté d’expression comme d’un bien précieux à défendre. L’emblème de la République française ! Mais dans la France du XXIème siècle, c’est l’Etat seul qui semble pouvoir décider de ce qu’un citoyen, enfant ou adulte, a le droit d’être ou de dire, surtout s’il est musulman. Un comble ! Et ça ne choque même pas les gardiens brevetés des valeurs de cette République !

    Liberté chérie…

    Cependant, la suspicion à l’égard des musulmans n’est pas vraiment récente et la droite n’y est pas pour rien. Mais la gauche non plus, malheureusement, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Du moins, une certaine gauche qui ne l’est plus vraiment et qui se permet toujours de donner des leçons de morale alors qu’elle a abandonné les territoires de l’espoir, du vivre ensemble et du changement de la société pour venir marcher sur les platebandes de la droite.
    Qu’un maire UMP, se mette à piller le patrimoine idéologique du FhaiNe et supprime les menus de substitution dans les cantines des écoles primaires ne peut évidemment pas surprendre. Il y a longtemps qu’une certaine engeance à l’esprit étriqué navigue sans vergogne d’un parti à l’autre. C’est juste que, au gré de leurs intérêts, les uns préfèrent Sarkozy et les autres la famille Le Pen mais il n’y a pas véritablement de différence sur le fond. Seulement dans la gamme d’octave des éructations.
    Mais aucun n"hésite à bafouer le principe constitutionnel d’égalité des droits des citoyens, au nom de préjugés racistes, donc eux-mêmes anticonstitutionnels. Bien sûr, on se retranchera derrière la laïcité pour justifier cette discrimination en oubliant commodément que c’est l’école qui doit être laïque, pas les services qui l’entourent. Et que c’est à l’Etat que s’impose la neutralité définissant la laïcité, pas aux citoyens. Sans même parler de l’abjection que représente cette instrumentalisation des enfants de la part d’un parti qui voit des prises d’otages partout à la moindre grève !
    Mais qu’une ministre d’un gouvernement socialiste puisse relancer un énième débat sur le voile que portent certaines femmes musulmanes et cela à l’université, c’est à dire dans un lieu qui se définit comme un espace d’échanges, de débats et de transmission des savoirs et de la culture, des Lumières, concernant qui plus est des adultes, voilà qui ne manque pas d’interroger sur la corruption des esprits qui osent encore se réclamer de la gauche.

    Il n’y avait donc rien de plus urgent, à quelques jours d’une élection que de donner dans cette surenchère imbécile tout en se posant en ultimes remparts contre la haine et le rejet de l’autre et en agitant l’épouvantail bien commode en l’occurrence du Front National. Comment peut-on prendre ces gens au sérieux ? Comment peut-on s’identifier à eux qui prétendent être les représentants exclusifs de la gauche et ne font que la décrédibiliser jour après jour auprès de ceux qui constituaient son électorat, plus ou moins convaincu, plus ou moins critique à l’égard du PS mais prêt à le soutenir, s’il le fallait, justement au nom des valeurs qu’il bafoue aujourd’hui ?

    Je ne regrette certainement pas d’avoir marché en Avignon le 11 janvier dernier car j’y ai vécu un moment qui vous prend aux tripes comme jamais je n’en avais vécu. Un instant rare et extraordinaire en osmose avec de très nombreuses personnes [2] venues exprimer la même émotion et la même indignation. Mes semblables. Personne n’aurait su dire s’ils étaient français ou non, ni de quelle religion ils se réclamaient s’ils n’en portaient pas de signes extérieurs. La seule chose qu’on pouvait identifier, à peu près, dans certains cas, c’était la couleur de leur peau et parfois un type ethnique plus ou moins significatif. Mais qu’importe. Il n’y a eu ni cri de haine ou de vengeance, juste des êtres humains venus partager un immense chagrin. Des êtres humains, avant tout !

    On pourra m’expliquer que cela n’était pas important car tous n’étaient pas là, qu’il y avait des oubliés, des suspects, des rejetés. Ça, je veux bien l’entendre car j’en suis conscient. Je le sais. Mais c’est aussi pour ces gens absents que je ne connais pas et dont je ne partage pas les convictions religieuses (je n’en partage avec personne, d’ailleurs) mais que je respecte, que j’ai marché ce jour-là, comme j’ai marché pour les journalistes de Charlie, comme j’ai marché pour les policiers exécutés, comme j’ai marché pour ces gens assassinés car ils étaient juifs. Comme je pense aujourd’hui aux victimes de ce fanatisme religieux qui frappe partout dans le monde avec la même répugnante lâcheté.

    Oui, vraiment, j’aurais aimé que ce fameux « esprit du 11 janvier », dans lequel s’est drapé le président de la République, soit autre chose qu’une simple exploitation politicienne d’un événement national tragique et n’ait pas cédé la place à d’autres exploitations politiciennes de préjugés contre lesquels il semble que beaucoup de personnels politiques aient renoncé à lutter. J’aurais aimé que mon pays se montre aussi plus attentif à la souffrance d’autres peuples atteints bien plus gravement et tragiquement que nous et dont on fait si peu de cas.
    Je me souviens que la sinistre Alliot-Marie a été plus prompte à proposer à Ben Ali le savoir-faire français contre les émeutes populaires à l’origine de la révolution tunisienne que ne l’a été Hollande à proposer de marcher en hommage à la nouvelle Tunisie et aux victimes des derniers attentats de Tunis, tout comme pour celles du Kenya.

    J’aurais aimé que la France, mon pays, entende aussi la souffrance de certains de ses citoyens et qu’elle se batte vraiment pour leur offrir une véritable place en son sein, digne des idéaux dont elle se réclame encore mais qu’elle laisse galvauder honteusement. La République devait assurer l’émancipation et le bonheur du peuple, en particulier par l’éducation, c’est à dire par l’acquisition des outils permettant la compréhension et la critique de son environnement pour garder la maîtrise de ses choix. Pas seulement savoir lire, écrire et compter, comme on l’entend si souvent. Pas seulement à l’école mais aussi partout où des citoyens choisissaient de se rencontrer, de parler ensemble et de partager. Ça s’appelait l’« éducation populaire. » Une idée issue de la Révolution, tellement évidente qu’elle en faisait peur aux nantis, à ceux qui accaparent le pouvoir à leur seul profit et qui ont fini par la détruire. J’ai pourtant la conviction profonde que c’est cette destruction lente et systématique de toutes les structures d’éducation populaire qui explique en grande partie (mais pas seulement, bien sûr) le délitement actuel du tissu social et des solidarités citoyennes et intergénérationnelles et plus particulièrement envers les plus faibles. C’est aussi cet abandon qui explique que des jeunes en manque de repères et d’avenir préfèrent aller mourir en Syrie plutôt que vivre méprisés par leur propre pays et finissent par le renier. Au lieu de porter notre attention sur les plus faibles pour les aider et les accompagner, nous avons préféré les dénigrer et détourner le regard, les abandonner, et ceux qui les aidaient avec, pour favoriser ceux qui ont le plus de capacités, de facilités ou de talent. Car c’est plus facile d’aider les « gagnants », ça coûte bien moins cher. Pourtant, il y a aussi écrit « Fraternité » au fronton de nos édifices publics. C’est à dire, tendre la main, se respecter et s’entraider mutuellement. Des choses si ringardes aujourd’hui, semble-t-il, mais qui demeurent pourtant le seul terrain de modernité d’une gauche fidèle à elle-même et porteuse d’avenir.

    Il y a ainsi des choses qui vous grandissent mais dont il semble que la France ne soit plus capable, trop occupée à se regarder le nombril.

    Il faut vraiment en finir avec ce cauchemar !

    Notes

    [1] Je mets quand même une majuscule au cas où il lirait ce blogue, ça mange pas de pain béni !

    [2] Nous étions pas loin de 20000 entre l’esplanade Jean Jaurès (il aurait été fier de nous, le vieux Jeannot) et le parvis du Palais des Papes !

    Inscriptions racistes à Bédarrides

    samedi 14 février 2015, par Marc Leblanc

    Bédarrides, le 2 février 2015

    Madame la Députée du Vaucluse,
    Monsieur le Président du Conseil général de Vaucluse,
    Monsieur le Conseiller général du canton de Bédarrides,
    Monsieur le Président de la communauté des communes des pays de Rhône et Ouvèze,
    Monsieur le Maire de Bédarrides,

    Depuis près de trois semaines, des inscriptions racistes « Non à l’islam » sont visibles sur les bordures de rives en béton de la RD 907, entre le carrefour giratoire des Verdeaux et le carrefour de l’avenue de Rascassa à Bédarrides, de part et d’autre de la chaussée et du pont enjambant l’autoroute A7.

    Je veux vous faire part de mon indignation de constater que, jusqu’à ce jour, aucun des services en charge des voiries, à quelque titre que ce soit, ni qu’aucune autorité politique ayant le pouvoir ou l’influence nécessaire n’ait apparemment jugé bon de faire effacer rapidement ces inscriptions abjectes.

    Je suis profondément atterré que, après les sanglants attentats des 7, 8 et 9 janvier dernier, et alors que la plupart des responsables politiques de notre pays en appellent à l’unité nationale – à l’exception notable de ceux du Front National – des insanités stigmatisant une partie de nos compatriotes et jouant sur des amalgames scandaleux puissent souiller les murs de nos villes sans que personne, semble-t-il, n’agisse pour les faire disparaître.

    Je m’inquiète de l’image déplorable de mon village qui est ainsi servie à nos concitoyens pour la plus grande satisfaction des semeurs de haine et d’exclusion locaux.

    Je vous prie d’agréer, Madame et Messieurs, l’expression de mes sentiments distingués.
    Marc Leblanc


    Mise à jour du 14 février 2015

    J’ai pu constater hier matin que les inscriptions avaient été effacées.

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    Réponse de Monsieur le Maire de Bédarrides

    Ce matin, j’ai reçu un courrier de Monsieur Christian Tort, Maire de Bédarrides, pour m’en informer. Tout rentre donc dans l’ordre, en somme, un mois après que nos fachos se sont défoulés sur les murs de la ville.

    Je ne peux cependant pas m’empêcher d’éprouver une certaine amertume : il aura fallu un bon mois pour que quelqu’un donne des instructions et encore, parce que quelques simples quidams ont fait connaître leur indignation. Je serais donc un de ces rares citoyens qui se sont émus, moi qui suis athée et le revendique ? Mais les musulmans qui passent par là, ils ne disent rien ? Non plus ceux qui ne partagent pas cette haine ? Combien d’autres Bédarridais qui ont réagi ? Pas un seul élu, y compris d’opposition, qui aurait vu ou entendu parler de ces insanités ? Pas même un seul flic ou gendarme pour les signaler ? Pas d’instituteur, non plus ? Ce n’est pas leur boulot à ces braves gens, n’est-ce pas ! Pourtant dans certaines régions, certains n’hésitent pas à envoyer des enfants de 8 ans au commissariat pour « apologie du terrorisme », sous les applaudissements nourris de la ministre de l’Éducation nationale ! L’apologie de la haine, c’est quand même moins grave, il est vrai. Alors, ça ne gêne personne. C’est tellement normal de stigmatiser des gens qui n’osent pas se défendre. Combien sommes-nous pourtant à prendre cette route chaque jour ?

    Disons que je m’interroge et que je suis un tantinet écœuré. Pour moi, il n’y a aucune raison de laisser faire. Ne rien dire, c’est être complice !


    Mise à jour du 15/02/2015

    Certaines personnes m’ont gentiment fait savoir qu’elles avaient réagi. Merci à elles. Je reconnais qu’il était très prétentieux de ma part d’imaginer être l’exception dans ce petit monde d’indifférence, voire de compromission. Je les prie donc d’excuser ce petit excès. Mes chevilles vont mieux, du coup. Mais je crains que, malheureusement, nous n’ayons pas de quoi monter ne serait-ce qu’une petite fanfare pour réveiller les consciences bédarridaises endormies. Cependant, si je me trompe, je ne pourrai que m’en réjouir.

    Portfolio

  • RD 907 - Bédarrides-Sorgues - côté droit
  • RD 907 - Bédarrides-Sorgues - côté gauche
  • Courrier
  • RD 907 - Bédarrides-Sorgues - côté gauche
  • Plus forts que l’intolérance

    mercredi 7 janvier 2015, par Marc Leblanc

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    Je suis Charlie

    Je suppose que c’est ce que l’on ressent en temps de guerre, lorsqu’on apprend la mort de camarades ou de connaissances. "Ils ont eu Untel". Le vide. Éviter de penser que plus jamais on ne verra leurs visages ni n’entendra le son de leurs voix, leurs rires, leurs mots. Repousser sans cesse le moment où cela deviendra une évidence : ils sont morts. Fini, rideau ! Pourtant, on a hélas déjà perdu des parents, des frères, des amis. Des morceaux de soi-même, des bouts de notre vie. On sait que ça fait mal de penser à ceux qui ne sont plus là. Mais on y pense parce qu’ils étaient importants à notre cœur. Chagrin…

    Ils étaient comme des frères, des amis, eux aussi. On riait des mêmes choses, le plus souvent, par journal interposé. Depuis… bien longtemps. Si longtemps qu’on a l’impression d’avoir presque grandi ensemble. Des fois, je me disais qu’ils étaient gonflés, qu’ils ne reculaient devant rien. Des fois, ils poussaient le cochonnet un peu loin, faut dire, mais qu’est-ce qu’on se marrait ! En quelques coups de crayon, ils exprimaient des choses qu’on avait du mal à mettre en mots. C’est pour ça qu’on les aimait, parce qu’ils traduisaient ce qu’on ressentait face à un événement, une situation. Le talent, quoi. Et ça faisait du bien, face à ce monde qui va de traviole depuis si longtemps, de fréquenter ces gens-là qui le tordaient encore plus pour lui faire rendre gorge et nous arracher des sourires et des rires, pour conjurer les injustices, la tristesse, l’impuissance à ne pas pouvoir le rendre meilleur. Des compagnons de luttes, parfois aussi.

    J’achetais Charlie presque toutes les semaines, comme Siné Hebdo (puis Mensuel), d’ailleurs. Parce que, même s’ils se frictionnaient parfois mutuellement, leurs talents respectifs étaient réjouissants. Mais ce n’était pas simplement une affaire de dessins, de caricatures. C’était aussi un état d’esprit, une liberté de ton, des textes intéressants écrits par des gens intéressants et talentueux. Ça faisait quelques semaines, pourtant, que je n’avais plus acheté Charlie. Trop de journaux à lire. Mais bizarrement, je gardais précieusement tous les numéros que j’avais acquis (et lus intégralement), comme le témoignage d’une époque, peut-être. Mais je n’étais pas inquiet. Je savais qu’il y avait un nouveau numéro qui m’attendrait la semaine d’après ou celle d’après encore si je ne pouvais pas l’acheter. D’ailleurs, je m’apprêtais à m’abonner. Et puis voilà…

    Alors bien sûr, on savait que leurs moqueries parfois mordantes généraient des réprobations, des indignations parfois violentes. Comment pouvait-il en être autrement ? C’était la règle du jeu, en quelque sorte. Brûler les locaux de Charlie Hebdo, on n’était sans illusion, c’était bien la connerie élevée au rang de dogme. La censure stupide. Mais là. Cette haine meurtrière. Il n’y a plus aucun mot capable de traduire le dégoût d’un tel acte.

    Je pense à toutes ces personnes massacrées aujourd’hui, à qui on n’a pas laissé la moindre chance d’en réchapper. Aux dessinateurs, aux journalistes, aux chroniqueurs, aux gens connus et aux inconnus qui se sont trouvés là au pire moment. A ces policiers aussi, tués en remplissant leur mission et dans des conditions abjectes, elles aussi. A cette folie meurtrière qui semble ne plus avoir de limite dans notre siècle malade. Je m’interroge. Est-ce vraiment la bêtise la plus crasse, l’intolérance, qui sont la cause de ces meurtres ? On peut vraiment tuer pour des caricatures ? Tout cela concorde tellement avec les horreurs qu’on nous rapporte du monde entier. Ces enfants massacrés au Pakistan parce que leurs parents sont militaires, ces jeunes filles enlevées au Nigéria, et la Syrie et le Mali et le Nord Kivu, etc. Ces gens assassinés parce qu’ils sont juifs, ici, ou palestiniens, là, ou rohingyas (musulmans), ailleurs. Et maintenant ces appels à l’unité nationale, européenne et occidentale. Tout cet engrenage qui semble vouloir nous entrainer inexorablement vers le déchainement de haines recuites, vers toujours plus de violence, comme si nos sociétés en perdition, écrasées par l’injustice et les spoliations, devaient à nouveau se trouver des exutoires pour se donner l’illusion d’exister encore. Comme un éternel bégaiement de l’histoire où chaque époque de crise se trouve une haine nouvelle à exploiter pour que finalement rien ne change. Avec paiement cash pour les éternels mêmes contributeurs.

    Je pense aussi à tous ces musulmans, nos compatriotes mais les autres également, qui ne sont pour rien dans ces atrocités et desquels on commence déjà à exiger des gages alors qu’on leur vole à eux aussi la paix de leur foi. Je n’aimerais pas que mon pays s’abandonne à de mauvais prétextes pour conjurer ses peurs comme on le fit jadis avec les Juifs, ici et ailleurs. Ma France est laïque et la laïcité, ce n’est pas le rejet d’une religion au profit d’une autre. Puisque c’est notre liberté qui est attaquée, nous dit-on, qu’on se souvienne que celle-ci est aussi la liberté de conscience.

    Ils auraient donc voulu faire taire Charlie, parait-il. Ils ont juste réussi à faire taire certains de ses artisans, non des moindres, il est vrai. Ils vont nous manquer. Ils vont me manquer. Le jour qui va se lever aura un goût amer, c’est sûr. Et les suivants aussi. Mais ils ne nous feront pas taire. Charlie va renaître une fois de plus car il est certain que d’autres talents s’attèleront à la tâche pour que cet esprit ne meure pas. Parce que la liberté a toujours raison de la barbarie. Parce que les crayons et les plumes sont plus forts que les armes même s’ils sont moins létaux.

    L’esprit aura raison de la haine et de l’obscurantisme.

    Charlie, c’est nous !

    Pas la bonne couleur, mec !...

    #esclavage #colonialisme #racisme

    dimanche 7 décembre 2014, par Marc Leblanc

    Il y a eu cette fameuse polémique autour de l’expo-performance Exhibit B de l’auteur sud-africain Brett Bailey. Une œuvre dénonçant le colonialisme et l’esclavage et aussitôt accusée de racisme, parfois violemment, car reproduisant les zoos humains de triste mémoire qui illustraient les expositions coloniales (notamment) du début du XXième siècle.

    Personnellement, je n’ai pas vu cette exposition et je le regrette. Je suis prêt à parier d’ailleurs que la grande majorité de ceux qui réclament son interdiction ne l’ont pas vue non plus. Pour ma part, je suis généralement très réservé au sujet de la censure. J’estime que c’est à chacun de construire son opinion, surtout en matière d’expression artistique, étant entendu que personne n’est obligé d’aller voir une pièce de théâtre, un film ou une exposition et que chacun est libre d’en penser ce qu’il veut. Évidemment, à moins de ne s’en tenir qu’à l’intérêt suscité par le seul sujet, il est naturel et fréquent de rechercher l’avis de ceux qui sont passés avant soi. En l’occurrence, ce que j’en ai lu ici ou là n’était pas franchement négatif et, par ailleurs, ce genre de sujet m’intéresse vraiment.

    Cela dit, je comprends tout à fait que l’on puisse être heurté par le procédé utilisé pour traiter d’un sujet qui ne laisse pas indifférent, qu’il s’agisse, comme ici, de l’histoire coloniale ou, comme d’autres fois, de religion, de sexisme ou de rapports sociaux. Liste non exhaustive car les batailles d’Hernani font partie de notre longue tradition polémique. Ce que je n’accepte pas, c’est qu’on prétende m’interdire d’en juger par moi-même.

    C’est évidemment autre chose que d’exprimer un avis et d’argumenter en fonction de sa propre sensibilité. C’est en particulier ce que fait le Yéti dans une brève parue dans Politis. Mais ce qui est intéressant, et même très surprenant, ce ne sont pas tant les avis exprimés que l’un des arguments utilisés pour disqualifier les défenseurs de l’œuvre en question. Un truc du genre : t’es pas Noir, mec, t’as rien à dire. En d’autres termes, vous êtes Blancs et occidentaux, donc vous n’êtes pas qualifiés pour parler de racisme, de colonialisme ou d’esclavage. Il paraît même que le faire serait condescendant et aussi — ne nous privons d’aucun plaisir — paternaliste. Si !

    Il est vrai que nous sommes nombreux dans ce pays à compter parmi nos aïeux quelques bons bourgeois bien gras, bordelais ou nantais, notamment, que le commerce triangulaire a enrichi. Ce serait uniquement pour se donner bonne conscience, la jouer peuple, que nous pourrions évoquer le grand-père loué à l’âge de 9 ans dans les fermes du sud de la France pour échapper à la misère de son Italie natale, ou ces autres devenus mineurs de fond à l’âge de 12 ans dans les houillères du Nord ou cette grand-mère placée chez des bourgeois parisiens comme domestique et cuisinière. Nous, l’exploitation de la misère et le mépris des possédants, forcément, on peut pas connaître, on est Blancs et Européens. Pourtant, ça aide bien quand même pour comprendre ce par quoi d’autres peuples sont passés et passent encore aujourd’hui : le rejet et le mépris engendrés par l’ignorance et les fantasmes. Tout le monde n’a pas oublié d’où il vient et ça motive parfois la solidarité que l’on souhaite exprimer envers les exploités et les opprimés.

    Et qu’on ne vienne pas me dire que ce n’est pas comparable. Comme si, pour ressentir l’abjection de l’esclavage, il fallait avoir dans son arbre généalogique au moins un ascendant venu d’Afrique aux Antilles, enchainé au fond d’une cale infecte. Comme si, pour refuser le racisme, il fallait obligatoirement en être victime, c’est à dire juif, noir, maghrébin, etc. D’ailleurs, je ne voudrais pas faire de mauvais procès mais il me semble que tenir ce genre de raisonnement, quelque part, c’est aussi une forme de racisme. Il me semble également que ce raisonnement est du même acabit que celui qui consiste à relativiser les droits des uns et des autres au motif de leur culture d’origine, de leur religion, etc. Ainsi, les femmes ne sauraient prétendre à l’égalité avec les hommes, au respect de leur personne et de leur intégrité physique car ce sont des concepts occidentaux, de riches, quoi, qui ne connaissent rien aux réalités exotiques. Ainsi, les homosexuels qu’on pourrait torturer et massacrer à sa guise car Dieu désapprouverait leur existence. On continue ?

    Il se trouve que je crois en l’universalité des Droits de l’Homme et que je ne vois pas le monde au travers du prisme des différences de culture, de couleur de peau, de sexe ou de religion. Je crois que nous vivons une époque de grande confusion où les idées les plus généreuses sont systématiquement galvaudées, détournées, vidées de leur substance pour tromper ceux qui ne se donnent pas le temps de la réflexion, de prendre du recul, ceux qui s’en tiennent aux apparences, à l’affect, à l’émotion de l’instant, afin de mieux les dresser les uns contre les autres et se battre contre leurs propres intérêts.

    Ici, je crois sincèrement que chacun devrait plutôt se réjouir que des gens s’unissent pour lutter contre les idées les plus viles, contre l’imagerie d’un passé dont ils veulent révéler les zones d’ombres et les aspects les moins reluisants et pour œuvrer pour notre bien commun et pour notre vivre ensemble. Au lieu de quoi, on voudrait nous renvoyer à ce contre quoi nous nous battons : les différences de peaux, de cultures, de « communautés »…

    A croire que la bêtise n’en finit pas de monter en puissance !


    Mise à jour du 08/12/2014 :

    Ici le lien vers la tribune de Michel Tubiana, président d’honneur de la Ligue des Droits de l’Homme, qui, bien entendu, dit les choses bien mieux que je ne saurais le faire.

    Et aussi cet article de Marina Da Silva dans les blogues du Monde diplomatique…

    L’Europe ? Quelle Europe ?

    35 ans de trahisons

    samedi 24 mai 2014, par Marc Leblanc

    Voilà belle lurette que j’ai perdu la foi en l’Europe. Car, aussi surprenant que cela puisse être, il y eût une époque dans ma vie où l’Europe m’a vraiment fait rêver avec ses promesses de paix et d’amitié entre les peuples du continent et tous les autres, de prospérité, de lendemains enchanteurs, de partage. De bonheur, en somme. En ce temps-là, nous étions jeunes et larges d’épaules, ainsi que le chantait naguère le grand Bernard Lavilliers, et la vie nous semblait emplie de promesses à accomplir, à saisir, à portée de mains. C’était un temps où malgré la fameuse barrière de la langue, parfois, mais qui n’en a jamais été vraiment une, l’Europe consistait à aller à la rencontre des jeunes des autres pays et à échanger et à parler avec eux, jusqu’à l’extinction de voix, du monde que nous voulions construire, tellement différent de celui de nos parents, tellement plus beau, plus grand, plus dynamique ! Quel plaisir que de sympathiser avec Dick, le Néerlandais, ou Gill, la belle anglaise rousse, Inge et Mark, les Allemands, Livia, la jolie Italienne, Adèle, la non moins jolie Belge ou encore Pedro l’Espagnol et tous leurs amis, rencontrés au détour d’un camping en Ardèche ou au festival d’Avignon, parfois dans un train en rentrant à la maison pour les vacances scolaires.

    Ce n’était pas encore l’Union Européenne que nous connaissons aujourd’hui, tout juste le Marché Commun, l’Europe des Six. Certains n’en faisaient pas encore partie (Grande Bretagne, Espagne, Danemark…) mais cela importait peu car notre Europe de jeunes n’avait cure des finesses politiques ou économiques. Le monde serait forcément ce que nous voulions qu’il soit. Et puis, c’était aussi de cette façon-là qu’on nous la vendait, l’Europe, façon Bisounours attardés, tandis que les gens sérieux planifiaient la suite. Il a quand même fallu attendre 1992 et le référendum sur le traité de Maastricht pour qu’on commence à se préoccuper de notre avis. Et encore, comme pour les traités suivants, en évitant de trop compliquer le débat : « T’es gentil, tu votes oui, t’es vilain, tu votes non ! »
    Jusque-là, personne n’avait jamais vraiment songé à consulter les citoyens sur le projet lui-même et sur les extensions successives du traité de Rome à de nouveaux pays. Comme une évidence qui voudrait que les pays européens au sortir de la guerre n’avaient pour seule préoccupation que de s’unir dans un grand élan de solidarité et d’amour partagé. Qui pouvait bien songer à aller contre ça ? C’est d’ailleurs une manie depuis l’origine : il semble que la construction européenne et ses traités ne supportent ni la grande lumière ni le suffrage universel. Mais les finalités de cette construction, les formes à donner à cette entité, rares étaient ceux qui osaient réellement exposer leur vision sans circonlocution ni langue de bois. Dissolution des états dans une fédération de régions ? Fédération d’états ? Simple association ? Quels abandons de souveraineté ? Quelles conséquences sur nos organisations administratives, sociales, économiques, démocratiques ?

    Du reste, c’est encore le cas aujourd’hui. Le schéma n’a guère changé, finalement.

    On nous dit, comme en 1992 ou en 2005, que ne pas approuver l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui, c’est ne pas aimer l’Europe, c’est être anti-européen, comme si, en définitive, il ne pouvait y avoir d’alternative. Il faut bien reconnaître qu’on a entendu des arguments bien plus motivants pour aller voter. Guy Verhofstadt, ancien premier ministre belge et candidat libéral à la présidence de la Commission européenne, soutenu notamment par les centristes français UDI-MODEM (Borloo, Bayrou et compagnie) nous joue sa petite partition de violon en nous invitant à ne pas envoyer au parlement des gens qui n’aiment pas l’Europe. Toujours l’amour !… Mais c’est quoi aimer l’Europe, au juste ? Voter pour des gens qui approuvent les choix clairement ultra-libéraux du Conseil européen et de la Commission, la casse des systèmes sociaux, la destruction des règlementations du travail, les politiques d’austérité qu’ils ont imposées partout sur le continent avec la complicité des gouvernement nationaux ? Mais qui assume ces choix-là ? A les en croire, tous, aucun n’y a jamais pris part puisque rares sont ceux qui en parlent dans les partis qui soutiennent la politique européenne actuelle. On est juste priés d’aimer l’Europe car elle nous a épargné la guerre, que nous ne serions plus rien sans elle et que c’est bien, l’Europe, quoi, merde ! Et on nous le dit avec cette arrogance teintée de mépris et d’une pointe d’agressivité pour réduire au silence toute velléité de contestation. Du genre : « Ecoute petit, tu comprends rien à l’affaire mais crois-moi sur parole, l’Europe c’est trop bon ! » C’est sûr, vu comme ça !

    Du côté du PS, qui fut paraît-il un grand parti de gauche, il y a longtemps, on fait semblant de découvrir que l’Europe sociale fait un peu grise mine. Pour tout dire, elle n’a jamais vraiment été au centre des débats et n’a même pas connu un semblant de début de commencement qui pourrait faire penser qu’elle existe. Et ça commence à se voir sérieusement en cette période de laminage des peuples, alors que les socialistes européens n’ont jamais été très loin des centres de pouvoir. Du coup, promis-juré, ils vont nous en mettre partout du social et on est priés de leur faire confiance car, cette fois, c’est sûr, pas de dédit, pas de retournement de veste, pas de baisse de frocs. Croix de bois, croix de fer, rien de ce qui est mauvais pour les peuples ne passera plus par eux. Comme s’ils n’étaient pour rien dans la mise en œuvre des politiques qu’ils feignent de condamner (du bout des lèvres, faut pas exagérer). Martin Schulz, leur candidat, nous en prie : « Ne nous trompons pas de colère ! » dit-il. C’est déjà bien qu’il se soit rendu compte qu’on ne baignait pas dans la bonne humeur mais ça va être un peu court pour la faire revenir. D’autant que rien ne semble annoncer de grands changements en termes de politiques économiques, au contraire ! Pourtant, ce n’est pas faute de forcer le trait. Aux innocents les mains pleines : Schulz n’était pas là ces dernières années, il était juste président du parlement, sans droit de vote. Alors, c’est pas sa faute si ses amis ont fait des bêtises avec les libéraux. Mais voir les socialistes français se ranger sous la bannière de Schulz a quelque chose de croquignolet car l’homme fait plutôt figure d’un anti-Jaurès. Le 17 avril dernier, en clôture du meeting qui lançait sa campagne en France, il citait Edmund Burke, philosophe irlandais connu pour être le premier opposant à la Révolution Française. Bref, un modèle de conservatisme anglo-saxon. Comme si un homme qui se dit socialiste (même un social-démocrate allemand) n’avait pas dans sa bibliothèque des bouquins d’auteurs socialistes, même une simple anthologie, où puiser une pensée un peu motivante et plus en phase avec ce qu’il prétend être. Et sauf erreur de ma part, c’est le même qui, en qualité de président du parlement européen, souhaitait que le pape vienne s’y exprimer. Et hop ! Un bon petit coup de pied au cul de la laïcité ! Et qu’ont-ils dit de tout ça les socialos ? Boh, rien ! C’est sûr : n’est pas Jaurès qui veut !

    A l’UMP, le grand parti de la droite et du centre, comme ils se définissent eux-mêmes, tout va bien ou presque. C’est juste qu’il faut dire non à Hollande sinon, ça baigne. Il faut plus d’Europe, plus de libéralisme, tout ça. Rien de surprenant, finalement. C’est l’UMP, quoi ! On aime ou on n’aime pas. Moi je n’aime pas et ce n’est pas d’hier. Avec ou sans Sarko, l’UMP, c’est la médiocrité élevée au rang de programme politique, l’alignement sur l’Allemagne de Merkel et les Etats-Unis. Comme le PS ? Oui mais en plus démago encore. Sans le mariage pour tous mais avec l’intolérance et le racisme d’état à portée de main. Comme le FN, alors ? Pas loin. Le FN qui se la joue presque parti révolutionnaire, prêt à tout casser comme sa Marine que retenez-la ou elle va faire un malheur au nom de la France éternelle, chrétienne et blanche, de la laïcité anti-musulmane, de la République si vraiment vous y tenez, du peuple opprimé par le « système » et, bien sûr de la race. Car la France, tu l’aimes ou tu te casses et les étrangers, c’est tout leur faute. D’ailleurs, l’Europe en est pleine. Si ! Mais bon, à part ça, c’est un parti (d’extrême-droite) comme un autre, hein ! C’est à dire qu’ils s’aplatiront devant le « système » dont ils prétendent être les grands contempteurs mais dont ils sont en réalité les meilleurs valets. Voter pour le FN en espérant changer l’Europe (ou même seulement la France), c’est comme confier le ministère des droits de la femme à un taliban.

    On fait mine, ici ou là, de s’étonner du peu d’intérêt des citoyens pour cette élection. Mais qui veut vraiment ouvrir le débat, hormis ceux qui veulent changer de politique ? Depuis deux mois, il y avait grandement le temps de donner la parole aux différents protagonistes. Au lieu de quoi, on a vu une formidable mise en valeur du Front National dans la plupart des grands médias, comme pour les municipales, tantôt comme un épouvantail pour ramener vers les partis dits « de gouvernement » les brebis égarées, tantôt pour le présenter comme la seule alternative à l’abstention pour les déçus et victimes de l’Europe. La seule alternative ? Vraiment ? Il est vrai que tous ceux qui osent remettre en cause cette Europe-là sont qualifiés de populistes, ce qui permet de les renvoyer dos-à-dos avec le FN, selon le précepte bien connu qui veut que les extrêmes se rejoignent. En arriver à ce niveau d’argumentation en dit long sur l’état du débat politique en France. Il aura fallu attendre quasiment la dernière semaine de la « campagne électorale » pour qu’on commence à parler du projet de grand marché transatlantique (GMT ou TAFTA ou TTIP) dans ces mêmes médias, alors que depuis deux ans Attac ou le Front de Gauche tirent la sonnette d’alarme sur ces négociations menées dans le plus grand secret entre les Etats-Unis et la Commission européenne. Et les autres ? Silence radio. Récemment, sur France 3 [1], lors d’un « grand » débat réunissant diverses personnalités politiques représentant les grandes tendances, notamment José Bovet (Europe Ecologie), candidat à la présidence de la commission européenne et Raquel Garrido, tête de liste du Front de Gauche, il était touchant de constater la quasi-communauté de vue entre Pierre Moscovici du PS, Brice Hortefeux de l’UMP et Guy Verhofstadt, déjà cité plus haut, pour écarter d’un revers de main toute dangerosité de ce traité pour la simple raison qu’il n’était pas encore conclu et que, bien sûr, vous pouvez les croire sur parole, il n’était pas question de remettre en cause les normes sanitaires européennes face aux pressions étasuniennes, pensez donc ! Même que si ça leur plait pas, c’est bien simple, ils voteront contre. Mais comment faire confiance à des gens qui ne voient déjà dans ce futur traité qu’une opportunité de gagner quelques dixièmes de points de croissance sans évaluer les conséquences sociales qu’il aura inévitablement et qui s’ajouteront aux politiques désastreuses déjà mises en œuvres ?

    Personnellement, je ne crois pas que ces élections changeront quoi que ce soit à la politique européenne. Je ne crois même pas que nous choisirons le président de la Commission comme on nous l’annonce (il serait issu du groupe ayant obtenu le plus grand nombre de sièges) mais qu’il y aura négociation entre une majorité parlementaire et le Conseil européen (les chefs d’états). Je ne crois d’ailleurs pas que l’Union européenne soit amendable dans sa forme actuelle car si on avait vraiment voulu faire une Europe sociale, on n’aurait pas commencé par signer des traités qui la rendent impossible. Je ne crois tout simplement plus à l’Europe ni que nous ayons quoi que ce soit en commun avec la plupart des pays qui constituent cette union. Je suis totalement opposé à la dissolution des états-nations dans une fédération de régions telle que nous y conduit la réforme territoriale à venir, la métropolisation et les régions transfrontalières qui en découleront car les peuples n’y auront aucune place, seule important la marchandisation de toutes les activités, à commencer par les services publics. Je ne crois plus en l’Europe protectrice, vecteur de progrès et de prospérité. Elle n’est plus qu’un outil d’asservissement des peuples aux intérêts d’une minorité transnationale. Elle n’est qu’une caricature de démocratie dans laquelle tout est mis en œuvre pour contourner la souveraineté populaire. Je pense même qu’à plus ou moins brève échéance, il n’y aura plus de démocratie du tout en Europe et que l’oligarchie prendra prétexte des soulèvements populaires à venir pour instaurer des régimes autoritaires.

    Je pourrais voter Nouvelle Donne, c’est vrai. Mais je voterai Front de Gauche. En sachant que dès le 26 mai, de toute façon, il faudra retourner au charbon et continuer le combat car tout sera à refaire.

    Notes

    [1] 20 mai dernier

    On devrait écouter plus souvent les poètes. Ils ne se contentent pas de dire le monde dans une langue éblouissante, ils disent aussi la grandeur et les travers de l’humanité. Et chacun peut y trouver de solides nourritures de l’âme et de l’esprit.

    Le Festival Georges Brassens de Vaison-La-Romaine, dont j’espère vous parler sous peu, est un lieu qui confirme et affirme cette nécessité. Car Brassens, à lui seul imposant monument de la poésie et de la chanson populaires françaises, sans avoir jamais prétendu faire la leçon à quiconque, sait à merveille illustrer la grandeur de certaines âmes aussi bien que la petitesse de certaines autres.

    A une époque où nombre de nos concitoyens perdent les repères qui fondent pourtant les valeurs de notre pays et de la République, et notamment à Bédarrides où certains ont tendance à penser que notre village est la 8ème merveille du monde à protéger des hordes d’étrangers qui veulent la dénaturer, il est rafraichissant de se remettre en mémoire ce que Brassens éprouvait à l’égard de ce chauvinisme grossier.

    C’est vrai qu’ils sont plaisants, tous ces petits villages,
    Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités,
    Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages,
    Ils n’ont qu’un seul point faible et c’est d’être habités,
    Et c’est d’être habités par des gens qui regardent
    Le reste avec mépris du haut de leurs remparts,
    La race des chauvins, des porteurs de cocardes :
    Les imbéciles heureux qui sont nés quelques part. (Bis)
     
     
    Mon dieu, qu’il ferait bon sur la terre des hommes,
    Si l’on n’y rencontrait cette race incongrue,
    Cette race importune et qui partout foisonne,
    La race des gens du terroir, des gens du cru.
    Que la vie serait belle en toutes circonstances
    Si vous n’aviez tiré du néant ces jobards,
    Preuve peut-être bien de votre inexistence :
    Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part. (Bis)
     
    La ballade des gens qui sont nés quelque part - Disque 11 - ©1972

    Par bonheur, cette année, s’est produit dans ce festival un autre grand poète qui a trainé ses pataugas dans tous les coins de la planète et qui a ramené de ces voyages un amour profond de l’humanité dans sa diversité. Il s’agit de Gilbert Laffaille dont la chanson « Dents d’ivoire et peau d’ébène » (©1996) illustre son aversion pour la vision étriquée du monde portée par le FHaine, à l’opposée de ses convictions.

    Pas la peine oh pas la peine
    De parler de celui-là
    De ce type qui sue la haine
    Et empeste le climat
    De Bâton-Rouge au Cap-Vert
    De la Mer Noire au Mont-Blanc
    Ma maison c’est l’univers
    Mon bateau c’est l’océan
     
     
    Tous nés de la même terre
    Du mystère et du chaos
    De l’ombre et de la lumière
    Du feu de l’air et de l’eau
    Les basanés les métisses
    Les Tziganes les Mexicains
    Musulmans de l’île Maurice
    Catholiques Sud-Africains
     
     
    Dents d’ivoire et peau d’ébène
    Antillaise au corps de feu
    Andalou d’Ille-et-Vilaine
    Arménien de Périgueux
    Jamaïcain d’Angleterre
    Marabout de Courbevoie
    Notre pays c’est la terre
    Chacun est ici chez soi
     

    Bien sûr, vous aurez reconnu dans « ce type qui sue la haine et empeste le climat », le patriarche Le Pen mais vous serez d’accord, j’en suis sûr, pour élargir cette définition au reste de la famille et de ses thuriféraires.

    J’entends d’ici vos protestations : « C’est trop beau. C’est comme donner de la confiture aux cochons ! » Je comprends cela et j’ai moi-même hésité. Si, si, je vous assure ! Pourtant je pense que, même s’il y a peu de chances pour que beaucoup de ces Bédarridais à l’âme pervertie lisent ces vers et remettent en question leur vision déformée de l’humanité, il ne faut pas renoncer à leur montrer cette forme de beauté ouverte à l’autre. Peut-être, un jour, le déclic se produira-t-il et certains se rendront compte que Bédarrides n’est pas le centre du monde et qu’ils ne risquent rien à s’ouvrir à lui.

    C’est pas gagné mais ça vaut la peine.

    Et pis, c’est tout !

    C’était donc aujourd’hui à 10 heures que se jouait, à Bédarrides, le dernier épisode de cette campagne électorale sanctionnée par le résultat que l’on sait.

    Les choses se sont déroulées dans une ambiance sinon chaleureuse, tout au moins courtoise, selon un protocole strictement encadré par la loi et sous l’autorité éphémère du doyen du Conseil municipal, Jean-Pierre Granger.

    Rien à dire donc. Tout fut sans véritable surprise.

    Tout au moins, jusqu’à la remise des écharpes tricolores où l’on a alors assisté à une scène que je trouve personnellement très significative et pour le moins surréaliste : monsieur André Tort, ancien maire de Bédarrides jusqu’en 2008, a remis l’écharpe de maire à son fils Christian, nouveau premier magistrat de la commune dans ce qui doit avoir été pour la nouvelle municipalité la « séquence émotion » de cet instant historique que, noun di dièou, on l’attendait depuis 6 ans ! Ceci devant la famille et les affidés du nouveau maire pour lesquels on avait réservé, pour l’occasion, une rangée entière (sur 2) des chaises destinées au public.

    Voilà donc comment les choses sont rentrées dans l’ordre à Bédarrides en ce jour du 30 mars 2014.

    Ainsi venait-on gommer la parenthèse des 6 années de la municipalité Sérafini. Le père pouvait enfin transmettre à son fils l’emblème de l’héritage familial : la mairie de Bédarrides. Et démentir du même coup cette affirmation du fils : « la fonction de maire ne nous appartient pas, nous n’en sommes que les dépositaires pour les 6 ans à venir. »

    On avait failli y croire tellement c’était beau.

    Ainsi était lavé l’affront de ces 6 années durant lesquelles ils ont été privés de ce bien dont ils se considèrent, ici et ailleurs, fidèles à l’arrogance emblématique et traditionnelle de la Droite, comme les détenteurs légitimes, tout autre n’en étant que l’usurpateur lorsqu’il les en prive : le pouvoir. Mieux, ils nous disent que ce pouvoir est, à Bédarrides, une propriété privée, une affaire de clan, une affaire de dynastie.

    Merci donc aux nouveaux détenteurs du pouvoir local pour cette somptueuse démonstration. Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour que commence à craquer le vernis de pseudo-bienveillance dont avaient voulu se parer les vainqueurs. Rendormez-vous, braves gens, nous dit-on, votre bon seigneur veille à nouveau sur vous !

    Quel pied !

    La bonne nouvelle, c’est qu’on a quand même échappé au sacre du nouveau seigneur en l’église paroissiale de notre bonne ville. Mais patience, ça viendra. A la prochaine génération, peut-être ?

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