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Hollande (François)

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    Non merci, sans façon !

    dimanche 13 décembre 2015, par Marc Leblanc

    Demain, je ne choisirai pas entre la Le Pen et l’Estrosi. Inutile d’insister, mais NON !

    Malgré la profonde aversion que j’éprouve à l’égard du parti qui se dit encore "socialiste", j’aurais voté, sans trop traîner des pieds, pour une liste de fusion au second tour qui aurait comporté des représentants du Front de Gauche, dans les conditions qu’explique ici Corinne Morel Darleux. C’est le mode de scrutin débile de ces élections qui l’impose pour permettre la représentation, même insignifiante, d’une partie de l’électorat. Et qu’on ne vienne pas surtout pas me dire que faire cela, c’est aller à la soupe pour préserver des places qui sont bonnes, évidemment. Les tenants du "tous pourris", en l’occurrence, me gonflent.

    Mais en PACA, nous n’aurons même pas cette option puisque, dès avant le premier tour, le (triste) sire Valls avait décrété que la liste P"S" annoncée en troisième position se retirerait. On n’allait quand même pas se compromettre avec la gauche ! C’est sans doute la raison pour laquelle la liste était conduite par un sous-fifre sans grande envergure pour succéder à un calibre comme Michel Vauzelles dont le bilan de mandature, je pense, n’était pas franchement mauvais. Il faut donc reconnaître qu’il y a des arguments plus enthousiasmants pour mobiliser un électorat hésitant… pour le moins.

    Alors, dans ces conditions, entendre "monsieur 5 %" appeler à voter pour la droite contre l’extrême-droite, au nom d’un prétendu "front républicain" qui fait se tordre de rire à la limite de la suffocation le marigot sarkozyste, honnêtement, ça ne passe pas.

    C’est que, même si Estrosi n’est pas seul sur sa liste, franchement, on a souvent du mal à discerner ce qui sépare ses idées de celles des fachistoïdes du FhaiNe. On est là dans le domaine de la nuance subtile, si tant est qu’on puisse appliquer cet adjectif aux effluves de latrines.

    Prenons un simple exemple :

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    Profession de foi Estrosi, détail

    On nous parle de gens qui "méritent" la solidarité, ce qui, venant d’un parti qui ne manque jamais une occasion de fustiger ce qu’il appelle l’assistanat, par exemple, laisse un peu dubitatif. Mais si on creuse un peu, est-ce que, par exemple, accompagner des femmes qui veulent avorter est un engagement assez méritant aux yeux d’Estrosi et de ses amis, malgré ce qu’ils prétendent, pour bénéficier des financements publics ? On nous parle aussi de "discriminations entre Français" alors que l’idéologie pétaino-lepéniste va largement au-delà. Elle concerne les êtres humains dans leur ensemble, tout simplement, car elle est raciste, xénophobe, homophobe et tout plein d’autres gracieusetés phobiques. Se limiter aux Français est une simple pirouette sémantique pour se présenter sous un jour plus avenant mais Estrosi n’est peut-être pas tout à fait le mieux placé pour parler de tolérance lui qui est incapable de voir au-delà des étiquettes.

    Voir Estrosi emboucher le clairon du gaullisme (de la première heure, cela va sans dire) pour appeler le bon peuple provençal à l’esprit de résistance ne manque donc pas de piment. Et puis, une chose est sûre : il respectera certains de ses engagements qui ne devraient pas provoquer trop de nausée chez la Marionnette. S’engager à laisser s’exprimer librement toutes les forces politiques de PACA ne devrait donc pas trop lui coûter. Surtout dans l’enceinte de l’Hôtel de Région ! Mais penser qu’il aurait le pouvoir d’empêcher quiconque de s’exprimer est déjà le signe d’une conception peut-être un poil absolutiste et discrétionnaire de ses attributions. Encore un petit potentat qui se la pète !

    Et puis, on ne vote pas pour ses ennemis de classe. Le P"S" en fait aujourd’hui les frais et laisse le champ libre à la réaction et à la bourgeoisie qu’il sert sans vergogne. Mais il faudra un peu plus que les coups de menton d’un Clemenceau de contrefaçon pour montrer la voie à suivre. Puisque nous voilà condamnés à subir, ne tressons pas la corde qui doit servir à nous pendre.

    Et pour faire bonne mesure, on lira cette tribune de Philippe Torreton qui appelle le peuple de gauche à reprendre la main dès lundi. Il est plus que temps !

    Alors, voter Estrosi ? Non, merci, monsieur Valls, sans façon. Vous n’existez plus !

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    Profession de foi Estrosi recto
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    Profession de foi Estrosi verso

    On ne dirait pas comme ça mais il y a déjà 3 mois, nous étions des millions à descendre dans les rues des villes de France en hommage aux victimes des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, à Paris, et crier à la face du monde que nous rejetions le terrorisme et l’intolérance. Nous nous disions « Charlie », alors.

    Depuis, il y a eu Copenhague, Sanaa au Yémen, Tunis et l’Université de Garissa au Kenya. Et toujours l’Irak, la Syrie, la Palestine, le Nigeria, et tous ces endroits oubliés des médias où l’on massacre, parfois loin de la lumière des projecteurs. Une macabre théorie de cadavres ensanglantés.
    Cela fait dire à certains que nous aurions l’indignation sélective puisqu’il ne s’organise pas de nouvelle marche à chaque nouvel attentat. C’est vrai, aussi. Mais à ce compte-là, les délires sanguinaires et meurtriers qui se succèdent à un rythme effrayant seraient aussi indirectement un bon moyen de lutter contre l’obésité. Vous verrez qu’on va finir par les remercier tous ces salopards…

    Il est vrai que ce reproche narquois s’adresse essentiellement à Hollande et à sa clique qui ont été si prompts à célébrer le « fameux esprit du 11 janvier. » J’en ai encore l’œil humide, tellement c’était beau et… bouleversifiant. Voir dans un même élan les rigolos pas drôles de l’Union européenne — les Merkel, Junker, Rajoy, Cameron, etc. — marcher au coude à coude avec d’autres crapules du même acabit (au hasard, Netanyahou et Libermann pour Israël, Bongo pour le Gabon, Orbán pour la Hongrie, pour n’en citer que quelques-unes), alors qu’ils n’ont d’ordinaire que mépris pour les petites gens, les sans-dents comme aurait dit notre bon président, avait de quoi vous retourner l’estomac. Paris, capitale du monde, l’unité nationale, allonzenfants de la patri-illeuh, tralalère ! Je comprends ceux de mes amis qui n’ont pas voulu cautionner une telle mascarade même si je crois que pour la plupart des gens qui étaient présents ce jour-là, l’important n’était pas dans ce spectacle écœurant et hypocrite.

    Depuis, il y a eu la longue litanie de commentaires, plus savants les uns que les autres, pour nous expliquer que, finalement, nous ne représentions pas grand chose. 4 millions de personnes, quand même. Une paille ! Etonnant dans un pays où 900 personnes suffisent à prouver que 75 % des Français sont raides dingues du génie politique de leur gouvernement d’après son fan-club ! Ces manifestations n’étaient donc, bien évidemment, que l’expression d’une classe de bobos, occidentaux bien blancs sur eux, qui se seraient donnés bonne conscience à bon compte car touchés dans leurs prétentions à l’universalité de la devise républicaine — Liberté, Égalité, Fraternité — et au motif, parfaitement exact au demeurant, que rien, en vérité, ne viendrait lui donner un semblant de début de réalité en notre bon pays de France (et de moins en moins, hélas) ni nulle part ailleurs, d’ailleurs !

    On a bien essayé aussi de nous faire comprendre que, si c’est pas joli joli de tuer des dessinateurs, il fallait reconnaître qu’ils l’ont bien cherché, faut dire, allez, un peu quand même, hein ? Faut pas se moquer des religions, ça blesse. Ou plutôt ça tue. Il est vrai qu’on avait un peu perdu l’habitude en France, depuis un ou deux siècles, peut-être un poil plus, de voir zigouiller des gens pour cause de ricanements trop ostensibles aux facéties de religions tellement nobles et généreuses qu’on se demande pourquoi, noun di diou, elles ne sont pas obligatoires. Quel gâchis ! Je reconnais que se poser la question, déjà comme ça, là, ça mérite le bûcher ou la décapitation. Si si, il faut le dire. Mais, que voulez-vous, je ne peux pas m’en empêcher. Bien le pardon, quand même, bien sûr !
    C’est que, voyez-vous, chez certaines personnes, il est difficile de concevoir que Dieu [1] et tout le tralala qui l’entoure, ça puisse ne rien évoquer du tout à de simples mortels. Que dalle ! Nibe de nibe ! Zépi ! Walou ! Nada ! Sauf des moqueries que eux-autres appellent des blasphèmes qu’ils voudraient voir inscrits dans la loi alors que ce ne peut être qu’une notion religieuse, donc PAS UNIVERSELLES du tout, pour le coup, puisqu’il faut croire en l’autre, là-haut, pour qu’elle ait un sens. C’est simple à comprendre, pourtant, non ? Ben non !

    On est mal, je vous le dis !

    Et puis, bien sûr, on a eu pour finir (provisoirement) nos élections Départementales où on s’est demandé si la haine et le rejet de l’autre n’allaient pas l’emporter et devenir le quotidien des citoyens de ce pays. Avec le résultat que l’on sait. Un grand écart, en apparence, que Jacques Rancière analyse dans cet entretien (abonnés).

    Certes, les attentats dont je parle plus haut ont fait beaucoup pour la promotion de l’islamophobie dans nos contrées. Sans doute est-ce l’un des objectifs stratégiques, d’ailleurs, afin d’accentuer le malaise que peuvent éprouver bon nombre de musulmans, en France et en Europe, et leur sentiment d’être rejetés. Et on ne saurait leur donner tort. Il faut dire aussi que notre classe politique ne brille guère par sa fidélité aux valeurs de la République qu’elle vend à longueur de discours et dont elle exige de chacun un respect tatillon mais dont elle sait fort bien se dispenser.
    Ainsi, au lendemain des attentas de Paris, les mêmes qui appelaient à ne pas stigmatiser nos compatriotes musulmans trouvaient-ils parfaitement légitime qu’on arrêtât un gamin de 8 ans pour « apologie du terrorisme. » Ailleurs, c’était des adolescents ayant osé refuser d’« être Charlie » ou de faire silence conformément aux injonctions de l’Etat qui se voyaient sommés de se justifier, et avec eux tous les musulmans de ce pays. Un peu pitoyable, cette forme d’opprobre jetée sur des enfants et leurs familles qui, pour des raisons qu’on se gardait bien de chercher à comprendre sans les caricaturer, refusaient de céder aux injonctions et brisaient la belle unanimité qui faisait si bien sur la photo, et alors même qu’on parlait, avec des trémolos dans la voix, de la liberté d’expression comme d’un bien précieux à défendre. L’emblème de la République française ! Mais dans la France du XXIème siècle, c’est l’Etat seul qui semble pouvoir décider de ce qu’un citoyen, enfant ou adulte, a le droit d’être ou de dire, surtout s’il est musulman. Un comble ! Et ça ne choque même pas les gardiens brevetés des valeurs de cette République !

    Liberté chérie…

    Cependant, la suspicion à l’égard des musulmans n’est pas vraiment récente et la droite n’y est pas pour rien. Mais la gauche non plus, malheureusement, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Du moins, une certaine gauche qui ne l’est plus vraiment et qui se permet toujours de donner des leçons de morale alors qu’elle a abandonné les territoires de l’espoir, du vivre ensemble et du changement de la société pour venir marcher sur les platebandes de la droite.
    Qu’un maire UMP, se mette à piller le patrimoine idéologique du FhaiNe et supprime les menus de substitution dans les cantines des écoles primaires ne peut évidemment pas surprendre. Il y a longtemps qu’une certaine engeance à l’esprit étriqué navigue sans vergogne d’un parti à l’autre. C’est juste que, au gré de leurs intérêts, les uns préfèrent Sarkozy et les autres la famille Le Pen mais il n’y a pas véritablement de différence sur le fond. Seulement dans la gamme d’octave des éructations.
    Mais aucun n"hésite à bafouer le principe constitutionnel d’égalité des droits des citoyens, au nom de préjugés racistes, donc eux-mêmes anticonstitutionnels. Bien sûr, on se retranchera derrière la laïcité pour justifier cette discrimination en oubliant commodément que c’est l’école qui doit être laïque, pas les services qui l’entourent. Et que c’est à l’Etat que s’impose la neutralité définissant la laïcité, pas aux citoyens. Sans même parler de l’abjection que représente cette instrumentalisation des enfants de la part d’un parti qui voit des prises d’otages partout à la moindre grève !
    Mais qu’une ministre d’un gouvernement socialiste puisse relancer un énième débat sur le voile que portent certaines femmes musulmanes et cela à l’université, c’est à dire dans un lieu qui se définit comme un espace d’échanges, de débats et de transmission des savoirs et de la culture, des Lumières, concernant qui plus est des adultes, voilà qui ne manque pas d’interroger sur la corruption des esprits qui osent encore se réclamer de la gauche.

    Il n’y avait donc rien de plus urgent, à quelques jours d’une élection que de donner dans cette surenchère imbécile tout en se posant en ultimes remparts contre la haine et le rejet de l’autre et en agitant l’épouvantail bien commode en l’occurrence du Front National. Comment peut-on prendre ces gens au sérieux ? Comment peut-on s’identifier à eux qui prétendent être les représentants exclusifs de la gauche et ne font que la décrédibiliser jour après jour auprès de ceux qui constituaient son électorat, plus ou moins convaincu, plus ou moins critique à l’égard du PS mais prêt à le soutenir, s’il le fallait, justement au nom des valeurs qu’il bafoue aujourd’hui ?

    Je ne regrette certainement pas d’avoir marché en Avignon le 11 janvier dernier car j’y ai vécu un moment qui vous prend aux tripes comme jamais je n’en avais vécu. Un instant rare et extraordinaire en osmose avec de très nombreuses personnes [2] venues exprimer la même émotion et la même indignation. Mes semblables. Personne n’aurait su dire s’ils étaient français ou non, ni de quelle religion ils se réclamaient s’ils n’en portaient pas de signes extérieurs. La seule chose qu’on pouvait identifier, à peu près, dans certains cas, c’était la couleur de leur peau et parfois un type ethnique plus ou moins significatif. Mais qu’importe. Il n’y a eu ni cri de haine ou de vengeance, juste des êtres humains venus partager un immense chagrin. Des êtres humains, avant tout !

    On pourra m’expliquer que cela n’était pas important car tous n’étaient pas là, qu’il y avait des oubliés, des suspects, des rejetés. Ça, je veux bien l’entendre car j’en suis conscient. Je le sais. Mais c’est aussi pour ces gens absents que je ne connais pas et dont je ne partage pas les convictions religieuses (je n’en partage avec personne, d’ailleurs) mais que je respecte, que j’ai marché ce jour-là, comme j’ai marché pour les journalistes de Charlie, comme j’ai marché pour les policiers exécutés, comme j’ai marché pour ces gens assassinés car ils étaient juifs. Comme je pense aujourd’hui aux victimes de ce fanatisme religieux qui frappe partout dans le monde avec la même répugnante lâcheté.

    Oui, vraiment, j’aurais aimé que ce fameux « esprit du 11 janvier », dans lequel s’est drapé le président de la République, soit autre chose qu’une simple exploitation politicienne d’un événement national tragique et n’ait pas cédé la place à d’autres exploitations politiciennes de préjugés contre lesquels il semble que beaucoup de personnels politiques aient renoncé à lutter. J’aurais aimé que mon pays se montre aussi plus attentif à la souffrance d’autres peuples atteints bien plus gravement et tragiquement que nous et dont on fait si peu de cas.
    Je me souviens que la sinistre Alliot-Marie a été plus prompte à proposer à Ben Ali le savoir-faire français contre les émeutes populaires à l’origine de la révolution tunisienne que ne l’a été Hollande à proposer de marcher en hommage à la nouvelle Tunisie et aux victimes des derniers attentats de Tunis, tout comme pour celles du Kenya.

    J’aurais aimé que la France, mon pays, entende aussi la souffrance de certains de ses citoyens et qu’elle se batte vraiment pour leur offrir une véritable place en son sein, digne des idéaux dont elle se réclame encore mais qu’elle laisse galvauder honteusement. La République devait assurer l’émancipation et le bonheur du peuple, en particulier par l’éducation, c’est à dire par l’acquisition des outils permettant la compréhension et la critique de son environnement pour garder la maîtrise de ses choix. Pas seulement savoir lire, écrire et compter, comme on l’entend si souvent. Pas seulement à l’école mais aussi partout où des citoyens choisissaient de se rencontrer, de parler ensemble et de partager. Ça s’appelait l’« éducation populaire. » Une idée issue de la Révolution, tellement évidente qu’elle en faisait peur aux nantis, à ceux qui accaparent le pouvoir à leur seul profit et qui ont fini par la détruire. J’ai pourtant la conviction profonde que c’est cette destruction lente et systématique de toutes les structures d’éducation populaire qui explique en grande partie (mais pas seulement, bien sûr) le délitement actuel du tissu social et des solidarités citoyennes et intergénérationnelles et plus particulièrement envers les plus faibles. C’est aussi cet abandon qui explique que des jeunes en manque de repères et d’avenir préfèrent aller mourir en Syrie plutôt que vivre méprisés par leur propre pays et finissent par le renier. Au lieu de porter notre attention sur les plus faibles pour les aider et les accompagner, nous avons préféré les dénigrer et détourner le regard, les abandonner, et ceux qui les aidaient avec, pour favoriser ceux qui ont le plus de capacités, de facilités ou de talent. Car c’est plus facile d’aider les « gagnants », ça coûte bien moins cher. Pourtant, il y a aussi écrit « Fraternité » au fronton de nos édifices publics. C’est à dire, tendre la main, se respecter et s’entraider mutuellement. Des choses si ringardes aujourd’hui, semble-t-il, mais qui demeurent pourtant le seul terrain de modernité d’une gauche fidèle à elle-même et porteuse d’avenir.

    Il y a ainsi des choses qui vous grandissent mais dont il semble que la France ne soit plus capable, trop occupée à se regarder le nombril.

    Il faut vraiment en finir avec ce cauchemar !

    Notes

    [1] Je mets quand même une majuscule au cas où il lirait ce blogue, ça mange pas de pain béni !

    [2] Nous étions pas loin de 20000 entre l’esplanade Jean Jaurès (il aurait été fier de nous, le vieux Jeannot) et le parvis du Palais des Papes !

    L’escandilhada

    vendredi 1er novembre 2013, par Marc Leblanc

    En cette période de grisaille frénétique, de morosité poisseuse et de pessimisme surabondant, alors que rien ne semble plus vouloir fonctionner et que l’on en oublie jusqu’à l’idéal républicain pour lui préférer les sirènes du nationalisme xénophobe, il est bon de voir que certains ont tout compris des interrogations populaires et mettent tout leur cœur pour nous faire esquisser un sourire, nous dérider.

    En provençal une « escandilhada » (prononcer « escandillado »), c’est une embellie, un rayon de soleil qui perce la couche noire des nuages un jour de grosse pluie ou d’orage. C’est un joli mot pour une jolie chose, escandilhada. Et c’est un peu ce que viennent de nous offrir les clubs professionnels de football en décrétant la grève des matches pour la fin du mois de novembre en guise de protestation contre la taxation à 75 % des revenus supérieurs à 1 million d’euros.

    Ça laisse rêveur, pas vrai ?

    Déjà, il faut admirer l’aplomb avec lequel on voudrait nous faire pleurer sur ces pauvres génies de la balle au pied que l’on brime avec cette taxe confiscatoire. Tellement que rien que d’en parler, j’en ai les larmes aux yeux, tiens ! Et puis, comme on ne veut pas faire fuir les talents à l’étranger et que ce sont les clubs qui vont casquer, on nous assène le fameux couplet sur les créateurs de richesses qui donnent du boulot et sur qui on tape. Pauvres choux ! Faut dire que quand on voit le nombre de parasites qui vampirisent les carrières des sportifs, on comprend bien que si une pénurie de vocations découlait de la rapacité fiscale de l’État, ça n’arrangerait pas les statistiques du chômage. Encore que les vampires savent bien s’adapter et se reconvertir. Voyez Tapie…

    Mais bon, on connait la rengaine…

    La bonne nouvelle, et il faut prendre le temps de bien s’en imprégner pour l’apprécier comme un nectar qui coulerait dans nos gosiers assoiffés et nous inonderait de joie et de plaisir, la bonne nouvelle est qu’il n’y aura pas de match de foot professionnel à la fin du mois [1] ! Incroyable mais vrai. Sonnez hauts-bois, résonnez musettes, rugissez vuvuzelas !

    Je ne sais pas si vous réalisez : un weekend sans voir ou lire les fameux exploits des virtuoses de la baballe, sans entendre parler du PSG ou de l’OM et de leurs vicissitudes, sans entendre les commentaires à pleurer des journalistes sportifs et de leurs fameux consultants. Oah ! Mais quel pied ! Si, si, quel pied ! Et je vous connais bien allez : vous êtes déjà à regretter que la grève ne dure pas plus longtemps !

    Alors, une fois n’est pas coutume, adressons un message d’encouragement au Président Hollande :

    Monsieur le président, surtout ne baissez pas les bras. Restez ferme, tenez bon. Nous sommes avec vous. Vive la taxe à 75 % et merde au football professionnel !

    Pour que les clubs de football professionnel se lancent dans une grève illimitée, soutenez le président de la République [2] et signez la pétition [3].

    Et pis, c’est tout !

    Notes

    [1] Néanmoins, vous pourrez aller soutenir les petits clubs amateurs qui jouent pour le plaisir, tas de veinards !

    [2] Je sais. C’est pas facile non plus !

    [3] Il doit bien y en avoir une à signer quelque part. Cherchez bien !

    Ils ont tué Jaurès !

    vendredi 1er mars 2013, par Marc Leblanc

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    Jaurès assassiné - L’Humanité

    Le bistrot était presque vide. A l’extrémité du zinc, la patronne conversait tranquillement avec deux habitués accoudés au bar et juchés sur les hautes chaises. La journée démarrait tout doucement pour tout le monde. Nous nous étions installés à une grande table au milieu de la salle et parlions nous aussi à voix basse de choses et d’autres sans grande importance. Surtout, nous tentions de chasser de nos esprits les dernières brumes d’une nuit, comme toujours interrompue trop tôt, sans parvenir vraiment à échapper à d’ultimes rêveries qui nous enfermaient de longs moments dans un mutisme harassé. Je sirotais mon grand crème et y trempais les morceaux d’un pain au chocolat dont la croûte s’émiettait d’abondance et se répandait sur toute la table. Un autre habitué entra saluant l’assemblée à la volée et alla se joindre au trio de comploteurs, là-bas au fond du bar. Sur le vaste mur face au zinc, le grand écran plat était calé sur BFMTV, son coupé. On y voyait défiler les images de ce qui était l’actualité du jour, en alternance avec les gueules inexpressives des deux présentateurs, et soulignées de l’incontournable bandeau déroulant les sujets en cours. En dessous apparaissait aussi un pavé marqué « Alerte Info » annonçant à la manière d’une catastrophe nucléaire les velléités de candidature de Sarkozy pour la présidentielle de 2017. Comme si ça pouvait être une surprise ! Encore un truc pour nous pourrir la journée à peine commencée, en attendant de nous pourrir la vie pour de bon le moment venu. Quelle galère !

    Les reportages tournaient en boucle, comme il se doit : Mali, Syrie, « chiffres » du chômage, Sarkozy, Mali, Syrie, etc. Surtout Sarkozy dont de larges extraits de ses profondes réflexions — telles qu’il les avait confiées à Valeurs Actuelles — défilaient au bas de l’écran comme pour nous allécher. Bizarrement, le vide sidéral de la pensée — appelons ça ainsi — sarkozienne semblait être un sujet bien plus important que tout autre, notamment le chômage ou la mort d’un soldat français au Mali. Décidément la médiocrité des puissants prend toujours le pas sur les préoccupations des petites gens. Puis vint apparemment le moment de l’indispensable page « culturelle » — désolé, ça s’appelle comme ça ! — consacrée ce jour-là à un autre de nos grands comiques : Johnny. Il paraît que le cher grand homme, sentant sans doute la fin approcher, nous a concocté un nouvel album sur le temps qui passe accompagné d’une sorte de pot-pourri d’images de sa fastueuse jeunesse. Le bonheur, en somme ! C’est dans de tels moments que vous vient un lourd sentiment de lassitude face à une telle vacuité. Sarkozy, Halliday, voilà ce qui fait l’actualité dans ce pays d’après cette chaine d’information en continue, sans doute ni pire ni meilleure que les autres car aussi superficielle qu’elles. Des pourvoyeuses « d’infos » bien formatées, du prêt-à-digérer non pas consensuel mais fondamentalement orienté dans le sens du vent dominant, celui des puissants, du grand patronat, de l’ultra-libéralisme, pour qui des ouvriers en lutte commettent des actes de violence inacceptables alors que leurs vies sont saccagées par des licenciements d’une rare sauvagerie et un chantage à l’emploi d’un rare cynisme. Quand on met bout-à-bout ces infos partiales, incomplètes, superficielles et clairement orientées qu’on nous assène de toutes parts, on ne peut qu’être frappés par le profond mépris qu’elles traduisent, dans le fond, de la part de bon nombre de journalistes, à l’égard de la classe ouvrière, des gens modeste d’une façon générale, de ceux qui triment pour gagner leur vie.

    Je pensais alors à Stéphane Hessel, disparu une semaine avant et auquel, selon l’usage réservé aux grands hommes, la Nation devait rendre hommage ce même jour. Décidément non, ces événements ne pouvaient pas évoluer dans la même dimension. D’un côté l’élégance, l’humanisme, la sagesse et la générosité des convictions d’un Stéphane Hessel, de l’autre la vulgarité, la rapacité, la soif de domination et le culte de soi-même de quelques médiocres pantins. Deux conceptions antinomiques de l’humanité. L’une généreuse et sincère, l’autre hypocrite et égoïste. Je me demandais aussi comment Hollande allait se sortir de l’exercice, lui qui, tout en étant le chef de file d’un parti dont Stéphane Hessel était ou avait été une des figures, conduisait une politique qui, à bien des égards, prenait le chemin opposé de celui que prônait le vieux sage ou, en tout cas, était une cause de ses indignations. La politique de Hollande n’est ni plus ni moins que la continuation de celle de Sarkozy et, en cela, constitue un reniement pour ne pas dire une trahison des engagements, pourtant modestes, sur lesquels il s’était fait élire. Dès lors, quelle ironie de le voir rendre hommage à Stéphane Hessel, à la mémoire de qui ce serait faire gravement injure que d’oser comparer leurs pointures morales et politiques respectives, non plus qu’à celle d’une classe politique française qui, à peu d’exceptions près, se vautre dans une médiocrité confondante. Pourtant, une chose est sûre : cet hommage de la Nation aurait pu être encore plus affligeant s’il avait été conduit par Sarkozy, celui-là même qui était allé faire à plusieurs reprises le guignol prétentieux aux Glières pour y fouler au pied la mémoire des Résistants et l’œuvre du Conseil National de la Résistance.

    Pour finir, Hollande a assuré le service minimum face à cette encombrante figure, lui faisant un éloge à peine plus chaleureux que ceux de beaucoup d’autres ne possédant pourtant pas la même proximité supposée avec Stéphane Hessel, et évitant soigneusement de froisser le CRIJF dont l’aversion pour le défunt, illustrée par des diatribes assez minables — en raison de son soutien à la cause palestinienne — n’a d’égale que la propension pour le moins pénible de ces gens à voir un antisémite pathologique en quiconque ose critiquer la politique israélienne. Quel courage, Monsieur le Président. Mieux valait tenter d’accréditer l’idée que l’amitié qui liait Stéphane Hessel à Michel Rocard validait la conception que ce dernier avait de la Gauche, oui, de la Gauche alors que plus personne ne songe plus depuis longtemps à coller une telle étiquette sur le dos du malheureux ambassadeur de Sarkozy auprès des pingouins. Toujours le mot pour rire, ce Hollande ! Il faut dire que dans ce parti socialiste, il y a belle lurette que l’idée même de Gauche s’est perdue dans les sables mouvants de l’opportunisme, ne servant plus que très rarement de caution sociale à un libéralisme qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui promu par la droite. Et à quoi donc se résume le libéralisme ? A rendre les travailleurs responsables des difficultés économiques et à faire peser sur eux l’essentiel des sacrifices jugés indispensables, au prix des droits qu’ils ont chèrement acquis au cours du siècle dernier et qu’ils ont arraché de haute lutte à la bourgeoisie.

    Il paraît que ces acquis sont désormais ringards et obsolètes, d’après les habituels experts qui viennent presque quotidiennement nous expliquer que la crise, c’est nous et nos droits. En fait, pour le patronat et la bourgeoisie, ils le sont depuis le jour de la signature des accords qui les ont engendrés. L’occasion est trop belle, aujourd’hui, de remettre les compteurs à zéro pour les salariés et de les dépouiller. On sait bien que l’impôt ne fera qu’égratigner nos riches méritants. On sait bien que l’on ne pourra jamais éponger la dette. Mais l’essentiel n’est pas là. Ce qui importe, c’est de maintenir les peuples sous le joug, dans un état d’incertitude permanente et sous la menace de la misère afin de pouvoir puiser dans le vaste vivier mondial de main d’œuvre et de matière grise, en mettant en concurrence tous ces gens qui aspirent à vivre de leur travail, honnêtement, mais qu’on peut ainsi contraindre à renoncer à tout, y compris parfois à la dignité.

    Ils ont oublié, nos socialistes du XXIème siècle, que le socialisme, à l’origine, voulait l’émancipation de la classe ouvrière. Il voulait défendre et promouvoir la dignité des petites gens face à la rapacité de la bourgeoisie. Ils ont juste oublié qui leur donnait leur légitimité politique. Trahir le peuple a toujours coûté cher à la Gauche et n’a toujours servi qu’à affermir la droite la plus réactionnaire.

    Oui, nous laisserons sur le carreau le Code du Travail qui devait nous protéger un peu, nos salaires, nos retraites et la protection de notre santé, puisque le patronat et la bourgeoisie capitaliste l’exigent et que les socialistes, certains syndicats dits réformistes, la droite et l’extrême-droite sont à leurs ordres. Oui, on abandonne les classes modestes au nom d’une prospérité illusoire dont il n’est même plus question aujourd’hui qu’elle puisse être partagée si d’aventure elle revenait. Le peuple peut bien crever, il y a assez de miséreux de par le monde pour continuer à enrichir les puissants.

    Oui, ils ont oublié, les socialistes, qui ils étaient et qui ils auraient dû être…

    Bon courage pour les prochaines élections, mesdames et messieurs.

    Pourquoi avez-vous tué Jaurès ?

    Ils étaient usés à quinze ans
    Ils finissaient en débutant
    Les douze mois s’appelaient décembre
    Quelle vie ont eu nos grand-parents
    Entre l’absinthe et les grand-messes
    Ils étaient vieux avant que d´être
    Quinze heures par jour le corps en laisse
    Laissent au visage un teint de cendres
    Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître
     
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
     
    On ne peut pas dire qu’ils furent esclaves
    De là à dire qu’ils ont vécu
    Lorsque l’on part aussi vaincu
    C’est dur de sortir de l’enclave
    Et pourtant l’espoir fleurissait
    Dans les rêves qui montaient aux cieux
    Des quelques ceux qui refusaient
    De ramper jusqu’à la vieillesse
    Oui notre bon Maître, oui notre Monsieur
     
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
     
    Si par malheur ils survivaient
    C’était pour partir à la guerre
    C’était pour finir à la guerre
    Aux ordres de quelque sabreur
    Qui exigeait du bout des lèvres
    Qu’ils aillent ouvrir au champ d’horreur
    Leurs vingt ans qui n’avaient pu naître
    Et ils mouraient à pleine peur
    Tout miséreux oui notre bon Maître
    Couverts de prèles oui notre Monsieur
    Demandez-vous belle jeunesse
    Le temps de l’ombre d’un souvenir
    Le temps de souffle d’un soupir
     
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
     
    Jacques Brel

    A lire aussi, ce texte de 2009.

    Ou cette reprise de Zebda :

    La faute à personne, comme toujours

    samedi 23 février 2013, par Marc Leblanc

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    Heureusement qu’il y a Findus !

    C’est fou ce qu’on peut faire avec du cheval roumain quand on y pense ! Mais dans le fond, le problème dans cette histoire, ce n’est pas tant ces pauvres bêtes que ce qu’elle révèle de cupidité et de malhonnêteté dans un système censé nous nourrir.

    Les Roumains non plus, d’ailleurs, ne sont pas en cause. Certains, rien qu’à entendre ce mot avaient dressé l’oreille, prêts à nous asséner leurs sentences définitives sur ce peuple. Raté ! Ce sont bien de bons Français (et quelques autres fiers Européens occidentaux) qui ont cru malin de déguiser les canassons de Roumanie en vache de réforme. Au tiers du prix de la bête à cornes (sans corne, d’ailleurs, regardez dans les prés), c’était une affaire. Vivent le marché unique et la concurrence libre et non faussée !

    On fait donc mine de découvrir le désormais fameux minerai et les pratiques d’une industrie en fin de compte ni plus dégueulasse ni moins pourrie que les autres. Juste une machine à pognon avec plein de chartes éthiques et blabla Qualité façon ISO 9000 et tout ça qui font super-propres, et plein de règlements sanitaires super-épatants mais sans personne pour s’assurer de leur respect, vu que l’État a dépecé ses services de contrôle. Faut pas désespérer ces valeureux chefs d’entreprises qui donnent du boulot aux culs-terreux avec ces normes handicapantes. C’est même Cahuzac qui le dit, un ministre de référence qui sait tout de la finance mais rien de la lutte des classes.

    Alors, on aura peut-être des étiquettes pour dire quelle viande on mange, foi de Hollande, mais, pour pas nous effrayer encore davantage, elles ne nous diront pas ce que nos bestioles ont mangé. Faut pas exagérer non plus. A quoi servirait de connaître la présence d’OGM, d’hormones, d’acide lactique, de Javel ou autres trucs sympas ? Ça nous avancerait à rien, pardi, sinon à nous angoisser ! Et c’est Bruxelles qui le dit. Et on sait que quand Bruxelles fait les gros yeux, Hollande se pisse dessus comme Sarko avant lui.

    Dans le genre, c’est cette même industrie de transformation de la viande qui nous avait fourgué les farines animales. Ça avait donné le scandale de la vache folle et tout ça. Mais comme c’était pitié de perdre tant de bonne marchandise, grâce aux fines analyses de Bruxelles, on va de nouveau pouvoir s’en servir pour nourrir les poissons et les autres bestioles. Mais attention, promis juré, il n’y aura plus de mélanges hasardeux pour transformer nos herbivores en cannibales. Nenni. On sera juste plus sévères, intransigeants. Comme avant la première fois, quoi, mais là grâce à la traçabilité, promis, ça va saigner avec les tricheurs. Puisqu’on nous le dit, hein ?

    Pour Spanghero et sa viande de cheval pas très ragoutante, j’ai une vague idée de qui va payer le gros de l’addition : il y a quelque chose comme 250 pèlerins qui n’ont rien demandé à personne mais qui risquent fort d’aller pointer chez Paul Emploi. Possible aussi que le patron pas trop honnête se fasse tirer les oreilles et y laisse des plumes. Admettons.

    Pour les farines animales, par contre, je vois pas bien qui rendra des comptes quand on découvrira que les mêmes causes produisant les mêmes effets, on se retrouve avec la même catastrophe sanitaire. Car il n’y a aucune raison pour que la cupidité fasse place à la raison et à la prudence. Comme souvent dans ces cas-là, les politiciens se retrancheront derrière leur dévouement à l’intérêt commun et leur absence d’expertise sur les sujets concernés et les experts diront, eux, que c’était imprévisible. Et, s’il y a des victimes, tout le monde exprimera sa douleur et sa compassion pour bien montrer son humanité.

    Voyez l’amiante. La France a été l’un des derniers pays occidentaux à l’interdire malgré sa nocivité reconnue depuis près d’un siècle. Encore aujourd’hui, de nombreux ouvriers contraints à travailler avec cette merde et mal protégés contre elle paient de leur vie la cupidité de leurs patrons et le manque de discernement de la classe politique. Pire, la justice traine les pieds pour reconnaitre les préjudices de ces malheureux, simplement parce que, en France, le Parquet est aux ordres du gouvernement et que ces préjudices se chiffreraient à des milliards d’euros que les capitalistes refusent de payer.

    Voyez le nucléaire. La grande industrie nationale qui craque de tous les côtés mais procure tant de profits à quelques grands investisseurs nationaux. Interdiction absolue de douter. Le nucléaire nous donne tant d’emplois et apporte la prospérité à tant de petites villes où sont installées des centrales. Ce serait pitié d’y renoncer, irresponsable, même ! Mais qui rendra compte si, comme ce n’est malheureusement pas du tout impossible, un accident vient à mettre une région en péril et contraint ses habitants à l’évacuation ? On parle de 35 milliards d’euros. La belle affaire ! Tout une région abandonnée pour plusieurs siècles et tous ces gens qui avaient confiance réduits à l’état d’expatriés après avoir tout perdu. Au nom de l’intérêt national. Qui rendra compte ?

    Comme toujours, ce sera la faute à pas de chance. On pouvait pas savoir. On avait pourtant tout prévu. Et puis, c’était pour notre bien. Comme tant de choses aujourd’hui qui mettent tant de gens sur la paille sans que jamais un seul politicien ni aucun patron ne se sente concerné. Et pour cause : ils ont le pouvoir.

    De l’objection de conscience

    dimanche 25 novembre 2012, par Marc Leblanc

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    Louis Lecoin

    Vous connaissez certainement Louis Lecoin. Peut-il en être autrement ? Vous savez bien, ce vieux monsieur disparu en 1971, célèbre militant pacifiste et anarchiste, qui arracha à De Gaulle le statut des objecteurs de conscience. Pas n’importe comment, notez. Ce fut après une grève de la faim, en 1962, qui aurait pu lui coûter la vie. Il avait 74 ans et une putain de sacré volonté. A l’image de sa vie d’insoumission à l’armée, de refus de la guerre, du port des armes. L’union pacifiste de France, c’est lui. Un grand monsieur.

    Et il en fallait du courage au début du XXième siècle pour refuser l’armée, pour être objecteur de conscience. Lui, la guerre de 14-18, il s’en est tiré avec 5 ans de prison militaire pour insoumission, en 1917. Imaginez ! Et toute sa vie, il fut fidèle à ce combat.

    Alors, quand j’en entends certains prétendre qu’il faudrait aménager une clause de conscience pour permettre aux maires que cela heurte de ne pas célébrer le mariage de deux personnes du même sexe, laissez-moi vous dire que je trouve cela plus que pitoyable. Honteux !

    Regardez-les, ces Goasguen, ces Bompard qui viennent nous servir leur pauvre petite conscience effarouchée. Pauvres chochottes ! Mais même dans un étron de Louis Lecoin on pourrait trouver plus de grandeur d’âme et de noblesse que dans leurs petits esprits étriqués.

    Bompard, c’est l’actuel Comte d’Orange, donc. Vous connaissez certainement cette riante bourgade vauclusienne lovée au pied de la colline St-Eutrope, célèbre pour ses Chorégies, son arc de triomphe et son théâtre antique romains, sa caserne de la Légion étrangère et sa Base Aérienne et qui fût jadis le calvaire d’un nombre incalculable de vacanciers en transhumance par la légendaire Nationale 7.
    C’est pas un mauvais endroit pour y vivre. La vieille ville a du charme, on y trouve d’excellents restaurants, des hôtels sympathiques et des terrasses ombragées où il fait bon siroter sa boisson préférée lorsque le soleil devient assommant. C’est pas Avignon non plus avec sa foule bigarrée qui emplit ses rues quasiment à longueur d’année. Un endroit pas désagréable donc dont l’une des particularité est de s’être donné un maire d’extrême-droite. Forcément, ça fait tout de suite moins envie.
    C’est ce type qui avait refusé de prêter du matériel à la fête d’une école publique, comme ça se fait partout, sous prétexte qu’à la buvette étaient servis des sandwiches halal. Une telle entorse à la laïcité ne pouvait laisser monsieur le Maire indifférent. J’en avais parlé ici.

    C’est aussi ce type qui a accueilli dans sa ville une sorte de congrès du bloc identitaire au début de ce mois. C’est cohérent. C’est enfin le conseil municipal d’Orange qui, sous sa houlette, vous pensez bien, a voté une résolution interdisant les mariages homosexuels sur son territoire. Parce que chez ces gens-là, non seulement on n’aime pas les pédés et les gouines mais en plus on se croit encore au bon vieux temps de la féodalité où chacun faisait sa loi dans son coin. Si ça n’avait pas risqué de paraître un peu brutal, on peut même parier qu’ils les auraient bien condamnés à la roue ou au bûcher sur la place du théâtre antique, ces salopards de gays et de lesbiennes ! Si, si !

    C’est là qu’on mesure le courage qu’il leur faut à ces braves pour faire valoir leur conscience contre l’abomination qui s’annonce. Car j’ai vu comment étaient traités les objecteurs de conscience au moment de l’incorporation, à l’époque où la conscription était encore en vigueur et où, pourtant, un statut leur avait été accordé généreusement. On ne peut pas dire qu’ils étaient chouchoutés. Je me souviens aussi très bien de ce que disaient d’eux certains militaires dégorgeant de testostérone : des fiottes, des lopettes, des tarlouzes… Objecteur = pédé, quoi. Il doit l’ignorer, Bompard, c’est sûr ! Ça va lui plaire.

    Mais bon, on s’en fout un peu. Ce qui est plus surprenant, c’est qu’on a tendance à oublier qu’un maire qui célèbre un mariage n’agit pas en tant que personne privée et encore moins en tant que propriétaire des lieux et de la charge mais au nom de l’État et donc du peuple français qui lui confère la fonction d’officier d’état civil. En d’autres termes, ses états d’âmes, on s’en cogne. Il est là pour enregistrer la volonté de deux personnes de vivre ensemble, point barre. De la même façon qu’il n’a pas d’autre choix que d’enregistrer un décès ou une naissance même si cela concerne des gens qui lui sont insupportables. C’est la loi et elle est la même dans toutes les communes.

    Notre bon président l’a peut-être un peu oublié. Mais il est vrai qu’il oublie pas mal de choses, hélas ! Pourtant, si ce concept devait être retenu, je pense que tout un chacun sera bientôt en droit de faire valoir une clause de conscience chaque fois qu’une loi lui déplaît. Par les temps qui s’annoncent, je parie que ça ne risquera pas de manquer.

    Mieux vaudrait commencer à y réfléchir dès à présent !…

    En attendant ce jour, rendons hommage au courage et à la constance de Louis Lecoin qui fut, lui, un vrai objecteur de conscience et un vrai grand citoyen du monde, tellement loin de la médiocrité ambiante actuelle.

    Post-scriptum :
    Une fois de plus, notre excellent maître Eolas aborde le sujet avec brio en soulevant un point de principe fondamental qui remet les pendules à l’heure : la liberté de conscience (et non la clause de conscience). Bonne lecture.

    On les aura !

    dimanche 4 novembre 2012, par Marc Leblanc

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    Vous allez encore trinquer

    C’est bien, les lapsus. Ça permet de dire des trucs quand c’est pas trop le moment de les dire car ça pourrait désespérer le bon petit peuple si docile qu’on est en train d’essorer pour son bien et pour celui du pays. Alors on fait son lapsus, l’air de pas y toucher, en se laissant une position de repli pour pouvoir dire « Oups ! Scusez-moi M’sieu-dames, je m’ai gouré, c’est pas ça que je voulais dire. » Mais c’est bien ça qu’on voulait dire. C’est dit et bien dit et ça laisse le temps au péquin d’assimiler. Car le moment viendra où le prétendu lapsus deviendra LA vérité. Emballez, c’est pesé, au suivant !

    Tenez, prenez Ayrault avec les 35 heures. Bien sûr qu’il savait ce qu’il disait. Bien sûr qu’il nous les fera péter, les 35 heures, comme le reste, et avec la complicité de certains syndicats encore, pour faire bonne mesure. Tout simplement parce que c’est ce que veut l’Europe ultra-libérale qui l’impose partout, à la Grèce, à l’Espagne, à l’Italie, etc. Tout simplement parce que c’est ce que veulent les patrons qui s’y connaissent pour crier misère, contre toute décence. Travailler toujours plus même quand il n’y a plus de boulot, pour plus de profits et de dividendes.

    Tout simplement parce qu’un socialiste d’aujourd’hui, en fait un socio-libéral, ne peut rien refuser au patronat et à la grande bourgeoisie. Il fait partie de ce magma informe et puant qui ne songe qu’à servir ses maîtres avec le plus de zèle possible et où grouille tout le personnel politique de droite et du « centre », les Sarko-Fillon-Copé-Borloo-Yade-Dati-Morin-Le Pen et consorts et ces pseudo-socialistes dont on se demande pourquoi ils persistent à s’appeler ainsi sinon pour mieux nous tromper ?
    Des valets qui n’oublient pas de venir à la soupe quand la cloche retentit et qui baissent la tête et la culotte quand les maîtres font les gros yeux. Ça ne jure que par le Peuple, ça le caresse avec une tendresse amoureuse pour mieux lui marcher sur la tronche et l’étouffer dans sa propre merde au nom des nobles sacrifices que la situation exige et aussi parce qu’il faut bien un baisé. Après tout, le pauvre a beaucoup moins tendance à foutre le camp à l’étranger pour planquer son magot. C’est bien la preuve qu’il est beaucoup plus con que le riche et mérite ce qu’il lui arrive.
    Alors Copé et Le Pen qui veulent descendre dans la rue pour dénoncer la politique du gouvernement ? De la rigolade et pitoyable encore ! Il n’y aurait guère que sur le mariage pour tous et le droit de vote des étrangers aux élections locales qu’ils pourraient brailler car pour le reste, ils n’ont pas trop à se plaindre.

    Mais bien sûr, il faut préparer le terrain. Prenez les 35 heures, encore : sur France 2 sévit un journaliste capable de tout expliquer. Ça s’appelle Lenglet, je crois. Ce mec-là peut donc vous expliquer doctement et approximativement la genèse des 35 heures et leur mise en œuvre pour mieux conclure que, à travers les aides octroyées pour financer le dispositif, finalement l’État s’est endetté pour les 35 heures qui n’ont pas créé autant d’emplois que prévu. Bien sûr, pas un mot sur le fait que, pour ce qui est de l’endettement, les innombrables exonérations de « charges » consenties depuis trente ans et plus au patronat ont fait beaucoup mieux sans jamais être compensées. Au moins, les 35 heures sont une façon de se réapproprier les gains de productivité qu’elles ont encore renforcés là où elles ont été adoptées.

    Mais là n’est pas le sujet, évidemment. Personne ne peut et ne doit porter la contradiction face au spécialiste maison qui peut assener ses préceptes sans crainte d’être contredit. La propagande fonctionne donc à merveille. Il s’agit de faire passer l’idée que les entreprises croulent sous les « charges » et les 35 heures en font partie. Mais pas qu’elles. La protection sociale aussi. Et là, le vocabulaire n’est pas anodin car il donne explicitement l’orientation politique du traitement.
    Nous autres, crétins que nous sommes, nous parlons de cotisations sociales pour la maladie, la famille, le chômage et la retraite. Pour nous, ce sont des éléments de notre salaire, socialisés pour financer notre protection, qui nous reviendront un jour ou l’autre au travers des indemnités, des allocations et autres pensions et qui permettent aussi de payer les personnels de santé, notamment. Ce sont donc des salaires différés prélevés à la source de la création de richesse. Il est bien évident que réduire ce système à une simple notion de « charges », forcément trop lourdes, lui confère un caractère parasitaire qui ne peut qu’être péjoratif. C’est avancer l’idée que ces prélèvements sont illégitimes.

    Il est alors touchant de voir le patronat se soucier de la « solidarité nationale » dont relèverait en grande partie la protection sociale, lui dont les membres, malgré ce qu’ils prétendent, sont si peu enclins à y contribuer. Avez-vous déjà entendu parler d’optimisation fiscale chez les Bidochons ? Allons ! Par contre, une chose est sûre, ce qui ne servira plus à financer notre protection ne sera pas perdu pour nos chers patrons. Mais chut ! Il faut continuer le matraquage. Si la France n’est plus compétitive, c’est à cause des « charges » et des salaires et du Code du travail qui bride nos entreprises. Mais pas de la rapacité des patrons et des actionnaires qui prélèvent pour leur propre compte des parts de plus en plus importantes de la richesse produite au détriment de la recherche et de l’innovation. Non, non, non !

    Regardez-les ces charognards qui se posent en victimes d’un État qu’ils présentent comme un prédateur. Mais l’État c’est quoi ? C’est qui ? Ils n’ont jamais bénéficié de ses largesses, de ses investissements, de ses structures ? A les entendre, l’État leur en prendrait trop. Quelle injustice, vraiment, alors que la plupart de ces gentils pigeons ne pensent qu’à leur gueule et s’enrichissent sur le dos des autres. C’est d’ailleurs bien trouvé, en l’occurrence, l’image du pigeon. Ne dit-on pas des pigeons qu’ils sont des rats qui volent ? Ça prétend créer des entreprises grâce à un génie supposé devant lequel on est sommé de se pâmer mais ce n’est pas l’idée d’entreprise qui les excite, les pigeons, c’est celle du pognon qu’ils se feront en la revendant et qu’ils iront planquer à l’étranger pour échapper à l’ogre. Il est d’ailleurs émouvant de constater que certains de ces courageux créateurs de richesse y étaient déjà installés depuis bien plus longtemps que leur soudain intérêt pour la mère patrie. Et c’est devant ces voleurs que le gouvernement s’est défroqué !

    Mais tout cela relève de la même logique qui fait reposer sur l’État la gabegie financière des apôtres du capitalisme triomphant, lesquels lui interdisent dans le même temps de se payer sur leurs profits. Touche pas au grisbi, salope ! C’est ce que viennent de dire ces 98 « grands patrons » qui prétendent faire la leçon à un gouvernement qui pourtant leur fait risette. Quelle ingratitude ! Mais pourquoi se gêneraient-ils ces pourvoyeurs d’emplois et de richesses ? Ils savent bien qu’en privant l’État de ses capacités d’interventions, ils le musèlent et préparent l’avènement d’une société entièrement privatisée, promesse de nouveaux profits pour eux, et dans laquelle ils pourront imposer leurs règles. Règles dont le respect sera garanti par un État réduit à sa fonction de police pour protéger les puissants des soubresauts toujours possibles du petit peuple si mesquin et jaloux. Et au final, ils rendent toute démocratie impossible puisque aucun choix ne sera plus possible sauf peut-être la couleur des cheveux des candidat(e)s.

    Alors, rien ne doit entraver l’avènement de ce monde de rêve. Répétons en cœur : « La France va mal, mon salaire est trop élevé, je ne travaille pas assez, je veux ressembler aux Allemands et être hyper-compétitif ! Je veux plein de centrales nucléaires et du gaz de schiste partout pour faire le prospère. »

    Si vous êtes trop dur de la comprenette, soyez pas inquiets, on va vous aider. Il y a encore plein d’entreprises en attente de fermeture pour bien marteler la mauvaise compétitivité, les charges trop lourdes, les salaires trop hauts, les vacances trop longues et les dimanches trop chiants à la maison quand on gagne une misère. Il y a plein d’autres lapsus en réserve pour faire passer les pilules en douceur. Et vous verrez que ça ira bien mieux une fois que tout sera foutu en l’air. Car même si tout cela ne fait pas l’objet de grandes promesses électorales, au train où vont les choses, on les aura toutes.

    A moins qu’on ne se bouge !

    Intégrisme, ta mère !

    dimanche 21 octobre 2012, par Marc Leblanc

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    Charlie Hebdo

    Il n’y a pas bien longtemps — allez quoi ? l’affaire de deux ou trois semaines — le monde était tout en ébullition sous prétexte qu’une vidéo débile, qui somnolait paresseusement sur l’internet depuis plus d’un an, avait été opportunément remise dans le grand bain. Outrage au prophète. Tu parles d’une affaire ! Embrasement « spontané » du monde musulman, il paraît, et retour au calme le temps de trucider un malheureux diplomate américain qui avait eu le tort de soutenir la révolution libyenne. Une sorte de remerciement venu du cœur, apparemment. BHL, lui, au moins, avait eu la sagesse de rester bien à l’abri loin des secousses. Un homme trop modeste. C’est bien notre veine. C’est pas demain qu’on aura notre martyre…

    N’étaient ce meurtre et celui de quelques autres personnes, ces réactions offusquées et grotesques, totalement disproportionnées et hors de propos, plutôt ridicules, pouvaient prêter à sourire. Y a pas, ils savent y faire dans le domaine les intégristes. Et les mauvaises langues de remarquer fort judicieusement que, dans le même temps, le massacre du peuple syrien par El-Assad semblait et semble toujours laisser parfaitement indifférents ses chers « frères arabes. » Y a-t-il eu ne serait-ce qu’une seule manifestation d’ampleur dans une des capitales de ces pays où on a brûlé du drapeau américain au nom du Coran et de l’Islam bafoués ? A moins d’avoir loupé un épisode, il n’y en a pas eu l’ombre d’une. D’où une petite impression de trucage, de falsification et de tentative de détournement de la colère de peuples qui ont certainement bien d’autres raisons de se révolter que ce pitoyable film.

    Bref, on nous a donné du blasphème jusqu’à l’écœurement comme si c’était un crime alors qu’il n’est même pas répertorié dans le Code pénal — au moins en France et, sauf erreur, aux États-Unis — et que, de plus, les sombres crétins qui ont produit cette vidéo tristement imbécile n’ont fait qu’exercer un droit d’expression tout simplement garanti par la constitution de leur pays.
    Bien entendu, les radicaux musulmans ne sont pas les seuls à avoir été tentés de faire taire les mécréants. On se souvient des cris d’orfraies poussés par les activistes de Civitas à l’encontre de Jean-Michel Ribes lors de la programmation par le théâtre du Rond-Point de la pièce Golgotha Picnic qui lui avait valu une bolée d’excréments. C’est sans doute moins radical et définitif qu’un appel au meurtre mais ça n’en relève pas moins de la même logique.

    Alors, il n’est pas étonnant que les mésaventures du prophète de la Mecque et de ses pires fidèles aient inspiré Charlie Hebdo dans un style qui n’est peut-être pas toujours d’une grande finesse, faut bien le dire, mais qui est un fameux pied de nez à tous les cons qui prétendent nous dire comment il faut penser, et ils sont bien nombreux, hélas ! Charlie, c’est Charlie, l’héritier de Hara-Kiri qui, dans le genre irrespectueux et scatologique, savait y faire et qui, pour s’en être pris à une autre sorte de prophète à plusieurs reprises, s’est vu interdit de parution deux ou trois fois, au moins. A une certaine époque, s’attaquer à de Gaulle, ça valait bien une caricature de Mahomet ! Mais bon, pas de quoi se prendre le chou avec ça. Charlie, on aime ou on n’aime pas, point barre. Et si on n’aime pas, on n’achète pas et on passe son chemin. Pourtant simple !

    Seulement voilà, la masse compacte et souffreteuse des cons aime bien s’accrocher à ce qui la fait vomir. Elle n’aime pas ne pas avoir le dernier mot sur n’importe quels sujets et surtout sur les plus cons, ça va de soi. Alors, on a eu droit aux pires fadaises pour nous expliquer qu’il fallait pas énerver ces pauvres musulmans déjà pas bien aidés par leur religion et que chez Charlie c’est tous des vicelards qui font leurs intéressants pour mieux vendre leur journal en profitant de l’actualité. Comme à Libé ou au Figaro, en somme, mais en plus vulgaire. Ben oui, vulgaire comme au Figaro ou à Libé, quoi ! Où est le problème ? Jusqu’au sommet de l’État appelant son petit monde à la responsabilité. On croit rêver ! Tout ça pour 4 dessins ? Bravo !
    On a même eu droit au reportage bouleversant de France 2 dans une villa tunisienne où un groupe de femmes françaises, soi-disant rongées par l’angoisse, se réunissaient en tremblant derrière des persiennes mi-closes pour préparer leur exfiltration d’un pays qui ne manquerait pas de les lapider pour les punir des excès de Charlie ! C’était couru d’avance, pensez ! Rigolez pas, c’est ce que voulait nous faire croire ce ramassis de pétasses. C’est dire en quelle estime ces gens-là tiennent les Tunisiens et notre capacité de discernement par la même occasion.

    Il y a même eu un lecteur de Télérama, sans doute abasourdi par ce déferlement d’incongruités, qui demandait : « Existerait-il un intégrisme de la liberté d’expression ? » On pouvait effectivement se poser la question devant ce déchainement de commentaires éclairés préférant renvoyer dos à dos les obscurantistes et leurs contempteurs plutôt que de condamner les insupportables menaces des premiers. Comme si se foutre de leur gueule était au moins aussi grave, pour ne pas dire plus inacceptable encore, que les atteintes à la vie que ces salauds n’hésitent pas à perpétrer. Quelle pitié de voir ce pauvre Daniel Cohn-Bendit parler d’intégrisme laïque. C’est vrai que dans le genre con et satisfait de l’être, Dany est une référence et qu’il est maintenant bien fatigué. Juste retour des choses me direz-vous, vu qu’il nous fatigue depuis 44 ans. Mais tout cela en dit long sur le niveau de crétinisme où sont tombés ces soi-disant élites intellectuelles.

    Car il faut peut-être le dire à tous ces braves gens, on peut rigoler des facéties de Charlie Hebdo qui sont, je le répète, d’une qualité assez inégale, mais personnellement je ne me pointerai pas chez un copain musulman pour les lui mettre sous le nez et voir s’il en rit pareil que moi tout en lui donnant des grandes tapes dans le dos. De même que je n’irai pas dans l’église des quelques curés que je connais pour aller pisser dans le bénitier au nom d’une laïcité mal comprise et d’un anticléricalisme agressif. Parce que oui, je suis entouré de croyants qui, la plupart du temps, connaissent ma manière de penser mécréante et la respectent, même s’il la trouvent affligeante. Ils me laissent dire merde. Je les laisse dire amen comme disait Brassens.
    Lâcheté diront certains, hypocrisie ! Non, pas vraiment. Juste une question de respect dû à des personnes sincères et respectables qui, je le crois sinon elles ne seraient pas mes amies, ne songent pas à nuire à leurs semblables.
    Il en va tout autrement de ceux qui veulent mettre le monde à leur main et qui pour cela n’hésitent pas à attenter à la vie des autres.

    Bref, face à l’obscurantisme, il faut se taire pour ne pas énerver les fanatiques, comme ces sympathiques garçons d’AQMI, par exemple, qui pourraient bien se venger en zigouillant nos compatriotes détenus en otages ou bien en faisant péter des bombes ou des kamikazes devant nos écoles. Ou bien qui coupent des mains de voleurs comme au Nord-Mali. Ou qui lapident des femmes adultères ou violent des jeunes femmes trop amoureuses. La faute à Charlie, c’est sûr !

    Alors, t’as compris, Charlie ? Tu dessines des Mickey tout gentils et tu fais plus de peine à Mahomet ! Allez, s’il te plaît ! Sois sympa, quoi !

    Bon, on a bien eu ce fou furieux à Toulouse qui a collé une beigne à une malheureuse femme ayant marché sur une sourate projetée accidentellement par terre lors d’un spectacle. Ou cet autre allumé qui a carrément massacré un type qui photographiait des femmes voilées un peu contre leur gré, dans le 18ième à Paris. Admettons que ce soit la faute à Charlie, si, si, soyons généreux ! Ben ça fait pas beaucoup quand même quand on s’attendait au feu d’artifice, à une orgie de massacres et de viols anti-français(es). Quelle pitié, quand on y pense !

    Et puis voilà que Hollande vient foutre le ouaille en soutenant l’idée d’une intervention militaire au Mali. Vous avez remarqué ? Pas un commentaire pour crier au loup. Pas un pour le traiter d’irresponsable qui met en danger la vie de nos otages. C’est vrai que lui, il dit ça juste pour protéger les intérêts d’Aréva dans la région (au Niger voisin) mais quand même ! Car ça n’a pas loupé, les courageux guerriers d’AQMI n’ont pas pu s’empêcher de le menacer de lui faire la peau et celle de nos otages ou d’aller faire péter des bombes dans nos villes.

    Comme quoi, les dessins de Charlie n’y changent rien. Nos otages sont en danger depuis le jour de leur enlèvement et si ce n’est le soutien de la France à une expédition militaire, de toute façon, les fanatiques d’AQMI trouveront toujours un bon prétexte pour en zigouiller un ou deux ou plus. C’est bien malheureux pour nos compatriotes mais c’est ainsi. Il ne sert à rien de mettre son honneur dans sa poche pour caresser les intégristes dans le sens du poil. Ils n’attendent que ça et ne renoncent à rien.

    Et s’il y a un autre intégrisme à combattre, ce n’est pas celui très fantasmé que cet imbécile de Cohn-Bendit attribue aux laïques mais plutôt celui bien réel et faisandé qu’une certaine Caroline Alamachère diffuse sur l’internet en se faisant passer pour Charlie Hebdo et qui se situe dans une veine à peine moins nauséabonde que les pitres de Génération Identitaire qui ont besoin de ressortir Charles Martel de la naphtaline pour vomir leur islamophobie. Car la différence, mon cher Dany, c’est qu’un laïque, même anticlérical (ce qui n’est pas forcément lié), n’attentera jamais à la vie d’un croyant ni ne lui refusera le droit d’adorer son dieu ou de vivre selon ses préceptes même s’il en conteste le bien-fondé et la philosophie. On ne peut hélas pas en dire autant des fondamentalistes et autres extrémistes qui, eux, sont prêts à utiliser le meurtre pour assouvir leur haine de l’humanité.

    Et cette différence-là n’est pas qu’un détail.

    A en croire le gouvernement, refuser de ratifier le traité budgétaire aurait été une catastrophe. Et quelle catastrophe ! Cette si belle Europe, le phare de la démocratie, tout de même, aurait ainsi été réduite à néant, sa superbe monnaie jetée aux oubliettes de l’histoire et une crise sans précédent aurait anéanti à jamais les pays du vieux continent.

    Ne sont-ils pas mignons nos Hollande, Eyrault, Cahuzac, Guigou et autres Fabius à vouloir aujourd’hui nous vendre comme seule issue à la crise, comme seul remède au prétendu déclin du pays, un traité qu’ils vouaient aux gémonies, naguère — il n’y a pas si longtemps, l’affaire de quelques mois tout au plus — et qui serait devenu bien plus présentable depuis que notre admirable président, de ses petits poings rageurs frappés avec autorité sur la table, aurait obtenu un début de semblant de commencement d’éventuel pacte de croissance ? Enfin peut-être. Enfin, faut voir, c’est pas sûr parce que, Angela, elle est pas trop chaude pour ce qui est de sortir de la merde ces salauds de fainéants du Sud !

    Bah oui, c’est beau l’Europe, la fraternité entre ses peuples qui n’hésitent jamais à ressortir leurs vieilles badernes pour mieux se mépriser les uns les autres. Les Grecs ? Des voleurs et des tricheurs qui n’ont que ce qu’ils méritent. Les Ritals et les Portos ? Pareils ! Quant aux Espagnols, n’en parlons même pas ! Mais à part ça, on s’aime tellement que ça en serait indécent d’en faire une démonstration. Parole !

    Et puis, pour Merkel, faut pas pousser le cochonnet trop loin, non plus : les exigences démocratiques doivent être compatibles avec le marché. Autrement dit, les intérêts des rentiers avant ceux de la populace. Danke schönn !

    Donc, grâce à Hollande, ce fameux traité qui, il y a encore à peine 6 mois instaurait une austérité à perpétuité, un carcan tel qu’il interdisait toute politique sociale, ce fabuleux traité est maintenant devenu la quintessence de l’ambition sociale et économique de la gauche moderne qui se doit d’être à la fois sociale et libérale. Un must ! Le nec plus ultra de l’oxymore politique, ma chèèèèèère Vâââlérie, n’est-ce pas ? Enfin, la gauche… C’est ce qu’ils disent dans les journaux parce que eux, c’est bien connu, ils savent tout mieux que nous. Ça là, ce machin qui est au gouvernement du pays, ce serait la gauche, les autres n’étant que des extrémistes.

    Et il est content, Hollande. Pas besoin de la droite pour voter le traité. C’est sûr, ça aurait été la honte pour un gouvernement qui se dit « de gauche » mais c’est pas glorieux quand même car, en réalité, c’est cette mouvance prétendument de gauche qui a voté avec la droite. On savait qu’ils nous feraient le coup mais on reste toujours ébahis par cette faculté des socialistes à renier leur parole. Mais quel bel enfumage digne du sarkozysme ! Quel bel exercice de trahison !…
    Il y a quand même eu 282 députés dits « de gauche » pour approuver le traité : 264 socialistes, 12 radicaux de gauche, 3 écolos, 1 apparenté front de gauche martiniquais. 282 noms (oui, je sais ça fait seulement 280) qu’il va falloir retenir pour pas se tromper à nouveau aux prochaines échéances électorales.

    Et tout cela, à un moment où près de 70 % des Français déclarent qu’ils voteraient contre Maastricht si le référendum avait lieu aujourd’hui. Et cela après avoir fait campagne en prétendant vouloir renégocier le traité, ce qui n’a pas été fait malgré ce qu’en dit Eyrault.
    Mensonge et trahison. Une nouvelle fois, la décision a été prise sans et contre le peuple sous prétexte qu’il n’y a pas de nouveau transfert de compétence. La belle affaire ! Notre belle classe politique avait surtout peur de se voir une fois de plus désavouée par le peuple prié de supporter sans broncher tout le poids de l’austérité perpétuelle. Car c’est pour notre bien, c’est pour la France. Et ils se foutent de nous en plus ! Le beau mécanisme que voilà, pillage de la ressource publique au seul bénéfice des intérêts particuliers, des rentiers qui iront ensuite s’installer à l’étranger pour mieux jouir de leur magot. Vive la France !

    Elle est vraiment brillante, notre classe politique. Tous ces bourgeois qui se partagent le pouvoir sur notre dos et qui n’hésitent pas à nous imposer les pires sacrifices alors qu’eux mêmes n’en souffriront pas. Les mêmes qui dans quelques mois se coucheront à nouveau devant le MEDEF pour mieux anéantir ce qu’il reste du droit du Travail, ce carcan qui bride tant la compétitivité de nos entreprises. On nous le vend si bien ce progrès fabuleux ! Droite, gauche ? Elle est où la différence ? Il est où le changement ? L’égalité devant le mariage et l’adoption ? Oui, c’est bien, c’est une affaire de justice mais ça ne changera rien au quotidien de millions de gens malgré ce que certains voudraient faire croire dans le débat débile actuel. Tandis que ce traité et ses conséquences, là où il aurait fallu rompre avec la logique libérale pour changer réellement cette politique suicidaire, les voilà d’accord pour nous emprisonner davantage.

    Mais, finalement, on aura au moins une satisfaction : les emplois dans la police (le maintien de l’ordre) ne risquent pas de diminuer. Au contraire, comme en Espagne ou en Grèce, il va en falloir pour calmer les mécontents, d’ici quelques mois. Et puis, on pourra toujours verser une petite larme de bonheur devant les mines ravis de nos chers dirigeants se congratulant d’autosatisfaction devant les cendres de la démocratie : Baroso, Merkel, Flanby, etc. A gerber !

    C’est vrai, c’était pas si mal trouvé finalement, Flanby, le courageux capitaine de pédalo qui a si bien su nous mettre !… Trop fort !

    Quand même, je crois qu’elles peuvent se frotter les mains, les Marine, Marion et consort. Il est en train de leur préparer le terrain, notre bon Hollande, notamment dans le Vaucluse.

    On parie ?

    La France qu’on aime

    samedi 28 juillet 2012, par Marc Leblanc

    « Ce qu’a dit M. Hollande (…) hier, personnellement, me scandalise, pour une raison très simple : ma France, elle n’était pas à Vichy, elle était à Londres depuis le 18 juin. Il n’a pas parlé au nom de la France que j’aime. Ce qui a été commis au moment de la rafle du Vel’ d’Hiv est une abomination, c’est une horreur, et ceux qui l’ont fait doivent être condamnés durement au tribunal de l’Histoire. Mais la France, qu’est-ce qu’elle a à voir avec cela ? Peut-être que M. Hollande se sent proche de la France des notables apeurés qui se sont précipités à Vichy après l’armistice. Ce n’est pas ma France », s’est offusqué le député UMP des Yvelines sur RMC et BFM-TV.

    « Vél d’hiv : pour Henri Guaino, la France n’a rien à voir avec les déportations » sur l’Humanité.fr du 23/07/2012

    Bien sûr, on pourrait dire que les atermoiements de ce pauvre Guaino, la plupart d’entre nous s’en battent l’œil avec une certaine indolence mâtinée d’une pointe de compassion tellement ce type est ridicule et minable. Voilà donc, en effet, la fameuse plume du Sarko qui vient nous la jouer « plus gaulliste que moi, tu meurs ! » après tant de temps passé à cirer les pompes du meilleur héritier de Pétain. Ce mec-là se voudrait une caution morale alors qu’il a été l’un des artisans d’une politique méprisable parce que méprisant les « autres » et les stigmatisant, tels les Africains, si peu entrés dans l’Histoire (mais qui s’emploient surtout à faire sortir la France de la leur) ou les gens du voyage et les Roms, fauteurs de délinquance patentés. Et j’en passe.

    Chaussé de ses plus gros sabots, l’homme à l’indignation élastique pousse même la perfidie jusqu’à associer Hollande à Vichy, donc à Pétain, donc à la collaboration alors que tout son discours, au contraire, condamne sans appel ce régime. Dommage pour ce cher Henri que l’image d’Epinal de sa « France que j’aime » et dont il se pose en dépositaire exclusif, le petit prétentieux, ne soit si brouillée par les graffitis haineux du Sarkozysme ! On aurait presque pu y croire. Mais il est vrai que, dans l’esprit étroit, étriqué et monomaniaque des gens de droite, la gauche n’est jamais légitime, qu’elle gagne et gouverne ou qu’elle perde et s’oppose. Heureusement pour Hollande, Chirac avait déjà commencé à tracer la voie…

    Bien sûr, nous aussi, on préfère la France de Londres à celle de Vichy. Près de 70 ans après la fin de la guerre, on a tout de même eu le temps de comprendre, comme Riton, où étaient les bons et les méchants. Surtout ceux qui n’y ont joué aucun rôle, comme les gens de ma génération et des suivantes, parce que nés après. C’est donc aussi le cas de Guaino, né en 1957 en Arles !

    Nous, ce qu’on connaît de cette fichue guerre, c’est ce que nous en ont dit nos parents et nos instituteurs. Souvent pas grand chose, d’ailleurs. Mais aussi ce que nous en avons lu dans les bouquins ou vu dans les documentaires et les films, à la télé ou au cinéma. Parfois aussi au théâtre. C’est dire que, pour nous, le choix était assez restreint : prendre le parti de Pétain était inconcevable sauf à revendiquer une démarche idéologique d’extrême-droite. Bien sûr, ça existe, et plus le temps passe, plus il semble que ces raisonnements simples et simplistes séduisent plus de monde, jusqu’à un récent président sortant. La force de l’oubli, sans doute.

    La France qu’on aime, donc, elle était aussi dans le Vercors et aux Glières, même un peu partout dans le pays, souvent misérable tant les moyens pouvaient lui manquer, si peu nombreuse le plus souvent, en butte à la délation de « la France que personne n’aime plus aujourd’hui » et dont personne n’a jamais été, semble-t-il. La France qu’on aime, c’était une armée de l’ombre de bric et de broc composée souvent d’inconscients, d’idéalistes, de gens de rien juste indignés par l’abandon, de gaullistes et de communistes et même d’étrangers et de métèques venus chez nous continuer le combat… Un peu les mêmes que ceux que Sarko, le mentor de ce cher Henri, aimait tant fustiger, il y a peu !

    Mais qu’on les aime ou pas, les France de Londres et de Vichy sont toujours La France, que je sache. Pétain n’a pas pris le pouvoir en renversant le gouvernement d’un pays démocratique : on le lui a donné, même si ce fait n’est pas exempt de magouilles et de combines.

    Guaino se donne des grands airs outragés lorsqu’il dit, parlant de ceux qui ont commis la rafle du Vel’ d’Hiv’, qu’il doivent être condamnés durement au tribunal de l’Histoire. On n’a, en effet, plus guère que ce tribunal-là pour les juger et les condamner puisque « la France qu’on aime », à quelques exceptions près, s’est bien gardée de le faire. Et on le comprend quand on se souvient du bel élan de patriotisme qui a saisi tant de nos concitoyens libérant leur furieuse envie de résister à l’oppression contenue avec tant de difficulté durant 5 ans. Ah, les beaux jugements sommaires ! Ah, la saine excitation procurée par la vue de ces femmes rasées et clouées au pilori pour avoir couché avec cet ennemi tant honni ! Ah, les beaux règlements de comptes au nom d’une morale frissonnant toujours dans le sens du vent dominant ! Était-ce pour conjurer le souvenir si récent des années noires durant lesquelles ce pays a aussi été un champion de la délation ?

    On nous a dit et répété que le souci du gouvernement provisoire a été d’éviter un bain de sang à la Libération. Sûr que les ambiguïtés de l’Occupation ne promettaient pas seulement des Jours Heureux ! Mais ce souci, au demeurant salutaire, n’a finalement jamais permis de solder les comptes. Au contraire, il a aussi donné à des ordures comme Papon la possibilité d’officier pareillement pour la République qu’ils avaient su le faire pour l’État français de Vichy, grâce à de Gaulle, et à d’autres, comme Bousquet, par ailleurs organisateur de cette rafle, de bénéficier de quelques protections comme celle de François Mitterrand. Cela sans être inquiétés ni rendre de comptes pour leurs actes. Dur, le tribunal de l’Histoire !

    Mais ce jugement de l’Histoire, aussi dur soit-il, ne nécessitait-il pas qu’un débat soit conduit dans le pays, et qu’il se trouve des intellectuels pour l’animer, analyser cette période et crever l’abcès une bonne fois pour toute ? Au lieu de cela, la thèse gaullienne de la France Résistante, celle qu’on aime avec Guaino, a voulu baigner l’histoire de notre pays d’une lumière glorieuse dont chacun ressent confusément qu’elle est aussi un peu artificielle. Pareil que pour la guerre d’Algérie, finalement.

    Ce qui fait froid dans le dos, avec la rafle du Vélodrome d’Hiver, ce qui est terrible et ce qu’a fort bien mis en exergue François Hollande, c’est qu’elle a été entièrement ordonnancée par des Français. Ce qui est terrifiant, c’est que ce sont notre police et notre gendarmerie qui ont exécuté les ordres donnés par des responsables français avec pour seule contrainte le devoir d’obéissance des fonctionnaires à l’État.

    N’en déplaise à monsieur Guaino, ces gens-là étaient bien des Français et donc c’était bien la France. Pas celle qu’on aime, j’en conviens mais la France, quand même. Quels qu’aient pu être leurs sentiments personnels, chacun d’eux porte une part de la responsabilité d’un crime immense et impardonnable. On aurait bien sûr préféré qu’ils agissent différemment, qu’ils se révoltent et qu’ils obligent le pouvoir à faire appel aux Allemands pour mater la rébellion et à endosser la vilénie. Qu’ils écrivent une nouvelle page pour illustrer l’esprit frondeur de cette France qu’on aime, prompte à se sacrifier pour la liberté, la justice et la gloire. Parce qu’on sait que c’est possible. On sait, par exemple, que malgré l’incompétence notoire de ses chefs d’alors (on parle de Gamelin et consorts), l’armée française (notamment, l’armée de l’air), dans la défaite de 1940, avait su écrire, malgré son sous-équipement, de belles pages d’héroïsme, hélas méconnues. En tout cas, à l’opposé de cette armée de branquignoles, de bras cassés et de tire-au-flanc, popularisée par un certain cinéma (la 7ème compagnie, par exemple). Mais là, non. Rien. Pas de révolte. Juste l’obéissance. Jusqu’au bout.

    A l’autre bout de cette chaîne de l’abjection et du malheur, il se trouve des hommes comme Primo Levi (dans « Si c’est un homme ») qui analyse avec une tragique gravité cette évidence si horriblement humaine : là où les hommes sont soumis à la pire des oppressions et où l’on penserait qu’ils feraient preuve de solidarité et de compassion mutuelle, il suffit à l’oppresseur de déléguer la plus infime partie de son pouvoir de vie et de mort sur les opprimés pour que, toujours, parmi ceux-ci se lèvent des individus qui, à leur tour, deviendront oppresseurs de leurs compagnons de misère et, parfois, leur pire cauchemar. Cet homme, qui était revenu avec si peu d’autres comme lui de ces camps où ils avaient survécu à tant de souffrances indicibles et que nous sommes incapables d’imaginer malgré ce qu’ils en ont raconté, nous disait que, finalement, il n’y a rien de plus banal que la lâcheté… ordinaire !

    Alors, c’est sûr que si on ramène cela à l’échelle de pays comme le nôtre, tant de lâcheté fait crasse et mieux vaut vénérer la France qu’on aime. Car ce qui fait peur, aussi, c’est de se dire, chose absurde, j’en conviens, que si pareille mésaventure se reproduisait, il se trouverait des gens pour aider nos bourreaux, avec ou sans uniforme de policiers ou de gendarmes et que nous leur serrons sans doute la main tous les jours.

    Le seul point sur lequel de Gaulle avait peut-être raison, c’est que la République n’a pas commis ces crimes. A mon sens, elle en porte néanmoins une lourde part de responsabilité car elle s’est avérée incapable de protéger ses citoyens en donnant le pouvoir à l’extrême-droite. Mais pour le reste, la France a bel et bien commis un crime les 16 et 17 juillet 1942 et bien d’autres durant cette sombre période. Il ne s’agit pas de refaire l’histoire et de donner des leçons. Qui serions-nous, nous qui n’avons pas vécu cette époque, pour dire ce qu’il était bien de faire ? Que savons-nous de ce qu’aurait été notre propre comportement dans un contexte que nous ne connaissons pas vraiment ? Mais du moins, nous comme nos aïeux connaissons les valeurs qui fondent notre pays. Ce n’est pas mentir que de dire qu’elles ont été trahies et que, pour des raisons qu’on aimerait sincèrement comprendre, trop de nos concitoyens ont aussi trahi la France qu’on aime. Et que c’est de ne pas savoir l’expliquer qui rend la chose si douloureuse.

    Alors, de grâce monsieur Guaino, taisez-vous et honorons la mémoire des victimes de cette France abjecte qui nous marque tous d’une tache indélébile. Merci à Jacques Chirac et à François Hollande d’avoir mis un terme à cette hypocrisie gaullienne à laquelle vous vous raccrochez lamentablement !

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