@Ficanas84

Accueil du site > Mots-clés > Themes > Sarkozy

Sarkozy

Articles

    On ne dirait pas comme ça mais il y a déjà 3 mois, nous étions des millions à descendre dans les rues des villes de France en hommage aux victimes des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, à Paris, et crier à la face du monde que nous rejetions le terrorisme et l’intolérance. Nous nous disions « Charlie », alors.

    Depuis, il y a eu Copenhague, Sanaa au Yémen, Tunis et l’Université de Garissa au Kenya. Et toujours l’Irak, la Syrie, la Palestine, le Nigeria, et tous ces endroits oubliés des médias où l’on massacre, parfois loin de la lumière des projecteurs. Une macabre théorie de cadavres ensanglantés.
    Cela fait dire à certains que nous aurions l’indignation sélective puisqu’il ne s’organise pas de nouvelle marche à chaque nouvel attentat. C’est vrai, aussi. Mais à ce compte-là, les délires sanguinaires et meurtriers qui se succèdent à un rythme effrayant seraient aussi indirectement un bon moyen de lutter contre l’obésité. Vous verrez qu’on va finir par les remercier tous ces salopards…

    Il est vrai que ce reproche narquois s’adresse essentiellement à Hollande et à sa clique qui ont été si prompts à célébrer le « fameux esprit du 11 janvier. » J’en ai encore l’œil humide, tellement c’était beau et… bouleversifiant. Voir dans un même élan les rigolos pas drôles de l’Union européenne — les Merkel, Junker, Rajoy, Cameron, etc. — marcher au coude à coude avec d’autres crapules du même acabit (au hasard, Netanyahou et Libermann pour Israël, Bongo pour le Gabon, Orbán pour la Hongrie, pour n’en citer que quelques-unes), alors qu’ils n’ont d’ordinaire que mépris pour les petites gens, les sans-dents comme aurait dit notre bon président, avait de quoi vous retourner l’estomac. Paris, capitale du monde, l’unité nationale, allonzenfants de la patri-illeuh, tralalère ! Je comprends ceux de mes amis qui n’ont pas voulu cautionner une telle mascarade même si je crois que pour la plupart des gens qui étaient présents ce jour-là, l’important n’était pas dans ce spectacle écœurant et hypocrite.

    Depuis, il y a eu la longue litanie de commentaires, plus savants les uns que les autres, pour nous expliquer que, finalement, nous ne représentions pas grand chose. 4 millions de personnes, quand même. Une paille ! Etonnant dans un pays où 900 personnes suffisent à prouver que 75 % des Français sont raides dingues du génie politique de leur gouvernement d’après son fan-club ! Ces manifestations n’étaient donc, bien évidemment, que l’expression d’une classe de bobos, occidentaux bien blancs sur eux, qui se seraient donnés bonne conscience à bon compte car touchés dans leurs prétentions à l’universalité de la devise républicaine — Liberté, Égalité, Fraternité — et au motif, parfaitement exact au demeurant, que rien, en vérité, ne viendrait lui donner un semblant de début de réalité en notre bon pays de France (et de moins en moins, hélas) ni nulle part ailleurs, d’ailleurs !

    On a bien essayé aussi de nous faire comprendre que, si c’est pas joli joli de tuer des dessinateurs, il fallait reconnaître qu’ils l’ont bien cherché, faut dire, allez, un peu quand même, hein ? Faut pas se moquer des religions, ça blesse. Ou plutôt ça tue. Il est vrai qu’on avait un peu perdu l’habitude en France, depuis un ou deux siècles, peut-être un poil plus, de voir zigouiller des gens pour cause de ricanements trop ostensibles aux facéties de religions tellement nobles et généreuses qu’on se demande pourquoi, noun di diou, elles ne sont pas obligatoires. Quel gâchis ! Je reconnais que se poser la question, déjà comme ça, là, ça mérite le bûcher ou la décapitation. Si si, il faut le dire. Mais, que voulez-vous, je ne peux pas m’en empêcher. Bien le pardon, quand même, bien sûr !
    C’est que, voyez-vous, chez certaines personnes, il est difficile de concevoir que Dieu [1] et tout le tralala qui l’entoure, ça puisse ne rien évoquer du tout à de simples mortels. Que dalle ! Nibe de nibe ! Zépi ! Walou ! Nada ! Sauf des moqueries que eux-autres appellent des blasphèmes qu’ils voudraient voir inscrits dans la loi alors que ce ne peut être qu’une notion religieuse, donc PAS UNIVERSELLES du tout, pour le coup, puisqu’il faut croire en l’autre, là-haut, pour qu’elle ait un sens. C’est simple à comprendre, pourtant, non ? Ben non !

    On est mal, je vous le dis !

    Et puis, bien sûr, on a eu pour finir (provisoirement) nos élections Départementales où on s’est demandé si la haine et le rejet de l’autre n’allaient pas l’emporter et devenir le quotidien des citoyens de ce pays. Avec le résultat que l’on sait. Un grand écart, en apparence, que Jacques Rancière analyse dans cet entretien (abonnés).

    Certes, les attentats dont je parle plus haut ont fait beaucoup pour la promotion de l’islamophobie dans nos contrées. Sans doute est-ce l’un des objectifs stratégiques, d’ailleurs, afin d’accentuer le malaise que peuvent éprouver bon nombre de musulmans, en France et en Europe, et leur sentiment d’être rejetés. Et on ne saurait leur donner tort. Il faut dire aussi que notre classe politique ne brille guère par sa fidélité aux valeurs de la République qu’elle vend à longueur de discours et dont elle exige de chacun un respect tatillon mais dont elle sait fort bien se dispenser.
    Ainsi, au lendemain des attentas de Paris, les mêmes qui appelaient à ne pas stigmatiser nos compatriotes musulmans trouvaient-ils parfaitement légitime qu’on arrêtât un gamin de 8 ans pour « apologie du terrorisme. » Ailleurs, c’était des adolescents ayant osé refuser d’« être Charlie » ou de faire silence conformément aux injonctions de l’Etat qui se voyaient sommés de se justifier, et avec eux tous les musulmans de ce pays. Un peu pitoyable, cette forme d’opprobre jetée sur des enfants et leurs familles qui, pour des raisons qu’on se gardait bien de chercher à comprendre sans les caricaturer, refusaient de céder aux injonctions et brisaient la belle unanimité qui faisait si bien sur la photo, et alors même qu’on parlait, avec des trémolos dans la voix, de la liberté d’expression comme d’un bien précieux à défendre. L’emblème de la République française ! Mais dans la France du XXIème siècle, c’est l’Etat seul qui semble pouvoir décider de ce qu’un citoyen, enfant ou adulte, a le droit d’être ou de dire, surtout s’il est musulman. Un comble ! Et ça ne choque même pas les gardiens brevetés des valeurs de cette République !

    Liberté chérie…

    Cependant, la suspicion à l’égard des musulmans n’est pas vraiment récente et la droite n’y est pas pour rien. Mais la gauche non plus, malheureusement, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Du moins, une certaine gauche qui ne l’est plus vraiment et qui se permet toujours de donner des leçons de morale alors qu’elle a abandonné les territoires de l’espoir, du vivre ensemble et du changement de la société pour venir marcher sur les platebandes de la droite.
    Qu’un maire UMP, se mette à piller le patrimoine idéologique du FhaiNe et supprime les menus de substitution dans les cantines des écoles primaires ne peut évidemment pas surprendre. Il y a longtemps qu’une certaine engeance à l’esprit étriqué navigue sans vergogne d’un parti à l’autre. C’est juste que, au gré de leurs intérêts, les uns préfèrent Sarkozy et les autres la famille Le Pen mais il n’y a pas véritablement de différence sur le fond. Seulement dans la gamme d’octave des éructations.
    Mais aucun n"hésite à bafouer le principe constitutionnel d’égalité des droits des citoyens, au nom de préjugés racistes, donc eux-mêmes anticonstitutionnels. Bien sûr, on se retranchera derrière la laïcité pour justifier cette discrimination en oubliant commodément que c’est l’école qui doit être laïque, pas les services qui l’entourent. Et que c’est à l’Etat que s’impose la neutralité définissant la laïcité, pas aux citoyens. Sans même parler de l’abjection que représente cette instrumentalisation des enfants de la part d’un parti qui voit des prises d’otages partout à la moindre grève !
    Mais qu’une ministre d’un gouvernement socialiste puisse relancer un énième débat sur le voile que portent certaines femmes musulmanes et cela à l’université, c’est à dire dans un lieu qui se définit comme un espace d’échanges, de débats et de transmission des savoirs et de la culture, des Lumières, concernant qui plus est des adultes, voilà qui ne manque pas d’interroger sur la corruption des esprits qui osent encore se réclamer de la gauche.

    Il n’y avait donc rien de plus urgent, à quelques jours d’une élection que de donner dans cette surenchère imbécile tout en se posant en ultimes remparts contre la haine et le rejet de l’autre et en agitant l’épouvantail bien commode en l’occurrence du Front National. Comment peut-on prendre ces gens au sérieux ? Comment peut-on s’identifier à eux qui prétendent être les représentants exclusifs de la gauche et ne font que la décrédibiliser jour après jour auprès de ceux qui constituaient son électorat, plus ou moins convaincu, plus ou moins critique à l’égard du PS mais prêt à le soutenir, s’il le fallait, justement au nom des valeurs qu’il bafoue aujourd’hui ?

    Je ne regrette certainement pas d’avoir marché en Avignon le 11 janvier dernier car j’y ai vécu un moment qui vous prend aux tripes comme jamais je n’en avais vécu. Un instant rare et extraordinaire en osmose avec de très nombreuses personnes [2] venues exprimer la même émotion et la même indignation. Mes semblables. Personne n’aurait su dire s’ils étaient français ou non, ni de quelle religion ils se réclamaient s’ils n’en portaient pas de signes extérieurs. La seule chose qu’on pouvait identifier, à peu près, dans certains cas, c’était la couleur de leur peau et parfois un type ethnique plus ou moins significatif. Mais qu’importe. Il n’y a eu ni cri de haine ou de vengeance, juste des êtres humains venus partager un immense chagrin. Des êtres humains, avant tout !

    On pourra m’expliquer que cela n’était pas important car tous n’étaient pas là, qu’il y avait des oubliés, des suspects, des rejetés. Ça, je veux bien l’entendre car j’en suis conscient. Je le sais. Mais c’est aussi pour ces gens absents que je ne connais pas et dont je ne partage pas les convictions religieuses (je n’en partage avec personne, d’ailleurs) mais que je respecte, que j’ai marché ce jour-là, comme j’ai marché pour les journalistes de Charlie, comme j’ai marché pour les policiers exécutés, comme j’ai marché pour ces gens assassinés car ils étaient juifs. Comme je pense aujourd’hui aux victimes de ce fanatisme religieux qui frappe partout dans le monde avec la même répugnante lâcheté.

    Oui, vraiment, j’aurais aimé que ce fameux « esprit du 11 janvier », dans lequel s’est drapé le président de la République, soit autre chose qu’une simple exploitation politicienne d’un événement national tragique et n’ait pas cédé la place à d’autres exploitations politiciennes de préjugés contre lesquels il semble que beaucoup de personnels politiques aient renoncé à lutter. J’aurais aimé que mon pays se montre aussi plus attentif à la souffrance d’autres peuples atteints bien plus gravement et tragiquement que nous et dont on fait si peu de cas.
    Je me souviens que la sinistre Alliot-Marie a été plus prompte à proposer à Ben Ali le savoir-faire français contre les émeutes populaires à l’origine de la révolution tunisienne que ne l’a été Hollande à proposer de marcher en hommage à la nouvelle Tunisie et aux victimes des derniers attentats de Tunis, tout comme pour celles du Kenya.

    J’aurais aimé que la France, mon pays, entende aussi la souffrance de certains de ses citoyens et qu’elle se batte vraiment pour leur offrir une véritable place en son sein, digne des idéaux dont elle se réclame encore mais qu’elle laisse galvauder honteusement. La République devait assurer l’émancipation et le bonheur du peuple, en particulier par l’éducation, c’est à dire par l’acquisition des outils permettant la compréhension et la critique de son environnement pour garder la maîtrise de ses choix. Pas seulement savoir lire, écrire et compter, comme on l’entend si souvent. Pas seulement à l’école mais aussi partout où des citoyens choisissaient de se rencontrer, de parler ensemble et de partager. Ça s’appelait l’« éducation populaire. » Une idée issue de la Révolution, tellement évidente qu’elle en faisait peur aux nantis, à ceux qui accaparent le pouvoir à leur seul profit et qui ont fini par la détruire. J’ai pourtant la conviction profonde que c’est cette destruction lente et systématique de toutes les structures d’éducation populaire qui explique en grande partie (mais pas seulement, bien sûr) le délitement actuel du tissu social et des solidarités citoyennes et intergénérationnelles et plus particulièrement envers les plus faibles. C’est aussi cet abandon qui explique que des jeunes en manque de repères et d’avenir préfèrent aller mourir en Syrie plutôt que vivre méprisés par leur propre pays et finissent par le renier. Au lieu de porter notre attention sur les plus faibles pour les aider et les accompagner, nous avons préféré les dénigrer et détourner le regard, les abandonner, et ceux qui les aidaient avec, pour favoriser ceux qui ont le plus de capacités, de facilités ou de talent. Car c’est plus facile d’aider les « gagnants », ça coûte bien moins cher. Pourtant, il y a aussi écrit « Fraternité » au fronton de nos édifices publics. C’est à dire, tendre la main, se respecter et s’entraider mutuellement. Des choses si ringardes aujourd’hui, semble-t-il, mais qui demeurent pourtant le seul terrain de modernité d’une gauche fidèle à elle-même et porteuse d’avenir.

    Il y a ainsi des choses qui vous grandissent mais dont il semble que la France ne soit plus capable, trop occupée à se regarder le nombril.

    Il faut vraiment en finir avec ce cauchemar !

    Notes

    [1] Je mets quand même une majuscule au cas où il lirait ce blogue, ça mange pas de pain béni !

    [2] Nous étions pas loin de 20000 entre l’esplanade Jean Jaurès (il aurait été fier de nous, le vieux Jeannot) et le parvis du Palais des Papes !

    Ils ont tué Jaurès !

    vendredi 1er mars 2013, par Marc Leblanc

    JPEG - 13.2 ko
    Jaurès assassiné - L’Humanité

    Le bistrot était presque vide. A l’extrémité du zinc, la patronne conversait tranquillement avec deux habitués accoudés au bar et juchés sur les hautes chaises. La journée démarrait tout doucement pour tout le monde. Nous nous étions installés à une grande table au milieu de la salle et parlions nous aussi à voix basse de choses et d’autres sans grande importance. Surtout, nous tentions de chasser de nos esprits les dernières brumes d’une nuit, comme toujours interrompue trop tôt, sans parvenir vraiment à échapper à d’ultimes rêveries qui nous enfermaient de longs moments dans un mutisme harassé. Je sirotais mon grand crème et y trempais les morceaux d’un pain au chocolat dont la croûte s’émiettait d’abondance et se répandait sur toute la table. Un autre habitué entra saluant l’assemblée à la volée et alla se joindre au trio de comploteurs, là-bas au fond du bar. Sur le vaste mur face au zinc, le grand écran plat était calé sur BFMTV, son coupé. On y voyait défiler les images de ce qui était l’actualité du jour, en alternance avec les gueules inexpressives des deux présentateurs, et soulignées de l’incontournable bandeau déroulant les sujets en cours. En dessous apparaissait aussi un pavé marqué « Alerte Info » annonçant à la manière d’une catastrophe nucléaire les velléités de candidature de Sarkozy pour la présidentielle de 2017. Comme si ça pouvait être une surprise ! Encore un truc pour nous pourrir la journée à peine commencée, en attendant de nous pourrir la vie pour de bon le moment venu. Quelle galère !

    Les reportages tournaient en boucle, comme il se doit : Mali, Syrie, « chiffres » du chômage, Sarkozy, Mali, Syrie, etc. Surtout Sarkozy dont de larges extraits de ses profondes réflexions — telles qu’il les avait confiées à Valeurs Actuelles — défilaient au bas de l’écran comme pour nous allécher. Bizarrement, le vide sidéral de la pensée — appelons ça ainsi — sarkozienne semblait être un sujet bien plus important que tout autre, notamment le chômage ou la mort d’un soldat français au Mali. Décidément la médiocrité des puissants prend toujours le pas sur les préoccupations des petites gens. Puis vint apparemment le moment de l’indispensable page « culturelle » — désolé, ça s’appelle comme ça ! — consacrée ce jour-là à un autre de nos grands comiques : Johnny. Il paraît que le cher grand homme, sentant sans doute la fin approcher, nous a concocté un nouvel album sur le temps qui passe accompagné d’une sorte de pot-pourri d’images de sa fastueuse jeunesse. Le bonheur, en somme ! C’est dans de tels moments que vous vient un lourd sentiment de lassitude face à une telle vacuité. Sarkozy, Halliday, voilà ce qui fait l’actualité dans ce pays d’après cette chaine d’information en continue, sans doute ni pire ni meilleure que les autres car aussi superficielle qu’elles. Des pourvoyeuses « d’infos » bien formatées, du prêt-à-digérer non pas consensuel mais fondamentalement orienté dans le sens du vent dominant, celui des puissants, du grand patronat, de l’ultra-libéralisme, pour qui des ouvriers en lutte commettent des actes de violence inacceptables alors que leurs vies sont saccagées par des licenciements d’une rare sauvagerie et un chantage à l’emploi d’un rare cynisme. Quand on met bout-à-bout ces infos partiales, incomplètes, superficielles et clairement orientées qu’on nous assène de toutes parts, on ne peut qu’être frappés par le profond mépris qu’elles traduisent, dans le fond, de la part de bon nombre de journalistes, à l’égard de la classe ouvrière, des gens modeste d’une façon générale, de ceux qui triment pour gagner leur vie.

    Je pensais alors à Stéphane Hessel, disparu une semaine avant et auquel, selon l’usage réservé aux grands hommes, la Nation devait rendre hommage ce même jour. Décidément non, ces événements ne pouvaient pas évoluer dans la même dimension. D’un côté l’élégance, l’humanisme, la sagesse et la générosité des convictions d’un Stéphane Hessel, de l’autre la vulgarité, la rapacité, la soif de domination et le culte de soi-même de quelques médiocres pantins. Deux conceptions antinomiques de l’humanité. L’une généreuse et sincère, l’autre hypocrite et égoïste. Je me demandais aussi comment Hollande allait se sortir de l’exercice, lui qui, tout en étant le chef de file d’un parti dont Stéphane Hessel était ou avait été une des figures, conduisait une politique qui, à bien des égards, prenait le chemin opposé de celui que prônait le vieux sage ou, en tout cas, était une cause de ses indignations. La politique de Hollande n’est ni plus ni moins que la continuation de celle de Sarkozy et, en cela, constitue un reniement pour ne pas dire une trahison des engagements, pourtant modestes, sur lesquels il s’était fait élire. Dès lors, quelle ironie de le voir rendre hommage à Stéphane Hessel, à la mémoire de qui ce serait faire gravement injure que d’oser comparer leurs pointures morales et politiques respectives, non plus qu’à celle d’une classe politique française qui, à peu d’exceptions près, se vautre dans une médiocrité confondante. Pourtant, une chose est sûre : cet hommage de la Nation aurait pu être encore plus affligeant s’il avait été conduit par Sarkozy, celui-là même qui était allé faire à plusieurs reprises le guignol prétentieux aux Glières pour y fouler au pied la mémoire des Résistants et l’œuvre du Conseil National de la Résistance.

    Pour finir, Hollande a assuré le service minimum face à cette encombrante figure, lui faisant un éloge à peine plus chaleureux que ceux de beaucoup d’autres ne possédant pourtant pas la même proximité supposée avec Stéphane Hessel, et évitant soigneusement de froisser le CRIJF dont l’aversion pour le défunt, illustrée par des diatribes assez minables — en raison de son soutien à la cause palestinienne — n’a d’égale que la propension pour le moins pénible de ces gens à voir un antisémite pathologique en quiconque ose critiquer la politique israélienne. Quel courage, Monsieur le Président. Mieux valait tenter d’accréditer l’idée que l’amitié qui liait Stéphane Hessel à Michel Rocard validait la conception que ce dernier avait de la Gauche, oui, de la Gauche alors que plus personne ne songe plus depuis longtemps à coller une telle étiquette sur le dos du malheureux ambassadeur de Sarkozy auprès des pingouins. Toujours le mot pour rire, ce Hollande ! Il faut dire que dans ce parti socialiste, il y a belle lurette que l’idée même de Gauche s’est perdue dans les sables mouvants de l’opportunisme, ne servant plus que très rarement de caution sociale à un libéralisme qui ressemble comme deux gouttes d’eau à celui promu par la droite. Et à quoi donc se résume le libéralisme ? A rendre les travailleurs responsables des difficultés économiques et à faire peser sur eux l’essentiel des sacrifices jugés indispensables, au prix des droits qu’ils ont chèrement acquis au cours du siècle dernier et qu’ils ont arraché de haute lutte à la bourgeoisie.

    Il paraît que ces acquis sont désormais ringards et obsolètes, d’après les habituels experts qui viennent presque quotidiennement nous expliquer que la crise, c’est nous et nos droits. En fait, pour le patronat et la bourgeoisie, ils le sont depuis le jour de la signature des accords qui les ont engendrés. L’occasion est trop belle, aujourd’hui, de remettre les compteurs à zéro pour les salariés et de les dépouiller. On sait bien que l’impôt ne fera qu’égratigner nos riches méritants. On sait bien que l’on ne pourra jamais éponger la dette. Mais l’essentiel n’est pas là. Ce qui importe, c’est de maintenir les peuples sous le joug, dans un état d’incertitude permanente et sous la menace de la misère afin de pouvoir puiser dans le vaste vivier mondial de main d’œuvre et de matière grise, en mettant en concurrence tous ces gens qui aspirent à vivre de leur travail, honnêtement, mais qu’on peut ainsi contraindre à renoncer à tout, y compris parfois à la dignité.

    Ils ont oublié, nos socialistes du XXIème siècle, que le socialisme, à l’origine, voulait l’émancipation de la classe ouvrière. Il voulait défendre et promouvoir la dignité des petites gens face à la rapacité de la bourgeoisie. Ils ont juste oublié qui leur donnait leur légitimité politique. Trahir le peuple a toujours coûté cher à la Gauche et n’a toujours servi qu’à affermir la droite la plus réactionnaire.

    Oui, nous laisserons sur le carreau le Code du Travail qui devait nous protéger un peu, nos salaires, nos retraites et la protection de notre santé, puisque le patronat et la bourgeoisie capitaliste l’exigent et que les socialistes, certains syndicats dits réformistes, la droite et l’extrême-droite sont à leurs ordres. Oui, on abandonne les classes modestes au nom d’une prospérité illusoire dont il n’est même plus question aujourd’hui qu’elle puisse être partagée si d’aventure elle revenait. Le peuple peut bien crever, il y a assez de miséreux de par le monde pour continuer à enrichir les puissants.

    Oui, ils ont oublié, les socialistes, qui ils étaient et qui ils auraient dû être…

    Bon courage pour les prochaines élections, mesdames et messieurs.

    Pourquoi avez-vous tué Jaurès ?

    Ils étaient usés à quinze ans
    Ils finissaient en débutant
    Les douze mois s’appelaient décembre
    Quelle vie ont eu nos grand-parents
    Entre l’absinthe et les grand-messes
    Ils étaient vieux avant que d´être
    Quinze heures par jour le corps en laisse
    Laissent au visage un teint de cendres
    Oui notre Monsieur, oui notre bon Maître
     
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
     
    On ne peut pas dire qu’ils furent esclaves
    De là à dire qu’ils ont vécu
    Lorsque l’on part aussi vaincu
    C’est dur de sortir de l’enclave
    Et pourtant l’espoir fleurissait
    Dans les rêves qui montaient aux cieux
    Des quelques ceux qui refusaient
    De ramper jusqu’à la vieillesse
    Oui notre bon Maître, oui notre Monsieur
     
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
     
    Si par malheur ils survivaient
    C’était pour partir à la guerre
    C’était pour finir à la guerre
    Aux ordres de quelque sabreur
    Qui exigeait du bout des lèvres
    Qu’ils aillent ouvrir au champ d’horreur
    Leurs vingt ans qui n’avaient pu naître
    Et ils mouraient à pleine peur
    Tout miséreux oui notre bon Maître
    Couverts de prèles oui notre Monsieur
    Demandez-vous belle jeunesse
    Le temps de l’ombre d’un souvenir
    Le temps de souffle d’un soupir
     
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
    Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?
     
    Jacques Brel

    A lire aussi, ce texte de 2009.

    Ou cette reprise de Zebda :

    La faute à personne, comme toujours

    samedi 23 février 2013, par Marc Leblanc

    JPEG - 77 ko
    Heureusement qu’il y a Findus !

    C’est fou ce qu’on peut faire avec du cheval roumain quand on y pense ! Mais dans le fond, le problème dans cette histoire, ce n’est pas tant ces pauvres bêtes que ce qu’elle révèle de cupidité et de malhonnêteté dans un système censé nous nourrir.

    Les Roumains non plus, d’ailleurs, ne sont pas en cause. Certains, rien qu’à entendre ce mot avaient dressé l’oreille, prêts à nous asséner leurs sentences définitives sur ce peuple. Raté ! Ce sont bien de bons Français (et quelques autres fiers Européens occidentaux) qui ont cru malin de déguiser les canassons de Roumanie en vache de réforme. Au tiers du prix de la bête à cornes (sans corne, d’ailleurs, regardez dans les prés), c’était une affaire. Vivent le marché unique et la concurrence libre et non faussée !

    On fait donc mine de découvrir le désormais fameux minerai et les pratiques d’une industrie en fin de compte ni plus dégueulasse ni moins pourrie que les autres. Juste une machine à pognon avec plein de chartes éthiques et blabla Qualité façon ISO 9000 et tout ça qui font super-propres, et plein de règlements sanitaires super-épatants mais sans personne pour s’assurer de leur respect, vu que l’État a dépecé ses services de contrôle. Faut pas désespérer ces valeureux chefs d’entreprises qui donnent du boulot aux culs-terreux avec ces normes handicapantes. C’est même Cahuzac qui le dit, un ministre de référence qui sait tout de la finance mais rien de la lutte des classes.

    Alors, on aura peut-être des étiquettes pour dire quelle viande on mange, foi de Hollande, mais, pour pas nous effrayer encore davantage, elles ne nous diront pas ce que nos bestioles ont mangé. Faut pas exagérer non plus. A quoi servirait de connaître la présence d’OGM, d’hormones, d’acide lactique, de Javel ou autres trucs sympas ? Ça nous avancerait à rien, pardi, sinon à nous angoisser ! Et c’est Bruxelles qui le dit. Et on sait que quand Bruxelles fait les gros yeux, Hollande se pisse dessus comme Sarko avant lui.

    Dans le genre, c’est cette même industrie de transformation de la viande qui nous avait fourgué les farines animales. Ça avait donné le scandale de la vache folle et tout ça. Mais comme c’était pitié de perdre tant de bonne marchandise, grâce aux fines analyses de Bruxelles, on va de nouveau pouvoir s’en servir pour nourrir les poissons et les autres bestioles. Mais attention, promis juré, il n’y aura plus de mélanges hasardeux pour transformer nos herbivores en cannibales. Nenni. On sera juste plus sévères, intransigeants. Comme avant la première fois, quoi, mais là grâce à la traçabilité, promis, ça va saigner avec les tricheurs. Puisqu’on nous le dit, hein ?

    Pour Spanghero et sa viande de cheval pas très ragoutante, j’ai une vague idée de qui va payer le gros de l’addition : il y a quelque chose comme 250 pèlerins qui n’ont rien demandé à personne mais qui risquent fort d’aller pointer chez Paul Emploi. Possible aussi que le patron pas trop honnête se fasse tirer les oreilles et y laisse des plumes. Admettons.

    Pour les farines animales, par contre, je vois pas bien qui rendra des comptes quand on découvrira que les mêmes causes produisant les mêmes effets, on se retrouve avec la même catastrophe sanitaire. Car il n’y a aucune raison pour que la cupidité fasse place à la raison et à la prudence. Comme souvent dans ces cas-là, les politiciens se retrancheront derrière leur dévouement à l’intérêt commun et leur absence d’expertise sur les sujets concernés et les experts diront, eux, que c’était imprévisible. Et, s’il y a des victimes, tout le monde exprimera sa douleur et sa compassion pour bien montrer son humanité.

    Voyez l’amiante. La France a été l’un des derniers pays occidentaux à l’interdire malgré sa nocivité reconnue depuis près d’un siècle. Encore aujourd’hui, de nombreux ouvriers contraints à travailler avec cette merde et mal protégés contre elle paient de leur vie la cupidité de leurs patrons et le manque de discernement de la classe politique. Pire, la justice traine les pieds pour reconnaitre les préjudices de ces malheureux, simplement parce que, en France, le Parquet est aux ordres du gouvernement et que ces préjudices se chiffreraient à des milliards d’euros que les capitalistes refusent de payer.

    Voyez le nucléaire. La grande industrie nationale qui craque de tous les côtés mais procure tant de profits à quelques grands investisseurs nationaux. Interdiction absolue de douter. Le nucléaire nous donne tant d’emplois et apporte la prospérité à tant de petites villes où sont installées des centrales. Ce serait pitié d’y renoncer, irresponsable, même ! Mais qui rendra compte si, comme ce n’est malheureusement pas du tout impossible, un accident vient à mettre une région en péril et contraint ses habitants à l’évacuation ? On parle de 35 milliards d’euros. La belle affaire ! Tout une région abandonnée pour plusieurs siècles et tous ces gens qui avaient confiance réduits à l’état d’expatriés après avoir tout perdu. Au nom de l’intérêt national. Qui rendra compte ?

    Comme toujours, ce sera la faute à pas de chance. On pouvait pas savoir. On avait pourtant tout prévu. Et puis, c’était pour notre bien. Comme tant de choses aujourd’hui qui mettent tant de gens sur la paille sans que jamais un seul politicien ni aucun patron ne se sente concerné. Et pour cause : ils ont le pouvoir.

    La France qu’on aime

    samedi 28 juillet 2012, par Marc Leblanc

    « Ce qu’a dit M. Hollande (…) hier, personnellement, me scandalise, pour une raison très simple : ma France, elle n’était pas à Vichy, elle était à Londres depuis le 18 juin. Il n’a pas parlé au nom de la France que j’aime. Ce qui a été commis au moment de la rafle du Vel’ d’Hiv est une abomination, c’est une horreur, et ceux qui l’ont fait doivent être condamnés durement au tribunal de l’Histoire. Mais la France, qu’est-ce qu’elle a à voir avec cela ? Peut-être que M. Hollande se sent proche de la France des notables apeurés qui se sont précipités à Vichy après l’armistice. Ce n’est pas ma France », s’est offusqué le député UMP des Yvelines sur RMC et BFM-TV.

    « Vél d’hiv : pour Henri Guaino, la France n’a rien à voir avec les déportations » sur l’Humanité.fr du 23/07/2012

    Bien sûr, on pourrait dire que les atermoiements de ce pauvre Guaino, la plupart d’entre nous s’en battent l’œil avec une certaine indolence mâtinée d’une pointe de compassion tellement ce type est ridicule et minable. Voilà donc, en effet, la fameuse plume du Sarko qui vient nous la jouer « plus gaulliste que moi, tu meurs ! » après tant de temps passé à cirer les pompes du meilleur héritier de Pétain. Ce mec-là se voudrait une caution morale alors qu’il a été l’un des artisans d’une politique méprisable parce que méprisant les « autres » et les stigmatisant, tels les Africains, si peu entrés dans l’Histoire (mais qui s’emploient surtout à faire sortir la France de la leur) ou les gens du voyage et les Roms, fauteurs de délinquance patentés. Et j’en passe.

    Chaussé de ses plus gros sabots, l’homme à l’indignation élastique pousse même la perfidie jusqu’à associer Hollande à Vichy, donc à Pétain, donc à la collaboration alors que tout son discours, au contraire, condamne sans appel ce régime. Dommage pour ce cher Henri que l’image d’Epinal de sa « France que j’aime » et dont il se pose en dépositaire exclusif, le petit prétentieux, ne soit si brouillée par les graffitis haineux du Sarkozysme ! On aurait presque pu y croire. Mais il est vrai que, dans l’esprit étroit, étriqué et monomaniaque des gens de droite, la gauche n’est jamais légitime, qu’elle gagne et gouverne ou qu’elle perde et s’oppose. Heureusement pour Hollande, Chirac avait déjà commencé à tracer la voie…

    Bien sûr, nous aussi, on préfère la France de Londres à celle de Vichy. Près de 70 ans après la fin de la guerre, on a tout de même eu le temps de comprendre, comme Riton, où étaient les bons et les méchants. Surtout ceux qui n’y ont joué aucun rôle, comme les gens de ma génération et des suivantes, parce que nés après. C’est donc aussi le cas de Guaino, né en 1957 en Arles !

    Nous, ce qu’on connaît de cette fichue guerre, c’est ce que nous en ont dit nos parents et nos instituteurs. Souvent pas grand chose, d’ailleurs. Mais aussi ce que nous en avons lu dans les bouquins ou vu dans les documentaires et les films, à la télé ou au cinéma. Parfois aussi au théâtre. C’est dire que, pour nous, le choix était assez restreint : prendre le parti de Pétain était inconcevable sauf à revendiquer une démarche idéologique d’extrême-droite. Bien sûr, ça existe, et plus le temps passe, plus il semble que ces raisonnements simples et simplistes séduisent plus de monde, jusqu’à un récent président sortant. La force de l’oubli, sans doute.

    La France qu’on aime, donc, elle était aussi dans le Vercors et aux Glières, même un peu partout dans le pays, souvent misérable tant les moyens pouvaient lui manquer, si peu nombreuse le plus souvent, en butte à la délation de « la France que personne n’aime plus aujourd’hui » et dont personne n’a jamais été, semble-t-il. La France qu’on aime, c’était une armée de l’ombre de bric et de broc composée souvent d’inconscients, d’idéalistes, de gens de rien juste indignés par l’abandon, de gaullistes et de communistes et même d’étrangers et de métèques venus chez nous continuer le combat… Un peu les mêmes que ceux que Sarko, le mentor de ce cher Henri, aimait tant fustiger, il y a peu !

    Mais qu’on les aime ou pas, les France de Londres et de Vichy sont toujours La France, que je sache. Pétain n’a pas pris le pouvoir en renversant le gouvernement d’un pays démocratique : on le lui a donné, même si ce fait n’est pas exempt de magouilles et de combines.

    Guaino se donne des grands airs outragés lorsqu’il dit, parlant de ceux qui ont commis la rafle du Vel’ d’Hiv’, qu’il doivent être condamnés durement au tribunal de l’Histoire. On n’a, en effet, plus guère que ce tribunal-là pour les juger et les condamner puisque « la France qu’on aime », à quelques exceptions près, s’est bien gardée de le faire. Et on le comprend quand on se souvient du bel élan de patriotisme qui a saisi tant de nos concitoyens libérant leur furieuse envie de résister à l’oppression contenue avec tant de difficulté durant 5 ans. Ah, les beaux jugements sommaires ! Ah, la saine excitation procurée par la vue de ces femmes rasées et clouées au pilori pour avoir couché avec cet ennemi tant honni ! Ah, les beaux règlements de comptes au nom d’une morale frissonnant toujours dans le sens du vent dominant ! Était-ce pour conjurer le souvenir si récent des années noires durant lesquelles ce pays a aussi été un champion de la délation ?

    On nous a dit et répété que le souci du gouvernement provisoire a été d’éviter un bain de sang à la Libération. Sûr que les ambiguïtés de l’Occupation ne promettaient pas seulement des Jours Heureux ! Mais ce souci, au demeurant salutaire, n’a finalement jamais permis de solder les comptes. Au contraire, il a aussi donné à des ordures comme Papon la possibilité d’officier pareillement pour la République qu’ils avaient su le faire pour l’État français de Vichy, grâce à de Gaulle, et à d’autres, comme Bousquet, par ailleurs organisateur de cette rafle, de bénéficier de quelques protections comme celle de François Mitterrand. Cela sans être inquiétés ni rendre de comptes pour leurs actes. Dur, le tribunal de l’Histoire !

    Mais ce jugement de l’Histoire, aussi dur soit-il, ne nécessitait-il pas qu’un débat soit conduit dans le pays, et qu’il se trouve des intellectuels pour l’animer, analyser cette période et crever l’abcès une bonne fois pour toute ? Au lieu de cela, la thèse gaullienne de la France Résistante, celle qu’on aime avec Guaino, a voulu baigner l’histoire de notre pays d’une lumière glorieuse dont chacun ressent confusément qu’elle est aussi un peu artificielle. Pareil que pour la guerre d’Algérie, finalement.

    Ce qui fait froid dans le dos, avec la rafle du Vélodrome d’Hiver, ce qui est terrible et ce qu’a fort bien mis en exergue François Hollande, c’est qu’elle a été entièrement ordonnancée par des Français. Ce qui est terrifiant, c’est que ce sont notre police et notre gendarmerie qui ont exécuté les ordres donnés par des responsables français avec pour seule contrainte le devoir d’obéissance des fonctionnaires à l’État.

    N’en déplaise à monsieur Guaino, ces gens-là étaient bien des Français et donc c’était bien la France. Pas celle qu’on aime, j’en conviens mais la France, quand même. Quels qu’aient pu être leurs sentiments personnels, chacun d’eux porte une part de la responsabilité d’un crime immense et impardonnable. On aurait bien sûr préféré qu’ils agissent différemment, qu’ils se révoltent et qu’ils obligent le pouvoir à faire appel aux Allemands pour mater la rébellion et à endosser la vilénie. Qu’ils écrivent une nouvelle page pour illustrer l’esprit frondeur de cette France qu’on aime, prompte à se sacrifier pour la liberté, la justice et la gloire. Parce qu’on sait que c’est possible. On sait, par exemple, que malgré l’incompétence notoire de ses chefs d’alors (on parle de Gamelin et consorts), l’armée française (notamment, l’armée de l’air), dans la défaite de 1940, avait su écrire, malgré son sous-équipement, de belles pages d’héroïsme, hélas méconnues. En tout cas, à l’opposé de cette armée de branquignoles, de bras cassés et de tire-au-flanc, popularisée par un certain cinéma (la 7ème compagnie, par exemple). Mais là, non. Rien. Pas de révolte. Juste l’obéissance. Jusqu’au bout.

    A l’autre bout de cette chaîne de l’abjection et du malheur, il se trouve des hommes comme Primo Levi (dans « Si c’est un homme ») qui analyse avec une tragique gravité cette évidence si horriblement humaine : là où les hommes sont soumis à la pire des oppressions et où l’on penserait qu’ils feraient preuve de solidarité et de compassion mutuelle, il suffit à l’oppresseur de déléguer la plus infime partie de son pouvoir de vie et de mort sur les opprimés pour que, toujours, parmi ceux-ci se lèvent des individus qui, à leur tour, deviendront oppresseurs de leurs compagnons de misère et, parfois, leur pire cauchemar. Cet homme, qui était revenu avec si peu d’autres comme lui de ces camps où ils avaient survécu à tant de souffrances indicibles et que nous sommes incapables d’imaginer malgré ce qu’ils en ont raconté, nous disait que, finalement, il n’y a rien de plus banal que la lâcheté… ordinaire !

    Alors, c’est sûr que si on ramène cela à l’échelle de pays comme le nôtre, tant de lâcheté fait crasse et mieux vaut vénérer la France qu’on aime. Car ce qui fait peur, aussi, c’est de se dire, chose absurde, j’en conviens, que si pareille mésaventure se reproduisait, il se trouverait des gens pour aider nos bourreaux, avec ou sans uniforme de policiers ou de gendarmes et que nous leur serrons sans doute la main tous les jours.

    Le seul point sur lequel de Gaulle avait peut-être raison, c’est que la République n’a pas commis ces crimes. A mon sens, elle en porte néanmoins une lourde part de responsabilité car elle s’est avérée incapable de protéger ses citoyens en donnant le pouvoir à l’extrême-droite. Mais pour le reste, la France a bel et bien commis un crime les 16 et 17 juillet 1942 et bien d’autres durant cette sombre période. Il ne s’agit pas de refaire l’histoire et de donner des leçons. Qui serions-nous, nous qui n’avons pas vécu cette époque, pour dire ce qu’il était bien de faire ? Que savons-nous de ce qu’aurait été notre propre comportement dans un contexte que nous ne connaissons pas vraiment ? Mais du moins, nous comme nos aïeux connaissons les valeurs qui fondent notre pays. Ce n’est pas mentir que de dire qu’elles ont été trahies et que, pour des raisons qu’on aimerait sincèrement comprendre, trop de nos concitoyens ont aussi trahi la France qu’on aime. Et que c’est de ne pas savoir l’expliquer qui rend la chose si douloureuse.

    Alors, de grâce monsieur Guaino, taisez-vous et honorons la mémoire des victimes de cette France abjecte qui nous marque tous d’une tache indélébile. Merci à Jacques Chirac et à François Hollande d’avoir mis un terme à cette hypocrisie gaullienne à laquelle vous vous raccrochez lamentablement !

    Législatives 2012

    Quel enthousiasme !

    vendredi 8 juin 2012, par Marc Leblanc

    On sent bien qu’il en faudrait peu pour que ces élections tournent à l’hystérie collective… Mais non, je plaisante. La mayonnaise a du mal à prendre, hélas ! Comme si, depuis l’instauration du quinquennat, les législatives avaient perdu tout intérêt en ne devant être que la confirmation du résultat de la présidentielle. Et pourtant, c’est pas faute pour certains de se donner beaucoup de mal pour mettre de l’ambiance.

    Tenez, par exemple, Maryse Joissains, vous connaissez ? Non ? Il paraît qu’elle est maire d’Aix-en-Provence. Si, si ! Mais bon, c’est pas leur faute non plus, aux Aixois. Ils ne savaient sûrement pas à qui ils avaient à faire. Alors donc, la Maryse, c’est celle qui a voulu faire son intéressante en attaquant l’élection de Hollande devant le Conseil constitutionnel quatre jours après celle-ci, alors que le délai légal n’est que de 48 heures et que seuls les candidats ont cette possibilité. En fait, c’était juste histoire de faire parler d’elle en essayant d’être encore plus ridicule que ses copains de l’UMP. L’animatrice du club des Sarkozettes du Sud — pendant méridional de l’inénarrable Morano pour la zone nord, c’est dire si la concurrence est terrible ! — en avait gros sur la patate que son Nico se soit fait bananer, alors elle nous a resservi à sa façon le fameux couplet du pov’ Sarko qu’était seul contre tous, victime de tant de calomnies, que même Bernard Thibault de la CGT à « illégalement » appelé à voter contre lui. Rendez-vous compte : si même la CGT dit du mal de Sarko, où va la France, ma pov’ dame, je vous demande un peu ? Pour Maryse pas de doute, l’élection de Hollande fait de la France une république bananière. Elle est mignonne, non, la Maryse ? On pensait que, avec Hortefeux, Dati, Wauquiez, Estrosi, Ciotti, Lefèbvre ou Morano (liste non exhaustive), on avait tout vu et tout entendu question bêtise insondable. C’était compter sans Joissains. Y a encore un cas, là. Décidément, l’UMP a des ressources inépuisables dans ce domaine. Il est temps de passer à autre chose car on sent qu’ils sont arrivés au bout du bout, ces braves gens. D’éructations en mensonges bien lourds, il n’y a plus rien pour lui donner de l’élan à l’UMP. Sauf un bon coup de pied au cul pour l’éjecter.

    Un autre animateur frénétique de la campagne : Morin et son Nouveau Centre. Honnêtement, j’ai beau chercher où se planque sa nouveauté, je trouve que ça sent surtout le moisi. Comme ces vieilles lingeries qui n’ont pas servi depuis longtemps, enfermée dans une armoire et restée telles qu’au premier jour. Rassis genre vieille rengaine. C’est vrai, le centre, question originalité, ça reste un peu étriqué. Ça te vous la joue d’importance en agitant ses petits bras musclés et pchitt ! ça finit toujours par se coucher devant la droite, si possible dure quand ce n’est pas l’extrême-droite comme dans le Vaucluse. Ils ont bonne mine les centristes à toujours vouloir faire croire qu’ils ne sont pas de droite alors qu’ils n’hésitent jamais à s’allier avec les plus pourris. En fait, le centre, c’est plutôt du nombrilisme élevé au rang de principe politique. Et comme chacun sait, au niveau du nombril, souvent, c’est tout mou. Et puis franchement, qui peut bien encore prendre Morin et ses potes au sérieux après sa stupéfiante campagne de la présidentielle ? « Monsieur 0 %» disaient les mauvaises langues. Là aussi, encore pchitt ! Mais bon, je reconnais qu’il fallait oser, pour quelqu’un qui ne représente rien, vouloir aller à la baston même si l’issue était connue d’avance. Comme pour Borloo. Pareil. La touche sociale du sarkozysme qu’il disait ! Tu parles ! Des fois, on se demande où il va chercher tout ça, ce clown.

    Bien sûr, on a aussi le FN qui en fait des tonnes pour épater la galerie. Je reconnais qu’il a de quoi bomber le torse, vu ses scores. Pour un peu, on croirait que le pouvoir lui revient de droit. Suffit d’écouter la Marine jubiler : Sarko voulait lui faire l’intérieur, le voilà hors course. Mais là aussi, sur le fond pas de changement. Toujours la même obsession : l’étranger et tout ce qui peut lui ressembler de près ou de loin. Surtout de loin. D’ailleurs, on ne dit plus « les Français d’abord », au FN, mais « les nôtres d’abord ! » La nuance est de taille surtout quand la Marine affirme que la plupart des gens qui crient « Vive Mélenchon », à Hénin-Beaumont, sont des Maghrébins. A l’UMP, on les appelle « musulmans d’apparence ». Mais c’est la même ignominie qui sous-tend le même discours raciste. Faut s’appeler Guaino pour trouver que le FN est devenu un parti politique comme les autres. Au moins aussi républicain que l’UMP dont certains candidats clament à pleins poumons qu’ils ont les mêmes valeurs que le FN et qu’ils préfèrent celui-ci à la gauche. On notera d’ailleurs à ce propos que la droite ne parle de la République que quand elle est sûre de gagner, comme en 2002. Bien contente alors que des cons de gauche vote pour elle au nom du sacro-saint front républicain. Mais quand ça va mal, alors, le front républicain, elle s’assoit dessus. Faut dire que, entre-temps, il y a eu Sarko dont l’héritage est plus pétainiste que gaulliste. Certes, c’est toujours un uniforme mais pas franchement la même dignité. Finalement, il aura même réussi à rendre Chirac sympa. Mais ça n’empêchera pas le sortant du coin, Jean-Michel Ferrand — dit Gomina — de se faire quelques cheveux blancs car si un duel avec Marion Le Pen-Maréchal semble plus que probable, la toute nouvelle dignité républicaine du FN pourrait bien inspirer à des électeurs de gauche qu’il est préférable d’affaiblir durablement les sarkozystes, le FN ne représentant pas un danger majeur à l’Assemblée. Pure spéculation, dira-t-on. Sans doute. Mais qui sait dire aujourd’hui où est la peste et où est le choléra après cinq ans de Sarkozy ?

    Bien sûr, il est très regrettable, dans ces conditions, que la gauche n’ait pas su s’unir davantage. Ici, plusieurs personnalités sont montées au créneau pour dénoncer le boulevard que cela offrait à l’UMP et au FN. Admettons. Mais quoi ? Une union suppose des constats communs auxquels on souhaite apporter des solutions communes, un projet politique construit ensemble. Or, ce projet n’existe tout simplement pas. Le PS et le Front de Gauche ont peut-être parfois les mêmes constats mais ils y apportent des réponses radicalement différentes. Du reste, le discours du PS ne laisse pas d’inquiéter quand on y regarde de plus près. Il a tout de même permis, par son abstention, l’adoption du projet de loi permettant la ratification du pacte de stabilité renforcée à la fin du quinquennat de Sarko. Une belle façon de ne pas injurier l’avenir. Il a beau jeu aujourd’hui d’exiger un pacte de croissance alors que tout le monde prête à ce mot un sens différent et que ledit pacte risque de se faire attendre.
    Je n’oublie pas non plus que François Hollande a été, comme de nombreux socialistes, un artisan de cette Europe que les Français ont rejeté sans ambiguïté. Je ne m’attends pas à ce qu’il la remette profondément en cause. Ce n’est pas de ce côté qu’il faut rechercher l’audace. Au contraire, je m’interroge sur le sens réel de certaines mesures comme la baisse des émoluments du Président et des ministres. L’exemplarité, nous dit-on. D’accord. Est-ce pour mieux nous faire accepter en juillet prochain la baisse de nos salaires, à nous salariés et fonctionnaires, ainsi que le prône toute l’oligarchie européenne et le pacte de stabilité renforcée au travers des réformes structurelles vantées par l’Allemagne et que les syndicats CFDT, FO et CGC sont déjà tout disposés à gober ?

    Franchement, je ne suis pas très enclin à pleurer une union plus qu’hypothétique. En fait un marché de dupes. Il y a aujourd’hui plus qu’une simple différence d’appréciation entre le PS et le reste de la gauche (excepté EELV qui sait bien où sont ses intérêts). C’est une vraie divergence de conception de la société. Il est d’ailleurs assez piquant de voir que le parti qui se prétend socialiste est celui qui en a quasiment tout oublié.

    Le PS obtiendra peut-être la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Je ne suis pas certain que ce soit une bonne nouvelle tant les politiques conduites par les sociaux-démocrates en Europe peinent à se démarquer de celles des droites ultralibérales. J’espère que le Front de Gauche obtiendra pour sa part suffisamment de sièges pour peser sur la prochaine mandature. Parce ce pour moi il n’y a pas photo, la gauche, elle est là :


    J.-L. Mélenchon - Discours de Courrières par lepartidegauche

    Alors, advienne que pourra !

    Rideau !

    dimanche 6 mai 2012, par Marc Leblanc

    Voilà, c’est fait. Fini Sarkozy. Voici enfin le terme de cinq années hallucinantes. A mon âge, on aime bien que le temps prenne son temps mais je suis content que ces cinq-là soient enfin finies, terminées.

    Sarkozy s’en va. Il nous a fait — et sa petite bande avec — un bel exercice de passage de relais républicain et un discours d’adieu à faire pleurer, dans les chaumière, les âmes sensibles. Comment en aurait-il été autrement ? Pas d’arrogance ni de mépris, ce soir. Il a quand même forcé un peu la dose : paraît qu’il aurait souffert qu’on ne respecte pas plus l’institution qu’il représentait. C’est marrant comme ce type peut avoir la mémoire courte. Il doit vraiment croire que c’est un autre qui a été ce piteux président qui l’a tant abaissée. Comme l’impayable Morano qui nous a fait son numéro de perruche affligée. Rendez-vous compte : Sarko, ce président divin, aurait été scandaleusement critiqué durant cinq ans. Et puis quoi encore ? Il aurait fallu ne rien dire et laisser faire ? Comme baroud d’honneur, on fait difficilement plus ridicule. Mais enfin, c’est Morano, quoi !

    Hollande nous a fait un discours sympa, humain, humaniste, digne. Rien que ça, ça sent déjà le changement. Sa victoire est moins tranchée que prévue mais c’est tout de même une victoire qui mérite d’être saluée car la France est dans un sale état, économique, sûrement, social, incontestablement, mais aussi moral. Trop de bas instincts ont été flattés ces dernières années et ça laisse des traces. La droite ne craint vraiment aucune compromission pour donner encore tant de voix à Sarko.

    Alors tournons la page. Tout reste encore à faire. Bon vent au Président Hollande sur qui pèsent d’énormes espoirs.

    J’offre ce cadeau à ceux qui croient qu’ils trouveront le salut en baisant les pieds de leurs maîtres et en reniant ceux qui les défendent vraiment, à ceux qui parlent de leurs racines sans rien savoir des aspirations de leurs ancêtres ou en faisant mine de les avoir oubliées, à ceux qui préfèrent justifier leurs souffrances par la haine de l’autre et l’intolérance, à ceux qui préfèrent s’aveugler face aux entreprises de destruction de leurs droits et de leur dignité, à ceux qui pensent que le repli sur soi leur permettra de passer à travers les gouttes et que la solidarité et la fraternité ne servent à rien, à ceux qui depuis plus de trente ans n’ont jamais levé le petit doigt pour défendre leur honneur et leurs emplois et ont laissé à d’autres le soin d’agir, à ceux qui les ont regardé sans broncher se faire tailler en pièce tandis qu’ils espéraient sauver leurs misérables petites vies et qui viennent aujourd’hui pleurnicher leur souffrance en votant pour les idées brunes redevenues compatibles avec l’abjection pétainiste.

    Je leur dis réveillez-vous ! La France n’est pas ce tas d’immondices nauséabondes sur lequel trônent les volailles prétentieuses et imbéciles de la droite prétendument populaire mais à coup sûr fasciste qui voudraient vous y confiner et qui vous réduisent en esclavage tout en vous endormant et en désignant à votre vindicte ceux qui refusent la fatalité. Réveillez-vous ! Ceux que vous croyez devoir mépriser éprouvent les mêmes souffrances que vous et il en est parmi eux qui ne courbent pas l’échine et qui se battent. Secouez-vous !

    Souvenez-vous que ces droits, dont on veut vous priver aujourd’hui et sur lesquels vous vous lamentez, sont les fruits de combats menés jadis par d’aussi misérables que vous, peut-être même plus encore, et qu’ils les ont payés chers. Ne vous laissez pas endormir par les récupérations honteuses de la droite sarkozyenne et lepéniste qui fait mine de pleurer Raymond Aubrac et les martyrs des Glières et du Vercors en foulant au pied leurs idéaux bien plus élevés que leurs minables combines d’enrichissement dont vous serez toujours les dindons.

    Souvenez-vous que ce drapeau tricolore dans lequel ils se drapent aujourd’hui n’était pas celui des maîtres et qu’il a rougi du sang d’un peuple qui aspirait à la liberté, à l’égalité et à la fraternité, à un monde meilleur et au progrès social. Un peuple qui est aussi tombé sous les balles de cette même bourgeoisie qui vous méprise toujours et n’hésitera jamais à vous saigner pour défendre ses privilèges et son pouvoir.

    Ressaisissez-vous ! Ceux qui se battent pour leur honneur, leur bonheur et leurs droits peuvent perdre mais ceux qui ne se battent pas ont déjà perdu.

    Ne lâchons rien ! Demain, après-demain encore, il va falloir nous battre contre les libéraux pour préserver le progrès social et la justice sociale. Ne nous résignons pas ! Ne renonçons pas !

    Demain, boutons Sarkozy dehors ! Redevenons le peuple français, celui qui a su jadis éclairer le monde, à l’opposé de celui de Pétain, de la délation et de la collaboration, complice du nazisme. Soyons ce peuple qui se bat dans l’honneur et ne baisse jamais la tête !

    Ne vous trompez pas d’adversaires !

    Ma France
     
    De plaines en forêts de vallons en collines
    Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
    De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine
    Je n’en finirai pas d’écrire ta chanson
    Ma France
     
    Au grand soleil d’été qui courbe la Provence
    Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche
    Quelque chose dans l’air a cette transparence
    Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
    Ma France
     
    Cet air de liberté au-delà des frontières
    Aux peuples étrangers qui donnait le vertige
    Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
    Elle répond toujours du nom de Robespierre
    Ma France
     
    Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
    Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
    Celle qui construisit de ses mains vos usines
    Celle dont monsieur Thiers a dit qu’on la fusille
    Ma France
     
    Picasso tient le monde au bout de sa palette
    Des lèvres d’Éluard s’envolent des colombes
    Ils n’en finissent pas tes artistes prophètes
    De dire qu’il est temps que le malheur succombe
    Ma France
     
    Leurs voix se multiplient à n’en plus faire qu’une
    Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
    En remplissant l’histoire et ses fosses communes
    Que je chante à jamais celle des travailleurs
    Ma France
     
    Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
    Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
    Du journal que l’on vend le matin d’un dimanche
    A l’affiche qu’on colle au mur du lendemain
    Ma France
     
    Qu’elle monte des mines descende des collines
    Celle qui chante en moi la belle la rebelle
    Elle tient l’avenir serré dans ses mains fines
    Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
    Ma France
     
    Jean Ferrat - 1969

    Présidentielle 2012

    Aïe !

    mardi 24 avril 2012, par Marc Leblanc

    A près de 18 %, le repli sur soi et la xénophobie ont de beaux jours devant eux. Mais comme le dit l’ami Guillaume, ce n’est guère étonnant. On se dit que trop de discours haineux ont été distillés ces cinq dernières années pour que ça n’ait pas de conséquences. Quand même ceux qui « sont aux affaires » utilisent la stigmatisation et le mépris de l’autre comme écrans de fumée pour masquer leur incapacité à comprendre et à traiter les travers de nos sociétés, il n’y a aucune raison pour que ceux qui sont porteurs des idéologies les plus intolérantes n’en retirent pas les bénéfices. Accuser les Roms et les immigrés d’être la cause de l’insécurité, oser prétendre que les Africains « ne sont pas assez entrés dans l’histoire », c’est légitimer le discours du FN qui ne s’embarrasse pas de trop de finesse d’analyse. La recherche de boucs émissaires est aussi vieille que l’action politique. Il faut bien une cause à tous nos malheurs, pas vrai ? Et si l’on ne veut pas que le peuple renverse l’ordre établi, quel meilleur fautif que l’autre, cet inconnu ?

    J’ai toujours du mal à comprendre d’ailleurs cette propension du laquais à voter pour ses maîtres. Un peu comme aux États-Unis où ce sont les états les plus pauvres (Mississippi, par exemple) qui votent le plus Républicain et ultra-conservateur. Autant dire pour les maîtres du système, ceux qui ne jurent que par leurs propres profits et condamnent les plus pauvres à vivre dans le dénuement le plus total. Ici, c’est bien pareil. Ce sont les régions les plus sinistrés qui votent Sarkozy ou Le Pen. A preuve, le Vaucluse où le taux de chômage est l’un des plus élevés de Provence de même que le nombre des allocataires du RSA : Sarkozy 27,5 % - Le Pen 27,3 %. Presque 55 % pour les tenants d’une idéologie qui préfère faire la chasse aux étrangers que repenser la distribution des richesses dans la société. La bourgeoisie peut dormir sur ses deux oreilles.

    Je vous donne les résultats de Bédarrides, pas mal non plus !

    Inscrits 3892
    Votants 3374 86,69%
    Abstention 518 13,31%
    Exprimés 3319
    Blancs et nuls 55 1,63%
    Joly 57 1,72%
    Le Pen 1358 40,92%
    Sarkozy 882 26,57%
    Mélenchon 259 7,80%
    Poutou 36 1,08%
    Arthaud 13 0,39%
    Cheminade 10 0,30%
    Bayrou 175 5,27%
    Dupont-Aygnan 38 1,14%
    Hollande 491 14,79%

    Formidable résultat à rapprocher de celui du premier tour des Cantonales 2011. Une droite à près de 69 % et une gauche à seulement 26 % (en comptant le PS ;o), le total des voix de gauche (856) étant inférieur au score de Sarkozy seul. Les prochaines municipales promettent d’être… détonantes !

    Ceci dit, même si je n’arrive pas à écarter un fond de xénophobie dans les motivations du vote FN, je ne parviens pas non plus à y voir sa seule justification. Après tout, Sarkozy aussi est plein de tendresse pour l’étranger surtout s’il est en plus musulman. Mais Sarkozy est aussi un acteur essentiel de la construction d’une Europe qui broie les plus faibles. Il s’en est suffisamment vanté même si ces derniers temps il a eu tendance à faire croire que c’était un autre lui-même qui avait manœuvré. La question centrale est bien, je le crois, la souveraineté nationale bafouée par le passage en force du traité de Lisbonne. Sarkozy en est responsable mais pas seulement lui. Hollande ou Bayrou aussi même s’ils n’en sont pas les initiateurs. Et là, la gauche non socialiste ne parvient pas à rafler la mise car elle se veut porteuse d’un idéal universaliste qui, pour l’heure, ne passe pas. La solidarité entre les peuples n’est pas encore une attente majeure. Au contraire, il y a là l’expression d’un égoïsme assez prétentieux. Nous mieux que les autres. Car c’est bien connu, toutes les civilisations ne se valent pas…

    Il n’en reste pas moins que, même s’il est inquiétant, ce vote traduit, selon moi, le rejet de la politique d’intégration du pays dans une Europe qui ne protège pas ses citoyens et fait la part belle aux profiteurs et aux spéculateurs. Certains se lamentent que les choix des électeurs ne se portent pas de préférence vers les tenants d’une simple alternance, traduction d’une bipolarisation du débat politique et gage d’une vie démocratique sans relief qui ne remettrait pas en cause l’essentiel. Pourtant, même si le FN est lui-même un usurpateur qui ne remet pas en cause l’ultralibéralisme et n’a que faire des attentes du peuple, il a su prendre en compte l’exaspération des Français vis à vis d’une classe politique qui prétend tellement avoir raison qu’elle est devenue incapable d’écouter ses mandants, de leur expliquer les problématiques ou de comprendre leurs interrogations.

    Je ne me fais pas d’illusion sur la suite. Si Sarkozy l’emporte — ce qui est loin d’être une hypothèse improbable — rien ne changera et l’on aura la duplication des cinq dernières années en pire avec le démantèlement de nos droits sociaux.

    C’est pourquoi je voterai Hollande en espérant que lui, au moins, ait l’intelligence de comprendre que son élection ne traduit pas une adhésion sans réserve à son programme et qu’il est vraiment temps de changer l’approche européenne de la France. C’est pourquoi je pense que le Front de Gauche doit peser sur la prochaine Assemblée Nationale.

    Présidentielle 2012

    Fin de récré ?

    vendredi 20 avril 2012, par Marc Leblanc

    On sent comme un soulagement dans les médias avec l’arrivée du scrutin du premier tour. Comme si on assistait à la fin d’une période d’échauffement sans grand intérêt et qu’on allait enfin passer aux choses sérieuses. A se demander même pour quelle raison notre génial législateur a cru bon de nous infliger ce tour de chauffe rituel où s’étale une profusion d’idées et d’analyses. Au point qu’on avait besoin de l’avis éclairé de tant d’experts pour s’y retrouver. Du moins, tout ce petit monde un peu suffisant semble croire que nous attendions encore après lui pour nous faire notre propre idée.

    Et encore, cette fois-ci nous n’avons eu droit qu’à des gens qui présentaient bien et sérieux même si la Le Pen est plutôt à vomir et si on avait l’impression que Philippe Poutou, par exemple, était toujours à deux doigts de s’écrouler de rire. C’est vrai que la période ne s’y prête guère mais le rire est aussi une thérapie et on aurait tort de s’en priver. Je regrette donc un peu ce candidat qui, voilà une bonne vingtaine d’années, sûrement davantage, présentait son programme accroupi, en faisant des bonds, et dont le slogan était un truc du genre « méditation transcendantale ». Je n’ai jamais réellement compris si c’était une grosse déconnade ou s’il y croyait vraiment mais ça nous avait valu, à l’époque, quelques bonnes crises de fou-rire qui, rien que d’y penser, font encore un bien fou ! Comme quoi, ce ne sont pas forcément les élus qui nous font toujours le plus de bien.

    Bon, c’est vrai, Sarko fait un peu penser à ce type mais ses pitreries ont singulièrement perdu de leur pouvoir hilarant, je trouve. Cette fois, il n’a donc pas été question de fou-rire, hélas. A voir la tronche de certain(e)s journalistes, ou à entendre certaines questions posées, on sentait bien que l’exercice les ennuyait profondément tant certains candidats heurtaient les efforts de pédagogie que ces experts en toutes choses déploient au quotidien pour nous convaincre de notre chance de vivre dans un tel monde sans alternative crédible. Crédible selon eux, bien sûr. Et quand les journalistes s’ennuient, ils vous font des manchette grosses come aquo pour dire que la campagne ne nous passionne pas. Sûr qu’ils trouveront toujours des grincheux pour abonder dans leur sens et finasser sur la politique. Mais en réalité, cette campagne n’a pas été si médiocre (sauf du côté de Sarko et de Le Pen mais c’était prévisible) car elle a permis de mettre à jour une soif d’espérance là où d’aucuns attendaient la résignation. Pourtant, c’est vrai, bien des sujets se sont trouvés noyés : la pauvreté, l’éducation, la protection sociale, le respect des travailleurs. Ils auraient mérité de plus amples développements mais ils sont néanmoins sous-tendus par la question de la justice sociale et de la répartition des richesses que posent la crise actuelle et les dogmes ultralibéraux.

    Les indispensables sondages ont bien entendu imposé non seulement la vérité de cette élection (duel Sarkozy-Hollande en perspective) — tout en ménageant un suspense à la limite du supportable (1-Hollande, 2-Sarkozy ou 1-Sarkozy, 2-Hollande ?) — mais également la hiérarchie des mérites de chaque candidat. Comme au Tour de France : le groupe des deux favoris suivis de près par trois poids-lourds « outsiders » et le peloton des poursuivants méchamment lâchés dans l’ascension du col hors catégorie. Évidemment, plus on descend dans le classement, plus les visages des journalistes et des « experts » ont peine à ne pas s’éclairer de sourires narquois condescendants.

    J’imagine donc les grimaces quand, dimanche soir, ils vont découvrir Mélenchon en tête précédant Hollande pour le tour final !… Hé, hé, hé !

    Pour ma part, je n’aime pas l’élection présidentielle que je trouve absurde et à la limite du foutage de gueule. Non pas sur le plan des idées car la politique c’est ou ce devrait être d’abord un débat d’idées amenant des décisions et des actions. Mais plutôt par le principe sur lequel elle repose : l’élection d’un souverain, d’un monarque investi de pouvoirs considérables sans pratiquement aucun contrôle. Je n’ai jamais cru à l’homme providentiel et je n’aime pas cette idée. On ne me fera pas croire que pour conduire la politique d’un pays, un homme seul entouré de soi-disant conseillers dont la légitimité est plus que discutable est préférable à une assemblée collégiale. Je pense qu’on peut gouverner le pays en composant l’exécutif et la représentation des citoyens de sorte que les décisions emportent l’accord de ceux-ci. Je pense même que l’organisation de la démocratie peut se décliner de multiples façons avec des modes de scrutins mieux élaborés afin d’éviter ce à quoi on assiste aujourd’hui, c’est à dire le gouvernement du pays par des minorités (dans la mesure où peu de candidats sont élus au premier tour).

    A partir de la semaine prochaine, le débat devrait donc revenir vers un peu plus d’orthodoxie si les sondages ont raison. Pour autant, il reste encore l’élection législative pour laquelle, même si des tractations ne sont pas à exclure en vue de constituer des « majorités de gouvernement », les résultats de ce premier tour devraient ne pas être sans conséquences. Je pense en particulier aux propos de Jean-Vincent Placé, le sénateur Vert, qui roulait des mécaniques malgré la déconfiture annoncée d’Eva Joly. En fait, pour lui, l’essentiel a déjà été réalisé : un accord pour assurer des sièges écologistes à l’Assemblée Nationale. Peut-être, ceci explique-t-il cela d’ailleurs. Je pense tout de même qu’Eva Joly méritait mieux que l’hypocrite comédie de cette bande de bras cassés qui prétendent la soutenir car elle les représenteraient mais qui pensent plus à leur avenir politique personnel qu’à faire réellement avancer l’écologie politique. Quel triste spectacle. Je crois que jamais les écolos ne seront tombés si bas et n’auront été aussi antipathiques. Mais Placé devrait y réfléchir à deux fois avant de continuer à faire son faraud : la poussée du Front de Gauche pourrait bien changer la donne.

    La récréation n’est donc pas terminée. Si rien n’est joué pour cette élection, c’est aussi vrai quel que soit le bout par lequel on prend le problème. Quel que soit le résultat final, il s’est réellement passé quelque chose durant ces derniers mois qui concrétise le rejet par une partie non négligeable des citoyens des politiques conduites par Sarkozy avec le soutien implicite ou explicite d’une partie des socialistes. Négligeable est d’ailleurs un mot clé. C’est ce que nous ne voulons plus être. Nous ne voulons plus entendre non plus cette expression bateau qu’affectionnent les faux-culs : « droite et gauche, c’est pareil. » Non, décidément, ce n’est pas pareil ! Ce qui se passe aujourd’hui, c’est cela : la gauche est de retour, la vraie !

    Non, ce n’est pas fini.

    Présidentielle 2012

    Puisque c’est impossible, faisons-le !

    dimanche 15 avril 2012, par Marc Leblanc

    C’était peut-être la pire image de cette campagne électorale : tous les candidats [1] alignés en rang d’oignon derrière le pitoyable « encore-président » pour rendre hommage à ces malheureux enfants assassinés pour le plus dégueulasse des motifs, juste pour ce qu’ils étaient. Nous étions donc sommés de communier autour des familles à jamais endolories, nous tous, citoyens français, unis face à l’abjection et plus forts qu’elle. Nous étions sommés « d’oublier la politique » et de « mettre la campagne entre parenthèses » pendant ces quelques heures pour que personne ne se risque à « récupérer » ces drames. Tout de même trois enfants et quatre adultes assassinés mais quand même ! Ne pas poser de questions, surtout pas. Ne pas demander de comptes. Ne pas vouloir tenter de comprendre comment une telle dérive meurtrière puisse être possible.

    Cela aurait-il été un acte de mépris à l’égard des victimes ? Cela aurait-il fait de nous des complices ? Des antisémites ? Des assassins potentiels ? Face à l’inacceptable, ne vaut-il pas mieux laisser l’émotion s’apaiser, laisser passer un peu de temps et raisonner calmement ? Car on peut comprendre, bien sûr, l’absurdité des propos du président du CRIF enjoignant aux chefs d’établissements scolaires de faire respecter une minute de silence à leurs élèves, « y compris par la contrainte ». Bon courage pour y parvenir sans violence ! Mais au moins, lui avait une excuse. Ce qui n’est pas le cas de Sarko s’adressant aux élèves d’un collège parisien, plus lamentable que jamais : « Ça s’est passé à Toulouse, dans une école confessionnelle, avec des enfants de familles juives, mais ça aurait pu se passer ici. Il aurait pu y avoir le même assassin, ces enfants sont exactement comme vous… Ces enfants avaient trois ans, six ans et huit ans, et l’assassin s’est acharné sur une petite fille, il faut réfléchir à ça. »  Le grand homme parlait ainsi à des enfants…

    Car il est le Président de la République. A ce moment-là, c’était donc en notre nom qu’il parlait à ces enfants et il n’a rien trouvé de mieux que d’instiller l’idée qu’il y aurait un péril terroriste sur notre pays, que nos enfants ne seraient plus en sécurité lorsqu’ils vont à l’école. En bon législateur compulsif, il promet dans la foulée, ô miracle ! de nouvelles lois pour réprimer quoi ? « L’apologie du terrorisme ! » Et Klaus Guéant vient lui faire le service après-vente avec l’arrestation totalement impromptue d’une palanquée de barbus qui « djihadisaient » en douce. Quel talent !

    En résumé, il aurait été indécent, paraît-il, de politiser les drames de Toulouse et de Montauban sauf, comme il se doit, pour Sarko chez qui l’indécence est une seconde nature.

    Comme il serait indécent de parler des cinq dernières années au cours desquelles nous nous souvenons tous qu’il fût Président… sauf lui.

    Lui, il a oublié qu’il a fait ratifier le Traité de Lisbonne par le Congrès, et avec le soutien de moult socialistes et écologistes, après que nous l’avons refusé sans ambiguïté par référendum. Aujourd’hui, le voilà prêt à la désobéissance souveraine ! Le voilà qui rue dans les brancards, fustigeant la Commission Européenne et les règlements insupportables d’une Europe qui, pour un peu, serait anti-démocratique. Il a même oublié que, voici encore un mois ou deux, il se pavanait partout au bras de la mère Angela pour vendre la règle d’or allemande, la mise sous tutelle par la Commission des budgets nationaux, la dérèglementation totale de l’organisation du Travail dans tous les pays européens et l’instauration d’une austérité perpétuelle pour les petites gens et les classes moyennes.

    Il est fort ce mec !

    Il voudrait nous faire croire que c’est un autre lui qui depuis cinq ans n’a eu de cesse de détruire la sécurité sociale et nos retraites pour les livrer au lobby des assurances privées tout en taillant aux classes possédantes des allègements fiscaux sur mesure. Pour un peu, il serait presque le héros qui a taillé en pièce le bouclier fiscal !

    C’est sûr qu’il vaut mieux l’entendre parler des problèmes essentiels : le permis de conduire à l’œil et la viande halal ! Le reste, n’existe plus, il a tout sauvé. Comme il veut sauver un peu plus la France éternelle. Inch’ Allah !

    On notera avec attendrissement que la Marine et lui nous la baillent belle sur l’abattage des animaux de boucherie. En effet, on oublie presque, à entendre leurs trémolos sur la souffrance des animaux qu’on étourdit pas au nom de rites religieux qui nous seraient cachés, que c’est aussi au nom de nos chères traditions que l’on a inscrit à notre patrimoine immatériel la corrida ou les combats de coq (voir aussi l’article 521.1 du Code pénal [2]). Il n’est évidemment pas question, ici, de cruauté à l’égard des animaux puisque tout cela est parfaitement français et chrétien. Et, bien sûr, c’est cohérent !

    Il y en a marre de ces diversions ridicules, de cette façon de se poser en homme providentiel qui détient seul la vérité. Il est temps de lui confirmer que, comme il le sent, elle grossit cette vague qui va lui foutre un sacrément beau coup de latte dans le fion ! Exit Sarko ! Dehors le médiocre, l’inculte, le menteur, l’affabulateur, le faussaire, le vulgaire. Tout vaut mieux qu’un nouveau quinquennat avec ce type !

    Oui, bon, rectification : tout sauf Le Pen ! Cela va sans dire.

    On objectera sans doute que un Hollande président n’est pas la garantie de voir notre pays et la société française s’engager dans de profonds changements. On n’aura pas tort. Disons alors qu’il faut sérier les problèmes : d’abord renvoyer le furoncle au fond des latrines de la République puis construire un vrai changement.

    Hollande n’est pas un révolutionnaire, on le sait déjà, mais ce n’est pas cela qui en fait un mauvais bougre pour autant. Toutefois, il reste un social-démocrate. Un ami me disait récemment : « La différence entre Sarko et Hollande, c’est que Hollande fournit le sourire et la vaseline. » Je ne suis évidemment pas d’accord : ce n’est pas le seule différence mais sur le plan économique, Hollande n’est certainement pas très éloigné de l’orthodoxie ultra-libérale actuelle même s’il prétend la mâtiner de justice sociale. Du moins, d’une pointe. Or, ce n’est pas possible.
    Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que lui et la majorité des socialistes aient soutenu la construction européenne telle qu’elle est aujourd’hui et qu’ils aient abandonné depuis belle lurette la notion même de lutte des classes. Il n’est pas très étonnant qu’ils aient laissé, par leur abstention, le Parlement adopter le mécanisme européen de stabilité (MES) et le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), celui-là même que Hollande veut renégocier pour y inclure la relance de la croissance. Autant dire que même en voulant être optimiste, il n’y a pas de quoi sauter de joie. Et ceci d’autant moins que François Hollande est l’un des artisan d’une proposition qui ressemble furieusement aux accords compétitivité-emploi voulus par Sarkozy en vue de dynamiter notre Code du Travail.

    J’ai peine à croire que ce genre de chose soit uniquement le fruit d’un soi-disant angélisme socialiste qui verrait dans la force des syndicats la garantie des droits des travailleurs face à la rapacité du patronat. C’est bien un choix idéologique majeur qui motive cette démarche et qui livrera des millions de salariés pieds et poings liés à la précarité, à l’incertitude et à l’appauvrissement. Le but est bien d’engager le marché du travail dans ce pays comme en Europe dans une spirale de baisse des salaires et de la protection sociale et d’augmentation sans limite du temps de travail en retirant aux salariés la protection minimale que leur apportait jusqu’à aujourd’hui la loi.

    Ceci est proprement inacceptable, surtout venant de gens qui se prétendent de gauche et disent vouloir agir pour la défense des plus faibles.

    Voter contre Sarkozy ne suffira donc pas.

    J’entends les objections habituelles : Mélenchon est un mégalo. Il n’est qu’un beau parleur. Il ne réussira qu’à mettre la France à genoux. Rien de ce qu’il propose n’est possible. Il n’en fera rien. Etc.

    Quoi qu’il arrive, la France est aujourd’hui à genoux et hormis le démantèlement de la protection honteuse dont bénéficie les classes aisées, un coup de pied dans cette infecte fourmilière ne nous fera pas forcément beaucoup plus de mal que nous n’en avons déjà. D’autant que si nous voulons bien prendre nos vies en main, vraiment, bien des voies s’ouvrent à nous pour construire une nouvelle société. Et puis, Mélenchon n’est qu’un homme qui nous propose de nous prendre en main, pas de faire à notre place. Et si son discours introduit un peu d’espoir, c’est peut-être aussi parce que nous sommes enfin redevenus optimistes et que nous avons confiance en notre force.

    Je voterai Mélenchon, non pas pour Mélanchon le tribun, l’agitateur d’espérance mais pour celles et ceux qui l’accompagnent et seront demain les acteurs du renouveau de la France universelle. Je voterai Mélencon parce que vous pensez que ça ne servira à rien alors que je suis convaincu que c’est au contraire notre seule véritable salut social. Je voterai Mélenchon parce que pour savoir si nous avons raison, il nous faut essayer ces autres voies de progrès.

    Je voterai Mélencon parce que si vous dites que ce qu’il propose est impossible, c’est donc qu’il faut que nous le fassions !


    Discours Jean-Luc Mélenchon au Prado par PlaceauPeuple

    Notes

    [1] A l’exception notable de Jean-Luc Mélenchon.

    [2] Alinéa 7 : Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie.

Pages 1 | 2 | 3 | 4 | 5

SPIP | thème par ydikoi | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0