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Europe

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    On ne dirait pas comme ça mais il y a déjà 3 mois, nous étions des millions à descendre dans les rues des villes de France en hommage aux victimes des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, à Paris, et crier à la face du monde que nous rejetions le terrorisme et l’intolérance. Nous nous disions « Charlie », alors.

    Depuis, il y a eu Copenhague, Sanaa au Yémen, Tunis et l’Université de Garissa au Kenya. Et toujours l’Irak, la Syrie, la Palestine, le Nigeria, et tous ces endroits oubliés des médias où l’on massacre, parfois loin de la lumière des projecteurs. Une macabre théorie de cadavres ensanglantés.
    Cela fait dire à certains que nous aurions l’indignation sélective puisqu’il ne s’organise pas de nouvelle marche à chaque nouvel attentat. C’est vrai, aussi. Mais à ce compte-là, les délires sanguinaires et meurtriers qui se succèdent à un rythme effrayant seraient aussi indirectement un bon moyen de lutter contre l’obésité. Vous verrez qu’on va finir par les remercier tous ces salopards…

    Il est vrai que ce reproche narquois s’adresse essentiellement à Hollande et à sa clique qui ont été si prompts à célébrer le « fameux esprit du 11 janvier. » J’en ai encore l’œil humide, tellement c’était beau et… bouleversifiant. Voir dans un même élan les rigolos pas drôles de l’Union européenne — les Merkel, Junker, Rajoy, Cameron, etc. — marcher au coude à coude avec d’autres crapules du même acabit (au hasard, Netanyahou et Libermann pour Israël, Bongo pour le Gabon, Orbán pour la Hongrie, pour n’en citer que quelques-unes), alors qu’ils n’ont d’ordinaire que mépris pour les petites gens, les sans-dents comme aurait dit notre bon président, avait de quoi vous retourner l’estomac. Paris, capitale du monde, l’unité nationale, allonzenfants de la patri-illeuh, tralalère ! Je comprends ceux de mes amis qui n’ont pas voulu cautionner une telle mascarade même si je crois que pour la plupart des gens qui étaient présents ce jour-là, l’important n’était pas dans ce spectacle écœurant et hypocrite.

    Depuis, il y a eu la longue litanie de commentaires, plus savants les uns que les autres, pour nous expliquer que, finalement, nous ne représentions pas grand chose. 4 millions de personnes, quand même. Une paille ! Etonnant dans un pays où 900 personnes suffisent à prouver que 75 % des Français sont raides dingues du génie politique de leur gouvernement d’après son fan-club ! Ces manifestations n’étaient donc, bien évidemment, que l’expression d’une classe de bobos, occidentaux bien blancs sur eux, qui se seraient donnés bonne conscience à bon compte car touchés dans leurs prétentions à l’universalité de la devise républicaine — Liberté, Égalité, Fraternité — et au motif, parfaitement exact au demeurant, que rien, en vérité, ne viendrait lui donner un semblant de début de réalité en notre bon pays de France (et de moins en moins, hélas) ni nulle part ailleurs, d’ailleurs !

    On a bien essayé aussi de nous faire comprendre que, si c’est pas joli joli de tuer des dessinateurs, il fallait reconnaître qu’ils l’ont bien cherché, faut dire, allez, un peu quand même, hein ? Faut pas se moquer des religions, ça blesse. Ou plutôt ça tue. Il est vrai qu’on avait un peu perdu l’habitude en France, depuis un ou deux siècles, peut-être un poil plus, de voir zigouiller des gens pour cause de ricanements trop ostensibles aux facéties de religions tellement nobles et généreuses qu’on se demande pourquoi, noun di diou, elles ne sont pas obligatoires. Quel gâchis ! Je reconnais que se poser la question, déjà comme ça, là, ça mérite le bûcher ou la décapitation. Si si, il faut le dire. Mais, que voulez-vous, je ne peux pas m’en empêcher. Bien le pardon, quand même, bien sûr !
    C’est que, voyez-vous, chez certaines personnes, il est difficile de concevoir que Dieu [1] et tout le tralala qui l’entoure, ça puisse ne rien évoquer du tout à de simples mortels. Que dalle ! Nibe de nibe ! Zépi ! Walou ! Nada ! Sauf des moqueries que eux-autres appellent des blasphèmes qu’ils voudraient voir inscrits dans la loi alors que ce ne peut être qu’une notion religieuse, donc PAS UNIVERSELLES du tout, pour le coup, puisqu’il faut croire en l’autre, là-haut, pour qu’elle ait un sens. C’est simple à comprendre, pourtant, non ? Ben non !

    On est mal, je vous le dis !

    Et puis, bien sûr, on a eu pour finir (provisoirement) nos élections Départementales où on s’est demandé si la haine et le rejet de l’autre n’allaient pas l’emporter et devenir le quotidien des citoyens de ce pays. Avec le résultat que l’on sait. Un grand écart, en apparence, que Jacques Rancière analyse dans cet entretien (abonnés).

    Certes, les attentats dont je parle plus haut ont fait beaucoup pour la promotion de l’islamophobie dans nos contrées. Sans doute est-ce l’un des objectifs stratégiques, d’ailleurs, afin d’accentuer le malaise que peuvent éprouver bon nombre de musulmans, en France et en Europe, et leur sentiment d’être rejetés. Et on ne saurait leur donner tort. Il faut dire aussi que notre classe politique ne brille guère par sa fidélité aux valeurs de la République qu’elle vend à longueur de discours et dont elle exige de chacun un respect tatillon mais dont elle sait fort bien se dispenser.
    Ainsi, au lendemain des attentas de Paris, les mêmes qui appelaient à ne pas stigmatiser nos compatriotes musulmans trouvaient-ils parfaitement légitime qu’on arrêtât un gamin de 8 ans pour « apologie du terrorisme. » Ailleurs, c’était des adolescents ayant osé refuser d’« être Charlie » ou de faire silence conformément aux injonctions de l’Etat qui se voyaient sommés de se justifier, et avec eux tous les musulmans de ce pays. Un peu pitoyable, cette forme d’opprobre jetée sur des enfants et leurs familles qui, pour des raisons qu’on se gardait bien de chercher à comprendre sans les caricaturer, refusaient de céder aux injonctions et brisaient la belle unanimité qui faisait si bien sur la photo, et alors même qu’on parlait, avec des trémolos dans la voix, de la liberté d’expression comme d’un bien précieux à défendre. L’emblème de la République française ! Mais dans la France du XXIème siècle, c’est l’Etat seul qui semble pouvoir décider de ce qu’un citoyen, enfant ou adulte, a le droit d’être ou de dire, surtout s’il est musulman. Un comble ! Et ça ne choque même pas les gardiens brevetés des valeurs de cette République !

    Liberté chérie…

    Cependant, la suspicion à l’égard des musulmans n’est pas vraiment récente et la droite n’y est pas pour rien. Mais la gauche non plus, malheureusement, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Du moins, une certaine gauche qui ne l’est plus vraiment et qui se permet toujours de donner des leçons de morale alors qu’elle a abandonné les territoires de l’espoir, du vivre ensemble et du changement de la société pour venir marcher sur les platebandes de la droite.
    Qu’un maire UMP, se mette à piller le patrimoine idéologique du FhaiNe et supprime les menus de substitution dans les cantines des écoles primaires ne peut évidemment pas surprendre. Il y a longtemps qu’une certaine engeance à l’esprit étriqué navigue sans vergogne d’un parti à l’autre. C’est juste que, au gré de leurs intérêts, les uns préfèrent Sarkozy et les autres la famille Le Pen mais il n’y a pas véritablement de différence sur le fond. Seulement dans la gamme d’octave des éructations.
    Mais aucun n"hésite à bafouer le principe constitutionnel d’égalité des droits des citoyens, au nom de préjugés racistes, donc eux-mêmes anticonstitutionnels. Bien sûr, on se retranchera derrière la laïcité pour justifier cette discrimination en oubliant commodément que c’est l’école qui doit être laïque, pas les services qui l’entourent. Et que c’est à l’Etat que s’impose la neutralité définissant la laïcité, pas aux citoyens. Sans même parler de l’abjection que représente cette instrumentalisation des enfants de la part d’un parti qui voit des prises d’otages partout à la moindre grève !
    Mais qu’une ministre d’un gouvernement socialiste puisse relancer un énième débat sur le voile que portent certaines femmes musulmanes et cela à l’université, c’est à dire dans un lieu qui se définit comme un espace d’échanges, de débats et de transmission des savoirs et de la culture, des Lumières, concernant qui plus est des adultes, voilà qui ne manque pas d’interroger sur la corruption des esprits qui osent encore se réclamer de la gauche.

    Il n’y avait donc rien de plus urgent, à quelques jours d’une élection que de donner dans cette surenchère imbécile tout en se posant en ultimes remparts contre la haine et le rejet de l’autre et en agitant l’épouvantail bien commode en l’occurrence du Front National. Comment peut-on prendre ces gens au sérieux ? Comment peut-on s’identifier à eux qui prétendent être les représentants exclusifs de la gauche et ne font que la décrédibiliser jour après jour auprès de ceux qui constituaient son électorat, plus ou moins convaincu, plus ou moins critique à l’égard du PS mais prêt à le soutenir, s’il le fallait, justement au nom des valeurs qu’il bafoue aujourd’hui ?

    Je ne regrette certainement pas d’avoir marché en Avignon le 11 janvier dernier car j’y ai vécu un moment qui vous prend aux tripes comme jamais je n’en avais vécu. Un instant rare et extraordinaire en osmose avec de très nombreuses personnes [2] venues exprimer la même émotion et la même indignation. Mes semblables. Personne n’aurait su dire s’ils étaient français ou non, ni de quelle religion ils se réclamaient s’ils n’en portaient pas de signes extérieurs. La seule chose qu’on pouvait identifier, à peu près, dans certains cas, c’était la couleur de leur peau et parfois un type ethnique plus ou moins significatif. Mais qu’importe. Il n’y a eu ni cri de haine ou de vengeance, juste des êtres humains venus partager un immense chagrin. Des êtres humains, avant tout !

    On pourra m’expliquer que cela n’était pas important car tous n’étaient pas là, qu’il y avait des oubliés, des suspects, des rejetés. Ça, je veux bien l’entendre car j’en suis conscient. Je le sais. Mais c’est aussi pour ces gens absents que je ne connais pas et dont je ne partage pas les convictions religieuses (je n’en partage avec personne, d’ailleurs) mais que je respecte, que j’ai marché ce jour-là, comme j’ai marché pour les journalistes de Charlie, comme j’ai marché pour les policiers exécutés, comme j’ai marché pour ces gens assassinés car ils étaient juifs. Comme je pense aujourd’hui aux victimes de ce fanatisme religieux qui frappe partout dans le monde avec la même répugnante lâcheté.

    Oui, vraiment, j’aurais aimé que ce fameux « esprit du 11 janvier », dans lequel s’est drapé le président de la République, soit autre chose qu’une simple exploitation politicienne d’un événement national tragique et n’ait pas cédé la place à d’autres exploitations politiciennes de préjugés contre lesquels il semble que beaucoup de personnels politiques aient renoncé à lutter. J’aurais aimé que mon pays se montre aussi plus attentif à la souffrance d’autres peuples atteints bien plus gravement et tragiquement que nous et dont on fait si peu de cas.
    Je me souviens que la sinistre Alliot-Marie a été plus prompte à proposer à Ben Ali le savoir-faire français contre les émeutes populaires à l’origine de la révolution tunisienne que ne l’a été Hollande à proposer de marcher en hommage à la nouvelle Tunisie et aux victimes des derniers attentats de Tunis, tout comme pour celles du Kenya.

    J’aurais aimé que la France, mon pays, entende aussi la souffrance de certains de ses citoyens et qu’elle se batte vraiment pour leur offrir une véritable place en son sein, digne des idéaux dont elle se réclame encore mais qu’elle laisse galvauder honteusement. La République devait assurer l’émancipation et le bonheur du peuple, en particulier par l’éducation, c’est à dire par l’acquisition des outils permettant la compréhension et la critique de son environnement pour garder la maîtrise de ses choix. Pas seulement savoir lire, écrire et compter, comme on l’entend si souvent. Pas seulement à l’école mais aussi partout où des citoyens choisissaient de se rencontrer, de parler ensemble et de partager. Ça s’appelait l’« éducation populaire. » Une idée issue de la Révolution, tellement évidente qu’elle en faisait peur aux nantis, à ceux qui accaparent le pouvoir à leur seul profit et qui ont fini par la détruire. J’ai pourtant la conviction profonde que c’est cette destruction lente et systématique de toutes les structures d’éducation populaire qui explique en grande partie (mais pas seulement, bien sûr) le délitement actuel du tissu social et des solidarités citoyennes et intergénérationnelles et plus particulièrement envers les plus faibles. C’est aussi cet abandon qui explique que des jeunes en manque de repères et d’avenir préfèrent aller mourir en Syrie plutôt que vivre méprisés par leur propre pays et finissent par le renier. Au lieu de porter notre attention sur les plus faibles pour les aider et les accompagner, nous avons préféré les dénigrer et détourner le regard, les abandonner, et ceux qui les aidaient avec, pour favoriser ceux qui ont le plus de capacités, de facilités ou de talent. Car c’est plus facile d’aider les « gagnants », ça coûte bien moins cher. Pourtant, il y a aussi écrit « Fraternité » au fronton de nos édifices publics. C’est à dire, tendre la main, se respecter et s’entraider mutuellement. Des choses si ringardes aujourd’hui, semble-t-il, mais qui demeurent pourtant le seul terrain de modernité d’une gauche fidèle à elle-même et porteuse d’avenir.

    Il y a ainsi des choses qui vous grandissent mais dont il semble que la France ne soit plus capable, trop occupée à se regarder le nombril.

    Il faut vraiment en finir avec ce cauchemar !

    Notes

    [1] Je mets quand même une majuscule au cas où il lirait ce blogue, ça mange pas de pain béni !

    [2] Nous étions pas loin de 20000 entre l’esplanade Jean Jaurès (il aurait été fier de nous, le vieux Jeannot) et le parvis du Palais des Papes !

    Plus forts que l’intolérance

    mercredi 7 janvier 2015, par Marc Leblanc

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    Je suis Charlie

    Je suppose que c’est ce que l’on ressent en temps de guerre, lorsqu’on apprend la mort de camarades ou de connaissances. "Ils ont eu Untel". Le vide. Éviter de penser que plus jamais on ne verra leurs visages ni n’entendra le son de leurs voix, leurs rires, leurs mots. Repousser sans cesse le moment où cela deviendra une évidence : ils sont morts. Fini, rideau ! Pourtant, on a hélas déjà perdu des parents, des frères, des amis. Des morceaux de soi-même, des bouts de notre vie. On sait que ça fait mal de penser à ceux qui ne sont plus là. Mais on y pense parce qu’ils étaient importants à notre cœur. Chagrin…

    Ils étaient comme des frères, des amis, eux aussi. On riait des mêmes choses, le plus souvent, par journal interposé. Depuis… bien longtemps. Si longtemps qu’on a l’impression d’avoir presque grandi ensemble. Des fois, je me disais qu’ils étaient gonflés, qu’ils ne reculaient devant rien. Des fois, ils poussaient le cochonnet un peu loin, faut dire, mais qu’est-ce qu’on se marrait ! En quelques coups de crayon, ils exprimaient des choses qu’on avait du mal à mettre en mots. C’est pour ça qu’on les aimait, parce qu’ils traduisaient ce qu’on ressentait face à un événement, une situation. Le talent, quoi. Et ça faisait du bien, face à ce monde qui va de traviole depuis si longtemps, de fréquenter ces gens-là qui le tordaient encore plus pour lui faire rendre gorge et nous arracher des sourires et des rires, pour conjurer les injustices, la tristesse, l’impuissance à ne pas pouvoir le rendre meilleur. Des compagnons de luttes, parfois aussi.

    J’achetais Charlie presque toutes les semaines, comme Siné Hebdo (puis Mensuel), d’ailleurs. Parce que, même s’ils se frictionnaient parfois mutuellement, leurs talents respectifs étaient réjouissants. Mais ce n’était pas simplement une affaire de dessins, de caricatures. C’était aussi un état d’esprit, une liberté de ton, des textes intéressants écrits par des gens intéressants et talentueux. Ça faisait quelques semaines, pourtant, que je n’avais plus acheté Charlie. Trop de journaux à lire. Mais bizarrement, je gardais précieusement tous les numéros que j’avais acquis (et lus intégralement), comme le témoignage d’une époque, peut-être. Mais je n’étais pas inquiet. Je savais qu’il y avait un nouveau numéro qui m’attendrait la semaine d’après ou celle d’après encore si je ne pouvais pas l’acheter. D’ailleurs, je m’apprêtais à m’abonner. Et puis voilà…

    Alors bien sûr, on savait que leurs moqueries parfois mordantes généraient des réprobations, des indignations parfois violentes. Comment pouvait-il en être autrement ? C’était la règle du jeu, en quelque sorte. Brûler les locaux de Charlie Hebdo, on n’était sans illusion, c’était bien la connerie élevée au rang de dogme. La censure stupide. Mais là. Cette haine meurtrière. Il n’y a plus aucun mot capable de traduire le dégoût d’un tel acte.

    Je pense à toutes ces personnes massacrées aujourd’hui, à qui on n’a pas laissé la moindre chance d’en réchapper. Aux dessinateurs, aux journalistes, aux chroniqueurs, aux gens connus et aux inconnus qui se sont trouvés là au pire moment. A ces policiers aussi, tués en remplissant leur mission et dans des conditions abjectes, elles aussi. A cette folie meurtrière qui semble ne plus avoir de limite dans notre siècle malade. Je m’interroge. Est-ce vraiment la bêtise la plus crasse, l’intolérance, qui sont la cause de ces meurtres ? On peut vraiment tuer pour des caricatures ? Tout cela concorde tellement avec les horreurs qu’on nous rapporte du monde entier. Ces enfants massacrés au Pakistan parce que leurs parents sont militaires, ces jeunes filles enlevées au Nigéria, et la Syrie et le Mali et le Nord Kivu, etc. Ces gens assassinés parce qu’ils sont juifs, ici, ou palestiniens, là, ou rohingyas (musulmans), ailleurs. Et maintenant ces appels à l’unité nationale, européenne et occidentale. Tout cet engrenage qui semble vouloir nous entrainer inexorablement vers le déchainement de haines recuites, vers toujours plus de violence, comme si nos sociétés en perdition, écrasées par l’injustice et les spoliations, devaient à nouveau se trouver des exutoires pour se donner l’illusion d’exister encore. Comme un éternel bégaiement de l’histoire où chaque époque de crise se trouve une haine nouvelle à exploiter pour que finalement rien ne change. Avec paiement cash pour les éternels mêmes contributeurs.

    Je pense aussi à tous ces musulmans, nos compatriotes mais les autres également, qui ne sont pour rien dans ces atrocités et desquels on commence déjà à exiger des gages alors qu’on leur vole à eux aussi la paix de leur foi. Je n’aimerais pas que mon pays s’abandonne à de mauvais prétextes pour conjurer ses peurs comme on le fit jadis avec les Juifs, ici et ailleurs. Ma France est laïque et la laïcité, ce n’est pas le rejet d’une religion au profit d’une autre. Puisque c’est notre liberté qui est attaquée, nous dit-on, qu’on se souvienne que celle-ci est aussi la liberté de conscience.

    Ils auraient donc voulu faire taire Charlie, parait-il. Ils ont juste réussi à faire taire certains de ses artisans, non des moindres, il est vrai. Ils vont nous manquer. Ils vont me manquer. Le jour qui va se lever aura un goût amer, c’est sûr. Et les suivants aussi. Mais ils ne nous feront pas taire. Charlie va renaître une fois de plus car il est certain que d’autres talents s’attèleront à la tâche pour que cet esprit ne meure pas. Parce que la liberté a toujours raison de la barbarie. Parce que les crayons et les plumes sont plus forts que les armes même s’ils sont moins létaux.

    L’esprit aura raison de la haine et de l’obscurantisme.

    Charlie, c’est nous !

    L’Europe ? Quelle Europe ?

    35 ans de trahisons

    samedi 24 mai 2014, par Marc Leblanc

    Voilà belle lurette que j’ai perdu la foi en l’Europe. Car, aussi surprenant que cela puisse être, il y eût une époque dans ma vie où l’Europe m’a vraiment fait rêver avec ses promesses de paix et d’amitié entre les peuples du continent et tous les autres, de prospérité, de lendemains enchanteurs, de partage. De bonheur, en somme. En ce temps-là, nous étions jeunes et larges d’épaules, ainsi que le chantait naguère le grand Bernard Lavilliers, et la vie nous semblait emplie de promesses à accomplir, à saisir, à portée de mains. C’était un temps où malgré la fameuse barrière de la langue, parfois, mais qui n’en a jamais été vraiment une, l’Europe consistait à aller à la rencontre des jeunes des autres pays et à échanger et à parler avec eux, jusqu’à l’extinction de voix, du monde que nous voulions construire, tellement différent de celui de nos parents, tellement plus beau, plus grand, plus dynamique ! Quel plaisir que de sympathiser avec Dick, le Néerlandais, ou Gill, la belle anglaise rousse, Inge et Mark, les Allemands, Livia, la jolie Italienne, Adèle, la non moins jolie Belge ou encore Pedro l’Espagnol et tous leurs amis, rencontrés au détour d’un camping en Ardèche ou au festival d’Avignon, parfois dans un train en rentrant à la maison pour les vacances scolaires.

    Ce n’était pas encore l’Union Européenne que nous connaissons aujourd’hui, tout juste le Marché Commun, l’Europe des Six. Certains n’en faisaient pas encore partie (Grande Bretagne, Espagne, Danemark…) mais cela importait peu car notre Europe de jeunes n’avait cure des finesses politiques ou économiques. Le monde serait forcément ce que nous voulions qu’il soit. Et puis, c’était aussi de cette façon-là qu’on nous la vendait, l’Europe, façon Bisounours attardés, tandis que les gens sérieux planifiaient la suite. Il a quand même fallu attendre 1992 et le référendum sur le traité de Maastricht pour qu’on commence à se préoccuper de notre avis. Et encore, comme pour les traités suivants, en évitant de trop compliquer le débat : « T’es gentil, tu votes oui, t’es vilain, tu votes non ! »
    Jusque-là, personne n’avait jamais vraiment songé à consulter les citoyens sur le projet lui-même et sur les extensions successives du traité de Rome à de nouveaux pays. Comme une évidence qui voudrait que les pays européens au sortir de la guerre n’avaient pour seule préoccupation que de s’unir dans un grand élan de solidarité et d’amour partagé. Qui pouvait bien songer à aller contre ça ? C’est d’ailleurs une manie depuis l’origine : il semble que la construction européenne et ses traités ne supportent ni la grande lumière ni le suffrage universel. Mais les finalités de cette construction, les formes à donner à cette entité, rares étaient ceux qui osaient réellement exposer leur vision sans circonlocution ni langue de bois. Dissolution des états dans une fédération de régions ? Fédération d’états ? Simple association ? Quels abandons de souveraineté ? Quelles conséquences sur nos organisations administratives, sociales, économiques, démocratiques ?

    Du reste, c’est encore le cas aujourd’hui. Le schéma n’a guère changé, finalement.

    On nous dit, comme en 1992 ou en 2005, que ne pas approuver l’Union européenne telle qu’elle existe aujourd’hui, c’est ne pas aimer l’Europe, c’est être anti-européen, comme si, en définitive, il ne pouvait y avoir d’alternative. Il faut bien reconnaître qu’on a entendu des arguments bien plus motivants pour aller voter. Guy Verhofstadt, ancien premier ministre belge et candidat libéral à la présidence de la Commission européenne, soutenu notamment par les centristes français UDI-MODEM (Borloo, Bayrou et compagnie) nous joue sa petite partition de violon en nous invitant à ne pas envoyer au parlement des gens qui n’aiment pas l’Europe. Toujours l’amour !… Mais c’est quoi aimer l’Europe, au juste ? Voter pour des gens qui approuvent les choix clairement ultra-libéraux du Conseil européen et de la Commission, la casse des systèmes sociaux, la destruction des règlementations du travail, les politiques d’austérité qu’ils ont imposées partout sur le continent avec la complicité des gouvernement nationaux ? Mais qui assume ces choix-là ? A les en croire, tous, aucun n’y a jamais pris part puisque rares sont ceux qui en parlent dans les partis qui soutiennent la politique européenne actuelle. On est juste priés d’aimer l’Europe car elle nous a épargné la guerre, que nous ne serions plus rien sans elle et que c’est bien, l’Europe, quoi, merde ! Et on nous le dit avec cette arrogance teintée de mépris et d’une pointe d’agressivité pour réduire au silence toute velléité de contestation. Du genre : « Ecoute petit, tu comprends rien à l’affaire mais crois-moi sur parole, l’Europe c’est trop bon ! » C’est sûr, vu comme ça !

    Du côté du PS, qui fut paraît-il un grand parti de gauche, il y a longtemps, on fait semblant de découvrir que l’Europe sociale fait un peu grise mine. Pour tout dire, elle n’a jamais vraiment été au centre des débats et n’a même pas connu un semblant de début de commencement qui pourrait faire penser qu’elle existe. Et ça commence à se voir sérieusement en cette période de laminage des peuples, alors que les socialistes européens n’ont jamais été très loin des centres de pouvoir. Du coup, promis-juré, ils vont nous en mettre partout du social et on est priés de leur faire confiance car, cette fois, c’est sûr, pas de dédit, pas de retournement de veste, pas de baisse de frocs. Croix de bois, croix de fer, rien de ce qui est mauvais pour les peuples ne passera plus par eux. Comme s’ils n’étaient pour rien dans la mise en œuvre des politiques qu’ils feignent de condamner (du bout des lèvres, faut pas exagérer). Martin Schulz, leur candidat, nous en prie : « Ne nous trompons pas de colère ! » dit-il. C’est déjà bien qu’il se soit rendu compte qu’on ne baignait pas dans la bonne humeur mais ça va être un peu court pour la faire revenir. D’autant que rien ne semble annoncer de grands changements en termes de politiques économiques, au contraire ! Pourtant, ce n’est pas faute de forcer le trait. Aux innocents les mains pleines : Schulz n’était pas là ces dernières années, il était juste président du parlement, sans droit de vote. Alors, c’est pas sa faute si ses amis ont fait des bêtises avec les libéraux. Mais voir les socialistes français se ranger sous la bannière de Schulz a quelque chose de croquignolet car l’homme fait plutôt figure d’un anti-Jaurès. Le 17 avril dernier, en clôture du meeting qui lançait sa campagne en France, il citait Edmund Burke, philosophe irlandais connu pour être le premier opposant à la Révolution Française. Bref, un modèle de conservatisme anglo-saxon. Comme si un homme qui se dit socialiste (même un social-démocrate allemand) n’avait pas dans sa bibliothèque des bouquins d’auteurs socialistes, même une simple anthologie, où puiser une pensée un peu motivante et plus en phase avec ce qu’il prétend être. Et sauf erreur de ma part, c’est le même qui, en qualité de président du parlement européen, souhaitait que le pape vienne s’y exprimer. Et hop ! Un bon petit coup de pied au cul de la laïcité ! Et qu’ont-ils dit de tout ça les socialos ? Boh, rien ! C’est sûr : n’est pas Jaurès qui veut !

    A l’UMP, le grand parti de la droite et du centre, comme ils se définissent eux-mêmes, tout va bien ou presque. C’est juste qu’il faut dire non à Hollande sinon, ça baigne. Il faut plus d’Europe, plus de libéralisme, tout ça. Rien de surprenant, finalement. C’est l’UMP, quoi ! On aime ou on n’aime pas. Moi je n’aime pas et ce n’est pas d’hier. Avec ou sans Sarko, l’UMP, c’est la médiocrité élevée au rang de programme politique, l’alignement sur l’Allemagne de Merkel et les Etats-Unis. Comme le PS ? Oui mais en plus démago encore. Sans le mariage pour tous mais avec l’intolérance et le racisme d’état à portée de main. Comme le FN, alors ? Pas loin. Le FN qui se la joue presque parti révolutionnaire, prêt à tout casser comme sa Marine que retenez-la ou elle va faire un malheur au nom de la France éternelle, chrétienne et blanche, de la laïcité anti-musulmane, de la République si vraiment vous y tenez, du peuple opprimé par le « système » et, bien sûr de la race. Car la France, tu l’aimes ou tu te casses et les étrangers, c’est tout leur faute. D’ailleurs, l’Europe en est pleine. Si ! Mais bon, à part ça, c’est un parti (d’extrême-droite) comme un autre, hein ! C’est à dire qu’ils s’aplatiront devant le « système » dont ils prétendent être les grands contempteurs mais dont ils sont en réalité les meilleurs valets. Voter pour le FN en espérant changer l’Europe (ou même seulement la France), c’est comme confier le ministère des droits de la femme à un taliban.

    On fait mine, ici ou là, de s’étonner du peu d’intérêt des citoyens pour cette élection. Mais qui veut vraiment ouvrir le débat, hormis ceux qui veulent changer de politique ? Depuis deux mois, il y avait grandement le temps de donner la parole aux différents protagonistes. Au lieu de quoi, on a vu une formidable mise en valeur du Front National dans la plupart des grands médias, comme pour les municipales, tantôt comme un épouvantail pour ramener vers les partis dits « de gouvernement » les brebis égarées, tantôt pour le présenter comme la seule alternative à l’abstention pour les déçus et victimes de l’Europe. La seule alternative ? Vraiment ? Il est vrai que tous ceux qui osent remettre en cause cette Europe-là sont qualifiés de populistes, ce qui permet de les renvoyer dos-à-dos avec le FN, selon le précepte bien connu qui veut que les extrêmes se rejoignent. En arriver à ce niveau d’argumentation en dit long sur l’état du débat politique en France. Il aura fallu attendre quasiment la dernière semaine de la « campagne électorale » pour qu’on commence à parler du projet de grand marché transatlantique (GMT ou TAFTA ou TTIP) dans ces mêmes médias, alors que depuis deux ans Attac ou le Front de Gauche tirent la sonnette d’alarme sur ces négociations menées dans le plus grand secret entre les Etats-Unis et la Commission européenne. Et les autres ? Silence radio. Récemment, sur France 3 [1], lors d’un « grand » débat réunissant diverses personnalités politiques représentant les grandes tendances, notamment José Bovet (Europe Ecologie), candidat à la présidence de la commission européenne et Raquel Garrido, tête de liste du Front de Gauche, il était touchant de constater la quasi-communauté de vue entre Pierre Moscovici du PS, Brice Hortefeux de l’UMP et Guy Verhofstadt, déjà cité plus haut, pour écarter d’un revers de main toute dangerosité de ce traité pour la simple raison qu’il n’était pas encore conclu et que, bien sûr, vous pouvez les croire sur parole, il n’était pas question de remettre en cause les normes sanitaires européennes face aux pressions étasuniennes, pensez donc ! Même que si ça leur plait pas, c’est bien simple, ils voteront contre. Mais comment faire confiance à des gens qui ne voient déjà dans ce futur traité qu’une opportunité de gagner quelques dixièmes de points de croissance sans évaluer les conséquences sociales qu’il aura inévitablement et qui s’ajouteront aux politiques désastreuses déjà mises en œuvres ?

    Personnellement, je ne crois pas que ces élections changeront quoi que ce soit à la politique européenne. Je ne crois même pas que nous choisirons le président de la Commission comme on nous l’annonce (il serait issu du groupe ayant obtenu le plus grand nombre de sièges) mais qu’il y aura négociation entre une majorité parlementaire et le Conseil européen (les chefs d’états). Je ne crois d’ailleurs pas que l’Union européenne soit amendable dans sa forme actuelle car si on avait vraiment voulu faire une Europe sociale, on n’aurait pas commencé par signer des traités qui la rendent impossible. Je ne crois tout simplement plus à l’Europe ni que nous ayons quoi que ce soit en commun avec la plupart des pays qui constituent cette union. Je suis totalement opposé à la dissolution des états-nations dans une fédération de régions telle que nous y conduit la réforme territoriale à venir, la métropolisation et les régions transfrontalières qui en découleront car les peuples n’y auront aucune place, seule important la marchandisation de toutes les activités, à commencer par les services publics. Je ne crois plus en l’Europe protectrice, vecteur de progrès et de prospérité. Elle n’est plus qu’un outil d’asservissement des peuples aux intérêts d’une minorité transnationale. Elle n’est qu’une caricature de démocratie dans laquelle tout est mis en œuvre pour contourner la souveraineté populaire. Je pense même qu’à plus ou moins brève échéance, il n’y aura plus de démocratie du tout en Europe et que l’oligarchie prendra prétexte des soulèvements populaires à venir pour instaurer des régimes autoritaires.

    Je pourrais voter Nouvelle Donne, c’est vrai. Mais je voterai Front de Gauche. En sachant que dès le 26 mai, de toute façon, il faudra retourner au charbon et continuer le combat car tout sera à refaire.

    Notes

    [1] 20 mai dernier

    Les messagers de la haine ordinaire

    vendredi 3 janvier 2014, par Marc Leblanc

    Je suis parfois très étonné par la crédulité de personnes de mon entourage, notamment en ce qui concerne certaines « informations » circulant sur les réseaux sociaux. Ce sont pourtant des gens réfléchis, tout à fait capables d’analyser une situation afin de prendre des décisions pertinentes et qui, d’ordinaire, exerceraient leur sens critique avant que de s’approprier une information et de la relayer.
    Bizarrement, Internet semble abolir cette réserve salutaire et de bon aloi qui, « dans la vraie vie », est censée nous éviter de prendre des vessies pour des lanternes, sans y parvenir systématiquement, certes, mais suffisamment pour ne pas passer pour un plomb.

    Il est vrai que ce sont souvent des informations qui touchent à notre sensibilité face à ce que nous percevons comme des injustices ou des atteintes à la dignité humaine. Alors, notre sang ne fait qu’un tour et on s’indigne avant même de nous être interrogés sur la réalité de ce qu’on nous sert comme une vérité. Le plus souvent d’ailleurs, ces informations nous parviennent par des connaissances qui ont réagi comme nous après les avoir reçues de la même manière. Alors, notre méfiance naturelle n’est plus en alerte puisqu’il s’agit d’amis ou de gens que nous connaissons pour ne pas s’en laisser compter si facilement.

    Je trouve que ce genre de situation a malheureusement tendance à se multiplier et, le plus souvent, autour de faits de société qui impliquent l’attitude réelle ou supposée de la Justice face à des actes extrêmement graves qui nous choquent et nous écœurent. Et là, il faut dire que certains se sont fait une spécialité de dénigrer la Justice en jouant de l’ignorance de la plupart d’entre nous face à ses mécanismes, son jargon et aussi face à la loi que nul n’est censé ignorer mais que nous méconnaissons tous dans les grandes largeurs. A tel point que chacun s’en fait l’idée qui lui convient et ne voit les arrêts de justice qu’au travers de son prisme personnel. Et ce ne sont pas les journalistes, même lorsqu’ils sont estampillés « spécialisés », qui nous éclaireront alors que c’est en principe leur fonction.
    Alors, je frémis lorsque je lis certains commentaires, prétendument frappés au point du bon sens, réclamant une plus grande sévérité de la justice, bien sûr, et la mise en pièce des droits de la défense qui, paraît-il, bafouent ceux des victimes. Il est heureux que certaines affaires sordides de ces dernières années n’aient pas été jugées par les « jurys populaires » de Facebook ou de Tweeter. Il y aurait certainement du sang partout et des morceaux de corps humains virtuellement éparpillés façon puzzle, selon l’expression devenue légendaire. Quant à la Justice…

    Le dernier exemple en date est celui d’un arrêt de la Cour de Cassation italienne relaté dans un article d’Il Quotidiano della Calabria le 7 décembre 2013 dont voici la traduction approximative :

    CATANZARO - Lui 60 ans et elle 11 ans. Lui est un employé des services sociaux de la commune de Catanzaro, elle, l’enfant d’une famille en déshérence. La maman l’avait confiée à ses soins et il l’avait prise dans ses bras. Mais quand les policiers avaient fait irruption dans sa maison au bord de la mer, ses bras la serraient sous les draps de son lit, tous deux nus. Mais aussi amoureux, écrivent aujourd’hui les juges de la Cour de Cassation, entre les lignes d’un arrêt qui ne manquera pas de faire jaser, en voyant une circonstance atténuante justifiant le consentement de la victime aux rapports sexuels avec l’accusé. La condamnation à 5 ans de réclusion, pourtant par deux fois déjà infligées à Pietro Lamberti, est cassée et celui-ci est renvoyé une nouvelle fois devant la Cour d’appel de Catanzaro pour les mêmes faits. Qu’en ressortira-t-il vraiment, de cette villa transformée en alcôve pour un amour interdit, fait de coups de téléphone quotidiens et de rencontres à toutes les heures ?

    « Mais tu m’aimes ? », lui demandait romantiquement la fillette. Et lui tentait vainement de la tranquiliser pour se laisser aller à des commentaires érotiques. Jusqu’à ce que la peur d’une grossesse l’aurait fait arrêter. Alors la peur avait remplacé la séduction comme il ressort de quelques-unes des centaines de dépositions récoltées par les policiers. Elle lui faisait une sonnerie quand elle se trouvait seule à la maison et lui la rappelait sur son portable, exception faite pour le weekend. « Ne m’appelle pas samedi et dimanche car je suis en famille », l’avertissait-il. Et elle obéissait. Comme ce matin ensoleillé du 22 juin, il y a trois ans, au moment de mettre la jupe pour pouvoir « le rencontrer » dans la voiture car revenir à la maison de Roccelletta aurait été trop risqué. « Son homme » lui aurait confié que depuis quelques temps il se sentait épié par sa mère, au point de recommander continuellement à la fillette de ne parler avec personne et de ne pas raconter ce qui se passait dans la maison de Roccelletta, « car ceci est un secret que nous devrons emporter dans la tombe. » Mais, finalement, le secret fut découvert. Et Lamberti est tombé directement dans les filets des policiers qui, après avoir eu connaissance de la rencontre, l’avaient suivi et surpris en flagrance.

    Il est certain que la lecture d’un tel article est de nature à donner la nausée et c’est exactement ce qui s’est passé. Mais l’itinéraire de cette information est assez curieux et mérite de s’y arrêter un instant car je le trouve très significatif de la tendance dont je parle.
    Elle est d’abord reprise en termes presque identiques dans un billet du blogue Ladyblitz (en italien), le 8 décembre et sans aucune remise en cause. Puis, le 27 décembre, elle est publiée sur le site français Media-Presse-Info qui, se définissant comme le chantre de « l’info sans concession », se permet de rajouter sa petite couche maison pour le cas où le côté sordide de l’histoire serait trop peu perceptible. Mais toujours pas de remise en question de l’interprétation de l’information de base. Enfin, le 29 décembre, c’est le site Egalité et réconciliation qui ajoute sa petite contribution à l’histoire, sans doute pour souligner, comme l’impose sa marque de fabrique, la Justice sans morale de ce siècle de décadence. Bien entendu, la démonstration, aussi lapidaire qu’elle est, est incompatible avec une recherche même succincte d’une interprétation différente.

    Commence alors la petite « tournée des amis » avec sa succession de « partages » et de commentaires outrés.

    Entretemps, en Italie, le 14 décembre (soit 7 jours après l’article du Quotidiano della Calabria), le site Golem Informazione publie l’interview de la criminologue Luana de Vita qui apporte un éclairage singulièrement différent sur cet histoire. En réalité, la Cour de Cassation italienne n’a aucunement statué sur la réalité du délit (ce qui n’est d’ailleurs pas son rôle) mais sur l’absence ou l’insuffisance de motivation du refus, par la cour d’appel, des circonstances atténuantes demandées par la défense, parmi lesquelles l’invocation du sentiment amoureux prêté à la victime pour son agresseur qui minorerait sa faute, en excluant toute contrainte ou violence, ce que réfutent les juges du fond, et aussi la proposition d’une indemnité de 40.000 €, jugée incongrue par la cour d’appel, sans que ces mêmes juges ne précisent quel montant serait plus acceptable ni n’ordonnent d’expertise médico-psychiatrique de la victime afin d’évaluer le préjudice subi. Des aspects purement techniques, donc.

    C’était donc ça ! On est loin du psychodrame joué par le quotidien calabrais et les sites conspirationnistes français. Finalement, le Nouvel Obs (Rue 89) dans sa rubrique « Le démonte-rumeur », publiera le 31 décembre l’un des seuls articles français allant dans le sens de la vérité juridique. Sur le forum du site Hoaxbuster.com, des contributeurs s’interrogeaient quant à eux sur cette affaire qui semblait prendre de l’ampleur, essentiellement en France, sans émouvoir l’Italie plus que ça.

    Car c’est là l’un des aspects remarquables de toute cette histoire : les divers moteurs de recherche ramènent tous à ces mêmes articles signalés plus haut mais à aucun des grands journaux italiens (Il Corriere della sera, La Stampa, La Reppublica, L’Unità, pour ne citer que ceux-là) comme si ces derniers se désintéressaient totalement d’une affaire de pédophilie provinciale. A moins, bien sûr, qu’ils ne trempent jusqu’au cou dans la conspiration de la décadence morale. On n’est jamais sûrs de rien, c’est sûr ! A moins que ces journalistes-là aient simplement fait correctement leur boulot et constaté qu’il n’y avait pas là de quoi fouetter un chat.

    Car enfin, on peut comprendre que le commun des mortels réagisse aux informations qu’on lui donne avec sa sensibilité, sans remettre en cause leur véracité ni les vérifier. Après tout, ces informations sont censées avoir été analysées par des journalistes dont c’est le métier. Évidemment, je me place ici dans un contexte carrément idéal où les journalistes et les journaux qui les emploient s’enorgueillissent de délivrer des informations fiables et étayées, gages de leur crédibilité. Malheureusement, il semble que la rigueur et la compétence ne soient pas les qualités les mieux partagées dans une certaine presse. Car, sinon, comment expliquer que des sites qui prétendent être des références de « l’info sans concession » ne se donnent même pas la peine de rechercher des compléments possibles à l’information qu’ils se proposent de diffuser afin de la recouper, comme on dit. Il m’a fallu moins de 2 heures pour trouver les articles expliquant réellement le sens de l’arrêt. Du boulot d’amateur, en somme. Et je n’ai fait cela que parce que les affirmations initiales me semblaient fantaisistes. Il faut dire que j’apprends aussi beaucoup sur la Justice en lisant Maître Eolas

    Dans le cas présent, si l’article du journaliste du Quotidiano della Calabria peut être imputé à son incompétence en matière juridique, sa reprise par les 2 sites français n’est évidemment pas fortuite. Non pas que l’incompétence ne puisse ici être invoquée, au contraire elle est même plus que probable et pas seulement en terme de Droit. Mais on a davantage à faire avec une volonté politique visant à instiller l’idée que la Justice est laxiste, qu’elle méprise la victime et protège la racaille et que si la loi ne punit pas suffisamment, il reste une justice populaire, sans doute la vraie, qui coupe les cous et les couilles sans s’attarder en vaines discussions, toujours un peu pénibles.

    Il ne faut pas négliger le pouvoir de nuisance de ces gens qui véhiculent aussi des idées assez éloignées des valeurs de notre République. Car, même après que l’on a rétabli la vérité, il reste des gens pour se dire scandalisés par l’information initiale et fausse. Voir les commentaires sur Rue89. Comme s’il était finalement plus simple de croire… ce que l’on souhaite croire. Il faut dire aussi que, comme il est fréquent dans de nombreux cas similaires, argumenter pour expliquer est forcément plus long et complexe que jeter des anathèmes, surtout lorsque ceux-ci s’appuient sur des préjugés. Qui prendra la peine de lire un long article développant un raisonnement logique et documenté alors que le ragot ne couvre pas plus de 10 lignes ?
    Pour autant, il ne faut rien lâcher et ne pas céder un pouce à ces entreprises de mensonges grotesques et nuisibles.

    La faute à personne, comme toujours

    samedi 23 février 2013, par Marc Leblanc

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    Heureusement qu’il y a Findus !

    C’est fou ce qu’on peut faire avec du cheval roumain quand on y pense ! Mais dans le fond, le problème dans cette histoire, ce n’est pas tant ces pauvres bêtes que ce qu’elle révèle de cupidité et de malhonnêteté dans un système censé nous nourrir.

    Les Roumains non plus, d’ailleurs, ne sont pas en cause. Certains, rien qu’à entendre ce mot avaient dressé l’oreille, prêts à nous asséner leurs sentences définitives sur ce peuple. Raté ! Ce sont bien de bons Français (et quelques autres fiers Européens occidentaux) qui ont cru malin de déguiser les canassons de Roumanie en vache de réforme. Au tiers du prix de la bête à cornes (sans corne, d’ailleurs, regardez dans les prés), c’était une affaire. Vivent le marché unique et la concurrence libre et non faussée !

    On fait donc mine de découvrir le désormais fameux minerai et les pratiques d’une industrie en fin de compte ni plus dégueulasse ni moins pourrie que les autres. Juste une machine à pognon avec plein de chartes éthiques et blabla Qualité façon ISO 9000 et tout ça qui font super-propres, et plein de règlements sanitaires super-épatants mais sans personne pour s’assurer de leur respect, vu que l’État a dépecé ses services de contrôle. Faut pas désespérer ces valeureux chefs d’entreprises qui donnent du boulot aux culs-terreux avec ces normes handicapantes. C’est même Cahuzac qui le dit, un ministre de référence qui sait tout de la finance mais rien de la lutte des classes.

    Alors, on aura peut-être des étiquettes pour dire quelle viande on mange, foi de Hollande, mais, pour pas nous effrayer encore davantage, elles ne nous diront pas ce que nos bestioles ont mangé. Faut pas exagérer non plus. A quoi servirait de connaître la présence d’OGM, d’hormones, d’acide lactique, de Javel ou autres trucs sympas ? Ça nous avancerait à rien, pardi, sinon à nous angoisser ! Et c’est Bruxelles qui le dit. Et on sait que quand Bruxelles fait les gros yeux, Hollande se pisse dessus comme Sarko avant lui.

    Dans le genre, c’est cette même industrie de transformation de la viande qui nous avait fourgué les farines animales. Ça avait donné le scandale de la vache folle et tout ça. Mais comme c’était pitié de perdre tant de bonne marchandise, grâce aux fines analyses de Bruxelles, on va de nouveau pouvoir s’en servir pour nourrir les poissons et les autres bestioles. Mais attention, promis juré, il n’y aura plus de mélanges hasardeux pour transformer nos herbivores en cannibales. Nenni. On sera juste plus sévères, intransigeants. Comme avant la première fois, quoi, mais là grâce à la traçabilité, promis, ça va saigner avec les tricheurs. Puisqu’on nous le dit, hein ?

    Pour Spanghero et sa viande de cheval pas très ragoutante, j’ai une vague idée de qui va payer le gros de l’addition : il y a quelque chose comme 250 pèlerins qui n’ont rien demandé à personne mais qui risquent fort d’aller pointer chez Paul Emploi. Possible aussi que le patron pas trop honnête se fasse tirer les oreilles et y laisse des plumes. Admettons.

    Pour les farines animales, par contre, je vois pas bien qui rendra des comptes quand on découvrira que les mêmes causes produisant les mêmes effets, on se retrouve avec la même catastrophe sanitaire. Car il n’y a aucune raison pour que la cupidité fasse place à la raison et à la prudence. Comme souvent dans ces cas-là, les politiciens se retrancheront derrière leur dévouement à l’intérêt commun et leur absence d’expertise sur les sujets concernés et les experts diront, eux, que c’était imprévisible. Et, s’il y a des victimes, tout le monde exprimera sa douleur et sa compassion pour bien montrer son humanité.

    Voyez l’amiante. La France a été l’un des derniers pays occidentaux à l’interdire malgré sa nocivité reconnue depuis près d’un siècle. Encore aujourd’hui, de nombreux ouvriers contraints à travailler avec cette merde et mal protégés contre elle paient de leur vie la cupidité de leurs patrons et le manque de discernement de la classe politique. Pire, la justice traine les pieds pour reconnaitre les préjudices de ces malheureux, simplement parce que, en France, le Parquet est aux ordres du gouvernement et que ces préjudices se chiffreraient à des milliards d’euros que les capitalistes refusent de payer.

    Voyez le nucléaire. La grande industrie nationale qui craque de tous les côtés mais procure tant de profits à quelques grands investisseurs nationaux. Interdiction absolue de douter. Le nucléaire nous donne tant d’emplois et apporte la prospérité à tant de petites villes où sont installées des centrales. Ce serait pitié d’y renoncer, irresponsable, même ! Mais qui rendra compte si, comme ce n’est malheureusement pas du tout impossible, un accident vient à mettre une région en péril et contraint ses habitants à l’évacuation ? On parle de 35 milliards d’euros. La belle affaire ! Tout une région abandonnée pour plusieurs siècles et tous ces gens qui avaient confiance réduits à l’état d’expatriés après avoir tout perdu. Au nom de l’intérêt national. Qui rendra compte ?

    Comme toujours, ce sera la faute à pas de chance. On pouvait pas savoir. On avait pourtant tout prévu. Et puis, c’était pour notre bien. Comme tant de choses aujourd’hui qui mettent tant de gens sur la paille sans que jamais un seul politicien ni aucun patron ne se sente concerné. Et pour cause : ils ont le pouvoir.

    Incidents de tir

    jeudi 27 décembre 2012, par Marc Leblanc

    Tableau de chasseChaque année, on le sait bien, il y a de par le monde nombre de foyers où ne résonnent nul cri de joie ni aucun rire d’enfant au matin de Noël. Parfois simplement car il s’agit de familles qui ne le fêtent pas parce que n’étant pas chrétiennes ou apparentées. On le comprend. Mais souvent aussi parce que l’enfant a disparu, emporté par la maladie.

    Ou par la guerre. Chacun peut dresser sa liste personnelle de peuples où les enfants paient un lourd tribut à la folie des hommes. On a ses sympathies. Ici les Syriens, là les Palestiniens, là encore les Israéliens, les Irakiens ou les Afghans… Ils ne manquent pas, hélas ! Ils font partie des dommages qu’on dit « collatéraux » car personne, aucun pays ne reconnaitra jamais qu’il fait aussi la guerre aux enfants et qu’il ne cherche en aucun cas à les épargner. Pourtant, l’artilleur qui ajuste son canon ou le pilote d’avion qui largue ses bombes savent très bien qu’il y aura des enfants à proximité du point d’impact quand ils s’activent à raser une ville ou un quartier. Et bien sûr, ils auront de bonnes raisons de ne pas s’en inquiéter : les enfants de leur peuple auront subi les mêmes traitements ou bien les gens d’en face sont si lâches qu’ils se servent des minots comme boucliers ou bien c’est leur devoir et ils doivent obéir aux ordres car c’est comme ça, la guerre, et basta !

    Et dans le fond, même si aujourd’hui la plupart des pays se retranchent derrière de belles conventions internationales censées dire le « droit » de la guerre (quelle horreur !) pour, notamment, protéger les civils et les enfants, nous savons bien que ces « précautions » n’ont jamais réellement protégé personne et que les responsables de ces tueries s’en sortiront généralement en exprimant de simples regrets. Oups, pardon, on n’a pas fait exprès !

    Ce sont les Juifs qui disent : « Celui qui sauve un enfant, sauve l’Humanité. » Ils savent de quoi ils parlent. Et, du coup, tuer des enfants, c’est un crime contre l’Humanité, non ? Une humanité qui ne s’est pas toujours embarrassée de trop de scrupules, il est vrai. Il y eut des époques où tuer des enfants faisait même partie des menus plaisirs de la guerre, avec le viol et le pillage ou encore l’esclavage, car c’est le plus sûr moyen de réduire à néant son ennemi, comme l’épuration ethnique, en somme.

    Alors donc, on sait que cette année encore, Noël n’a pas été une fête dans certains foyers de certains pays. Évidemment, on pense aussi à ces malheureux enfants de Newtown, aux États-Unis, et à leurs parents. Pourtant, les USA ne sont pas en guerre, tout au moins sur leur sol. C’est juste un détraqué, lui-même Américain, qui s’est offert son petit carton pour exprimer son mal de vivre. Terrible, quand on y pense. Insoutenable. Pourtant, on ne se sent pas très à l’aise avec cette histoire. Bien sûr, on ressent de la compassion pour ces enfants et de la tristesse devant un tel drame, comme on en ressent pour ces autres enfants disparus ailleurs dans le monde à cause des guerres qui les ont broyés. Mais on se dit aussi que les Américains ont un fameux problème avec les armes. Il ne se passe pas une année, ou peu s’en faut, sans qu’il y ait une tuerie chez eux. Mais surtout il ne faut pas toucher au fameux « deuxième amendement », au droit inaliénable de posséder une arme pour se défendre, défendre sa famille et donc… ses enfants. Bravo les gars, c’est réussi !

    A un journaliste qui cherchait à dresser le portrait du jeune meurtrier et de sa famille, une voisine répondait qu’ils étaient jusque là « des gens normaux, comme tous les gens du quartier. » Des gens normaux, avec un arsenal digne d’un corps d’armée pour se protéger du monde extérieur ! C’est ça être normal dans le quartier ? Et l’on regarde éberlués tous ces gens qui s’entrainent au tir pour apprendre à maîtriser leur arme à feu, dans l’espoir que, en cas de besoin, ils tireront les premiers, conseillés par d’anciens militaires qui ont trouvé là une reconversion lucrative et pas trop difficile à mettre en œuvre.

    Il paraît qu’il y a 12 000 morts par arme à feu chaque année aux États-Unis, l’équivalent de 3 World Trade Center quand même. Si c’est pour perpétuer l’esprit taquin et bon enfant du « Far West », on se dit que c’est presque de la rigolade eu égard au fait que les Américains sont de grands enfants, selon une vieille réputation ! Ils savent s’amuser, ces gens-là.

    Bien sûr, on peut toujours dire qu’il est facile de moquer les Étasuniens en oubliant qu’il n’y a pas si longtemps un autre taré a assassiné des enfants juifs et des militaires à Toulouse, alors que la détention d’armes est réglementée en France et le port d’armes interdit. Ou bien ces fusillades chroniques à Marseille où l’on semble trouver plus facilement des AK 47 que des olives pour l’apéro. Ou ces autres faits-divers qui se terminent au fusil de chasse… C’est vrai mais ce ne sont pas des phénomènes comparables même s’ils ne laissent pas d’inquiéter.

    Comme beaucoup de gens de ma génération et des générations précédentes, je n’ai eu à porter des armes que durant une très brève période de ma vie et encore pas en permanence. Franchement, ça ne m’a jamais manqué et je ne me suis plus jamais trouvé dans des situations où la possession d’une arme pouvait me sauver la vie bien que n’ayant jamais participé à aucune guerre. Et je pense que c’est très bien. Ce n’est déjà pas toujours évident pour un professionnel de porter une arme, alors pour un simple citoyen pas forcément en mesure de maîtriser ses réactions, même en étant parfaitement équilibré et pacifique…

    Et puis, si ça peut éviter que des types mal dans leur peau aillent faire des cartons dans des écoles sur des enfants, je trouve que vivre dans une société sans armes, ce n’est pas si mal. Il y a tant d’endroits dans le monde où les enfants sont en danger, pas la peine d’en ajouter !…

    Même les Américains devraient pouvoir comprendre ça, non ?

    On les aura !

    dimanche 4 novembre 2012, par Marc Leblanc

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    Vous allez encore trinquer

    C’est bien, les lapsus. Ça permet de dire des trucs quand c’est pas trop le moment de les dire car ça pourrait désespérer le bon petit peuple si docile qu’on est en train d’essorer pour son bien et pour celui du pays. Alors on fait son lapsus, l’air de pas y toucher, en se laissant une position de repli pour pouvoir dire « Oups ! Scusez-moi M’sieu-dames, je m’ai gouré, c’est pas ça que je voulais dire. » Mais c’est bien ça qu’on voulait dire. C’est dit et bien dit et ça laisse le temps au péquin d’assimiler. Car le moment viendra où le prétendu lapsus deviendra LA vérité. Emballez, c’est pesé, au suivant !

    Tenez, prenez Ayrault avec les 35 heures. Bien sûr qu’il savait ce qu’il disait. Bien sûr qu’il nous les fera péter, les 35 heures, comme le reste, et avec la complicité de certains syndicats encore, pour faire bonne mesure. Tout simplement parce que c’est ce que veut l’Europe ultra-libérale qui l’impose partout, à la Grèce, à l’Espagne, à l’Italie, etc. Tout simplement parce que c’est ce que veulent les patrons qui s’y connaissent pour crier misère, contre toute décence. Travailler toujours plus même quand il n’y a plus de boulot, pour plus de profits et de dividendes.

    Tout simplement parce qu’un socialiste d’aujourd’hui, en fait un socio-libéral, ne peut rien refuser au patronat et à la grande bourgeoisie. Il fait partie de ce magma informe et puant qui ne songe qu’à servir ses maîtres avec le plus de zèle possible et où grouille tout le personnel politique de droite et du « centre », les Sarko-Fillon-Copé-Borloo-Yade-Dati-Morin-Le Pen et consorts et ces pseudo-socialistes dont on se demande pourquoi ils persistent à s’appeler ainsi sinon pour mieux nous tromper ?
    Des valets qui n’oublient pas de venir à la soupe quand la cloche retentit et qui baissent la tête et la culotte quand les maîtres font les gros yeux. Ça ne jure que par le Peuple, ça le caresse avec une tendresse amoureuse pour mieux lui marcher sur la tronche et l’étouffer dans sa propre merde au nom des nobles sacrifices que la situation exige et aussi parce qu’il faut bien un baisé. Après tout, le pauvre a beaucoup moins tendance à foutre le camp à l’étranger pour planquer son magot. C’est bien la preuve qu’il est beaucoup plus con que le riche et mérite ce qu’il lui arrive.
    Alors Copé et Le Pen qui veulent descendre dans la rue pour dénoncer la politique du gouvernement ? De la rigolade et pitoyable encore ! Il n’y aurait guère que sur le mariage pour tous et le droit de vote des étrangers aux élections locales qu’ils pourraient brailler car pour le reste, ils n’ont pas trop à se plaindre.

    Mais bien sûr, il faut préparer le terrain. Prenez les 35 heures, encore : sur France 2 sévit un journaliste capable de tout expliquer. Ça s’appelle Lenglet, je crois. Ce mec-là peut donc vous expliquer doctement et approximativement la genèse des 35 heures et leur mise en œuvre pour mieux conclure que, à travers les aides octroyées pour financer le dispositif, finalement l’État s’est endetté pour les 35 heures qui n’ont pas créé autant d’emplois que prévu. Bien sûr, pas un mot sur le fait que, pour ce qui est de l’endettement, les innombrables exonérations de « charges » consenties depuis trente ans et plus au patronat ont fait beaucoup mieux sans jamais être compensées. Au moins, les 35 heures sont une façon de se réapproprier les gains de productivité qu’elles ont encore renforcés là où elles ont été adoptées.

    Mais là n’est pas le sujet, évidemment. Personne ne peut et ne doit porter la contradiction face au spécialiste maison qui peut assener ses préceptes sans crainte d’être contredit. La propagande fonctionne donc à merveille. Il s’agit de faire passer l’idée que les entreprises croulent sous les « charges » et les 35 heures en font partie. Mais pas qu’elles. La protection sociale aussi. Et là, le vocabulaire n’est pas anodin car il donne explicitement l’orientation politique du traitement.
    Nous autres, crétins que nous sommes, nous parlons de cotisations sociales pour la maladie, la famille, le chômage et la retraite. Pour nous, ce sont des éléments de notre salaire, socialisés pour financer notre protection, qui nous reviendront un jour ou l’autre au travers des indemnités, des allocations et autres pensions et qui permettent aussi de payer les personnels de santé, notamment. Ce sont donc des salaires différés prélevés à la source de la création de richesse. Il est bien évident que réduire ce système à une simple notion de « charges », forcément trop lourdes, lui confère un caractère parasitaire qui ne peut qu’être péjoratif. C’est avancer l’idée que ces prélèvements sont illégitimes.

    Il est alors touchant de voir le patronat se soucier de la « solidarité nationale » dont relèverait en grande partie la protection sociale, lui dont les membres, malgré ce qu’ils prétendent, sont si peu enclins à y contribuer. Avez-vous déjà entendu parler d’optimisation fiscale chez les Bidochons ? Allons ! Par contre, une chose est sûre, ce qui ne servira plus à financer notre protection ne sera pas perdu pour nos chers patrons. Mais chut ! Il faut continuer le matraquage. Si la France n’est plus compétitive, c’est à cause des « charges » et des salaires et du Code du travail qui bride nos entreprises. Mais pas de la rapacité des patrons et des actionnaires qui prélèvent pour leur propre compte des parts de plus en plus importantes de la richesse produite au détriment de la recherche et de l’innovation. Non, non, non !

    Regardez-les ces charognards qui se posent en victimes d’un État qu’ils présentent comme un prédateur. Mais l’État c’est quoi ? C’est qui ? Ils n’ont jamais bénéficié de ses largesses, de ses investissements, de ses structures ? A les entendre, l’État leur en prendrait trop. Quelle injustice, vraiment, alors que la plupart de ces gentils pigeons ne pensent qu’à leur gueule et s’enrichissent sur le dos des autres. C’est d’ailleurs bien trouvé, en l’occurrence, l’image du pigeon. Ne dit-on pas des pigeons qu’ils sont des rats qui volent ? Ça prétend créer des entreprises grâce à un génie supposé devant lequel on est sommé de se pâmer mais ce n’est pas l’idée d’entreprise qui les excite, les pigeons, c’est celle du pognon qu’ils se feront en la revendant et qu’ils iront planquer à l’étranger pour échapper à l’ogre. Il est d’ailleurs émouvant de constater que certains de ces courageux créateurs de richesse y étaient déjà installés depuis bien plus longtemps que leur soudain intérêt pour la mère patrie. Et c’est devant ces voleurs que le gouvernement s’est défroqué !

    Mais tout cela relève de la même logique qui fait reposer sur l’État la gabegie financière des apôtres du capitalisme triomphant, lesquels lui interdisent dans le même temps de se payer sur leurs profits. Touche pas au grisbi, salope ! C’est ce que viennent de dire ces 98 « grands patrons » qui prétendent faire la leçon à un gouvernement qui pourtant leur fait risette. Quelle ingratitude ! Mais pourquoi se gêneraient-ils ces pourvoyeurs d’emplois et de richesses ? Ils savent bien qu’en privant l’État de ses capacités d’interventions, ils le musèlent et préparent l’avènement d’une société entièrement privatisée, promesse de nouveaux profits pour eux, et dans laquelle ils pourront imposer leurs règles. Règles dont le respect sera garanti par un État réduit à sa fonction de police pour protéger les puissants des soubresauts toujours possibles du petit peuple si mesquin et jaloux. Et au final, ils rendent toute démocratie impossible puisque aucun choix ne sera plus possible sauf peut-être la couleur des cheveux des candidat(e)s.

    Alors, rien ne doit entraver l’avènement de ce monde de rêve. Répétons en cœur : « La France va mal, mon salaire est trop élevé, je ne travaille pas assez, je veux ressembler aux Allemands et être hyper-compétitif ! Je veux plein de centrales nucléaires et du gaz de schiste partout pour faire le prospère. »

    Si vous êtes trop dur de la comprenette, soyez pas inquiets, on va vous aider. Il y a encore plein d’entreprises en attente de fermeture pour bien marteler la mauvaise compétitivité, les charges trop lourdes, les salaires trop hauts, les vacances trop longues et les dimanches trop chiants à la maison quand on gagne une misère. Il y a plein d’autres lapsus en réserve pour faire passer les pilules en douceur. Et vous verrez que ça ira bien mieux une fois que tout sera foutu en l’air. Car même si tout cela ne fait pas l’objet de grandes promesses électorales, au train où vont les choses, on les aura toutes.

    A moins qu’on ne se bouge !

    A en croire le gouvernement, refuser de ratifier le traité budgétaire aurait été une catastrophe. Et quelle catastrophe ! Cette si belle Europe, le phare de la démocratie, tout de même, aurait ainsi été réduite à néant, sa superbe monnaie jetée aux oubliettes de l’histoire et une crise sans précédent aurait anéanti à jamais les pays du vieux continent.

    Ne sont-ils pas mignons nos Hollande, Eyrault, Cahuzac, Guigou et autres Fabius à vouloir aujourd’hui nous vendre comme seule issue à la crise, comme seul remède au prétendu déclin du pays, un traité qu’ils vouaient aux gémonies, naguère — il n’y a pas si longtemps, l’affaire de quelques mois tout au plus — et qui serait devenu bien plus présentable depuis que notre admirable président, de ses petits poings rageurs frappés avec autorité sur la table, aurait obtenu un début de semblant de commencement d’éventuel pacte de croissance ? Enfin peut-être. Enfin, faut voir, c’est pas sûr parce que, Angela, elle est pas trop chaude pour ce qui est de sortir de la merde ces salauds de fainéants du Sud !

    Bah oui, c’est beau l’Europe, la fraternité entre ses peuples qui n’hésitent jamais à ressortir leurs vieilles badernes pour mieux se mépriser les uns les autres. Les Grecs ? Des voleurs et des tricheurs qui n’ont que ce qu’ils méritent. Les Ritals et les Portos ? Pareils ! Quant aux Espagnols, n’en parlons même pas ! Mais à part ça, on s’aime tellement que ça en serait indécent d’en faire une démonstration. Parole !

    Et puis, pour Merkel, faut pas pousser le cochonnet trop loin, non plus : les exigences démocratiques doivent être compatibles avec le marché. Autrement dit, les intérêts des rentiers avant ceux de la populace. Danke schönn !

    Donc, grâce à Hollande, ce fameux traité qui, il y a encore à peine 6 mois instaurait une austérité à perpétuité, un carcan tel qu’il interdisait toute politique sociale, ce fabuleux traité est maintenant devenu la quintessence de l’ambition sociale et économique de la gauche moderne qui se doit d’être à la fois sociale et libérale. Un must ! Le nec plus ultra de l’oxymore politique, ma chèèèèèère Vâââlérie, n’est-ce pas ? Enfin, la gauche… C’est ce qu’ils disent dans les journaux parce que eux, c’est bien connu, ils savent tout mieux que nous. Ça là, ce machin qui est au gouvernement du pays, ce serait la gauche, les autres n’étant que des extrémistes.

    Et il est content, Hollande. Pas besoin de la droite pour voter le traité. C’est sûr, ça aurait été la honte pour un gouvernement qui se dit « de gauche » mais c’est pas glorieux quand même car, en réalité, c’est cette mouvance prétendument de gauche qui a voté avec la droite. On savait qu’ils nous feraient le coup mais on reste toujours ébahis par cette faculté des socialistes à renier leur parole. Mais quel bel enfumage digne du sarkozysme ! Quel bel exercice de trahison !…
    Il y a quand même eu 282 députés dits « de gauche » pour approuver le traité : 264 socialistes, 12 radicaux de gauche, 3 écolos, 1 apparenté front de gauche martiniquais. 282 noms (oui, je sais ça fait seulement 280) qu’il va falloir retenir pour pas se tromper à nouveau aux prochaines échéances électorales.

    Et tout cela, à un moment où près de 70 % des Français déclarent qu’ils voteraient contre Maastricht si le référendum avait lieu aujourd’hui. Et cela après avoir fait campagne en prétendant vouloir renégocier le traité, ce qui n’a pas été fait malgré ce qu’en dit Eyrault.
    Mensonge et trahison. Une nouvelle fois, la décision a été prise sans et contre le peuple sous prétexte qu’il n’y a pas de nouveau transfert de compétence. La belle affaire ! Notre belle classe politique avait surtout peur de se voir une fois de plus désavouée par le peuple prié de supporter sans broncher tout le poids de l’austérité perpétuelle. Car c’est pour notre bien, c’est pour la France. Et ils se foutent de nous en plus ! Le beau mécanisme que voilà, pillage de la ressource publique au seul bénéfice des intérêts particuliers, des rentiers qui iront ensuite s’installer à l’étranger pour mieux jouir de leur magot. Vive la France !

    Elle est vraiment brillante, notre classe politique. Tous ces bourgeois qui se partagent le pouvoir sur notre dos et qui n’hésitent pas à nous imposer les pires sacrifices alors qu’eux mêmes n’en souffriront pas. Les mêmes qui dans quelques mois se coucheront à nouveau devant le MEDEF pour mieux anéantir ce qu’il reste du droit du Travail, ce carcan qui bride tant la compétitivité de nos entreprises. On nous le vend si bien ce progrès fabuleux ! Droite, gauche ? Elle est où la différence ? Il est où le changement ? L’égalité devant le mariage et l’adoption ? Oui, c’est bien, c’est une affaire de justice mais ça ne changera rien au quotidien de millions de gens malgré ce que certains voudraient faire croire dans le débat débile actuel. Tandis que ce traité et ses conséquences, là où il aurait fallu rompre avec la logique libérale pour changer réellement cette politique suicidaire, les voilà d’accord pour nous emprisonner davantage.

    Mais, finalement, on aura au moins une satisfaction : les emplois dans la police (le maintien de l’ordre) ne risquent pas de diminuer. Au contraire, comme en Espagne ou en Grèce, il va en falloir pour calmer les mécontents, d’ici quelques mois. Et puis, on pourra toujours verser une petite larme de bonheur devant les mines ravis de nos chers dirigeants se congratulant d’autosatisfaction devant les cendres de la démocratie : Baroso, Merkel, Flanby, etc. A gerber !

    C’est vrai, c’était pas si mal trouvé finalement, Flanby, le courageux capitaine de pédalo qui a si bien su nous mettre !… Trop fort !

    Quand même, je crois qu’elles peuvent se frotter les mains, les Marine, Marion et consort. Il est en train de leur préparer le terrain, notre bon Hollande, notamment dans le Vaucluse.

    On parie ?

    Le dernier ennemi - Bataille d’Angleterre, juin 1940-mai 1941

    Richard Hillary

    vendredi 7 septembre 2012, par Marc Leblanc

    J’avais dix ou onze ans lorsque j’ai lu (que dis-je ? Dévoré !) « Le grand cirque » de Pierre Clostermann pour la première fois. C’est mon père, alors sergent-chef dans l’Armée de l’Air, qui me l’avait offert pour un anniversaire. Je l’ai toujours.

    C’est aussi mon père qui m’avait inoculé l’amour de l’aviation et des avions en m’emmenant avec lui à de nombreuses reprises sur les bases aériennes où il servait, me permettant ainsi d’approcher ses gigantesques monstres volants (à l’échelle d’un enfant) et les gens qui s’affairaient autour. Parfois, j’avais le privilège de monter dans un avion et même de m’asseoir à la place du pilote. Les copains du paternel étaient toujours aux petits soins quand un enfant leur rendait visite. Et, bien sûr, quand la base ouvrait ses portes aux riverains à l’occasion d’un meeting aérien, je n’étais jamais le dernier à profiter des tours d’avions que l’armée offrait en guise de baptêmes de l’air. Pouvoir approcher ces machines volantes, même si ce ne sont jamais que des machines à tuer, est bien sûr quelque chose qui marque l’esprit d’un enfant.

    En ce temps-là, la guerre n’était pas si loin — moins de vingt ans — et l’on pouvait trouver de nombreuses bandes dessinées bon marché qui vantaient les exploits de héros, le plus souvent imaginaires, qui vous dézinguaient du Boche comme qui rigole, à se demander pourquoi cette guerre fut si longue et si terrible ? Parmi ces bédés, il y en avait une qui racontait les aventures d’un pilote anglais, Battler Britton, lui aussi grand éradicateur de nazis qui exerçait ses talents avec une facilité déconcertante. Un jeu d’enfant, la guerre ! Pour moi, elles valaient surtout par le dessin plutôt fidèle des aéronefs mis en situations. Spitfire, Hurricane, Tempest, Mosquitos, Messerschmitt BF109, Focke-Wulfe 190A ou D, Stuka, etc. Tout ça vire-voltait de page en page, donnant de cette époque tragique un aspect quasi-ludique totalement déconnecté de la réalité et exaspérait mon père qui avait combattu (plus tard) à bord de zincs de reconnaissance sans jamais nous avoir rien dit des guerres dont il portait à jamais les stigmates physiques et mentaux. C’est la raison pour laquelle, je pense, il m’avait offert ce livre de Clostermann, histoire de m’ouvrir les yeux et de dire un peu de ce qu’il ressentait lui-même.

    « Le grand cirque » est le récit, extrêmement bien écrit, des combats menés par un des as des Forces Aériennes Françaises Libres (FAFL) au sein de la légendaire Royal Air Force (RAF). Par la suite, j’ai lu bien d’autres témoignages de ces hommes qui ont combattu l’Allemagne nazie dans le ciel d’Europe — notamment « Les carnets » du commandant René Mouchotte et « Les arènes du ciel » de Marcel Verrier de l’escadron Normandie-Niemen ou, bien sûr, le remarquable « Pilote de guerre » d’Antoine de Saint-Exupéry — tous poignants, tous passionnants et tous tragiques.

    Mais, du moins, « Le grand cirque » avait-il décidé de deux choses essentielles. Un, ma vocation : je serai pilote de chasse. Deux, ma fidélité à l’Armée de l’Air. Pour le premier point, la myopie s’est chargée de me ramener à de plus modestes ambitions. A défaut de pouvoir piloter des avions de chasse, j’en ai construit (et encore aujourd’hui) des escadres entières à l’échelle 1/72° qui avaient le don de désespérer ma pauvre mère qui en trouvait partout.

    Bien sûr, la première chose que l’on retient, à onze ans, c’est le côté épique de cette aventure mais les sentiments que livre l’auteur, même si l’on n’est pas tout à fait capable d’en mesurer toute la portée et la profondeur, imposent un autre regard sur ce qu’il a vécu, loin des fanfaronnades ridicules des bédés débiles et ultra-guerrières. Par la suite, en vieillissant, le côté un peu « technique » de ces récits de combats aériens tend à s’effacer derrière l’humanité des personnages.

    La plupart des témoignages que j’ai lus sont de simples récits d’actions, de situations qui racontent, en quelque sorte, la guerre au quotidien en resituant les événements dans un contexte qui reste cependant très difficile à appréhender, le tout mâtiné de considérations personnelles sur la détermination de ces pilotes, leurs doutes, leur fatigue et leur douleur à la perte des camarades. Cette longue litanie des noms de ceux qui ne rentraient pas, mission après mission. Il n’y a pas de fanfarons dans ces histoires, juste des hommes qui accomplissent un travail, leur devoir, en essayant de ne pas se poser de questions ni de trop penser au lendemain.

    Richard Hillary était un jeune anglais engagé dans la RAF, pilote de Sptifire, avec quelques compagnons qui se faisaient appeler « les types aux cheveux longs ». Il se destinait à l’écriture et, s’il avait vécu, il serait probablement devenu un grand écrivain britannique car son style est limpide, captivant et d’une apparente facilité.

    La relation qu’il fait de sa courte vie de pilote de chasse durant la bataille d’Angleterre est tout simplement remarquable. Mais plus peut-être que les textes des Français qui ont participé aux mêmes combats — à l’exception de Saint-Exupéry qui, bien sûr, questionne beaucoup le sens des événements en y recherchant l’humanité et auquel il s’apparente à bien des égards — celui d’Hillary est aussi une longue introspection sur le sens du combat mené, sur celui du patriotisme et sur une certaine vacuité de cette jeunesse dorée britannique, sortie des grands collèges, à la fois généreuse et ouverte au monde aussi bien qu’arrogante, voire suffisante, égoïste même, et sûre de pouvoir en changer la nature par sa seule existence. Hillary parle de ces jeunes hommes qui affectaient de ne pas être patriotes (le patriotisme de commande, selon eux) voire de mépriser la « patrie » et qui peu à peu ont pris conscience qu’ils étaient, malgré leur indiscipline, de redoutables obstacles à l’expansion nazie, acceptant dès lors de mourir les uns après les autres en refusant les grands discours, les envolées lyriques sur la défense de la Démocratie, simplement parce que leur sacrifice était nécessaire.

    Hillary a voulu témoigner pour ces amis disparus, pour dire qui ils étaient et aussi ce qu’ils n’étaient pas :

    C’est avec hésitation que je me suis mis à écrire ce livre car je sentais que quiconque essaierait d’expliquer le choc moral produit par cette guerre sur la jeunesse de mon pays — choc qui dépasse les faciles emballements de l’écran — devrait le faire d’une façon compétente et digne du sujet. Je ne sais si j’ai réussi. J’étais à la fin tellement dégoûté des rengaines sur la « Forteresse Angleterre » et sur les « Chevaliers de l’Air » que je me suis décidé à écrire tout de même ce livre. Je l’ai fait dans l’espoir de faire comprendre à la prochaine génération que, si nous étions stupides, nous ne l’étions pas entièrement ; nous nous souvenions bien qu’on avait déjà vu tout cela dans la dernière guerre mais que c’est malgré cela et non à cause de cela que nous étions persuadés qu’il valait encore la peine de se battre cette fois-ci.

    Ce n’est pas seulement le sort de l’Angleterre qui s’est scellé durant cette bataille aérienne gigantesque mais celui de l’Europe entière. Ils ont été nombreux ces pilotes anglais, polonais, tchèques, norvégiens, belges, français, hollandais, etc. à donner leur vie pour barrer la route à la folie hitlérienne. La Royal Air Force a sans doute écrit alors une des pages les plus tragiques et les plus glorieuses de son histoire. Mais c’est essentiellement grâce au courage du peuple britannique et à celui de cette poignée d’hommes si jeunes que la victoire finale fut rendue possible.

    Il est de bon ton parfois, aujourd’hui encore, de railler l’Angleterre en souvenir de ce vieil antagonisme historique qui opposa nos deux pays pendant des siècles. Par bonheur, il n’en reste aujourd’hui que quelques exercices obligés d’humour plus ou moins vachard, toujours empreints de mauvaise foi si ce n’est de vérités partielles et partiales et ce aussi bien ici que là-bas. Comme toujours, il en est encore pour prendre les choses au premier degré et voir dans l’autre plus qu’un concurrent, un possible ennemi. La connerie n’est pas une affaire de nationalité. Mais on ne dira jamais assez le respect et la reconnaissance que nous devons à l’Angleterre et aux peuples britanniques qui ont supportés seuls pendant longtemps le poids terrible de la guerre.
    Certains se complaisent encore dans l’évocation de l’épisode tragique de Mers-el-Kébir, symbole de la perfidie et de la francophobie anglaise. Mais nul ne peut nier, et cela quels que furent les calculs politiques et stratégiques du gouvernement anglais de Winston Churchill, que c’est grâce à l’Angleterre que la France a pu prendre place aux côtés des vainqueurs et retrouver son honneur.

    Richard Hillary a voulu pour épitaphe ces vers tirés de Gaspard Hauser de Paul Verlaine :

    Bien que sans patrie et sans roi
    Et très brave ne l’étant guère,
    Je voulus mourir à la guerre :
    La mort n’a pas voulu de moi.

    La mort a fini par vouloir de lui. Elle l’a emporté à l’âge de 23 ans. Grièvement brûlé une première fois, il avait voulu reprendre son service alors qu’il aurait pu se retirer et panser ses cruelles blessures sans que personne ne songe à s’en scandaliser.

    Pierre Clostermann dédiait son « Grand cirque » à ses camarades pilotes de la RAF qui sont morts eux aussi pour la libération de la France, à tous ces hommes à qui nous devons tant et sur qui l’oubli tombe si vite.

    Je voulais rendre hommage à leur courage et à leur sacrifice.

    Merci à eux.


    Le dernier ennemi - Bataille d’Angleterre, juin 1940-mai 1941 - Richard Hillary - Editions Tallandier, collection Texto - Préface d’Arthur Koestler

    Sports de voiles

    dimanche 29 juillet 2012, par Marc Leblanc

    Il paraît que, en Egypte, a été lancée la première chaine télé 100 % musulmane et 100 % féminine. Elles sont toutes voilées, les filles qui y bossent, des présentatrices aux techniciennes, y a pas un poil qui dépasse. Il paraît même que le seul mec qui ait le droit de s’y rendre est le proprio. Encore un gros malin qui se constitue son harem !

    Le problème, apparemment, c’est que les Égyptiens sont, paraît-il, fétichistes à un point qu’on a du mal à imaginer et que la vue de ces nanas en niqab ou en hijab et tout ça, les met dans des états pas possibles. Au point que leurs femmes, à qui était censée être réservée cette chaine, se plaignent maintenant que leurs mecs arrosent plus souvent leur écran de télé que leurs petits jardins secrets à elles. C’est malin !

    A quoi ça tient l"érotisme ?

    Surtout que la chaine n’est pas cryptée, semble-t-il, et que les émissions holé holé sont diffusés après minuit comme dans certains pays laïques. Là, on imagine aisément la folie que ça doit être de voir toutes les pornostars égyptiennes s’envoyer en l’air sous leurs voiles sexy en récitant des sourates.

    Bon, tout ceci est faux, bien évidemment, hormis la création de la chaine à voiles. C’était juste histoire de détendre finement l’atmosphère. Quand même, ça valait bien la peine de faire une révolution pour en arriver là. Les Tunisiennes et les Libyennes vont certainement en pâlir de jalousie, au train où vont les choses. Il n’est pas impossible que d’ici peu ces pays se retrouvent à la case départ après avoir échangé des dictatures laïques contre des dictatures religieuses. Ça va motiver à mort les Syriens, ça, surtout quand on pense que leurs principaux soutiens sont les Saoudiens et Al-Qaïda. Et qui c’est qui va encore avoir l’air con dans l’histoire ?

    Il faut dire que l’époque est à la libération de la femme. La Fédération Internationale de Football Association (FIFA) vient d’autoriser, sous la houlette d’un de ses vice-présidents, un prince jordanien frère du roi du coin, le port du voile pour les footballeuses. Et tout ça, non pas parce que c’est un signe religieux, ce qui contrevenait aux règles de la Fédé, mais parce que c’est une coutume culturelle. Et personne n’a rien trouvé à y redire. C’est fort ! Faut dire aussi, que le Qatar va organiser la Coupe du Monde dans quelques années (en 2022 pour être exact). Même si c’est celle des hommes, mieux vaut pas trop contrarier ces gens qui ont tant de pognon et qui peuvent s’offrir tant de clubs de foot de par le monde et en particulier chez nous.

    Le Comité International Olympique n’est d’ailleurs pas en reste. Ces gros couillons avaient exclu l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid jusqu’à ce que Mandela n’y prenne le pouvoir mais ça ne leur était pas venu à l’esprit de s’en prendre à tous ces pays qui n’envoyaient aucune femme dans leur délégation. Ce qui est contraire à la charte olympique qui interdit toute discrimination. Finalement, ils ont fini par s’intéresser à la question après s’être fait un peu secouer les plumes mais ils ont aussi fini par céder aux exigences des Iraniens, notamment, qui avaient monté des jeux islamiques où les femmes pouvaient participer librement mais à condition d’être voilées. Du coup, la chose a été étendue aux JO, en contravention formelle avec la charte qui interdit toute expression politique ou religieuse. On se souvient que, en 1968 à Mexico, deux athlètes américains avaient été exclus pour avoir brandi leurs poings pour défendre les droits civiques des Noirs.

    Ici et là, des voix se sont élevées contre ces capitulations assez peu glorieuses qui galvaudent l’esprit du sport et bafouent la liberté des individus. Il est vrai que ces instances ne brillent qu’assez rarement par leur défense des valeurs universelles ramenées de plus en plus souvent à de simples valeurs occidentales au nom de la relativité interculturelle. Pourtant la liberté de conscience, ça ne se discute pas, me semble-t-il même pour une Iranienne. Et personne ne nous fera croire que 100 % du peuple iranien est musulman ou que 100 % des musulmans iraniens sont pratiquants. La seule chose dont on peut être sûr, c’est qu’on ne verra pas une seule femme non voilée dans la délégation iranienne. Ce n’est certainement pas promouvoir le sport pour tous que d’accepter ces dérives prosélytes et intolérantes.

    Bien sûr, on peut toujours prendre les choses à la rigolade en moquant ces filles couvertes de la tête au pied se défonçant sur les stades et sur les terrains par des températures caniculaires. Ou s’extasier devant leur prouesse. C’est sûr qu’entre les culs des Brésiliennes au volley de plage et les tuniques des Iraniennes et autres Jordaniennes au 400 m ou au foot, y a pas photo. Mais le sport, ce n’est pas que ça, quand même. On rigolera sans doute moins si, un jour, un de ces pays organise ces si sublimes manifestations pompes-à-fric et propagandistes et imposent à nos athlètes de respecter leurs coutumes au nom de la relativité des cultures et de l’égalité entre les concurrentes. Et, en attendant, celles qui n’acceptent pas ce diktat religieux sont obligées soit de renoncer, soit de s’exiler pour pratiquer leur sport !

    Pour en savoir plus, le mieux est de lire le livre d’Annie Sugier, présidente du comité Atlanta luttant contre la discrimination des femmes dans le sport, et qui publie aux Éditions Jourdan, « Femmes voilées aux Jeux olympiques. »

    Édifiant !

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