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    On ne dirait pas comme ça mais il y a déjà 3 mois, nous étions des millions à descendre dans les rues des villes de France en hommage aux victimes des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, à Paris, et crier à la face du monde que nous rejetions le terrorisme et l’intolérance. Nous nous disions « Charlie », alors.

    Depuis, il y a eu Copenhague, Sanaa au Yémen, Tunis et l’Université de Garissa au Kenya. Et toujours l’Irak, la Syrie, la Palestine, le Nigeria, et tous ces endroits oubliés des médias où l’on massacre, parfois loin de la lumière des projecteurs. Une macabre théorie de cadavres ensanglantés.
    Cela fait dire à certains que nous aurions l’indignation sélective puisqu’il ne s’organise pas de nouvelle marche à chaque nouvel attentat. C’est vrai, aussi. Mais à ce compte-là, les délires sanguinaires et meurtriers qui se succèdent à un rythme effrayant seraient aussi indirectement un bon moyen de lutter contre l’obésité. Vous verrez qu’on va finir par les remercier tous ces salopards…

    Il est vrai que ce reproche narquois s’adresse essentiellement à Hollande et à sa clique qui ont été si prompts à célébrer le « fameux esprit du 11 janvier. » J’en ai encore l’œil humide, tellement c’était beau et… bouleversifiant. Voir dans un même élan les rigolos pas drôles de l’Union européenne — les Merkel, Junker, Rajoy, Cameron, etc. — marcher au coude à coude avec d’autres crapules du même acabit (au hasard, Netanyahou et Libermann pour Israël, Bongo pour le Gabon, Orbán pour la Hongrie, pour n’en citer que quelques-unes), alors qu’ils n’ont d’ordinaire que mépris pour les petites gens, les sans-dents comme aurait dit notre bon président, avait de quoi vous retourner l’estomac. Paris, capitale du monde, l’unité nationale, allonzenfants de la patri-illeuh, tralalère ! Je comprends ceux de mes amis qui n’ont pas voulu cautionner une telle mascarade même si je crois que pour la plupart des gens qui étaient présents ce jour-là, l’important n’était pas dans ce spectacle écœurant et hypocrite.

    Depuis, il y a eu la longue litanie de commentaires, plus savants les uns que les autres, pour nous expliquer que, finalement, nous ne représentions pas grand chose. 4 millions de personnes, quand même. Une paille ! Etonnant dans un pays où 900 personnes suffisent à prouver que 75 % des Français sont raides dingues du génie politique de leur gouvernement d’après son fan-club ! Ces manifestations n’étaient donc, bien évidemment, que l’expression d’une classe de bobos, occidentaux bien blancs sur eux, qui se seraient donnés bonne conscience à bon compte car touchés dans leurs prétentions à l’universalité de la devise républicaine — Liberté, Égalité, Fraternité — et au motif, parfaitement exact au demeurant, que rien, en vérité, ne viendrait lui donner un semblant de début de réalité en notre bon pays de France (et de moins en moins, hélas) ni nulle part ailleurs, d’ailleurs !

    On a bien essayé aussi de nous faire comprendre que, si c’est pas joli joli de tuer des dessinateurs, il fallait reconnaître qu’ils l’ont bien cherché, faut dire, allez, un peu quand même, hein ? Faut pas se moquer des religions, ça blesse. Ou plutôt ça tue. Il est vrai qu’on avait un peu perdu l’habitude en France, depuis un ou deux siècles, peut-être un poil plus, de voir zigouiller des gens pour cause de ricanements trop ostensibles aux facéties de religions tellement nobles et généreuses qu’on se demande pourquoi, noun di diou, elles ne sont pas obligatoires. Quel gâchis ! Je reconnais que se poser la question, déjà comme ça, là, ça mérite le bûcher ou la décapitation. Si si, il faut le dire. Mais, que voulez-vous, je ne peux pas m’en empêcher. Bien le pardon, quand même, bien sûr !
    C’est que, voyez-vous, chez certaines personnes, il est difficile de concevoir que Dieu [1] et tout le tralala qui l’entoure, ça puisse ne rien évoquer du tout à de simples mortels. Que dalle ! Nibe de nibe ! Zépi ! Walou ! Nada ! Sauf des moqueries que eux-autres appellent des blasphèmes qu’ils voudraient voir inscrits dans la loi alors que ce ne peut être qu’une notion religieuse, donc PAS UNIVERSELLES du tout, pour le coup, puisqu’il faut croire en l’autre, là-haut, pour qu’elle ait un sens. C’est simple à comprendre, pourtant, non ? Ben non !

    On est mal, je vous le dis !

    Et puis, bien sûr, on a eu pour finir (provisoirement) nos élections Départementales où on s’est demandé si la haine et le rejet de l’autre n’allaient pas l’emporter et devenir le quotidien des citoyens de ce pays. Avec le résultat que l’on sait. Un grand écart, en apparence, que Jacques Rancière analyse dans cet entretien (abonnés).

    Certes, les attentats dont je parle plus haut ont fait beaucoup pour la promotion de l’islamophobie dans nos contrées. Sans doute est-ce l’un des objectifs stratégiques, d’ailleurs, afin d’accentuer le malaise que peuvent éprouver bon nombre de musulmans, en France et en Europe, et leur sentiment d’être rejetés. Et on ne saurait leur donner tort. Il faut dire aussi que notre classe politique ne brille guère par sa fidélité aux valeurs de la République qu’elle vend à longueur de discours et dont elle exige de chacun un respect tatillon mais dont elle sait fort bien se dispenser.
    Ainsi, au lendemain des attentas de Paris, les mêmes qui appelaient à ne pas stigmatiser nos compatriotes musulmans trouvaient-ils parfaitement légitime qu’on arrêtât un gamin de 8 ans pour « apologie du terrorisme. » Ailleurs, c’était des adolescents ayant osé refuser d’« être Charlie » ou de faire silence conformément aux injonctions de l’Etat qui se voyaient sommés de se justifier, et avec eux tous les musulmans de ce pays. Un peu pitoyable, cette forme d’opprobre jetée sur des enfants et leurs familles qui, pour des raisons qu’on se gardait bien de chercher à comprendre sans les caricaturer, refusaient de céder aux injonctions et brisaient la belle unanimité qui faisait si bien sur la photo, et alors même qu’on parlait, avec des trémolos dans la voix, de la liberté d’expression comme d’un bien précieux à défendre. L’emblème de la République française ! Mais dans la France du XXIème siècle, c’est l’Etat seul qui semble pouvoir décider de ce qu’un citoyen, enfant ou adulte, a le droit d’être ou de dire, surtout s’il est musulman. Un comble ! Et ça ne choque même pas les gardiens brevetés des valeurs de cette République !

    Liberté chérie…

    Cependant, la suspicion à l’égard des musulmans n’est pas vraiment récente et la droite n’y est pas pour rien. Mais la gauche non plus, malheureusement, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Du moins, une certaine gauche qui ne l’est plus vraiment et qui se permet toujours de donner des leçons de morale alors qu’elle a abandonné les territoires de l’espoir, du vivre ensemble et du changement de la société pour venir marcher sur les platebandes de la droite.
    Qu’un maire UMP, se mette à piller le patrimoine idéologique du FhaiNe et supprime les menus de substitution dans les cantines des écoles primaires ne peut évidemment pas surprendre. Il y a longtemps qu’une certaine engeance à l’esprit étriqué navigue sans vergogne d’un parti à l’autre. C’est juste que, au gré de leurs intérêts, les uns préfèrent Sarkozy et les autres la famille Le Pen mais il n’y a pas véritablement de différence sur le fond. Seulement dans la gamme d’octave des éructations.
    Mais aucun n"hésite à bafouer le principe constitutionnel d’égalité des droits des citoyens, au nom de préjugés racistes, donc eux-mêmes anticonstitutionnels. Bien sûr, on se retranchera derrière la laïcité pour justifier cette discrimination en oubliant commodément que c’est l’école qui doit être laïque, pas les services qui l’entourent. Et que c’est à l’Etat que s’impose la neutralité définissant la laïcité, pas aux citoyens. Sans même parler de l’abjection que représente cette instrumentalisation des enfants de la part d’un parti qui voit des prises d’otages partout à la moindre grève !
    Mais qu’une ministre d’un gouvernement socialiste puisse relancer un énième débat sur le voile que portent certaines femmes musulmanes et cela à l’université, c’est à dire dans un lieu qui se définit comme un espace d’échanges, de débats et de transmission des savoirs et de la culture, des Lumières, concernant qui plus est des adultes, voilà qui ne manque pas d’interroger sur la corruption des esprits qui osent encore se réclamer de la gauche.

    Il n’y avait donc rien de plus urgent, à quelques jours d’une élection que de donner dans cette surenchère imbécile tout en se posant en ultimes remparts contre la haine et le rejet de l’autre et en agitant l’épouvantail bien commode en l’occurrence du Front National. Comment peut-on prendre ces gens au sérieux ? Comment peut-on s’identifier à eux qui prétendent être les représentants exclusifs de la gauche et ne font que la décrédibiliser jour après jour auprès de ceux qui constituaient son électorat, plus ou moins convaincu, plus ou moins critique à l’égard du PS mais prêt à le soutenir, s’il le fallait, justement au nom des valeurs qu’il bafoue aujourd’hui ?

    Je ne regrette certainement pas d’avoir marché en Avignon le 11 janvier dernier car j’y ai vécu un moment qui vous prend aux tripes comme jamais je n’en avais vécu. Un instant rare et extraordinaire en osmose avec de très nombreuses personnes [2] venues exprimer la même émotion et la même indignation. Mes semblables. Personne n’aurait su dire s’ils étaient français ou non, ni de quelle religion ils se réclamaient s’ils n’en portaient pas de signes extérieurs. La seule chose qu’on pouvait identifier, à peu près, dans certains cas, c’était la couleur de leur peau et parfois un type ethnique plus ou moins significatif. Mais qu’importe. Il n’y a eu ni cri de haine ou de vengeance, juste des êtres humains venus partager un immense chagrin. Des êtres humains, avant tout !

    On pourra m’expliquer que cela n’était pas important car tous n’étaient pas là, qu’il y avait des oubliés, des suspects, des rejetés. Ça, je veux bien l’entendre car j’en suis conscient. Je le sais. Mais c’est aussi pour ces gens absents que je ne connais pas et dont je ne partage pas les convictions religieuses (je n’en partage avec personne, d’ailleurs) mais que je respecte, que j’ai marché ce jour-là, comme j’ai marché pour les journalistes de Charlie, comme j’ai marché pour les policiers exécutés, comme j’ai marché pour ces gens assassinés car ils étaient juifs. Comme je pense aujourd’hui aux victimes de ce fanatisme religieux qui frappe partout dans le monde avec la même répugnante lâcheté.

    Oui, vraiment, j’aurais aimé que ce fameux « esprit du 11 janvier », dans lequel s’est drapé le président de la République, soit autre chose qu’une simple exploitation politicienne d’un événement national tragique et n’ait pas cédé la place à d’autres exploitations politiciennes de préjugés contre lesquels il semble que beaucoup de personnels politiques aient renoncé à lutter. J’aurais aimé que mon pays se montre aussi plus attentif à la souffrance d’autres peuples atteints bien plus gravement et tragiquement que nous et dont on fait si peu de cas.
    Je me souviens que la sinistre Alliot-Marie a été plus prompte à proposer à Ben Ali le savoir-faire français contre les émeutes populaires à l’origine de la révolution tunisienne que ne l’a été Hollande à proposer de marcher en hommage à la nouvelle Tunisie et aux victimes des derniers attentats de Tunis, tout comme pour celles du Kenya.

    J’aurais aimé que la France, mon pays, entende aussi la souffrance de certains de ses citoyens et qu’elle se batte vraiment pour leur offrir une véritable place en son sein, digne des idéaux dont elle se réclame encore mais qu’elle laisse galvauder honteusement. La République devait assurer l’émancipation et le bonheur du peuple, en particulier par l’éducation, c’est à dire par l’acquisition des outils permettant la compréhension et la critique de son environnement pour garder la maîtrise de ses choix. Pas seulement savoir lire, écrire et compter, comme on l’entend si souvent. Pas seulement à l’école mais aussi partout où des citoyens choisissaient de se rencontrer, de parler ensemble et de partager. Ça s’appelait l’« éducation populaire. » Une idée issue de la Révolution, tellement évidente qu’elle en faisait peur aux nantis, à ceux qui accaparent le pouvoir à leur seul profit et qui ont fini par la détruire. J’ai pourtant la conviction profonde que c’est cette destruction lente et systématique de toutes les structures d’éducation populaire qui explique en grande partie (mais pas seulement, bien sûr) le délitement actuel du tissu social et des solidarités citoyennes et intergénérationnelles et plus particulièrement envers les plus faibles. C’est aussi cet abandon qui explique que des jeunes en manque de repères et d’avenir préfèrent aller mourir en Syrie plutôt que vivre méprisés par leur propre pays et finissent par le renier. Au lieu de porter notre attention sur les plus faibles pour les aider et les accompagner, nous avons préféré les dénigrer et détourner le regard, les abandonner, et ceux qui les aidaient avec, pour favoriser ceux qui ont le plus de capacités, de facilités ou de talent. Car c’est plus facile d’aider les « gagnants », ça coûte bien moins cher. Pourtant, il y a aussi écrit « Fraternité » au fronton de nos édifices publics. C’est à dire, tendre la main, se respecter et s’entraider mutuellement. Des choses si ringardes aujourd’hui, semble-t-il, mais qui demeurent pourtant le seul terrain de modernité d’une gauche fidèle à elle-même et porteuse d’avenir.

    Il y a ainsi des choses qui vous grandissent mais dont il semble que la France ne soit plus capable, trop occupée à se regarder le nombril.

    Il faut vraiment en finir avec ce cauchemar !

    Notes

    [1] Je mets quand même une majuscule au cas où il lirait ce blogue, ça mange pas de pain béni !

    [2] Nous étions pas loin de 20000 entre l’esplanade Jean Jaurès (il aurait été fier de nous, le vieux Jeannot) et le parvis du Palais des Papes !

    Sauvons nos pauvres !

    Non au FhaiNe !

    lundi 23 décembre 2013, par Marc Leblanc

    On ne va pas se raconter d’histoires : être pauvre aujourd’hui en France n’est pas la situation inacceptable et indigne d’un pays riche comme le nôtre que certains se complaisent à dénoncer pour nous dénigrer. En effet, une bonne part de nos compatriotes a pris conscience de ce qui aurait pu devenir une succession de drames et a décidé d’agir avec vigueur.

    Ces braves gens ont su identifier les vraies causes de ce scandale humain comme le résume ce dessin qui dénonce l’anomalie avec une subtilité et une clairvoyance rarement égalées :

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    Etrangers contre SDF ?

    Parlons clair : contrairement à la propagande qu’une certaine gauche extrême et droitdelhommiste (suivez mon regard) tente de faire accroire afin de polluer les esprits faibles trop prompts à s’indigner contre les soi-disant méfaits d’un capitalisme prétendument sauvage — alors qu’il est reconnu par les gens bien éduqués pour être une loi naturelle dans l’ordre divin que nous impose le Ciel — la pauvreté et l’exclusion n’ont qu’une seule cause : la trop grande générosité de notre système de solidarité sociale qui attire comme un aimant des étrangers douteux dont le sort est souvent bien meilleur que celui de nos pauvres à nous — car ces gens, dans leurs pays d’origine, savent se contenter de très peu, parfois simplement de bananes ! — mais qui ne rêvent que de s’enrichir facilement sur le dos du généreux peuple français. C’est dire leur perversité, hélas !

    Pour les aspects plus techniques, on lira avec profit cet excellent billet de Rosaelle

    Si encore ces usurpateurs nous en savaient gré. Mais même pas : ils nous narguent en osant exiger des droits, leurs droits — un comble ! — soutenus en cela par de mauvais Français, suppôts de l’anti-France. Car, nous autres, nous aimons que le pauvre sache se tenir à sa place. D’abord qu’il s’adresse à nous avec déférence et respect — voire, si possible, qu’il s’en abstienne — et garde les yeux baissés dans une posture traduisant sa reconnaissance éperdue.

    C’est une certaine Roxane qui m’ouvrit les yeux un jour sur cette juste cause, dans un de ces échanges d’une haute tenue auxquels les amitiés « fessebouquiennes » sont propices. La petite dame se réjouissait de la mort de ce jeune délinquant niçois tué d’une balle dans le dos par le bijoutier qu’il venait de molester pour le dévaliser. La raison de ce bonheur ? C’est que, ainsi, l’État pouvait économiser l’entretien de cette racaille puisqu’il n’ira pas en prison et que cet argent pourrait servir à aider nos SDF. Imparable puisque mathématique ! Il faut dire aussi que ce jeune homme n’était pas vraiment Français puisque d’origine maghrébine et pour tout dire algérienne ou tunisienne. Force était donc à la gazelle de reconnaître que, « sans être raciste » (cela va sans dire), tous ces étrangers délinquants ça finissait par coûter cher et que cet argent serait bien mieux utilisé s’il servait à aider les vrais Français dans le besoin et, de surcroît, honnêtes. Sans compter que ces gens concurrencent nos pauvres à nous également sur le marché des allocations diverses et variées que notre beau et grand pays a créées pour alléger nos difficultés.

    Une Valérie de passage dans la discussion nous fit alors part de sa propre expérience, grandement édifiante, jugez-en : pendant longtemps elle a cru qu’il était possible d’aider ces étrangers à s’intégrer à notre civilisation avant de s’apercevoir que c’était peine perdue car ils ne disent jamais merci et quand ils se marient (entre eux, forcément), ils ne peuvent pas s’empêcher de sortir les drapeaux de leur pays tandis que la mairie ne fait rien pour l’interdire. C’est vrai que ça fait peur et j’en étais tout retourné, vous pensez bien ! Comment peut-on tolérer une telle ingratitude ?

    Titi et quelques autres abondaient, eux aussi, dans ce sens, rappelant non sans à propos que nous subissions une véritable invasion de clandestins pour lesquels l’État, notre État, notre République, était aux petits soins tandis qu’il laissait crever nos malheureux compatriotes frappés par l’adversité, souvent d’ailleurs à cause de ces mêmes étrangers qui viennent leur voler le travail, le pain et les allocations de chômage. Un vrai scandale.

    En fait, pendant un temps, jamais je n’ai croisé autant de gens aussi soucieux des exclus, des SDF, des clodos. Comme quoi, le peuple français n’est pas ce monstre d’égoïsme que certains se plaisent à calomnier au motif que son seul souci serait la sortie imminente du prochain « aïefone » ou de la dernière « péessecate. » Au contraire, voilà plein de gens prêts à s’engager pour lutter contre la pauvreté et ses effets délétères sur notre brillante civilisation qui surclasse en cela toutes les autres et de loin, notamment l’africaine, pas assez entrée dans l’histoire, et la musulmane, trop arriérée. A se demander, par conséquent, pourquoi on aperçoit encore des mendiants dans nos rues ou à nos carrefours après un tel engouement ?

    C’est que, voyez-vous, c’est quand même pas facile de reconnaître un SDF français d’un pas français. Essayez, pour voir ! Bon d’accord, des fois on a des indices : un négro, par exemple, c’est pas vraiment un Français, enfin, je veux dire « de souche ». On est d’accord. Même Dieudonné et ses quenelles indigestes, c’est limite pour le prendre pour un gaulois. Mais alors, quand il est Blanc, le SDF, c’est pas gagné. Ça peut être un Slave, un Turc, un Libanais ou un Algérien aussi bien qu’un vrai Français. On peut pas savoir. Je vous dis pas la galère. La seule solution, c’est de lui parler mais, honnêtement, qui a envie de causer à des gens qui puent la vinasse et l’urine et sont juste capables de grommeler des injures infectes en guise de remerciements ? En plus, aucune reconnaissance. Y a quand même pas marqué Patrick Pelloux, là ! Non mais ! Sans compter qu’il y en a aussi que c’est des vrais taiseux. Comme des tombes, qu’ils sont. Impossible de leur arracher un mot sauf si on est patients et formés à la psychologie de ces populations extrêmement fragilisées.

    En fait, vous voulez que je vous dise ? Tous ces guignols qui se retranchent derrière l’infamie de l’exclusion, pour vomir leurs insanités xénophobes, n’ont jamais rien tenté pour venir en aide à qui que ce soit et surtout pas aux sans-logis, aux clodos. Parce que, s’il y a une chose qui n’a rien de facile, c’est justement d’approcher des gens qui ont autant de raisons de se méfier de notre bonté d’âme qu’ils inspirent eux-mêmes de répulsion à la plupart d’entre nous. Et puis, il faut être de sacrés salauds pour être capable de refuser à une personne en détresse, là, devant soi, un minimum d’aide, un minimum de réconfort ?

    Sûr que c’est plus facile de s’agiter derrière un écran et un clavier en éructant sa haine des autres et en se pâmant d’aise à l’écoute des anathèmes de la Marine, de sa nièce et de ses gars. Ça évite d’avoir à se poser trop de questions dont les réponses demandent un peu plus de réflexion et de considération pour les êtres humains.

    Car s’il s’agissait seulement des étrangers, en situation régulière ou irrégulière, peu importe, à qui, sous prétexte que le pays est en crise et « ne pourrait donc accueillir toute la misère du monde », dixit Jospin, nous ne devrions même plus tendre la main. Curieux prétexte pour un pays qui se targue toujours d’être la patrie des « Droits de l’Homme » et s’enorgueillit de la générosité de son histoire coloniale à l’égard des peuples ainsi civilisés gratuitement par lui comme le croit dur comme fer l’inculte nièce de la Marine quand elle parle d’apartheid. Ce qui lui vaut la cinglante réponse de Farida Bemba Nabourema sur son blogue. Non, il y a aussi les resquilleurs, ces escrocs bien de chez nous qui profitent sournoisement du système, soit qu’ils n’y ont pas droit, soit qu’ils en abusent. Assurément de bien plus dangereux individus que nos banquiers et certains de nos politiques qui nous truandent à grand coup de milliards.

    Comme cette vieille dame rencontrée en Avignon l’autre jour et qui voulait se rendre aux « Restos du Cœur » d’Orange pour y retirer un colis de Noël qu’elle avait déjà touché auprès de ceux d’Avignon. Pour en avoir deux, disait-elle d’un petit air espiègle et gourmand et sans la moindre gêne car, après tout, elle avait aussi vécu à Orange et avait toujours la preuve de son ancienne adresse.

    Ne sont-ils pas terriblement inquiétants, ces gens qui en prennent plus que ce qu’on voudrait leur donner ? Voyez le scandale ! Bien sûr, ce n’est sans doute pas brillant mais quoi ? Qui sommes-nous pour juger avec nos ventres pleins et nos préjugés de merde ? Gardons nos leçons de morale et donnons-leur les moyens de vivre décemment si nous ne voulons pas qu’ils agissent ainsi !
    C’est peut-être pour cette raison que la ville d’Orange et son maire, un ancien pote à la délicieuse Marine, ont décidé de sucrer une subvention de 1000 € à l’antenne orangeoise des Restos du Cœur trop soucieuse de l’anonymat de ses bénéficiaires et à qui la ville reproche de ne pas vérifier leur (insuffisance de) ressource. Tu parles d’un crime de lèse-majesté ! Il ne manquerait plus qu’il y ait des étrangers parmi ces crève-la-faim ! Et puis, pour 1000 €, faut-il aussi que l’on baise les pieds du grand homme ? 1000 € pour 728 familles : non, c’est trop, arrêtez, on va vous accuser de dilapider l’argent public !

    Alors, je ne me fais pas d’illusion. Ce blogue a une diffusion plus que confidentielle et ne risque pas d’entrainer une grande révolution chez ceux à qui ce billet est le plus destiné. Quand même, comme mon ami Francis l’a dit avant moi, il y en a marre des peigne-cul racistes qui se décomplexent à bon compte sur la toile en galvaudant les principes humanistes dans le respect desquels j’ai été éduqué.

    Non, messieurs-dames, nous ne partageons pas la même vision de la France et de l’Humanité. Vous ne serez toujours que des larves sans consistance, réjouies de vous vautrer dans la fange infecte de votre nationalisme imbécile et criminel et de vos haines étriquées. Et je serai toujours aux côtés de ceux qui vous combattront et vous écraseront sous leurs semelles.

    No pasaran !

    Para bellum

    samedi 15 juin 2013, par Marc Leblanc

    On sait parler des retraités sur France 2 et ça fait chaud au cœur. Déjà, l’autre soir, on nous donnait en pâture ces misérables vieux séniors qui, faute d’une pension bien grasse, à ce qu’ils disaient et que disait le commentaire, partaient en exil au Maroc avec leurs 650 € par mois pour vivre comme des princes des « Milles et unes nuits » grâce aux tomates à 30 centimes le kilo. Le rêve à portée de la bourse la plus plate, 6 ou 7 mois par an, sur fond de gros camping-car flambant neuf à 40000 € au bas mot et sans voir un seul Marocain à moins de 500 m. Autant dire le nirvana ! Bon, faut aimer la tomate mais quand même ! Et tout ça se retrouvait autour d’une bonne table bien garnie, entre ripailleurs bien de chez nous, dans la joie et la bonne humeur innocentes comme il sied aux gens modestes qui savent se contenter de peu.

    Ce soir, on nous expliquait que la pension moyenne du retraité moyen tourne autour de 1350 € par mois et on l’illustrait en interrogeant des retraités représentatifs émargeant à 1500 € bien obligés de convenir, à ce tarif scandaleux, qu’ils étaient prêts à faire des efforts mais que, bon, ça coinçait quand même un peu. Comme quoi, non seulement ces salauds de vieux retraités sont des privilégiés mais, en plus, c’est des égoïstes, les mecs. Non mais allo, quoi ! Tu les paies à glander à longueur de journées en attendant la mort et, en plus, ils se font tirer l’oreille pour participer au salutaire effort de redressement national. On croit rêver !

    Alors, pour bien faire passer le message, impartial comme il se doit, on nous a rappelé les exorbitants privilèges de la fonction publique : pension calculée sur les 6 derniers mois (hors les primes) et non pas sur les 25 meilleures années, ce qui malgré tout donne des pensions et des taux de remplacement sensiblement les mêmes en moyenne, excepté pour l’administration centrale où les cadres sont surreprésentés. On comprend mieux son efficacité… Bref, c’est dire si les fonctionnaires jouissent de sacrés privilèges. Pour plus de développement, voir cet article.

    Ceux dont ne parlait pas l’édifiant reportage, c’était ces autres retraités, ceux qui vivent avec beaucoup moins de 1350 € par mois, parmi lesquels les femmes sont ultra-majoritaires. C’est un oubli d’ailleurs assez récurrent alors que tous ceux qui prétendent régler le fameux problème des retraites — qui, pour un peu, serait la cause de la ruine du pays — n’ont que les mots équité et justice à la bouche depuis plus de 30 ans. Mais les femmes ne doivent pas entrer dans leur champ de vision, semble-t-il. On notera aussi que lorsqu’ils emploient le mot partage, ce n’est pas pour parler des richesses mais des efforts à fournir pour « sauver notre système », ce qui ne s’adresse en réalité qu’à nous autres mais pas à nos élites économiques et financières. Faut pas déconner non plus. Surtout éviter le parallèle abusif entre l’incessant enrichissement des plus riches et l’appauvrissement du plus grand nombre.

    Dès lors, il est naturel de lancer des contre-feux pour détourner l’attention : les chômeurs qui chôment au lieu d’aller bosser ; les tricheurs aux allocs et autres prestations sociales, surtout les étrangers ; les retraités privilégiés alors que notre jeunesse ne peut construire le moindre début de vie ; les fonctionnaires-sangsue, etc. Au moins, pendant qu’on se bouffe le foie entre nous, on s’occupe pas des choses sérieuses.

    Le pire, c’est que ça marche. A en entendre certains, aligner les régimes spéciaux sur celui du privé ne serait que justice et équité. Ce sont en général les mêmes qui, il y a dix, quinze ou trente ans faisaient mine d’être trop occupés pour se battre et défendre leurs droits, la sécurité sociale, les services publics. Les lâches ont toujours de bonnes raisons pour ne pas se mouiller. Ça les rend d’autant plus hargneux contre ceux qui ont osé le faire. D’autres se font un plaisir d’opposer les jeunes aux anciens en professant qu’ils leur paient des rentes dorées tandis que ces vieux égoïstes ne leur laissent que des dettes en échange, oubliant au passage que notre contrat social est aussi un contrat intergénérationnel qui ne s’arrête pas aux retraites mais englobe l’ensemble des services publics financés par les contributions de tous (enfin, sauf des nantis, bien sûr). C’est bien plus porteur que de pointer le démantèlement de tous les dispositifs de solidarité et de répartition au profit de services commerciaux lucratifs pour ceux qui peuvent payer et de la charité (elle aussi privée) pour les autres.

    C’est aussi bien plus apaisant que de reconnaître que, à force de vouloir se convaincre que la lutte des classe n’est pas à l’ordre du jour, nous sommes en train de la perdre car l’oligarchie qui détient le pouvoir et ses larbins de droite ou de « gauche » n’ont eux cessé de la mener contre nous et sont en passe de nous écraser.

    Peut-être alors, quand à force d’avoir tant perdu il ne nous restera plus rien à perdre, quand nous serons le dos au mur, réaliserons-nous que le progrès de la condition humaine et la paix sociale ne peuvent exister que si l’on reste en permanence en alerte pour porter l’estocade contre ceux qui font commerce des peuples pour s’enrichir et accaparer le pouvoir. Il ne peut y avoir de justice et de démocratie sans des peuples prêts à se battre pour elles. Nous payons aujourd’hui de l’avoir oublié. Nous n’aurons bientôt d’autres choix que de reprendre la lutte, hélas !

    Si vis pacem…

    Un seul être vous manque...

    samedi 12 janvier 2013, par Marc Leblanc

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    Poing levé

    C’est vrai qu’ils sont plaisants tous ces aimables personnages qui viennent, chacun à son tour, tenter de nous convaincre que, non, décidément, ce n’est pas dans leurs poches ni dans celles de nos glorieux sportifs, footballeurs en tête, que se trouve ce bon argent dont le pays a un besoin si pressant. C’est que cet argent-là n’est que juste rétribution de leur si grand talent, eux qui ne sont en définitive que modestes artistes, diseurs de bonne aventure et autres saltimbanques. Et que l’État songe à leur en prendre une bonne part n’est qu’infamie tant il leur manquera et tant leur gloire peut être éphémère.

    Alors, le bon peuple opine du chef et approuve en murmurant. L’État est bien injuste de s’en prendre à des gens si précieux qui font rayonner la gloire de notre grand et beau pays de par le vaste monde. Le bon peuple est bon tandis que l’État est mauvais, c’est bien connu : la moitié des citoyens de ce pays ne paie pas l’impôt sur le revenu et aucun de ceux-là ne songe réellement à s’en plaindre car c’est une forme de justice. Mais est-il juste aussi de confisquer le fruit du dur labeur de tous ces gens méritants ? Certes, non !

    Car, oui, bien sûr, l’État confisque, ce sont même des « Sages » qui le disent sans aucune connotation dogmatique, bien entendu.

    C’est vrai aussi qu’on les aime bien ces comiques, ces acteurs, ces chanteurs et qu’ils nous apportent bien du plaisir. On a même de la tendresse pour eux. Mais bon, en même temps, c’est le boulot qu’ils ont choisi, pas forcément simple ni facile mais pas forcément pire que ceux des multitudes qui se pressent à leurs spectacles ou qui aimeraient s’y presser si seulement ils en avaient un, eux, de boulot.

    On est content aussi de savoir qu’ils ont des opinions. C’est bien sûr leur droit même si ce n’est pas ce qu’on leur demande le plus. Savoir qu’un Pierre Arditi ou un Philippe Torreton sont de fervents socialistes, c’est bien mais ça n’est pas essentiel. Pas plus que de savoir qu’un Enrico Macias se pisse dessus chaque fois qu’il voit un portrait du petit Nicolas. A chacun ses sympathies. Mais ils sont déjà moins amusants, les comiques, quand ils viennent se poser en victimes de l’ogre étatique en plaignant ces grands parmi eux qui, à leur corps défendant, se voient contraints à l’exil pour lui échapper. Mais attention, il ne s’agit pas d’approuver la défection du géant génie, ce serait trop casse-gueule. Non, on s’en prend juste au médisant, au faux-frère qui prend la plume pour rosser le faquin. De quel droit ? Pour s’attaquer à un Depardieu, il faudrait une filmographie en béton, c’est du moins ce que professent certains Lucchini ou autres Deneuve renvoyant cet infâme Torreton à l’état de minable jaloux en manque de talent, lui qui n’est, après tout, que sociétaire de la Comédie-Française, donc inapte à se comparer au grand Gégé !

    Il n’est pas jusqu’à la rascasse putréfiée de la Madrague qui ne se soit crue obligée de nous faire part de sa pensée nauséeuse pour soutenir le monumental martyr, malgré son penchant sanguinaire pour la corrida. Il est vrai que dès qu’il s’agit de pourfendre l’anti-France usurpatrice du pouvoir légitimement dévolu à la droite, il n’est d’alliance honteuse. Pour notre momie malodorante, massacrer des taureaux est un travers bien innocent dès lors qu’on peut cracher sur le pays, ce dont elle ne se prive pas malgré sa proximité avec les Le Pen — pourtant assez chatouilleux sur le sujet, dit-on — avec cette légèreté de pachyderme tuberculeux qui lui sied si bien.

    Car Gégé, c’est le monument emblématique de cette classe moyenne si chère à ce bon Philippe Bouvard dont la plus grande peur est le nivellement socialiste de la société par le bas. Quelle horreur, en effet, de devoir frayer avec la plèbe, mon bon Philippe, je te dis pas ! Une élite, donc, qui pense évidemment qu’on lui en prend toujours trop et qu’on ne la paie jamais assez en reconnaissance de ses talents et devant laquelle on est priés, nous autres mécréants, de nous incliner avec grande déférence car elle parle dans le poste, paraît à la télé et s’agite au cinéma. Et tellement génial, le monument, qu’il peut se permettre de sanctionner ce peuple qui vote si mal — c’est à dire au péril des intérêts du grand homme — en le privant à tout jamais de sa glorieuse con-citoyenneté.

    Après avoir sucé goulument les bites de Sarkozy, au moins aussi frénétiquement que ces pauvre Enrico, Faudel, Doc Gynéco et autres indispensables, et de quelques dictateurs post-soviétiques tout autant que centrasiatiques, histoire d’arrondir ses fins de mois difficiles et de peaufiner son expertise en démocratie, l’ex-monument national nous adresse un ample bras d’honneur. Sera-t-il Belge ou Russe ? Là est la grande question médiatique car le génie, dans sa grande mansuétude, hésite à favoriser tel peuple plutôt que tel autre. Notre Seigneur Depardieu est vraiment trop bon. Encore que la Russie tienne la corde car, tout émoustillé par la virile amitié proclamée par le grand Poutine trop heureux de régler quelques comptes avec la France en se servant du crétin magnifique, notre Gégé nous abreuve maintenant de ses hautes considérations sur la conception de la démocratie que promeut le nouveau tsar. Le peuple russe peut bomber le torse : Gégé a posé son regard sur la vaste terre de l’Empire russe, il a vu que c’était bel et bon et il va y poser maintenant son gros cul. Nazdravié !

    Dire que le comportement de Depardieu est minable n’est évidemment pas à la hauteur de son personnage. A force d’en faire des tonnes, il apparaît de plus en plus comme un gros con aviné, un de ces philosophes de comptoirs qui vous assènent leurs puissantes réflexions entre deux pochetronnades de haute volée. Il est d’ailleurs assez étonnant qu’un mec qui a su être souvent un acteur plutôt subtil puisse se révéler à ce point si lourd et si grossier. Car enfin, ce type a tenu des rôles parmi les plus beaux du cinéma français et le voilà maintenant à jouer sa représentation la plus détestable, la plus méprisable.

    Au point sans doute que certains de ceux qui le soutiennent officiellement ont dû commencer à avoir peur des conséquences de ce concours d’auto-destruction. Si Depardieu était jusqu’à il y a peu une valeur sûre du cinéma dont le seul nom pouvait attirer le public, le mauvais feuilleton qu’il nous sert et qui s’éternise pourrait bien lui coûter plus cher que les impôts qu’il refuse de payer à son pays. Et, par voie de conséquence, coûter très cher aussi à ceux qui tirent profit de son aura. Qui a envie de dépenser son pognon pour voir les films d’un type qui lui crache à la gueule ?

    Et il n’y a pas qu’en France que le nom de Depardieu risque d’être bientôt une marque d’infamie. Si tout le monde n’aime pas la France, il y a autour de la planète bien des gens qui n’aiment pas non plus qu’on trahisse son pays. Or c’est aussi de cette façon que l’aventure Depardieu apparaît à certains : l’histoire médiocre d’une pitoyable trahison morale. D’où les récents efforts de l’abruti éméché pour nous faire croire désormais que s’il cherche à être Russe ou Belge, c’est uniquement par admiration gratuite pour ces pays sans autre considération triviale de gros sous. Et de balancer au passage quelques noms d’exilés fiscaux pour faire diversion. Pourri en plus avec ça, le sublime Gégé !

    Finalement, il est possible que Depardieu parvienne enfin à ses fins : détruire l’image de l’acteur génial qu’il fût dans un retentissant suicide médiatique. Pour n’être plus que ce gros con bouffi de suffisance en perpétuelle représentation pour la promotion des pires crapules de la planète. Et cela avec le soutien de quelques vieilles gloires défraichies, valeureuses égéries de la défense de la démocratie et de la dignité humaine comme l’indispensable Matthieu et l’abominable Bardot.

    Sans doute, d’aucuns diront qu’il est un peu facile de taper sur les artistes. Ils n’auront pas forcément tort. Car enfin, ces gens sont par nature visibles, c’est d’ailleurs l’essentiel de leur raison d’être artistes. Au moins prennent-ils le risque de se montrer sous des jours pas très flatteurs en pensant, sans doute sincèrement, défendre leur condition injustement méprisée alors qu’ils bénéficient tout de même de pas mal de petites gâteries au nom de la défense de la culture et du sport. Il est vrai aussi que, pour certains d’entre eux, la notoriété et l’aisance qu’elle peut procurer n’ont pas toujours été au rendez-vous, d’où cette peur ancrée en eux de toujours manquer, comme celui qui a connu les privations accumule et multiplie les réserves. Tout cela est sans doute vrai mais la ritournelle des méritants outragés a quelque chose d’assez indigeste en ce moment.

    A bien y regarder, les choses semblent assez simple : en France, on n’aime ni les riches ni les gens qui réussissent ni ceux qui ont du talent. Emballé, c’est pesé ! Nous ne sommes qu’un pays de médiocres, fainéants et jouisseurs, se vautrant dans leur jalousie maladive. Au moins comme ça, c’est clair. Taxer les revenus du capital comme ceux du travail, faut pas y penser : ça va décourager la grande bourgeoisie qui ira investir ailleurs et nous précipitera dans le déclin. Limiter les honoraires des médecins, faut pas y penser : ces gens sont trop indispensables, ils se battent d’abord pour sauver nos vies et c’est bien normal que la Sécu les engraisse avec nos cotisations. Taxer les hauts revenus, faut pas y penser : ces gens ont du génie et ils ont la générosité de nous donner du travail, ça mérite reconnaissance sinon ils iront à l’étranger exprimer leurs talents.

    Alors, il reste qui ?

    Toujours les mêmes couillons, ceux à qui on « donne » du travail et qui profitent éhontément de la générosité des génies nationaux, ceux qui coûtent si cher à entretenir, en salaire mirobolants et cotisations sociales excessives, et dont on se garde de dire que c’est aussi leur sueur qui fait la prospérité de ce pays.

    Je suis technicien, et un bon, je le dis sans aucune modestie car, maintenant, après tant d’années de labeur, je sais que c’est vrai. Compétent, expérimenté, bon analyste, ingénieux, etc. Nous sommes nombreux dans ce pays à répondre à ces qualificatifs. Sans nous, rien ne fonctionnerait. Pas d’industrie ni de machines, pas de téléphone, pas de télé, pas de voitures, pas d’électricité ni de routes ni d’appareils domestiques ou médicaux, pas d’ascenseurs, pas de films ni de cinémas ni de spectacles, pas de stades, pas d’avions ni de bateaux, pas de maisons, rien. Oui, je mets dans le même panier tous ceux qui se salissent les mains pour construire, réparer, entretenir ce que d’autres qui leur sont semblables ont aidé à concevoir, à séquencer puis à planifier. Les idées qui profitent à chacun, ce n’est pas forcément nous qui les avons eues. On ne prétend pas à ce génie-là. Mais souvent, c’est notre savoir faire, notre imagination et notre sens de l’analyse qui ont contribué à ce que ces idées fonctionnent mieux que leurs concepteurs ne pouvaient l’imaginer.
    Parfois même, notre sens du travail bien fait et notre sens critique sont aussi un gage de sécurité pour ceux à qui s’adresse notre travail. Nous aussi, sans être des professeurs de médecine, nous pouvons avoir des vies humaines entre les mains. D’ailleurs, lorsque nous avons failli, la justice ne sait que trop nous le rappeler.

    Pourtant, où sont nos salaires mirobolants ? Où sont les droits d’auteurs sur les brevets que nous avons aidé à concevoir et qui en enrichissent d’autres que nous ? Où est la reconnaissance de la société ? Celle des élites qui savent si bien s’auto-congratuler et regarder le reste de l’Humanité avec tant de condescendance ? Pourquoi serait-ce à nous de porter le poids des efforts demandés sous prétexte qu’un plombier ne saurait comparer son utilité dans la société à celle d’un chirurgien, d’un patron de PME ou de grande entreprise, d’un footballeur ou d’un acteur de cinéma ? Qui sont-ils ces gens-là pour dire que nous ne sommes pas comme eux, que nous comptons moins ?

    J’emmerde Depardieu, Delon, Bardot, Arnault et consort. Qu’ils se barrent avec leur pognon et qu’ils crèvent étouffés avec. Grand bien leur fasse. J’en ai marre d’entendre toujours les mêmes rengaines doctement rebattues par des gens qui ne manquent de rien, ne se privent de rien, n’ont jamais froid et ne risquent pas de perdre leurs baraques et qui savent si bien nous expliquer que les vraies causes de nos problèmes, c’est surtout nous qui avons tant de mal à accepter des sacrifices… pour les enrichir un peu plus.

    On les aura !

    dimanche 4 novembre 2012, par Marc Leblanc

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    Vous allez encore trinquer

    C’est bien, les lapsus. Ça permet de dire des trucs quand c’est pas trop le moment de les dire car ça pourrait désespérer le bon petit peuple si docile qu’on est en train d’essorer pour son bien et pour celui du pays. Alors on fait son lapsus, l’air de pas y toucher, en se laissant une position de repli pour pouvoir dire « Oups ! Scusez-moi M’sieu-dames, je m’ai gouré, c’est pas ça que je voulais dire. » Mais c’est bien ça qu’on voulait dire. C’est dit et bien dit et ça laisse le temps au péquin d’assimiler. Car le moment viendra où le prétendu lapsus deviendra LA vérité. Emballez, c’est pesé, au suivant !

    Tenez, prenez Ayrault avec les 35 heures. Bien sûr qu’il savait ce qu’il disait. Bien sûr qu’il nous les fera péter, les 35 heures, comme le reste, et avec la complicité de certains syndicats encore, pour faire bonne mesure. Tout simplement parce que c’est ce que veut l’Europe ultra-libérale qui l’impose partout, à la Grèce, à l’Espagne, à l’Italie, etc. Tout simplement parce que c’est ce que veulent les patrons qui s’y connaissent pour crier misère, contre toute décence. Travailler toujours plus même quand il n’y a plus de boulot, pour plus de profits et de dividendes.

    Tout simplement parce qu’un socialiste d’aujourd’hui, en fait un socio-libéral, ne peut rien refuser au patronat et à la grande bourgeoisie. Il fait partie de ce magma informe et puant qui ne songe qu’à servir ses maîtres avec le plus de zèle possible et où grouille tout le personnel politique de droite et du « centre », les Sarko-Fillon-Copé-Borloo-Yade-Dati-Morin-Le Pen et consorts et ces pseudo-socialistes dont on se demande pourquoi ils persistent à s’appeler ainsi sinon pour mieux nous tromper ?
    Des valets qui n’oublient pas de venir à la soupe quand la cloche retentit et qui baissent la tête et la culotte quand les maîtres font les gros yeux. Ça ne jure que par le Peuple, ça le caresse avec une tendresse amoureuse pour mieux lui marcher sur la tronche et l’étouffer dans sa propre merde au nom des nobles sacrifices que la situation exige et aussi parce qu’il faut bien un baisé. Après tout, le pauvre a beaucoup moins tendance à foutre le camp à l’étranger pour planquer son magot. C’est bien la preuve qu’il est beaucoup plus con que le riche et mérite ce qu’il lui arrive.
    Alors Copé et Le Pen qui veulent descendre dans la rue pour dénoncer la politique du gouvernement ? De la rigolade et pitoyable encore ! Il n’y aurait guère que sur le mariage pour tous et le droit de vote des étrangers aux élections locales qu’ils pourraient brailler car pour le reste, ils n’ont pas trop à se plaindre.

    Mais bien sûr, il faut préparer le terrain. Prenez les 35 heures, encore : sur France 2 sévit un journaliste capable de tout expliquer. Ça s’appelle Lenglet, je crois. Ce mec-là peut donc vous expliquer doctement et approximativement la genèse des 35 heures et leur mise en œuvre pour mieux conclure que, à travers les aides octroyées pour financer le dispositif, finalement l’État s’est endetté pour les 35 heures qui n’ont pas créé autant d’emplois que prévu. Bien sûr, pas un mot sur le fait que, pour ce qui est de l’endettement, les innombrables exonérations de « charges » consenties depuis trente ans et plus au patronat ont fait beaucoup mieux sans jamais être compensées. Au moins, les 35 heures sont une façon de se réapproprier les gains de productivité qu’elles ont encore renforcés là où elles ont été adoptées.

    Mais là n’est pas le sujet, évidemment. Personne ne peut et ne doit porter la contradiction face au spécialiste maison qui peut assener ses préceptes sans crainte d’être contredit. La propagande fonctionne donc à merveille. Il s’agit de faire passer l’idée que les entreprises croulent sous les « charges » et les 35 heures en font partie. Mais pas qu’elles. La protection sociale aussi. Et là, le vocabulaire n’est pas anodin car il donne explicitement l’orientation politique du traitement.
    Nous autres, crétins que nous sommes, nous parlons de cotisations sociales pour la maladie, la famille, le chômage et la retraite. Pour nous, ce sont des éléments de notre salaire, socialisés pour financer notre protection, qui nous reviendront un jour ou l’autre au travers des indemnités, des allocations et autres pensions et qui permettent aussi de payer les personnels de santé, notamment. Ce sont donc des salaires différés prélevés à la source de la création de richesse. Il est bien évident que réduire ce système à une simple notion de « charges », forcément trop lourdes, lui confère un caractère parasitaire qui ne peut qu’être péjoratif. C’est avancer l’idée que ces prélèvements sont illégitimes.

    Il est alors touchant de voir le patronat se soucier de la « solidarité nationale » dont relèverait en grande partie la protection sociale, lui dont les membres, malgré ce qu’ils prétendent, sont si peu enclins à y contribuer. Avez-vous déjà entendu parler d’optimisation fiscale chez les Bidochons ? Allons ! Par contre, une chose est sûre, ce qui ne servira plus à financer notre protection ne sera pas perdu pour nos chers patrons. Mais chut ! Il faut continuer le matraquage. Si la France n’est plus compétitive, c’est à cause des « charges » et des salaires et du Code du travail qui bride nos entreprises. Mais pas de la rapacité des patrons et des actionnaires qui prélèvent pour leur propre compte des parts de plus en plus importantes de la richesse produite au détriment de la recherche et de l’innovation. Non, non, non !

    Regardez-les ces charognards qui se posent en victimes d’un État qu’ils présentent comme un prédateur. Mais l’État c’est quoi ? C’est qui ? Ils n’ont jamais bénéficié de ses largesses, de ses investissements, de ses structures ? A les entendre, l’État leur en prendrait trop. Quelle injustice, vraiment, alors que la plupart de ces gentils pigeons ne pensent qu’à leur gueule et s’enrichissent sur le dos des autres. C’est d’ailleurs bien trouvé, en l’occurrence, l’image du pigeon. Ne dit-on pas des pigeons qu’ils sont des rats qui volent ? Ça prétend créer des entreprises grâce à un génie supposé devant lequel on est sommé de se pâmer mais ce n’est pas l’idée d’entreprise qui les excite, les pigeons, c’est celle du pognon qu’ils se feront en la revendant et qu’ils iront planquer à l’étranger pour échapper à l’ogre. Il est d’ailleurs émouvant de constater que certains de ces courageux créateurs de richesse y étaient déjà installés depuis bien plus longtemps que leur soudain intérêt pour la mère patrie. Et c’est devant ces voleurs que le gouvernement s’est défroqué !

    Mais tout cela relève de la même logique qui fait reposer sur l’État la gabegie financière des apôtres du capitalisme triomphant, lesquels lui interdisent dans le même temps de se payer sur leurs profits. Touche pas au grisbi, salope ! C’est ce que viennent de dire ces 98 « grands patrons » qui prétendent faire la leçon à un gouvernement qui pourtant leur fait risette. Quelle ingratitude ! Mais pourquoi se gêneraient-ils ces pourvoyeurs d’emplois et de richesses ? Ils savent bien qu’en privant l’État de ses capacités d’interventions, ils le musèlent et préparent l’avènement d’une société entièrement privatisée, promesse de nouveaux profits pour eux, et dans laquelle ils pourront imposer leurs règles. Règles dont le respect sera garanti par un État réduit à sa fonction de police pour protéger les puissants des soubresauts toujours possibles du petit peuple si mesquin et jaloux. Et au final, ils rendent toute démocratie impossible puisque aucun choix ne sera plus possible sauf peut-être la couleur des cheveux des candidat(e)s.

    Alors, rien ne doit entraver l’avènement de ce monde de rêve. Répétons en cœur : « La France va mal, mon salaire est trop élevé, je ne travaille pas assez, je veux ressembler aux Allemands et être hyper-compétitif ! Je veux plein de centrales nucléaires et du gaz de schiste partout pour faire le prospère. »

    Si vous êtes trop dur de la comprenette, soyez pas inquiets, on va vous aider. Il y a encore plein d’entreprises en attente de fermeture pour bien marteler la mauvaise compétitivité, les charges trop lourdes, les salaires trop hauts, les vacances trop longues et les dimanches trop chiants à la maison quand on gagne une misère. Il y a plein d’autres lapsus en réserve pour faire passer les pilules en douceur. Et vous verrez que ça ira bien mieux une fois que tout sera foutu en l’air. Car même si tout cela ne fait pas l’objet de grandes promesses électorales, au train où vont les choses, on les aura toutes.

    A moins qu’on ne se bouge !

    J’offre ce cadeau à ceux qui croient qu’ils trouveront le salut en baisant les pieds de leurs maîtres et en reniant ceux qui les défendent vraiment, à ceux qui parlent de leurs racines sans rien savoir des aspirations de leurs ancêtres ou en faisant mine de les avoir oubliées, à ceux qui préfèrent justifier leurs souffrances par la haine de l’autre et l’intolérance, à ceux qui préfèrent s’aveugler face aux entreprises de destruction de leurs droits et de leur dignité, à ceux qui pensent que le repli sur soi leur permettra de passer à travers les gouttes et que la solidarité et la fraternité ne servent à rien, à ceux qui depuis plus de trente ans n’ont jamais levé le petit doigt pour défendre leur honneur et leurs emplois et ont laissé à d’autres le soin d’agir, à ceux qui les ont regardé sans broncher se faire tailler en pièce tandis qu’ils espéraient sauver leurs misérables petites vies et qui viennent aujourd’hui pleurnicher leur souffrance en votant pour les idées brunes redevenues compatibles avec l’abjection pétainiste.

    Je leur dis réveillez-vous ! La France n’est pas ce tas d’immondices nauséabondes sur lequel trônent les volailles prétentieuses et imbéciles de la droite prétendument populaire mais à coup sûr fasciste qui voudraient vous y confiner et qui vous réduisent en esclavage tout en vous endormant et en désignant à votre vindicte ceux qui refusent la fatalité. Réveillez-vous ! Ceux que vous croyez devoir mépriser éprouvent les mêmes souffrances que vous et il en est parmi eux qui ne courbent pas l’échine et qui se battent. Secouez-vous !

    Souvenez-vous que ces droits, dont on veut vous priver aujourd’hui et sur lesquels vous vous lamentez, sont les fruits de combats menés jadis par d’aussi misérables que vous, peut-être même plus encore, et qu’ils les ont payés chers. Ne vous laissez pas endormir par les récupérations honteuses de la droite sarkozyenne et lepéniste qui fait mine de pleurer Raymond Aubrac et les martyrs des Glières et du Vercors en foulant au pied leurs idéaux bien plus élevés que leurs minables combines d’enrichissement dont vous serez toujours les dindons.

    Souvenez-vous que ce drapeau tricolore dans lequel ils se drapent aujourd’hui n’était pas celui des maîtres et qu’il a rougi du sang d’un peuple qui aspirait à la liberté, à l’égalité et à la fraternité, à un monde meilleur et au progrès social. Un peuple qui est aussi tombé sous les balles de cette même bourgeoisie qui vous méprise toujours et n’hésitera jamais à vous saigner pour défendre ses privilèges et son pouvoir.

    Ressaisissez-vous ! Ceux qui se battent pour leur honneur, leur bonheur et leurs droits peuvent perdre mais ceux qui ne se battent pas ont déjà perdu.

    Ne lâchons rien ! Demain, après-demain encore, il va falloir nous battre contre les libéraux pour préserver le progrès social et la justice sociale. Ne nous résignons pas ! Ne renonçons pas !

    Demain, boutons Sarkozy dehors ! Redevenons le peuple français, celui qui a su jadis éclairer le monde, à l’opposé de celui de Pétain, de la délation et de la collaboration, complice du nazisme. Soyons ce peuple qui se bat dans l’honneur et ne baisse jamais la tête !

    Ne vous trompez pas d’adversaires !

    Ma France
     
    De plaines en forêts de vallons en collines
    Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
    De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine
    Je n’en finirai pas d’écrire ta chanson
    Ma France
     
    Au grand soleil d’été qui courbe la Provence
    Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche
    Quelque chose dans l’air a cette transparence
    Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
    Ma France
     
    Cet air de liberté au-delà des frontières
    Aux peuples étrangers qui donnait le vertige
    Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
    Elle répond toujours du nom de Robespierre
    Ma France
     
    Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
    Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
    Celle qui construisit de ses mains vos usines
    Celle dont monsieur Thiers a dit qu’on la fusille
    Ma France
     
    Picasso tient le monde au bout de sa palette
    Des lèvres d’Éluard s’envolent des colombes
    Ils n’en finissent pas tes artistes prophètes
    De dire qu’il est temps que le malheur succombe
    Ma France
     
    Leurs voix se multiplient à n’en plus faire qu’une
    Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
    En remplissant l’histoire et ses fosses communes
    Que je chante à jamais celle des travailleurs
    Ma France
     
    Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
    Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
    Du journal que l’on vend le matin d’un dimanche
    A l’affiche qu’on colle au mur du lendemain
    Ma France
     
    Qu’elle monte des mines descende des collines
    Celle qui chante en moi la belle la rebelle
    Elle tient l’avenir serré dans ses mains fines
    Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
    Ma France
     
    Jean Ferrat - 1969

    La grande braderie sociale

    samedi 11 février 2012, par Marc Leblanc

    On nous parle beaucoup de l’emploi en ce moment. Disons, un peu plus que d’ordinaire tant il est vrai que, depuis une bonne quarantaine d’années, c’est devenu au fil du temps, et parfois avec brutalité, un sujet central de préoccupation. Et qui ne va pas vraiment en s’améliorant.

    Pour la plupart d’entre nous, un emploi tel qu’on l’imagine c’est un boulot stable et suffisamment durable pour pouvoir faire des projets, se construire une vie la plus proche possible de celle qu’on s’est rêvée, subvenir sans trop de peine à nos besoins, ceux de la famille qu’on a fondée ou qu’on espère fonder, élever des enfants et leur offrir une vie heureuse, etc. Quand on entend le mot « emploi », nous autres, c’est surtout ça qu’on comprend : un contrat à durée indéterminée et un salaire correct. Et si c’est pas trop exiger, un métier qui donne envie de s’investir et de progresser. Souvent notre richesse, à nous, c’est pas tant le salaire que l’on gagne — même si on ne crachera pas sur un salaire « confortable », faut pas pousser ! — mais beaucoup aussi les compétences qu’on acquiert qui font de nous un rouage écouté et respecté d’un ensemble plus vaste. Parce que c’est important, pour nous, le travail bien fait, la reconnaissance et le respect des autres, à commencer par nos pairs.

    Il faut dire qu’on est un peu couillons, nous autres. Oui, on est des gros benêts car on voit la vie à notre hauteur, à celle de nos rêves et de nos espérances. On n’a pas la bonne hauteur de vue, ce qui, évidemment, fait toute la différence avec notre personnel politique et tous les spécialistes qui les assistent. Eux, ils voient plus loin. Pour eux, l’emploi, c’est un ensemble de paramètres statistiques dont on mesure la quantité, le volume, sans se soucier de sa qualité. Pas comme nous, évidemment. Et puis, le travail a même un coût dont on parle plus que de la richesse qu’il est censé créer et dont il assure une partie du partage car il pèse, le travail, sur la compétitivité des entreprises. Un drame ! Alors, il fait perdre des parts de marché à l’exportation et notre balance commerciale s’enfonce dans le déficit. Or, c’est bien connu, en France, tout le monde travaille à l’export. Du moins, depuis quelques semaines. Une vraie révélation.
    Et c’est ça qui est beau, là : ce n’est pas la rapacité des nantis qui nous dépossède de nos savoir-faire et de notre dignité quand ils vont exploiter d’autres travailleurs dans d’autres pays moins contraignants. Bizarrement, la rémunération du capital n’est pas une charge dont on nous parle doctement. Non, non ! C’est nous qui coûtons trop chers avec nos salaires exorbitants, notre assurance maladie, nos retraites, nos indemnités de chômage somptuaires et notre Code du Travail si « trop rigide » ! Sûr qu’ils sont bien gentils tous ces patrons de nous filer du boulot avec toutes les misères qu’on leur cause. On voudrait pas en plus être payés, non ?

    Alors, on nous dit qu’il faut prendre exemple sur l’Allemagne. Là-bas, le coût du travail a baissé et du coup, ils en ont créé plein des emplois, en plus qu’ils vendent partout leurs Audi, BMW et Mercédès qui sont pas vraiment données. Ils sont forts, ces Allemands, pas vrai ? Alors, il faut qu’on fasse comme eux. Zou !

    Ce qui est un peu couillon aussi, c’est qu’on utilise le même mot pour désigner deux choses totalement différentes. Les emplois, en Allemagne, c’est, depuis vingt ans, de plus en plus des contrats à durée déterminée ou de l’intérim. Du bien précaire, du temps partiel aussi, que les gens accumulent sans trop d’espoir d’avoir un jour rien de plus pérenne. Alors, c’est sûr que ça pousse pas à la sérénité. Par contre, pour la docilité et la compréhension, c’est un peu plus radical. Et forcément, ça motive davantage à accepter des salaires plus bas, des horaires à rallonge ou biscornus. Sûr que, comme ça, le coût du travail, il peut baisser aussi. Sûr que c’est pas ça l’idée qu’on se fait d’un emploi, un vrai.
    Mais il faut être raisonnable et savoir se résigner. C’est pour la grandeur de la France, après tout. Parce que ça aussi, c’est pas suspect : on nous parle de « patriotisme économique », fabriquer et vendre français pile-poil au moment où on nous fait la leçon sur nos salaires qu’il faudrait baisser et notre temps de travail qu’il faudrait allonger, allonger, allonger. Du moins, faudrait supprimer la durée légale (35 heures) pour que les heures supplémentaires, quand il y en a besoin, ce ne soit plus que des heures normales de plus. Accord de compétitivité, que ça s’appelle. Et c’est on ne peut plus vrai : ce sont les travailleurs qu’on met en concurrence. On n’a plus que le fameux « dumping social » pour se tirer la bourre entre pays européens.

    En Allemagne, ils ont dû s’y faire aussi au patriotisme et à l’intérêt supérieur du pays et accepter d’avaler quelques couleuvres. Chez nous, on a quelques spécialistes qui donneraient plutôt dans le boa ou l’anaconda et sans un haut-le-cœur, en plus. Ça promet ! Et comme ça a marché en Allemagne, ça doit pouvoir marcher partout ailleurs. C’est sûr, ça ne peut que marcher puisque le but n’est pas de réduire les inégalités qui se creusent depuis belle lurette ni de mettre trop à contribution les plus riches. Ouf !

    D’ailleurs, on commence à voir les premiers succès en Grèce : baisse des salaires de près de 13 %, 50 % des moins de 40 ans au chômage, un tiers de la population sous le seuil de pauvreté. On a vraiment hâte d’expérimenter ça chez nous. Et il n’y a pas de raison qu’on nous en prive : ce n’est ni plus ni moins que le programme du Médef auquel ni Sarko ni son UMP ne peuvent rien refuser et qui attend son heure depuis 1945…

    Ça paraît un peu incroyable : au beau milieu d’une crise systémique qui se traduit essentiellement, partout en Europe, par une saignée sans précédent des états et par la destruction des législations sur le Travail et la Protection Sociale, alors que de partout des voix s’élèvent pour dénoncer l’immobilisme de la banque centrale européenne, qui entrave toute possibilité de réaction par les états, et les plans d’austérité qui détruisent un peu plus leurs ressources financières, dans un pays qui a pourtant repoussé on ne peut plus clairement le projet de traité constitutionnel européen, Sarkozy prétend que le salut ne peut venir que d’une intégration accentuée à l’Europe, sa précieuse « règle d’or » issue des fameux critères de convergence de Maastricht.

    A moins de 3 mois de l’élection présidentielle qui, par définition, devrait permettre aux Français de dire ce qu’ils souhaitent pour l’avenir du pays, Sarkozy se prend d’une frénésie de réformes toutes plus fumeuses les unes que les autres avec comme objectif essentiel de couper l’herbe sous les pieds de ses principaux adversaires, notamment François Hollande, comme pour les mettre devant le fait accompli en faisant croire qu’il agit jusqu’au bout.

    Outre que bon nombre de ces annonces, de toute façon, risquent de ne pas pouvoir passer l’écueil du Parlement faute de temps, cette méthode est pour le moins inacceptable. D’une part, sous prétexte d’une urgence un peu surfaite, après quatre années de crises et de sauvetages tous plus historiques les uns que les autres, il n’y a possibilité d’aucun débat dans le pays. Ce faisant, elle donne donc à penser que seules les solutions préconisées par Sarkozy et ses amis sont recevables, ce qui en matière économique relève d’une prétention sans nuance, confortée par une dramatisation incessante qui vise à faire du Président le sauveur providentiel. D’autre part, à supposer que Sarkozy parvienne à ses fins sur la « règle d’or », elle vide un peu plus de sa substance la responsabilité des élus vis à vis des choix qu’ils proposent, les contraignant de fait à n’agir qu’en vertu du dogme dominant.

    Même si les Socialistes ne sont pas pour peu dans l’instauration de ce dogme et même si on n’attend malheureusement pas d’eux des remises en causes révolutionnaires, cette façon de caricaturer le jeu démocratique national est indécente. Et les propos du président UMP de l’Assemblée Nationale, nous jouant une nouvelle version du fameux air « Nous ou le chaos », ne peut qu’ajouter un peu plus au sentiment de mépris que procure cette sinistre comédie.

    Mais, finalement, en quoi cette frénésie est-elle surprenante ? Sarkozy, Fillon et consort sont-ils autre chose que les marionnettes consentantes et complices d’un ordre social au profit exclusif de la haute bourgeoisie ?

    Lorsque François Fillon, lors d’une récente séance de vœux, déclarait souhaiter que « les entreprises puissent négocier avec leurs salariés la durée du travail », il ne faisait que reprendre à son compte et marteler une des prétentions du MEDEF qui va encore plus loin en voulant réduire les droits des institutions représentatives du personnel (délégués du personnel, comités d’entreprise, comité d’hygiène et sécurité, etc.). Pourquoi se gênerait-il ? Il a le vent en poupe. Toutes les décision prises ces quatre dernières années (au moins) aussi bien en France qu’en Europe vont dans son sens, depuis le recul du droit à une retraite décente jusqu’à la destruction de la sécurité sociale en passant par le démantèlement de la médecine du Travail et des Prudhommes.

    Comme par hasard, c’est dans ce contexte qu"un rapport sur le financement des syndicats défraie un peu la chronique parce qu’il a été passé à la trappe. Hélas, on a oublié de nous dire qui si tel fut son sort, c’est pour une bonne part en raison de ce qu’il aurait pu révéler de la FNSEA, un des plus fidèles soutiens de ce pouvoir. Pas très malin de taper sur les bons copains. Mais, heureusement, pour ce qui est de taper sur les mauvais, on peut facilement trouver de vilains exemples comme à la RATP, paraît-il, histoire d’alimenter la rengaine du fameux « Tous pourris ! »

    Dans ces conditions, il ne faut guère s’attendre à ce que le prétendu sommet social de Sarkozy, le 18 janvier, soit autre chose qu’un catalogue d’annonces dont la plupart sont déjà connues, à peine enrobées d’une fine pellicule de bons sentiments nationaux mais à fort contenu de liquidation des droits sociaux pour augmenter la précarité, diminuer les salaires, faire taire toute opposition et faire se pâmer d’aise le MEDEF et les patrons de Sarko, au nom du redressement national dont tout ce beau monde n’a cure puisque de toute façon il est gagnant à tous les coups.

    Là encore, à moins de 3 mois de l’élection, il y a peu de (mal)chances que tout ceci prenne réellement forme mais sait-on jamais ? Du moins, ceux qui voteront pour Sarkozy, cette fois, ne pourront plus dire qu’ils n’avaient pas compris ses intentions.

    Les autres peuvent déjà commencer à se bouger !

    Otages ?

    vendredi 30 décembre 2011, par Marc Leblanc

    J’en parlais encore à mon ours blanc en peluche pas plus tard qu’il y a une quinzaine et nous étions tombés d’accord pour dire que, si la température persistait effrontément à demeurer printanière malgré le passage du solstice d’hiver, ça allait chouiner dans les stations de ski obligées de dépenser des fortunes en eau et en électricité pour couvrir 5 m² de neige artificielle tout juste bonne pour faire de la luge. Et encore !

    Et puis non. Ouf ! Finalement, la neige, la vraie, est arrivée, certes sans se presser, mais elle est bien là et les sommets des Alpes et des Pyrénées fleurent bon désormais le fart et le camphre, côté pistes, la tartiflette et la fondue savoyarde, côté fourneaux.

    Du coup, on a eu droit à des reportages en pagaille sur ces passionnés de ski prêts à tout pour sacrifier à leurs rituelles vacances à la neige, leurs petites astuces pour payer moins cher et tout ça. On nous apprenait ainsi que pour certains, le budget de la semaine dépassait à peine 2500 € pour quatre personnes, en tirant sur tout. Là, je dis chapeau ! Mais d’un autre côté, je me dis aussi qu’il y en a bon paquet pour qui, même à ce prix-là, la montagne ça restera encore longtemps un rêve inaccessible.

    Et puis voilà que comme un fait exprès, c’est la pagaille dans les aéroports juste à la veille des fêtes : les employés de la sécurité se sont mis en grève. Encore des envieux qui peuvent pas supporter de voir des gens heureux !

    Faut dire que ces employés en question, ce sont ceux des sociétés auxquelles les gestionnaires d’aéroport — en général, les Chambres de Commerce et d’Industrie — sous-traitent les contrôles d’accès aux avions depuis que l’État a décidé que ça ne relevait pas de ses missions régaliennes, le transport aérien n’étant pas une mission de service public. Avant, c’était la police qui se cognait le boulot. Maintenant, forcément, ça se tire la bourre dans tous les sens pour prendre les « marchés » et, comme toujours, la variable d’ajustement, c’est les salaires des préposés aux contrôles à qui on demande d’en faire toujours plus pour des clopinettes. Comme on le sait, la sécurité, ça n’a pas de prix.

    D’où la grève pour exiger des augmentations de salaire.

    Ici, on se souviendra que, à l’époque de sa gloire resplendissante où il n’était pas obligé de s’y reprendre tous les dix jours pour sauver un truc puis un autre, notre vénéré timonier, le phare de l’humanité à nous envoyé par la providence pour nous guider dans ce monde cruel, Sarko, quoi, prétendait qu’avec lui, sous peu, quand il y aurait une grève quelque part, personne ne s’en rendrait compte. D’où le service minimum dans les transports publics.
    Déjà, avec l’histoire des retraites, ça ne s’est pas tout à fait vérifié. On a vu bien du monde dans les rues et pas mal de grèves. Mais, en plus, pour son dernier réveillon à l’Elysée, bloquer les aéroport de France, c’était un coup à lui péter un anévrisme, au petit, peuchère !

    Et là, comme toujours, le gouvernement a atteint au sublime. Prenant son courage à deux mains, il a envoyé la police faire le boulot qu’il lui avait demandé de ne plus faire. En d’autres termes, ces gens qui nous gouvernent et trouvent qu’il y a trop de fonctionnaires et que ces fonctionnaires ne servent à rien car trop d’avantages et trop bien payés, sont tout heureux d’en avoir sous la main pour aller casser la grève de gens qui se battent pour des salaires juste un peu meilleurs et en rapport avec les contraintes qu’on leur impose.

    Encore dit autrement, ces gens qui nous gouvernent et qui ne jurent que pas l’entreprise privée et la marchandisation du moindre service public, reconnaissent que les fonctionnaires qu’ils n’ont de cesse de fustiger, de mépriser et d’humilier rendaient un bien meilleur service que ces sociétés privées qui font leur choux gras sur le dos de leurs employés faute d’avoir assez de cran pour imposer des tarifs décents aux CCI (mais les requins ne se bouffent pas entre eux).

    Et tout cela au nom des sacro-saintes vacances de fin d’année et du droit des Français à se retrouver en famille. Traduction : gloire aux 35 heures, aux RTT et aux congés payés dans un pays qui, paraît-il, ne travaille pas assez (et compte tout de même 10 % de chômeurs).

    On notera au passage que ces salauds de grévistes, eux, ne sont pas des Français. Ou pas des bons. Ou pas des vrais. Juste des crève-la-faim de qui on peut tout exiger y compris de la fermer. On parie, qu’après ça la répression va faire des ravages dans ces vertueuses entreprises ?

    Le plus émouvant, bien sûr, hormis les habituelles inepties des ministres montés au créneau sur injonction du furoncle, ce sont les commentaires de certains passagers indisposés par l’incertitude et l’attente, ce qui se comprend aisément mais ne dispense pas de faire preuve d’un peu de retenue. Ces gens qui, comme le gouvernement, reprennent à l’envi l’éternelle antienne du gentil voyageur pris en otage par les odieux grévistes font ici preuve d’une belle indécence. Soit ils oublient que ceux qui les gênent sont loin de pouvoir dépenser en un mois ce qu’ils ont dépensé pour leur weekend ou leur semaine de fêtes, soit ils font mine d’ignorer que s’ils peuvent s’offrir ce fabuleux billet d’avion « low-cost », c’est en bonne part parce que les services rendus par les aéroports ne sont pas facturés aux compagnies aériennes à leur vraie valeur. Qu’un avion explose en vol du fait d’un terroriste mal contrôlé et on aura alors la longue litanie des pleureuses réclamant justice, c’est à dire, les têtes des mauvais employés qui auront commis la faute inexcusable.

    A l’inverse de ce que racontent ces gens et le gouvernement qui les brosse dans le sens du poil, s’il y a des otages dans cette histoire, ce sont évidemment les employés de ces sociétés de service. Ils sont otages de la cupidité de leurs employeurs et de la bêtise d’une partie de leurs concitoyens si soucieux de leurs minables petits nombrils. Otages d’un gouvernement qui sacrifie les services publics au détriment des populations tout en se dotant des moyens pour mieux les soumettre. Et ces otages-là, finalement, c’est nous, aussi !

    Et puis, il arrive que les otages se libèrent…

    Bonne année 2012 !

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