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Justice

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    Avant de tomber dans le piège médiatique et moralisateur mis en place par les thuriféraires du tout répressif - l’inénarrable Got et la LCVR en tête comme d’habitude, rejoints pour l’occasion par le CNPA [1] - et par les habituels contempteurs d’un gouvernement si peu de gauche soit-il mais toujours suffisamment à leurs yeux pour être coupable de laxisme [2] quoi qu’il propose en termes de justice, et sans même parler du marigot nauséabond de tous ceux qui persistent à ne voir en Christiane Taubira qu’une infâme guenon simplement parce que : un, c’est une femme ; deux, c’est une femme noire, qui ne s’en laisse pas compter, qui n’a pas sa langue dans sa poche, et qui a osé porter et défendre l’égalité des droits de tous sans faiblir face à la chienlit réactionnaire et rétrograde, je pensais très sincèrement qu’il y aurait quelques voix pour évaluer l’enjeu avec un peu de recul afin de nourrir la réflexion. Mais il faut croire que cet air, venu du Sahara surchauffer notre été, liquéfie les cerveaux. Et puis, il faut reconnaître que ce n’est pas non plus une spécialité de nos médias « mainstream », comme on dit, le recul et la réflexion.

    En France, on nous inculque depuis plus de 40 ans que la seule politique de sécurité routière qui vaille repose sur trois principes fondamentaux, complémentaires et intangibles : un, la répression ; deux, la répression ; et trois, la répression. Il n’est pas impossible que dans un avenir proche, on y ajoute aussi la répression, histoire de garder sa cohérence à l’édifice. Le postulat de départ est donc très simple : tous des criminels. Ou peu s’en faut…
    Alors tu penses : quand une ministre - déjà frappée du sceau infamant du soupçon de laxisme car elle ose dire que le rôle de la justice ne se réduit pas à emplir les prisons - se met en devoir de s’intéresser à la sécurité routière, oulà, scandale ! Non seulement elle se prend des volées de bois vert de la part de ses habituels contempteurs, lesquels enragent de la voir survivre à leurs messes noires et de leur tenir tête, mais, en plus, elle s’attire les foudres du clergé de la sainte chapelle, chargé du respect sourcilleux du dogme sécuritaire en même temps que routier. Déjà qu’en temps normal, le moindre haussement de sourcil dubitatif pouvant signifier un début de manque de conviction dans l’acceptation sans condition du dogme provoque, dans le quart de seconde qui suit, le démarrage d’une harangue fébrile et vindicative de la part de la Grande Prêtresse Perrichon, tu t’imagines bien que sur un coup comme celui-là, on a droit à un prêche digne de l’apocalypse, pour ne pas dire de fin du monde. Ou les deux. C’est un truc à faire claquer tata Chantal d’un infarctus, ça. Au moins ! En plus, avec cette chaleur, je te jure, c’est des choses à pas faire…

    Mais qui a vraiment lu ce projet de loi ? La version intégrale est là. Et voici ce que dit plus précisément ce fameux article qui cristallise les phantasmes les plus hystériques.

    Lire la suite…

    Notes

    [1] Conseil national des professions de l’automobile

    [2] Oh que c’est vilain, ça !

    Les messagers de la haine ordinaire

    vendredi 3 janvier 2014, par Marc Leblanc

    Je suis parfois très étonné par la crédulité de personnes de mon entourage, notamment en ce qui concerne certaines « informations » circulant sur les réseaux sociaux. Ce sont pourtant des gens réfléchis, tout à fait capables d’analyser une situation afin de prendre des décisions pertinentes et qui, d’ordinaire, exerceraient leur sens critique avant que de s’approprier une information et de la relayer.
    Bizarrement, Internet semble abolir cette réserve salutaire et de bon aloi qui, « dans la vraie vie », est censée nous éviter de prendre des vessies pour des lanternes, sans y parvenir systématiquement, certes, mais suffisamment pour ne pas passer pour un plomb.

    Il est vrai que ce sont souvent des informations qui touchent à notre sensibilité face à ce que nous percevons comme des injustices ou des atteintes à la dignité humaine. Alors, notre sang ne fait qu’un tour et on s’indigne avant même de nous être interrogés sur la réalité de ce qu’on nous sert comme une vérité. Le plus souvent d’ailleurs, ces informations nous parviennent par des connaissances qui ont réagi comme nous après les avoir reçues de la même manière. Alors, notre méfiance naturelle n’est plus en alerte puisqu’il s’agit d’amis ou de gens que nous connaissons pour ne pas s’en laisser compter si facilement.

    Je trouve que ce genre de situation a malheureusement tendance à se multiplier et, le plus souvent, autour de faits de société qui impliquent l’attitude réelle ou supposée de la Justice face à des actes extrêmement graves qui nous choquent et nous écœurent. Et là, il faut dire que certains se sont fait une spécialité de dénigrer la Justice en jouant de l’ignorance de la plupart d’entre nous face à ses mécanismes, son jargon et aussi face à la loi que nul n’est censé ignorer mais que nous méconnaissons tous dans les grandes largeurs. A tel point que chacun s’en fait l’idée qui lui convient et ne voit les arrêts de justice qu’au travers de son prisme personnel. Et ce ne sont pas les journalistes, même lorsqu’ils sont estampillés « spécialisés », qui nous éclaireront alors que c’est en principe leur fonction.
    Alors, je frémis lorsque je lis certains commentaires, prétendument frappés au point du bon sens, réclamant une plus grande sévérité de la justice, bien sûr, et la mise en pièce des droits de la défense qui, paraît-il, bafouent ceux des victimes. Il est heureux que certaines affaires sordides de ces dernières années n’aient pas été jugées par les « jurys populaires » de Facebook ou de Tweeter. Il y aurait certainement du sang partout et des morceaux de corps humains virtuellement éparpillés façon puzzle, selon l’expression devenue légendaire. Quant à la Justice…

    Le dernier exemple en date est celui d’un arrêt de la Cour de Cassation italienne relaté dans un article d’Il Quotidiano della Calabria le 7 décembre 2013 dont voici la traduction approximative :

    CATANZARO - Lui 60 ans et elle 11 ans. Lui est un employé des services sociaux de la commune de Catanzaro, elle, l’enfant d’une famille en déshérence. La maman l’avait confiée à ses soins et il l’avait prise dans ses bras. Mais quand les policiers avaient fait irruption dans sa maison au bord de la mer, ses bras la serraient sous les draps de son lit, tous deux nus. Mais aussi amoureux, écrivent aujourd’hui les juges de la Cour de Cassation, entre les lignes d’un arrêt qui ne manquera pas de faire jaser, en voyant une circonstance atténuante justifiant le consentement de la victime aux rapports sexuels avec l’accusé. La condamnation à 5 ans de réclusion, pourtant par deux fois déjà infligées à Pietro Lamberti, est cassée et celui-ci est renvoyé une nouvelle fois devant la Cour d’appel de Catanzaro pour les mêmes faits. Qu’en ressortira-t-il vraiment, de cette villa transformée en alcôve pour un amour interdit, fait de coups de téléphone quotidiens et de rencontres à toutes les heures ?

    « Mais tu m’aimes ? », lui demandait romantiquement la fillette. Et lui tentait vainement de la tranquiliser pour se laisser aller à des commentaires érotiques. Jusqu’à ce que la peur d’une grossesse l’aurait fait arrêter. Alors la peur avait remplacé la séduction comme il ressort de quelques-unes des centaines de dépositions récoltées par les policiers. Elle lui faisait une sonnerie quand elle se trouvait seule à la maison et lui la rappelait sur son portable, exception faite pour le weekend. « Ne m’appelle pas samedi et dimanche car je suis en famille », l’avertissait-il. Et elle obéissait. Comme ce matin ensoleillé du 22 juin, il y a trois ans, au moment de mettre la jupe pour pouvoir « le rencontrer » dans la voiture car revenir à la maison de Roccelletta aurait été trop risqué. « Son homme » lui aurait confié que depuis quelques temps il se sentait épié par sa mère, au point de recommander continuellement à la fillette de ne parler avec personne et de ne pas raconter ce qui se passait dans la maison de Roccelletta, « car ceci est un secret que nous devrons emporter dans la tombe. » Mais, finalement, le secret fut découvert. Et Lamberti est tombé directement dans les filets des policiers qui, après avoir eu connaissance de la rencontre, l’avaient suivi et surpris en flagrance.

    Il est certain que la lecture d’un tel article est de nature à donner la nausée et c’est exactement ce qui s’est passé. Mais l’itinéraire de cette information est assez curieux et mérite de s’y arrêter un instant car je le trouve très significatif de la tendance dont je parle.
    Elle est d’abord reprise en termes presque identiques dans un billet du blogue Ladyblitz (en italien), le 8 décembre et sans aucune remise en cause. Puis, le 27 décembre, elle est publiée sur le site français Media-Presse-Info qui, se définissant comme le chantre de « l’info sans concession », se permet de rajouter sa petite couche maison pour le cas où le côté sordide de l’histoire serait trop peu perceptible. Mais toujours pas de remise en question de l’interprétation de l’information de base. Enfin, le 29 décembre, c’est le site Egalité et réconciliation qui ajoute sa petite contribution à l’histoire, sans doute pour souligner, comme l’impose sa marque de fabrique, la Justice sans morale de ce siècle de décadence. Bien entendu, la démonstration, aussi lapidaire qu’elle est, est incompatible avec une recherche même succincte d’une interprétation différente.

    Commence alors la petite « tournée des amis » avec sa succession de « partages » et de commentaires outrés.

    Entretemps, en Italie, le 14 décembre (soit 7 jours après l’article du Quotidiano della Calabria), le site Golem Informazione publie l’interview de la criminologue Luana de Vita qui apporte un éclairage singulièrement différent sur cet histoire. En réalité, la Cour de Cassation italienne n’a aucunement statué sur la réalité du délit (ce qui n’est d’ailleurs pas son rôle) mais sur l’absence ou l’insuffisance de motivation du refus, par la cour d’appel, des circonstances atténuantes demandées par la défense, parmi lesquelles l’invocation du sentiment amoureux prêté à la victime pour son agresseur qui minorerait sa faute, en excluant toute contrainte ou violence, ce que réfutent les juges du fond, et aussi la proposition d’une indemnité de 40.000 €, jugée incongrue par la cour d’appel, sans que ces mêmes juges ne précisent quel montant serait plus acceptable ni n’ordonnent d’expertise médico-psychiatrique de la victime afin d’évaluer le préjudice subi. Des aspects purement techniques, donc.

    C’était donc ça ! On est loin du psychodrame joué par le quotidien calabrais et les sites conspirationnistes français. Finalement, le Nouvel Obs (Rue 89) dans sa rubrique « Le démonte-rumeur », publiera le 31 décembre l’un des seuls articles français allant dans le sens de la vérité juridique. Sur le forum du site Hoaxbuster.com, des contributeurs s’interrogeaient quant à eux sur cette affaire qui semblait prendre de l’ampleur, essentiellement en France, sans émouvoir l’Italie plus que ça.

    Car c’est là l’un des aspects remarquables de toute cette histoire : les divers moteurs de recherche ramènent tous à ces mêmes articles signalés plus haut mais à aucun des grands journaux italiens (Il Corriere della sera, La Stampa, La Reppublica, L’Unità, pour ne citer que ceux-là) comme si ces derniers se désintéressaient totalement d’une affaire de pédophilie provinciale. A moins, bien sûr, qu’ils ne trempent jusqu’au cou dans la conspiration de la décadence morale. On n’est jamais sûrs de rien, c’est sûr ! A moins que ces journalistes-là aient simplement fait correctement leur boulot et constaté qu’il n’y avait pas là de quoi fouetter un chat.

    Car enfin, on peut comprendre que le commun des mortels réagisse aux informations qu’on lui donne avec sa sensibilité, sans remettre en cause leur véracité ni les vérifier. Après tout, ces informations sont censées avoir été analysées par des journalistes dont c’est le métier. Évidemment, je me place ici dans un contexte carrément idéal où les journalistes et les journaux qui les emploient s’enorgueillissent de délivrer des informations fiables et étayées, gages de leur crédibilité. Malheureusement, il semble que la rigueur et la compétence ne soient pas les qualités les mieux partagées dans une certaine presse. Car, sinon, comment expliquer que des sites qui prétendent être des références de « l’info sans concession » ne se donnent même pas la peine de rechercher des compléments possibles à l’information qu’ils se proposent de diffuser afin de la recouper, comme on dit. Il m’a fallu moins de 2 heures pour trouver les articles expliquant réellement le sens de l’arrêt. Du boulot d’amateur, en somme. Et je n’ai fait cela que parce que les affirmations initiales me semblaient fantaisistes. Il faut dire que j’apprends aussi beaucoup sur la Justice en lisant Maître Eolas

    Dans le cas présent, si l’article du journaliste du Quotidiano della Calabria peut être imputé à son incompétence en matière juridique, sa reprise par les 2 sites français n’est évidemment pas fortuite. Non pas que l’incompétence ne puisse ici être invoquée, au contraire elle est même plus que probable et pas seulement en terme de Droit. Mais on a davantage à faire avec une volonté politique visant à instiller l’idée que la Justice est laxiste, qu’elle méprise la victime et protège la racaille et que si la loi ne punit pas suffisamment, il reste une justice populaire, sans doute la vraie, qui coupe les cous et les couilles sans s’attarder en vaines discussions, toujours un peu pénibles.

    Il ne faut pas négliger le pouvoir de nuisance de ces gens qui véhiculent aussi des idées assez éloignées des valeurs de notre République. Car, même après que l’on a rétabli la vérité, il reste des gens pour se dire scandalisés par l’information initiale et fausse. Voir les commentaires sur Rue89. Comme s’il était finalement plus simple de croire… ce que l’on souhaite croire. Il faut dire aussi que, comme il est fréquent dans de nombreux cas similaires, argumenter pour expliquer est forcément plus long et complexe que jeter des anathèmes, surtout lorsque ceux-ci s’appuient sur des préjugés. Qui prendra la peine de lire un long article développant un raisonnement logique et documenté alors que le ragot ne couvre pas plus de 10 lignes ?
    Pour autant, il ne faut rien lâcher et ne pas céder un pouce à ces entreprises de mensonges grotesques et nuisibles.

    Le bijoutier et le voleur

    dimanche 22 septembre 2013, par Marc Leblanc

    Maître Eolas, dans ce billet, apporte sur cette lamentable affaire l’éclairage, comme toujours, pertinent et argumenté du juriste et rappelle quelques principes de droit dont, de toute évidence, beaucoup de ceux qui se sont pris à hurler avec la meute n’ont cure. Un élément qui ne trompe d’ailleurs jamais : Estrosi et Ciotti, les deux peigne-culs azuréens, sont du nombre au côté de papa Le Pen dans un bouquet fleurant à merveille la fosse septique. Autant dire que l’intelligence et la réflexion ne sont pas à chercher de ce côté.

    Il est assez surprenant de constater l’écho donné à cette affaire et surtout aux soutiens désintéressés, cela va de soi, que tous ces courageux anonymes ont apporté au bijoutier meurtrier, sur fesse-bouc ou sur la place Masséna de Nice (ou pas loin de là mais on s’en fout). De bien mauvaises langues prétendent que certains de ces « soutiens » auraient été achetés pour faire un peu plus massif. C’est dire si les intentions des promoteurs sont pures.

    Ce n’est évidemment pas la première fois qu’un commerçant ou un particulier met hors d’état de nuire plus ou moins définitivement son agresseur provoquant le même déferlement de commentaires, le plus souvent haineux et simplistes (pléonasme ?), sous prétexte que la justice lui demande des comptes. Ce qui est pourtant son rôle et, osons le dire, la moindre des choses puisqu’il y a eu mort d’homme dans le cas présent. Je ne pense pas me tromper en affirmant que même avec de « simples » coups et blessures, ce serait aussi le cas.

    La logique et la raison voudraient donc qu’on laisse la police et la justice faire leur boulot et livrer leurs conclusions. A quoi sert, dans ce genre d’affaire, de s’enflammer et de prendre partie avant même d’en connaître tous les détails, à supposer que ceux-ci seront consciencieusement étalés sur la voie publique ? Sauf à vouloir démontrer et dénoncer le laxisme ambiant dû à cette gauche qui préfère les malfaiteurs aux victimes, bien sûr. Sauf que là, en l’occurrence, la loi encadre assez clairement la procédure et que ce serait une bien curieuse façon de concevoir la justice que de s’en remettre au fameux « bon sens populaire » illustré par tous ces « soutiens » désintéressés.

    Surtout que, même s’il s’est peu exprimé là dessus, à ma connaissance, il n’est pas certain que le bijoutier soit très demandeur de ce genre de soutiens. Après tout, il se retrouve seul désormais à supporter le poids de son acte et il risque de voir les rangs de ses « soutiens » se clairsemer rapidement, dès lors que l’intérêt médiatique sera passé. Seuls resteront peut-être ceux qui sont plus préoccupés par son humanité que par la prétendue exemplarité de son acte. Des gauchistes, certainement…

    C’est vrai que c’est un drame ce qu’il s’est passé. Certes, le mort n’est pas une victime très présentable, le genre pas très bien fini, un nuisible sans doute, dont son entourage devait craindre qu’il ne tombe un jour sur un os. Voilà, c’est fait ! Il a amené l’enfer chez cet homme qui a commis à son tour l’irréparable. C’est simple. C’est tragique.

    Bien sûr, on peut se livrer à toutes les leçons de morale qu’on voudra. Pas beau voler, surtout sous la contrainte d’un arme et sous les coups. Pas beau faire justice soi-même. Pas beau tuer même sous le coup de l’humiliation et de la colère. C’est vrai, tout ça n’est pas très joli. Mais ce serait bien aussi, maintenant, qu’on foute la paix à ces gens dont la vie est à jamais saccagée.

    Maître Mô

    mercredi 2 novembre 2011, par Marc Leblanc

    Hormis celles que l’informatique nous impose malgré nous, je laisse assez peu de traces de mes visites sur les blogues que j’apprécie. Sauf ceux des amis, et encore, car ça ne me paraît pas toujours indispensable. En effet, même si c’est en quelque sorte la loi du genre, à quoi bon laisser un commentaire pour dire ce que plusieurs personnes ont déjà dit avant soi et, parfois, de manière bien plus talentueuse qu’on ne le ferait (si, si, ça arrive, des fois !) ? Bon allez ! Appelez ça de la timidité si vous voulez.

    Là, je voudrais juste m’offrir mon commentaire à moi personnel que j’ai sur un blogue que je vous invite à découvrir si ce n’est pas encore fait.

    Il s’agit de Maître Mô.

    Peut-être l’un des meilleurs que je connais. D’abord par la langue employée et, à mes yeux, c’est un critère important. Mais surtout par le sens du récit. Maître Mô est avocat et ça doit lui faciliter les choses. Mais cela ne peut pas tout expliquer. Il y a plus encore. Il y a ce talent qui est donné à certaines gens de savoir raconter une histoire dans laquelle le lecteur (ou l’auditeur) a l’impression de pouvoir entrer comme un témoin direct, d’en ressentir la moindre émotion, bref, de s’en emparer et de la vivre en prise directe. Maître Mô est de ceux-là et il nous en fait le présent à chacune de ses productions.

    De la matière que lui offrent son métier et ses « expériences » professionnelles, Maître Mô pétrit et cisèle des histoires réellement prenantes, banalement et, parfois, atrocement humaines. Des histoires dans lesquelles l’émotion du narrateur est elle-même palpable. Des histoires qui sont peut-être aussi des formes d’exorcisme, allez savoir ? parce qu’on imagine que, même chez un professionnel confronté quasiment quotidiennement au sordide et à la détresse, elles ne peuvent le laisser intact.

    Voilà. Il faut lire ce blogue remarquable. C’est d’ailleurs le meilleur moyen de lui rendre l’hommage qu’il mérite. Bon, des fois, c’est long. Très long. Voire, très très long. Mais toujours bon. Et comme la production est somme toute très raisonnable, ça laisse le temps de digérer. Parce que, des fois aussi, c’est un peu dur à encaisser.

    Et si vous voulez d’autres bonnes adresses, cliquez ici.

    Post-scriptum -17/11/2011 :

    Maître Mô édite son premier bouquin. Si, si, c’est là !
    Même que la presse en parle. La preuve, té !

    Une histoire de tolérances

    vendredi 14 octobre 2011, par Marc Leblanc

    Je lisais dernièrement, dans un récent numéro d’Auto Plus, le courrier d’un lecteur un poil ronchon et sentencieux qui disait en substance ceci : « Si l’on est verbalisé avec une vitesse retenue de 131 km/h, compte tenu des marges d’erreur, c’est qu’on roulait à plus de 145 km/h. Inacceptable ! »

    A mon avis, ce qui est inacceptable, c’est plutôt ce genre de raccourci à deux balles qui traduit au mieux l’ignorance de celui qui le profère, au pire son extrême mauvaise foi. En effet, cette affirmation contient sa propre contradiction : s’il y a des marges d’erreur, c’est que les mesures ne sont pas exactes. CQFD. Par conséquent, la vitesse à laquelle on roule ne peut pas être 145 km/h ou plus.

    Il faut se faire une raison : il n’existe aucun appareil de mesure capable de donner la valeur exacte de la grandeur mesurée. Aussi précis soient-ils, tous les appareils de mesure commettent une erreur. Plus ou moins grande. D’ailleurs, si on parle de précision, c’est bien que la valeur qu’ils indiquent est une valeur approchante sinon on ne se poserait même pas la question.

    De plus, la mesure d’une grandeur est également affectée d’autres erreurs, plus ou moins importantes, qui tiennent à la méthode utilisée et à ses interactions éventuelles avec l’élément à mesurer, aux conditions dans lesquelles est réalisée la mesure (température, pression, etc.) et à l’opérateur lui-même. A bien y regarder, ça fait beaucoup d’erreurs qui s’accumulent.

    Tout l’art de la mesure va donc consister à estimer cette erreur et à donner la valeur approchante. On dira qu’on a mesuré « n unités à plus ou moins x pour-cents près. » C’est à dire que la valeur exacte se trouve dans une fourchette qu’on va tenter de rendre la plus étroite possible, pour autant qu’on ait besoin d’une grande précision.

    C’est ce qu’on appelle « les tolérances » et ça s’applique à tous les domaines, aussi bien la mécanique, que l’électricité ou que l’épicerie.

    Dans la vie courante, la précision ne revêt pas forcément une importance capitale. La plupart du temps, on se contentera d’avoir la certitude que la grandeur mesurée ne nous vole pas. Si mon compteur d’électricité m’annonce 150 kWh de consommation, je veux avoir la certitude que la valeur réelle est plus proche de 151 que de 149. Pareil si j’achète 500 g de fraises : le poids réel de ma barquette devra être légèrement supérieur pour ne pas payer du vent.

    Dans le cas de la vitesse, deux logiques entrent en compte. D’une part, celle de l’usager qui veut avoir la garantie que sa vitesse réelle ne sera pas supérieure à celle qu’annonce son compteur. Sinon, c’est la prune à tous les coups. De l’autre, la maréchaussée qui, elle, veut que la vitesse qu’elle a mesurée soit à coup sûr inférieure à la vitesse réelle du véhicule contrôlé, pour éviter les contestations et les injustices. Oui, un peu quand même !…

    Dans un cas, on a besoin d’un compteur qui donne des valeurs par excès et de l’autre d’un cinémomètre qui donne des valeurs par défaut.

    On retrouve cette préoccupation dans beaucoup de magazines spécialisés qui étalonnent les compteurs des voitures aux vitesses standards (130, 90 et 50 km/h). On y découvre ainsi que lorsque telle voiture annonce 130 km/h, elle roule en fait à 120 mais que telle moto roule à 128.

    Quant aux radars, leur marge d’erreur est paraît-il de 3 % mais pour tenir compte de toutes les incertitudes liées à la mesure, le code de la route admet une tolérance de 5 km/h jusqu’à 100 km/h et de 5 % au-dessus.

    Pour une vitesse réelle autorisée de 130 km/h, la valeur limite de la mesure est donc 136,5 km/h. Personne ne peut donc affirmer que je roulais à plus de 130 si je suis chronométré à 135. Et si mon compteur, à ce moment-là, affichait 145, soit une erreur assez fréquente de 10 km/h par excès, cela n’a donc rien d’épouvantable : en réalité je roulais dans la fourchette de vitesse autorisée. Rien de plus, rien de moins.

    Et si par hasard, je reçois un PV à 131 km/h « retenus », cela signifiera que j’ai été mesuré à 138 km/h, soit 1 km/h au-dessus de la limite légale et rien de plus car les 148 km/h que mon compteur était censé indiquer ne reflètent aucune réalité physique. Ils n’existent tout simplement pas.

    Et pis, c’est tout ! Nanmého !

    Un autre anniversaire

    dimanche 18 septembre 2011, par Marc Leblanc

    On s’habitue à tout et on l’oublierait presque.

    Le 18 septembre 1981, il y a donc 30 ans, la peine de mort était abolie en France après une mémorable « plaidoirie » de Robert Badinter.

    Ce jour-là, j’étais fier d’avoir voté pour François Mitterrand.

    La justice a parfois de ces subtilités, pour tout dire, assez déconcertantes !

    On se souvient que, en septembre 2009, à Seignosse, l’alors ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux — dont beaucoup trouvaient qu’il était ce que la Sarkozye pouvait produire de plus pitoyable [1] comme ministre d’Etat jusqu’à l’avènement du nauséabond Guéant — « BH », donc, s’était illustré, au cours d’une sauterie de l’UMP, par une de ces saillies dont la bêtise crasse le dispute, comme souvent, à l’ignorance la plus affligeante. La chose est assez courante en Sarkozye, me direz-vous avec juste raison, mais quand l’intéressé est censé être en charge des relations entre les cultes et la République, elle prend une petite saveur supplémentaire.

    C’était donc la fameuse histoire du « quand y en a un ça va, c’est quand y sont plusieurs que ça va moins bien » (ou à peu près) que notre impayable humoriste adressait aux Auvergnats. Sacré Brice, va !

    Bref, en juin 2010, BH était condamné en première instance, sur plainte du MRAP et de quelques autres mauvais coucheurs ne goûtant pas la si subtile drôlerie de l’homme, pour injure raciste… mais pas publique, à 750 € d’amende.

    Voilà maintenant que la cour d’appel vient de l’exonérer de son amende au motif que le MRAP n’était pas fondé à porter plainte dans le cadre d’une simple infraction. Pas de pot, si ça avait été public, il avait le droit mais pas là. Là, c’était à l’« Auvergnat » concerné ou au Parquet de le faire. Déjà, on se demande bien ce qui est public si la diffusion d’un reportage sur une chaine de télévision ne l’est pas ! Quant à attendre du Parquet (savez, le gars qui représente la société, en gros, au tribunal) de s’en prendre à un ministre, en France, vous rêvez !

    Malgré tout, si BH économise 750 €, la cour d’appel a pris tout de même soin de préciser qu’il est bien coupable d’injure raciste. Et paf !
    Un peu subtil mais Maître Eolas l’explique évidemment fort bien.
    Et, hormis pour la légitimité du MRAP [2] à agir en justice quel que soit le degré de gravité de l’acte au regard de sa qualification, l’essentiel est bien là : un ministre de notre République irréprochable a bel est bien tenu des propos racistes et ces propos sont condamnables juridiquement.

    Évidemment, depuis, on a entendu pire dans la bouche du président de la république française et du successeur de BH. Et ceci n’est évidemment pas un élément de nature à faire briller notre pays qui serait — notez le conditionnel de rigueur tant cela paraît fou — la patrie des Droits de l’Homme.

    Et comme le dit une commentatrice de Maître Eolas (Pascale en 11) : « Enfin, se payer la tête de Hortefeux pour 750 euros, ça n’a pas de prix ». Certes. Si ce n’est que la justice de ce pays n’a pas eu le cran de condamner, en fin de compte, un ministre. Et ça, quand même, c’est un peu râlant ! Et d’autant plus bizarre que le délinquant concerné est quelqu’un qui n’a jamais manqué une formule à l’emporte-pièce pour promettre aux autres délinquants les foudres d’une justice intransigeante. De la tolérance zéro à tous les étages. Surtout en bas, quand même ! Elle a l’air trop essoufflée pour aller jusqu’en haut, la pauvre.

    Évidemment, cela illustre aussi parfaitement ce que sont certains de ceux qui nous gouvernent. Ça fait un bail qu’on n’avait plus d’illusion mais il est temps maintenant de faire le ménage !

    Notes

    [1] hormis son « mètre à ne pas penser », bien sûr.

    [2] qui devrait se pourvoir en cassation car la limitation introduite par la cour d’appel pourrait avoir de graves conséquences dans la lutte contre le racisme.

    Vous noterez que je suis resté d’une discrétion de violette sur le sujet.

    Bien qu’assez friand de ce genre de grivoiseries, j’ai laissé à d’autres le soin de répandre et de commenter, abondamment, le fameux lapsus de dame Rachida, avec toute la délicatesse qui accompagne — cela va sans dire — ce genre de rigolade. Oh, un lapsus pas bien grave en soi, il faut bien l’admettre, mais qui, venant d’une personne qui s’est plus souvent illustrée par son soucis de « paraître » et par ses interventions douteuses que par sa compétence et son art du dialogue, ne manque effectivement pas de piquant. Une sorte de « bien fait pour elle » assez comique, en fait, non ?

    Et puis, s’il est vrai que cette petite péripétie n’ajoutera ni n’enlèvera rien à la gloire plutôt terne de l’ex-Garde-des-Sceaux (à champagne, comme le disait le Canard Enchaîné), le mieux est encore de la laisser croupir dans son insignifiance. Elle est une sorte de non-référence, en somme, même dans sa médiocrité, comme il y en a malheureusement quelques-unes dans notre personnel politique actuel. Non, non, je n’ai pas fait allusion à la Morano ni à l’Estrosi. Ça se voit tant que ça ?

    C’était compter sans les adeptes du bien gras. Apparemment, pour certains, l’hilarité n’aurait pu être à son comble sans qu’ils se sentent obligés d’y ajouter une petite louche personnelle. Tel ce monsieur de Bourg-de-Péage, dans la Drôme, qui aurait abreuvé la douce Rachida de demandes pour le moins insistantes afin qu’elle lui fasse une démonstration sur le tas de sa notion « d’inflation ». On imagine d’ici les crises de rire à pleurer que provoquait chez lui la rédaction de ses innocentes suppliques. C’est le Dauphiné du 28 octobre qui relate l’affaire.

    D’aucuns auraient jugé qu’une seule demande suffisait à leur fantasme bonheur. Mais pas celui-ci qui a, semble-t-il, chaussé d’épaisses semelles de plomb pour mieux souligner la légèreté de son propos. On a beau être en droit de penser de cette dame qu’elle n’est pas une lumière, cela n’a strictement rien à voir avec ses pratiques sexuelles et on peut aussi comprendre que son sens de l’humour — déjà pas bien évident — atteigne ses limites.

    Là où la chose devient franchement grotesque, c’est que sur plainte de notre Rachida, le bonhomme s’est retrouvé en garde-à-vue. Grotesque et même inquiétant. Ainsi donc, une plaisanterie, pas très fine, même lourdingue, voire sexiste et donc stupide, mais une plaisanterie quand même, à l’endroit d’une personnalité vous conduit tout droit dans les geôles de la République aussi sûrement que jadis un libelle pouvait vous envoyer à la Bastille. Ouah ! Et on appelle ça la Justice ! Il y a eu un flic, puis un juge puis un autre juge pour décider que ÇA, ça valait une GARDE-A-VUE, une PERQUISITION et la SAISIE d’un ordinateur ! Hallucinant !

    Rachida Dati prétend qu’elle se serait sentie menacée. Par des courriels pas très finauds ? Mouais ! Peut-être essaie-t-elle surtout de justifier a posteriori le zèle de la machine qu’elle a mis en branle. Et pour le coup, là, il y a inflation de dérives arbitraires !
    J’en entends déjà quelques-uns penser très fort qu’il l’a bien cherché. Et alors ? Un simple rappel à la loi ne suffisait pas ? Ça mérite une garde-à-vue, ça ?

    Mais au fait ! Et si, en donnant à cette affaire ridicule un prolongement démesuré, les juges concernés avaient voulu se venger de la politique menée naguère par Rachida Dati, et de son peu d’égard pour la magistrature, en la ridiculisant un peu plus aux yeux du public ? Voilà qui serait sans doute efficace, à coup sûr, mais, au prix de la liberté de cet homme, serait encore plus mesquin.

    Je pense personnellement que s’il y a une menace, et pas des moindres, c’est pourtant bien cette façon de vouloir faire la justice au mépris de la justice, cette conception méprisable et méprisante qui veut qu’un insignifiant péquin lambda soit traité tel un dangereux criminel sans la moindre retenue, sans le moindre souci d’adapter l’action à la cause. Cela va sûrement améliorer le taux d’élucidation des affaires mais cela va bien plus sûrement encore embellir l’image de la justice française.

    Maître Eolas le dit bien sûr encore mieux que moi.

    Qui a dit « République bananière » ?

    Pauvre France !

    Pitoyable

    dimanche 18 juillet 2010, par Marc Leblanc

    C’est une affaire entendue : les étrangers sont de mauvaises gens, surtout lorsque, en plus, ils sont journalistes. Parce que les journalistes, déjà en France, c’est pire que tout. Alors s’ils sont étrangers, c’est encore pire ! Voyez ?

    Parce qu’il faut bien le dire, les étrangers sont des jaloux. Oui, des jaloux ! Ils nous envient sans parvenir à être aussi parfaits que nous, aussi intelligents, aussi généreux et tout ça. Alors, ça les aigrit, les étrangers et, par dépit, ils font rien qu’à dire des horreurs sur nous autres, les Français, pourtant si gentils.

    A preuve, la dernière livraison de Courrier International (n°1027 du 8 au 14 juillet 2010) titré « La France plumée - Affaires : la presse mondiale se déchaîne » et avec pour sous-titres :

    • Des ministres sans foi ni loi
    • Du bling-bling à la pénitence
    • Plutôt Feydeau que Shakespeare

    La palme revient sans conteste à Manfred Rist, journaliste apparemment suisse qui, dans un article paru dans le « Neue Zürcher Zeitung », assène :

    Les ministres français ne semblent guère se laisser guider par la morale, la loyauté envers le peuple ou même le bon sens.

    Et ils y vont tous de leurs moqueries acerbes, ces salauds d’étrangers, de l’Allemagne à l’Espagne, du Royaume-Uni à l’Italie et du Maroc au Burkina-Faso. Oui, même les Africains dont, pourtant, notre vénéré président, dans sa grande mansuétude et sa grande clairvoyance, avait dit, dans un élan d’un lyrisme époustouflant dont seuls ses magnifiques conseillers peuvent avoir le talent et le secret, « qu’ils n’étaient pas assez entrés dans l’Histoire ». Et là, d’un coup, retour de bâton : avec Sarko, ce serait la France qui serait en train d’en sortir, de l’Histoire. Putain, la gueule que doit faire l’autre blondinet comique — comment c’est déjà son nom ? Ah oui : Hortefeux — : des Auvergnats qui nous font la leçon ! Pan dans la gueule ! Ouh, que ça doit faire mal, ça !

    Il faut dire, à la décharge de ces enfoirés de journalistes étrangers, que ces histoires de cigares, d’appartements, de vols en jets privés et tout ça, même ici, au pays de la tolérance, ça la fout un peu mal. Et pourtant, on a l’habitude, pas vrai ? Combien de ministres, de maires, de députés, de conseillers généraux, de hauts-fonctionnaires sont passés sous les projecteurs brûlants de l’actualité pour avoir favorisé telle entreprise contre une petite offrande, bien naturelle entre gens de bonne éducation, ou pour avoir utilisé le personnel placé sous leurs ordres pour entretenir leur modeste datcha ou servir quelque collation lors de petites soirées privées entre amis ? A tel point que, pour un peu, on finirait par croire que c’est la chose la plus naturelle du monde et qu’on s’inquièterait presque de ne pas voir surgir un nouveau scandale.

    Et encore, tous ces articles, d’une méchanceté gratuite à vous faire regretter d’être gentil, ont été écrits avant la superbe prestation télévisée de notre Guide Lumineux — que le nectar de ses Saintes Paroles nourrisse à jamais nos esprits insatiables. Alléluia ! — Sinon, qu’est-ce que ce serait ?

    Je résume, en vrac, pour les mécréants qui n’ont pas assisté à la messe : « Avec Carlita on en a bavé. C’est pas facile d’être président. Woerth est un mec chouette. Avec sa femme, ils en ont bavé. C’est pas facile d’être ministre. Y en a des qui ont fait des bêtises : on va les gronder. Et, au fait, au sujet de la crise, on va faire des économies (finis les ballons et les guirlandes aux fêtes, finie la chasse à courre, etc.) mais on va aussi trouver un moyen indolore de vous la mettre bien profond, à commencer par vos retraites. »

    Bien entendu, si M. le président de la République s’est cru obligé de faire les gros yeux à certains de ses sous-fifres, ce n’est certes pas à cause des calomnies honteuses, pour ne pas dire la boue nauséabonde, déversées par la presse haineuse et, notamment, par le Canard Enchaîné. Que nenni, allons ! C’est uniquement parce que Son Indigence a l’œil partout et qu’il a décelé de ridicules écarts incompatibles avec sa très haute conception de l’exemplarité et de la probité. Tout simplement pitoyable !

    Caricatural ? A peine. Et encore, je n’ai pas eu le courage de regarder jusqu’au bout tellement le spectacle était navrant et prévisible.

    Bien sûr, les habituels roquets ayant été lâchés peu de temps avant pour préparer le terrain, on connaissait déjà un peu la rengaine. Même la Morano y est allé de ses fines analyses, allant jusqu’à parler de « fascisme » au sujet de la presse hystérique et de la gauche « trotskisante » qui s’acharnent sur ce malheureux Woerth. Faut dire que mémère sait de quoi elle parle en matière de fascisme. L’indispensable Bertrand se dit scandalisé par cette « chasse à l’homme » et l’humoriste Lefèbvre, quant à lui, s’extasie sur les tubes de dentifrice de son président. La belle équipe que voilà !

    En substance, Woerth est un honnête homme, il est innocent et il n’y a pas de conflit d’intérêt. L’affaire est close, circulez, y a rien à voir.

    Il n’y a peut-être pas de conflit d’intérêt, ce que tout de même un esprit par trop chagrin pourrait avoir le culot de contester, mais selon Gascogne, il pourrait bien y avoir un léger parfum de concussion [1] voire de prise illégale d’intérêt. Nous voilà rassurés, en somme : rien que de très normal pour nous autres, phares du monde démocratique.

    Dans un article de Marie-Pierre Subtil, paru le 17 juillet 2010 dans Le Monde, Marcel Gaucher [2] analyse les raisons pour lesquelles, selon lui, cette succession d’affaires marque davantage ce quinquennat.

    Extrait :

    Cette affaire marque-t-elle une étape dans le mandat de Nicolas Sarkozy ?

    Elle me semble marquer l’arrivée de la facture de la crise. C’est ce qui explique son retentissement. La crise prend complètement à contre-pied le dispositif politique de Sarkozy, à savoir le projet d’une banalisation libérale de la France, pour sortir d’une exception jugée dommageable par les élites.

    Cela se résumait dans l’idée chère à Sarkozy de décomplexer le rapport des Français à l’argent, sur le thème "laissez faire les gens bien placés pour gagner beaucoup d’argent, et vous en profiterez tous". Son tour de force a été de présenter cela comme une forme de justice : si vous vous donnez du mal, vous gagnerez, seuls les paresseux perdront. Il avait trouvé un thème de campagne très efficace, en conciliant libéralisme et justice.

    La crise a réduit à néant cette belle construction. Dans un premier temps, Sarkozy s’en est très bien tiré, en affichant son volontarisme. Mais les belles paroles n’ont pas eu de suite. Nous savons que la facture de la rigueur va être lourde et que nous allons tous devoir payer plus d’impôts. Cela repose le problème de la justice fiscale et sociale en de tout autres termes, et cela jette une autre lumière, rétrospectivement, sur les intentions initiales. L’affaire Woerth-Bettencourt restera peut-être sans aucune suite, mais elle révèle quelque chose de profond : elle fait surgir au grand jour la désillusion de l’opinion à l’égard de la promesse sarkozienne.

    Cette désillusion est-elle imputable à Nicolas Sarkozy, ou aux élites dans leur ensemble ?

    L’épisode réactive un contentieux larvé entre le peuple et les élites. Sarkozy avait donné l’impression d’être conscient du problème et de vouloir modifier les choses. Il ne l’a pas fait, et même, par certains côtés, il a aggravé le malaise, par son style de star égocentrique et autoritaire.

    En France, les élites (un mot que je n’aime pas mais il n’y en a pas d’autres) ont une haute opinion d’elles-mêmes et ne se rendent pas compte du fossé qui les sépare de la population. Elles entretiennent à son égard un mépris bienveillant. Elles veulent son bien, mais elles estiment que leurs mérites éminents doivent être récompensés.

    Quand M. Joyandet ou M. Estrosi prennent un avion privé à prix d’or pour rentrer à Paris plus vite, ils le font avec une parfaite bonne conscience, pensant que l’importance de leur personne et de leur fonction le justifie.

    Et quand certains profitent d’un permis de construire indus ?

    Là, nous sommes dans un autre registre. Leur idée implicite est qu’ils appartiennent à une catégorie à part, qui leur donne des droits particuliers. Vous trouvez cela à tous les niveaux, y compris dans la vie politique locale — la boîte noire de la vie publique française —, comme cela va finir par se savoir. Règne l’idée que le fait de se dévouer pour le bien public mérite reconnaissance, c’est-à-dire privilèges.

    M. Gaucher renvoie quelque peu gauche et droite dos à dos, même si les manières de faire ne sont pas identiques. Mais, sans faire une généralité de pratiques pour le moins critiquables — il existe bien des hommes politiques intègres — il présente nos « élites », au moins en partie, comme une caste en rupture totale avec la raison d’être de ses mandats démocratiques. En cela, il rejoint la sentence de Manfred Rist, cité au début de ce billet, sans le dire de manière aussi désagréable.

    Quant à la démocratie et à Sarkosy, justement, il conclut :

    Au-delà de cette affaire Woerth-Bettencourt, avez-vous le sentiment d’une remise en question des principes démocratiques ?

    Non, au contraire. Ce n’est pas la démocratie en tant que telle qui est remise en question, c’est la manière dont certains en profitent. Le culte de la chose publique est plus fortement intériorisé en France que partout ailleurs.

    Les gens sont donc très choqués quand les individus au pouvoir se comportent en individus privés. La plus grande faille de Nicolas Sarkozy, c’est qu’il n’a pas le sens de l’institution. Le côté privé du personnage prend toujours le dessus. Il n’arrive pas à être un homme d’Etat.

    (Vous pouvez tenter votre chance ici pour lire l’intégralité de l’article)

    « Il n’arrive pas à être un homme d’Etat ». C’est presque aussi dur qu’un article de presse étranger, ça ! Ce n’est pas moi qui le dit mais cela fait assez longtemps que j’en ai la conviction profonde.

    Pas étonnant que ce pays soit la risée du monde. Pauvre France.

    Et pis c’est tout !

    Notes

    [1] Non, non, c’est pas un gros mot.

    [2] Historien et philosophe, Marcel Gauchet, 63 ans, est directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Rédacteur en chef de la revue Le Débat, qui vient de fêter ses 30 ans, il est l’auteur de plus d’une vingtaine d’essais, centrés sur la démocratie, la religion, l’éducation et le pouvoir. Il s’exprime ici en tant qu’"observateur de la vie politique française, et rien de plus", et précise qu’il n’a pas pris part, jusqu’à présent, au débat pro ou anti-Sarkozy.

    Le 14 juin dernier, la Provence rapportait la venue à Marseille (XVième arrondissement, c’est-à-dire les fameux « quartiers Nord ») d’Éric Besson, le ministre des expulsions, à l’invitation d’un conseiller municipal apparenté PS, Karim Zéribi, fondateur d’un club dénommé « Nouvelle France », pour participer à un débat organisé par ycelui. Et sur quoi, le débat, d’après vous ? Allons, réfléchissez deux minutes : de quel unique sujet Besson est-il capable de parler quand il ne s’adonne pas au mensonge ?

    Il était tout heureux, notre Marseillais : « On a démontré qu’on pouvait accueillir un ministre de manière républicaine dans les quartiers Nord », se vante-t-il. C’est vrai qu’on aurait pu craindre que les facétieux habitants de ces quartiers ne passent plutôt le pitoyable ministre, traître au PS, au goudron et aux plumes ! Il a donc de quoi être fier le presque-socialo. D’autant plus que Besson n’y est pas allé de main morte sur la dithyrambe : « Avec Karim on n’a pas le même maillot mais on a la même passion, la vie de la Cité, les valeurs de la République, le souci de l’intégration ». C’est vraiment trop émouvant !

    Sûr que dans la bouche d’un ministre qui ne manque jamais de justifier les pires dérapages de sa prétendue politique d’immigration, les mots « valeurs de la République » et « intégration » prennent une saveur particulière. Et, content de lui, comme toujours, Besson ajoute : « On reparlera encore d’identité nationale. Droite et gauche réunies ont intérêt à le faire car c’est indispensable si nous voulons rester une nation unie ». Pardi ! Encore un peu et c’est lui qui fixera les ordres du jour et les éléments de langage pour mieux cerner cet indispensable débat. Lequel risque plutôt d’avoir l’effet inverse question unité de la nation. Par contre, pour ce qui est de l’enfumage, là, le valet de pied de Zébulon a bien appris sa leçon.

    Il s’est bien gardé, le bougre, de parler de son copain d’équipe, un mec qui porte le même maillot que lui, c’est peu dire, et qui vient d’être condamné par la justice, en première instance, pour des propos à caractère raciste que, d’ailleurs, il reconnaît avoir tenus (bien obligé !) : notre valeureux ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux. Et pensez-vous que, dans notre République où les ministres sont si prompts à donner des leçons de morale au populo quand il s’agit de lui serrer le kiki, il existe au moins un ministre qui soit prêt à donner l’exemple ? Vous rigolez, ces choses là c’est bon pour les petits, pas pour l’élite (enfin, l’élite, je me comprends, faut le dire vite !). Pas question, donc, que Monsieur le Ministre démissionne. C’est pas si grave, des propos racistes. Surtout quand ils n’étaient pas destinés à être publiés. Salauds de journalistes ! Et puis, comme tout citoyen, paraît-il, surtout ceux qui sont plus égaux que les autres, comme disait Coluche, notre ami Brice doit bénéficier de la fameuse « présomption d’innocence ». Si, si ! Ce sont ses « amis » qui le disent. C’était ça ou bien une garde à vue avec fouille au corps et doigt dans le cul, je pense. Je vois pas d’autre explication à cette solidarité sans nuance.

    Et là, on se perd en conjecture : ayant été condamné pour des propos qu’il reconnaît avoir tenus, il n’est plus innocent de l’injure faite à un groupe de citoyens à raison de leur origine et de leur religion, même s’il conteste, en fait, la validité de la procédure. Ses « amis » veulent-ils signifier alors qu’il n’aurait pas toute sa tête à l’instar de l’« innocent du village » ? Sont-ils taquins, non ?

    Il faut dire que ses façons de faire laissent planer un sérieux doute. Pour coincer le fameux « polygame de fait » nantais dont l’épouse conduit avec un niqab, Briçounet a mobilisé rien moins que les plus hautes autorités policières, histoire de ne pas passer pour un abruti, une fois de plus, ce qui, de toute évidence, est loin d’être acquis. Car, bien entendu, notre brillant premier flic n’a pu s’empêcher de crier victoire tout en s’emmêlant un peu plus les pinceaux. De l’art de faire d’un fait divers dérisoire une affaire d’Etat, en somme. Et tout ça pour quoi ? Pour enfoncer le clou sur sa marotte : déchoir de sa nationalité française l’infâme musulman un peu trop radical à ses yeux. Au nom de la morale, bien sûr !

    Là, je vous le dis, on est bien. Avec des gugusses pareils au gouvernement, on ne va pas tarder à les voir se pointer avec des nez rouges, de grandes chaussures et des habits dépareillés pour nous enseigner les bienfaits des valeurs républicaines à la sauce bananière. On a beau dire qu’on a les ministres qu’on mérite, notre punition semble ici bien trop cruelle. Pauvre France !

    Entre Besson et sa fière politique de quota d’expulsions et Hortefeux, ses fines plaisanteries racistes et sa fixation sur les musulmans, nous sommes gouvernés par des gens qui méprisent les étrangers, les fustigent, les clouent au pilori, sous prétexte qu’ils abuseraient de la générosité française, en fait, simplement parce qu’ils existent, parce qu’ils osent être chez nous. Des gens si courageux qu’ils n’ont même pas le courage d’assumer leur idéologie nauséabonde. Ça parle de « valeurs de la République » alors que ça baigne jusqu’au bout des cheveux dans une idéologie qui ferait se pâmer d’aise les vieux pétainistes. Tristes sires que ces gens-là !

    On lira avec profit les billets suivants sur ces mêmes sujets :

    Les deux derniers sont assez longs (c’est du Maître Eolas, ne l’oublions pas) mais l’ensemble doit se déguster, comme d’habitude, comme de grands crus.

    Bonne lecture et bonne dégustation.

    Et pis c’est tout !

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