@Ficanas84

Accueil du site > Mots-clés > Themes > Religion

Religion

Articles

    On ne dirait pas comme ça mais il y a déjà 3 mois, nous étions des millions à descendre dans les rues des villes de France en hommage aux victimes des attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, à Paris, et crier à la face du monde que nous rejetions le terrorisme et l’intolérance. Nous nous disions « Charlie », alors.

    Depuis, il y a eu Copenhague, Sanaa au Yémen, Tunis et l’Université de Garissa au Kenya. Et toujours l’Irak, la Syrie, la Palestine, le Nigeria, et tous ces endroits oubliés des médias où l’on massacre, parfois loin de la lumière des projecteurs. Une macabre théorie de cadavres ensanglantés.
    Cela fait dire à certains que nous aurions l’indignation sélective puisqu’il ne s’organise pas de nouvelle marche à chaque nouvel attentat. C’est vrai, aussi. Mais à ce compte-là, les délires sanguinaires et meurtriers qui se succèdent à un rythme effrayant seraient aussi indirectement un bon moyen de lutter contre l’obésité. Vous verrez qu’on va finir par les remercier tous ces salopards…

    Il est vrai que ce reproche narquois s’adresse essentiellement à Hollande et à sa clique qui ont été si prompts à célébrer le « fameux esprit du 11 janvier. » J’en ai encore l’œil humide, tellement c’était beau et… bouleversifiant. Voir dans un même élan les rigolos pas drôles de l’Union européenne — les Merkel, Junker, Rajoy, Cameron, etc. — marcher au coude à coude avec d’autres crapules du même acabit (au hasard, Netanyahou et Libermann pour Israël, Bongo pour le Gabon, Orbán pour la Hongrie, pour n’en citer que quelques-unes), alors qu’ils n’ont d’ordinaire que mépris pour les petites gens, les sans-dents comme aurait dit notre bon président, avait de quoi vous retourner l’estomac. Paris, capitale du monde, l’unité nationale, allonzenfants de la patri-illeuh, tralalère ! Je comprends ceux de mes amis qui n’ont pas voulu cautionner une telle mascarade même si je crois que pour la plupart des gens qui étaient présents ce jour-là, l’important n’était pas dans ce spectacle écœurant et hypocrite.

    Depuis, il y a eu la longue litanie de commentaires, plus savants les uns que les autres, pour nous expliquer que, finalement, nous ne représentions pas grand chose. 4 millions de personnes, quand même. Une paille ! Etonnant dans un pays où 900 personnes suffisent à prouver que 75 % des Français sont raides dingues du génie politique de leur gouvernement d’après son fan-club ! Ces manifestations n’étaient donc, bien évidemment, que l’expression d’une classe de bobos, occidentaux bien blancs sur eux, qui se seraient donnés bonne conscience à bon compte car touchés dans leurs prétentions à l’universalité de la devise républicaine — Liberté, Égalité, Fraternité — et au motif, parfaitement exact au demeurant, que rien, en vérité, ne viendrait lui donner un semblant de début de réalité en notre bon pays de France (et de moins en moins, hélas) ni nulle part ailleurs, d’ailleurs !

    On a bien essayé aussi de nous faire comprendre que, si c’est pas joli joli de tuer des dessinateurs, il fallait reconnaître qu’ils l’ont bien cherché, faut dire, allez, un peu quand même, hein ? Faut pas se moquer des religions, ça blesse. Ou plutôt ça tue. Il est vrai qu’on avait un peu perdu l’habitude en France, depuis un ou deux siècles, peut-être un poil plus, de voir zigouiller des gens pour cause de ricanements trop ostensibles aux facéties de religions tellement nobles et généreuses qu’on se demande pourquoi, noun di diou, elles ne sont pas obligatoires. Quel gâchis ! Je reconnais que se poser la question, déjà comme ça, là, ça mérite le bûcher ou la décapitation. Si si, il faut le dire. Mais, que voulez-vous, je ne peux pas m’en empêcher. Bien le pardon, quand même, bien sûr !
    C’est que, voyez-vous, chez certaines personnes, il est difficile de concevoir que Dieu [1] et tout le tralala qui l’entoure, ça puisse ne rien évoquer du tout à de simples mortels. Que dalle ! Nibe de nibe ! Zépi ! Walou ! Nada ! Sauf des moqueries que eux-autres appellent des blasphèmes qu’ils voudraient voir inscrits dans la loi alors que ce ne peut être qu’une notion religieuse, donc PAS UNIVERSELLES du tout, pour le coup, puisqu’il faut croire en l’autre, là-haut, pour qu’elle ait un sens. C’est simple à comprendre, pourtant, non ? Ben non !

    On est mal, je vous le dis !

    Et puis, bien sûr, on a eu pour finir (provisoirement) nos élections Départementales où on s’est demandé si la haine et le rejet de l’autre n’allaient pas l’emporter et devenir le quotidien des citoyens de ce pays. Avec le résultat que l’on sait. Un grand écart, en apparence, que Jacques Rancière analyse dans cet entretien (abonnés).

    Certes, les attentats dont je parle plus haut ont fait beaucoup pour la promotion de l’islamophobie dans nos contrées. Sans doute est-ce l’un des objectifs stratégiques, d’ailleurs, afin d’accentuer le malaise que peuvent éprouver bon nombre de musulmans, en France et en Europe, et leur sentiment d’être rejetés. Et on ne saurait leur donner tort. Il faut dire aussi que notre classe politique ne brille guère par sa fidélité aux valeurs de la République qu’elle vend à longueur de discours et dont elle exige de chacun un respect tatillon mais dont elle sait fort bien se dispenser.
    Ainsi, au lendemain des attentas de Paris, les mêmes qui appelaient à ne pas stigmatiser nos compatriotes musulmans trouvaient-ils parfaitement légitime qu’on arrêtât un gamin de 8 ans pour « apologie du terrorisme. » Ailleurs, c’était des adolescents ayant osé refuser d’« être Charlie » ou de faire silence conformément aux injonctions de l’Etat qui se voyaient sommés de se justifier, et avec eux tous les musulmans de ce pays. Un peu pitoyable, cette forme d’opprobre jetée sur des enfants et leurs familles qui, pour des raisons qu’on se gardait bien de chercher à comprendre sans les caricaturer, refusaient de céder aux injonctions et brisaient la belle unanimité qui faisait si bien sur la photo, et alors même qu’on parlait, avec des trémolos dans la voix, de la liberté d’expression comme d’un bien précieux à défendre. L’emblème de la République française ! Mais dans la France du XXIème siècle, c’est l’Etat seul qui semble pouvoir décider de ce qu’un citoyen, enfant ou adulte, a le droit d’être ou de dire, surtout s’il est musulman. Un comble ! Et ça ne choque même pas les gardiens brevetés des valeurs de cette République !

    Liberté chérie…

    Cependant, la suspicion à l’égard des musulmans n’est pas vraiment récente et la droite n’y est pas pour rien. Mais la gauche non plus, malheureusement, contrairement à ce qu’on pourrait penser. Du moins, une certaine gauche qui ne l’est plus vraiment et qui se permet toujours de donner des leçons de morale alors qu’elle a abandonné les territoires de l’espoir, du vivre ensemble et du changement de la société pour venir marcher sur les platebandes de la droite.
    Qu’un maire UMP, se mette à piller le patrimoine idéologique du FhaiNe et supprime les menus de substitution dans les cantines des écoles primaires ne peut évidemment pas surprendre. Il y a longtemps qu’une certaine engeance à l’esprit étriqué navigue sans vergogne d’un parti à l’autre. C’est juste que, au gré de leurs intérêts, les uns préfèrent Sarkozy et les autres la famille Le Pen mais il n’y a pas véritablement de différence sur le fond. Seulement dans la gamme d’octave des éructations.
    Mais aucun n"hésite à bafouer le principe constitutionnel d’égalité des droits des citoyens, au nom de préjugés racistes, donc eux-mêmes anticonstitutionnels. Bien sûr, on se retranchera derrière la laïcité pour justifier cette discrimination en oubliant commodément que c’est l’école qui doit être laïque, pas les services qui l’entourent. Et que c’est à l’Etat que s’impose la neutralité définissant la laïcité, pas aux citoyens. Sans même parler de l’abjection que représente cette instrumentalisation des enfants de la part d’un parti qui voit des prises d’otages partout à la moindre grève !
    Mais qu’une ministre d’un gouvernement socialiste puisse relancer un énième débat sur le voile que portent certaines femmes musulmanes et cela à l’université, c’est à dire dans un lieu qui se définit comme un espace d’échanges, de débats et de transmission des savoirs et de la culture, des Lumières, concernant qui plus est des adultes, voilà qui ne manque pas d’interroger sur la corruption des esprits qui osent encore se réclamer de la gauche.

    Il n’y avait donc rien de plus urgent, à quelques jours d’une élection que de donner dans cette surenchère imbécile tout en se posant en ultimes remparts contre la haine et le rejet de l’autre et en agitant l’épouvantail bien commode en l’occurrence du Front National. Comment peut-on prendre ces gens au sérieux ? Comment peut-on s’identifier à eux qui prétendent être les représentants exclusifs de la gauche et ne font que la décrédibiliser jour après jour auprès de ceux qui constituaient son électorat, plus ou moins convaincu, plus ou moins critique à l’égard du PS mais prêt à le soutenir, s’il le fallait, justement au nom des valeurs qu’il bafoue aujourd’hui ?

    Je ne regrette certainement pas d’avoir marché en Avignon le 11 janvier dernier car j’y ai vécu un moment qui vous prend aux tripes comme jamais je n’en avais vécu. Un instant rare et extraordinaire en osmose avec de très nombreuses personnes [2] venues exprimer la même émotion et la même indignation. Mes semblables. Personne n’aurait su dire s’ils étaient français ou non, ni de quelle religion ils se réclamaient s’ils n’en portaient pas de signes extérieurs. La seule chose qu’on pouvait identifier, à peu près, dans certains cas, c’était la couleur de leur peau et parfois un type ethnique plus ou moins significatif. Mais qu’importe. Il n’y a eu ni cri de haine ou de vengeance, juste des êtres humains venus partager un immense chagrin. Des êtres humains, avant tout !

    On pourra m’expliquer que cela n’était pas important car tous n’étaient pas là, qu’il y avait des oubliés, des suspects, des rejetés. Ça, je veux bien l’entendre car j’en suis conscient. Je le sais. Mais c’est aussi pour ces gens absents que je ne connais pas et dont je ne partage pas les convictions religieuses (je n’en partage avec personne, d’ailleurs) mais que je respecte, que j’ai marché ce jour-là, comme j’ai marché pour les journalistes de Charlie, comme j’ai marché pour les policiers exécutés, comme j’ai marché pour ces gens assassinés car ils étaient juifs. Comme je pense aujourd’hui aux victimes de ce fanatisme religieux qui frappe partout dans le monde avec la même répugnante lâcheté.

    Oui, vraiment, j’aurais aimé que ce fameux « esprit du 11 janvier », dans lequel s’est drapé le président de la République, soit autre chose qu’une simple exploitation politicienne d’un événement national tragique et n’ait pas cédé la place à d’autres exploitations politiciennes de préjugés contre lesquels il semble que beaucoup de personnels politiques aient renonc�� à lutter. J’aurais aimé que mon pays se montre aussi plus attentif à la souffrance d’autres peuples atteints bien plus gravement et tragiquement que nous et dont on fait si peu de cas.
    Je me souviens que la sinistre Alliot-Marie a été plus prompte à proposer à Ben Ali le savoir-faire français contre les émeutes populaires à l’origine de la révolution tunisienne que ne l’a été Hollande à proposer de marcher en hommage à la nouvelle Tunisie et aux victimes des derniers attentats de Tunis, tout comme pour celles du Kenya.

    J’aurais aimé que la France, mon pays, entende aussi la souffrance de certains de ses citoyens et qu’elle se batte vraiment pour leur offrir une véritable place en son sein, digne des idéaux dont elle se réclame encore mais qu’elle laisse galvauder honteusement. La République devait assurer l’émancipation et le bonheur du peuple, en particulier par l’éducation, c’est à dire par l’acquisition des outils permettant la compréhension et la critique de son environnement pour garder la maîtrise de ses choix. Pas seulement savoir lire, écrire et compter, comme on l’entend si souvent. Pas seulement à l’école mais aussi partout où des citoyens choisissaient de se rencontrer, de parler ensemble et de partager. Ça s’appelait l’« éducation populaire. » Une idée issue de la Révolution, tellement évidente qu’elle en faisait peur aux nantis, à ceux qui accaparent le pouvoir à leur seul profit et qui ont fini par la détruire. J’ai pourtant la conviction profonde que c’est cette destruction lente et systématique de toutes les structures d’éducation populaire qui explique en grande partie (mais pas seulement, bien sûr) le délitement actuel du tissu social et des solidarités citoyennes et intergénérationnelles et plus particulièrement envers les plus faibles. C’est aussi cet abandon qui explique que des jeunes en manque de repères et d’avenir préfèrent aller mourir en Syrie plutôt que vivre méprisés par leur propre pays et finissent par le renier. Au lieu de porter notre attention sur les plus faibles pour les aider et les accompagner, nous avons préféré les dénigrer et détourner le regard, les abandonner, et ceux qui les aidaient avec, pour favoriser ceux qui ont le plus de capacités, de facilités ou de talent. Car c’est plus facile d’aider les « gagnants », ça coûte bien moins cher. Pourtant, il y a aussi écrit « Fraternité » au fronton de nos édifices publics. C’est à dire, tendre la main, se respecter et s’entraider mutuellement. Des choses si ringardes aujourd’hui, semble-t-il, mais qui demeurent pourtant le seul terrain de modernité d’une gauche fidèle à elle-même et porteuse d’avenir.

    Il y a ainsi des choses qui vous grandissent mais dont il semble que la France ne soit plus capable, trop occupée à se regarder le nombril.

    Il faut vraiment en finir avec ce cauchemar !

    Notes

    [1] Je mets quand même une majuscule au cas où il lirait ce blogue, ça mange pas de pain béni !

    [2] Nous étions pas loin de 20000 entre l’esplanade Jean Jaurès (il aurait été fier de nous, le vieux Jeannot) et le parvis du Palais des Papes !

    Inscriptions racistes à Bédarrides

    samedi 14 février 2015, par Marc Leblanc

    Bédarrides, le 2 février 2015

    Madame la Députée du Vaucluse,
    Monsieur le Président du Conseil général de Vaucluse,
    Monsieur le Conseiller général du canton de Bédarrides,
    Monsieur le Président de la communauté des communes des pays de Rhône et Ouvèze,
    Monsieur le Maire de Bédarrides,

    Depuis près de trois semaines, des inscriptions racistes « Non à l’islam » sont visibles sur les bordures de rives en béton de la RD 907, entre le carrefour giratoire des Verdeaux et le carrefour de l’avenue de Rascassa à Bédarrides, de part et d’autre de la chaussée et du pont enjambant l’autoroute A7.

    Je veux vous faire part de mon indignation de constater que, jusqu’à ce jour, aucun des services en charge des voiries, à quelque titre que ce soit, ni qu’aucune autorité politique ayant le pouvoir ou l’influence nécessaire n’ait apparemment jugé bon de faire effacer rapidement ces inscriptions abjectes.

    Je suis profondément atterré que, après les sanglants attentats des 7, 8 et 9 janvier dernier, et alors que la plupart des responsables politiques de notre pays en appellent à l’unité nationale – à l’exception notable de ceux du Front National – des insanités stigmatisant une partie de nos compatriotes et jouant sur des amalgames scandaleux puissent souiller les murs de nos villes sans que personne, semble-t-il, n’agisse pour les faire disparaître.

    Je m’inquiète de l’image déplorable de mon village qui est ainsi servie à nos concitoyens pour la plus grande satisfaction des semeurs de haine et d’exclusion locaux.

    Je vous prie d’agréer, Madame et Messieurs, l’expression de mes sentiments distingués.
    Marc Leblanc


    Mise à jour du 14 février 2015

    J’ai pu constater hier matin que les inscriptions avaient été effacées.

    JPEG - 426.1 ko
    Réponse de Monsieur le Maire de Bédarrides

    Ce matin, j’ai reçu un courrier de Monsieur Christian Tort, Maire de Bédarrides, pour m’en informer. Tout rentre donc dans l’ordre, en somme, un mois après que nos fachos se sont défoulés sur les murs de la ville.

    Je ne peux cependant pas m’empêcher d’éprouver une certaine amertume : il aura fallu un bon mois pour que quelqu’un donne des instructions et encore, parce que quelques simples quidams ont fait connaître leur indignation. Je serais donc un de ces rares citoyens qui se sont émus, moi qui suis athée et le revendique ? Mais les musulmans qui passent par là, ils ne disent rien ? Non plus ceux qui ne partagent pas cette haine ? Combien d’autres Bédarridais qui ont réagi ? Pas un seul élu, y compris d’opposition, qui aurait vu ou entendu parler de ces insanités ? Pas même un seul flic ou gendarme pour les signaler ? Pas d’instituteur, non plus ? Ce n’est pas leur boulot à ces braves gens, n’est-ce pas ! Pourtant dans certaines régions, certains n’hésitent pas à envoyer des enfants de 8 ans au commissariat pour « apologie du terrorisme », sous les applaudissements nourris de la ministre de l’Éducation nationale ! L’apologie de la haine, c’est quand même moins grave, il est vrai. Alors, ça ne gêne personne. C’est tellement normal de stigmatiser des gens qui n’osent pas se défendre. Combien sommes-nous pourtant à prendre cette route chaque jour ?

    Disons que je m’interroge et que je suis un tantinet écœuré. Pour moi, il n’y a aucune raison de laisser faire. Ne rien dire, c’est être complice !


    Mise à jour du 15/02/2015

    Certaines personnes m’ont gentiment fait savoir qu’elles avaient réagi. Merci à elles. Je reconnais qu’il était très prétentieux de ma part d’imaginer être l’exception dans ce petit monde d’indifférence, voire de compromission. Je les prie donc d’excuser ce petit excès. Mes chevilles vont mieux, du coup. Mais je crains que, malheureusement, nous n’ayons pas de quoi monter ne serait-ce qu’une petite fanfare pour réveiller les consciences bédarridaises endormies. Cependant, si je me trompe, je ne pourrai que m’en réjouir.

    Portfolio

  • RD 907 - Bédarrides-Sorgues - côté droit
  • RD 907 - Bédarrides-Sorgues - côté gauche
  • Courrier
  • RD 907 - Bédarrides-Sorgues - côté gauche
  • Pour le Figaro, c’est « la France rebelle », celle de citoyens qui défient le pouvoir. Elle était moins lyrique, la feuille de chou réactionnaire, quand c’étaient des travailleurs en lutte pour sauver leurs emplois ou leurs retraites qui descendaient dans la rue, il n’y a encore pas si longtemps. Mais là, il s’agit de bouffer du pédé. Alors, on se lâche et on fait bon accueil aux groupuscules d’extrême-droite qui se sentent pousser des ailes et qui rêvent d’abattre la gueuse, comme au bon vieux temps.

    Intégrisme, ta mère !

    dimanche 21 octobre 2012, par Marc Leblanc

    JPEG - 135 ko
    Charlie Hebdo

    Il n’y a pas bien longtemps — allez quoi ? l’affaire de deux ou trois semaines — le monde était tout en ébullition sous prétexte qu’une vidéo débile, qui somnolait paresseusement sur l’internet depuis plus d’un an, avait été opportunément remise dans le grand bain. Outrage au prophète. Tu parles d’une affaire ! Embrasement « spontané » du monde musulman, il paraît, et retour au calme le temps de trucider un malheureux diplomate américain qui avait eu le tort de soutenir la révolution libyenne. Une sorte de remerciement venu du cœur, apparemment. BHL, lui, au moins, avait eu la sagesse de rester bien à l’abri loin des secousses. Un homme trop modeste. C’est bien notre veine. C’est pas demain qu’on aura notre martyre…

    N’étaient ce meurtre et celui de quelques autres personnes, ces réactions offusquées et grotesques, totalement disproportionnées et hors de propos, plutôt ridicules, pouvaient prêter à sourire. Y a pas, ils savent y faire dans le domaine les intégristes. Et les mauvaises langues de remarquer fort judicieusement que, dans le même temps, le massacre du peuple syrien par El-Assad semblait et semble toujours laisser parfaitement indifférents ses chers « frères arabes. » Y a-t-il eu ne serait-ce qu’une seule manifestation d’ampleur dans une des capitales de ces pays où on a brûlé du drapeau américain au nom du Coran et de l’Islam bafoués ? A moins d’avoir loupé un épisode, il n’y en a pas eu l’ombre d’une. D’où une petite impression de trucage, de falsification et de tentative de détournement de la colère de peuples qui ont certainement bien d’autres raisons de se révolter que ce pitoyable film.

    Bref, on nous a donné du blasphème jusqu’à l’écœurement comme si c’était un crime alors qu’il n’est même pas répertorié dans le Code pénal — au moins en France et, sauf erreur, aux États-Unis — et que, de plus, les sombres crétins qui ont produit cette vidéo tristement imbécile n’ont fait qu’exercer un droit d’expression tout simplement garanti par la constitution de leur pays.
    Bien entendu, les radicaux musulmans ne sont pas les seuls à avoir été tentés de faire taire les mécréants. On se souvient des cris d’orfraies poussés par les activistes de Civitas à l’encontre de Jean-Michel Ribes lors de la programmation par le théâtre du Rond-Point de la pièce Golgotha Picnic qui lui avait valu une bolée d’excréments. C’est sans doute moins radical et définitif qu’un appel au meurtre mais ça n’en relève pas moins de la même logique.

    Alors, il n’est pas étonnant que les mésaventures du prophète de la Mecque et de ses pires fidèles aient inspiré Charlie Hebdo dans un style qui n’est peut-être pas toujours d’une grande finesse, faut bien le dire, mais qui est un fameux pied de nez à tous les cons qui prétendent nous dire comment il faut penser, et ils sont bien nombreux, hélas ! Charlie, c’est Charlie, l’héritier de Hara-Kiri qui, dans le genre irrespectueux et scatologique, savait y faire et qui, pour s’en être pris à une autre sorte de prophète à plusieurs reprises, s’est vu interdit de parution deux ou trois fois, au moins. A une certaine époque, s’attaquer à de Gaulle, ça valait bien une caricature de Mahomet ! Mais bon, pas de quoi se prendre le chou avec ça. Charlie, on aime ou on n’aime pas, point barre. Et si on n’aime pas, on n’achète pas et on passe son chemin. Pourtant simple !

    Seulement voilà, la masse compacte et souffreteuse des cons aime bien s’accrocher à ce qui la fait vomir. Elle n’aime pas ne pas avoir le dernier mot sur n’importe quels sujets et surtout sur les plus cons, ça va de soi. Alors, on a eu droit aux pires fadaises pour nous expliquer qu’il fallait pas énerver ces pauvres musulmans déjà pas bien aidés par leur religion et que chez Charlie c’est tous des vicelards qui font leurs intéressants pour mieux vendre leur journal en profitant de l’actualité. Comme à Libé ou au Figaro, en somme, mais en plus vulgaire. Ben oui, vulgaire comme au Figaro ou à Libé, quoi ! Où est le problème ? Jusqu’au sommet de l’État appelant son petit monde à la responsabilité. On croit rêver ! Tout ça pour 4 dessins ? Bravo !
    On a même eu droit au reportage bouleversant de France 2 dans une villa tunisienne où un groupe de femmes françaises, soi-disant rongées par l’angoisse, se réunissaient en tremblant derrière des persiennes mi-closes pour préparer leur exfiltration d’un pays qui ne manquerait pas de les lapider pour les punir des excès de Charlie ! C’était couru d’avance, pensez ! Rigolez pas, c’est ce que voulait nous faire croire ce ramassis de pétasses. C’est dire en quelle estime ces gens-là tiennent les Tunisiens et notre capacité de discernement par la même occasion.

    Il y a même eu un lecteur de Télérama, sans doute abasourdi par ce déferlement d’incongruités, qui demandait : « Existerait-il un intégrisme de la liberté d’expression ? » On pouvait effectivement se poser la question devant ce déchainement de commentaires éclairés préférant renvoyer dos à dos les obscurantistes et leurs contempteurs plutôt que de condamner les insupportables menaces des premiers. Comme si se foutre de leur gueule était au moins aussi grave, pour ne pas dire plus inacceptable encore, que les atteintes à la vie que ces salauds n’hésitent pas à perpétrer. Quelle pitié de voir ce pauvre Daniel Cohn-Bendit parler d’intégrisme laïque. C’est vrai que dans le genre con et satisfait de l’être, Dany est une référence et qu’il est maintenant bien fatigué. Juste retour des choses me direz-vous, vu qu’il nous fatigue depuis 44 ans. Mais tout cela en dit long sur le niveau de crétinisme où sont tombés ces soi-disant élites intellectuelles.

    Car il faut peut-être le dire à tous ces braves gens, on peut rigoler des facéties de Charlie Hebdo qui sont, je le répète, d’une qualité assez inégale, mais personnellement je ne me pointerai pas chez un copain musulman pour les lui mettre sous le nez et voir s’il en rit pareil que moi tout en lui donnant des grandes tapes dans le dos. De même que je n’irai pas dans l’église des quelques curés que je connais pour aller pisser dans le bénitier au nom d’une laïcité mal comprise et d’un anticléricalisme agressif. Parce que oui, je suis entouré de croyants qui, la plupart du temps, connaissent ma manière de penser mécréante et la respectent, même s’il la trouvent affligeante. Ils me laissent dire merde. Je les laisse dire amen comme disait Brassens.
    Lâcheté diront certains, hypocrisie ! Non, pas vraiment. Juste une question de respect dû à des personnes sincères et respectables qui, je le crois sinon elles ne seraient pas mes amies, ne songent pas à nuire à leurs semblables.
    Il en va tout autrement de ceux qui veulent mettre le monde à leur main et qui pour cela n’hésitent pas à attenter à la vie des autres.

    Bref, face à l’obscurantisme, il faut se taire pour ne pas énerver les fanatiques, comme ces sympathiques garçons d’AQMI, par exemple, qui pourraient bien se venger en zigouillant nos compatriotes détenus en otages ou bien en faisant péter des bombes ou des kamikazes devant nos écoles. Ou bien qui coupent des mains de voleurs comme au Nord-Mali. Ou qui lapident des femmes adultères ou violent des jeunes femmes trop amoureuses. La faute à Charlie, c’est sûr !

    Alors, t’as compris, Charlie ? Tu dessines des Mickey tout gentils et tu fais plus de peine à Mahomet ! Allez, s’il te plaît ! Sois sympa, quoi !

    Bon, on a bien eu ce fou furieux à Toulouse qui a collé une beigne à une malheureuse femme ayant marché sur une sourate projetée accidentellement par terre lors d’un spectacle. Ou cet autre allumé qui a carrément massacré un type qui photographiait des femmes voilées un peu contre leur gré, dans le 18ième à Paris. Admettons que ce soit la faute à Charlie, si, si, soyons généreux ! Ben ça fait pas beaucoup quand même quand on s’attendait au feu d’artifice, à une orgie de massacres et de viols anti-français(es). Quelle pitié, quand on y pense !

    Et puis voilà que Hollande vient foutre le ouaille en soutenant l’idée d’une intervention militaire au Mali. Vous avez remarqué ? Pas un commentaire pour crier au loup. Pas un pour le traiter d’irresponsable qui met en danger la vie de nos otages. C’est vrai que lui, il dit ça juste pour protéger les intérêts d’Aréva dans la région (au Niger voisin) mais quand même ! Car ça n’a pas loupé, les courageux guerriers d’AQMI n’ont pas pu s’empêcher de le menacer de lui faire la peau et celle de nos otages ou d’aller faire péter des bombes dans nos villes.

    Comme quoi, les dessins de Charlie n’y changent rien. Nos otages sont en danger depuis le jour de leur enlèvement et si ce n’est le soutien de la France à une expédition militaire, de toute façon, les fanatiques d’AQMI trouveront toujours un bon prétexte pour en zigouiller un ou deux ou plus. C’est bien malheureux pour nos compatriotes mais c’est ainsi. Il ne sert à rien de mettre son honneur dans sa poche pour caresser les intégristes dans le sens du poil. Ils n’attendent que ça et ne renoncent à rien.

    Et s’il y a un autre intégrisme à combattre, ce n’est pas celui très fantasmé que cet imbécile de Cohn-Bendit attribue aux laïques mais plutôt celui bien réel et faisandé qu’une certaine Caroline Alamachère diffuse sur l’internet en se faisant passer pour Charlie Hebdo et qui se situe dans une veine à peine moins nauséabonde que les pitres de Génération Identitaire qui ont besoin de ressortir Charles Martel de la naphtaline pour vomir leur islamophobie. Car la différence, mon cher Dany, c’est qu’un laïque, même anticlérical (ce qui n’est pas forcément lié), n’attentera jamais à la vie d’un croyant ni ne lui refusera le droit d’adorer son dieu ou de vivre selon ses préceptes même s’il en conteste le bien-fondé et la philosophie. On ne peut hélas pas en dire autant des fondamentalistes et autres extrémistes qui, eux, sont prêts à utiliser le meurtre pour assouvir leur haine de l’humanité.

    Et cette différence-là n’est pas qu’un détail.

    C’est ce bon Benoit — Iksevéï ou B16, le pape, quoi — qui avait fait cette découverte en janvier dernier, si l’on en croit RMC : le mariage des homosexuels mettrait l’humanité en danger. Et là, on rigole déjà moins, hein ? On fait moins les fiérots avec ces idées droitdelhommistes, égalitaristes et tout ça. Il est bien gentil le pape, faut dire, de bien vouloir supporter l’existence de tous ces homo même que, déjà, être homo c’est une déviance contre la nature que dieu il nous a donné à son image. Alors faudrait voir à pas pousser le bouchon du cochonnet trop loin à vouloir se marier, en plus, car quand on est malade comme ça, c’est carrément comme qui dirait le renier, le bon dieu !
    D’après B16, il aimerait pas trop les gouines et les pédés, le bon dieu. Mais chut, c’est confidentiel. C’est pas de l’intolérance divine, que non ! C’est juste comme ça. Ça se discute pas. On n’y peut rien, voilà ! C’est comme qui dirait un dogme et faut être pape ou, à la rigueur, prêtre pour comprendre le pourquoi de l’affaire. Peut-être une expérience peu concluante, un coup foireux ? On sait pas vraiment. En tout cas, il a pas l’air de vouloir plaisanter avec ça, dieu, à ce qu’il dit le B16.

    Et attention, c’est pas seulement chez les cathos ! Non, non, non ! Parce qu’on pourrait dire : « Ouais, en vrai, c’est le chef des cathos qu’est juste homophobe, les autres ils sont hémophiles. » Ben non, justement, c’est aussi comme ça dans les autres religions et sous-sectes de tous types. C’est dire s’il a de la suite dans les idées, le bon dieu. Il a verrouillé le système. Chez ces gens-là, dès qu’ils voient un(e) homo, ils te se font des signes de croix partout, des incantations, ça te balance de l’encens et des herbes hallucinogènes en pagaille, ça se lamente en se tapant la tête contre les murs, ça fait des prières et tout ça, rien que pour faire vader rétro le ou la satanas. Pas toucher, des fois que ça soit contagieux. Alors, finalement, le mieux, c’est encore de les brûler ou de les lapider, leur faire très mal à ces saloperies de vermines. Brrrrr ! Y en a des qui sortent carrément le goudron et les plumes et même les battes de base-ball ou les barres à mine, histoire de corriger comme il se doit ces anomalies insupportables. Un peu comme pour les Juifs, en somme. D’ailleurs, on se souvient qu’à une certaine époque le protocole des soins à prodiguer était sensiblement le même.

    Bon, okay, aujourd’hui, tout ça s’est un peu calmé mais il y a encore des bien malades, des purs et durs, genre Civitas ou les salafistes (y en a d’autres), des trucs bien fachos, qui n’hésitent pas, dans cette société décadente, à bouffer du pédé au nom d’une saine morale d’essence divine et pour se rassurer aussi un peu sur leurs propres orientations sexuelles. Car c’est horrible, bien sûr, de vivre avec ce genre de doute. Ils aiment bien s’attaquer à des cibles faciles, ces psychopathes, ça les rassure sur leur virilité, sans doute. Tellement d’ailleurs que dans certaines « sociétés », dans certains groupes, portant haut les valeurs raffinées de l’Homme-le-vrai, on prend son pied en sodomisant les impétrants qu’on désigne sous le vocable de « bleus » ou de « bizuths ». Le plus beau est que ces gens-là se considèrent souvent, ou sont considérés par le reste de la société, comme constituant une élite exemplaire alors que, ce faisant, ils ne sont que de la graine de bourreaux. Allez comprendre !

    Ainsi, l’humanité sera en danger si les gays se marient. Voilà donc notre bon Benoit qui vient nous jouer les haruspices après avoir tenté de lire sa prophétie dans les entrailles de Boy George, lequel n’était évidemment pas trop partant en plus d’être Anglais, contraignant B16 à se rabattre sur J23, de moins bonne qualité quoique mieux disposé. Quand on pense que Madame Irma et sa boule de cristal pouvaient nous sortir les mêmes fadaises pour un prix incommensurablement plus modeste, on mesure les substantielles économies que l’église catholique pourrait réaliser par ces temps de crise en supprimant purement et simplement ce poste et ceux qui gravitent autour. Bien sûr, ce ne serait hélas pas la garantie de ne plus entendre ces tristes pitres nous agonir de conneries.

    Mais après tout, il n’est ni surprenant ni anormal que l’église défende ses dogmes les plus archaïques avec autant de zèle. Il est toujours sain de pouvoir se souvenir que derrière la façade toute de tolérance affichée qu’elles se donnent parfois, les religions ont beaucoup de difficultés à supporter la contradiction. Ça te parle d’amour alors que ça pense soumission. Et quand bien même leurs ouailles seraient adeptes du « laisser-faire » en vertu du principe, somme toute raisonnable, qui veut que chacun mène sa vie comme il lui plaît, il se trouvera forcément un hiérarque pour dire tout le mal que son église pense de cette liberté car les religions se donnent surtout pour vocation de régir nos vies jusque dans leurs recoins les plus intimes.

    S’agissant du mariage, il faut bien reconnaître qu’elles ont la primauté dans l’énoncé du principe. Ce qui est surprenant, c’est qu’un état laïque le reprenne dans ses grandes lignes sans rien y changer alors qu’il ne respecte pas l’égalité de tous devant la loi. Pourtant, d’un point de vue laïque, le mariage n’est pas et ne peut pas être un sacrement même si la Révolution a voulu un temps singer l’église. C’est simplement un acte public par lequel la société enregistre le désir de deux personnes de vouloir vivre ensemble et de s’entraider en partageant leurs ressources, dans certaines conditions précisées par un contrat spécifique ou généraliste. Ce n’est pas non plus un outil de politique nataliste puisque qu’il n’y a pas de lien entre l’acte public civil de mariage et la procréation. On peut avoir des enfants hors mariage ou ne pas en vouloir en étant mariés. Et l’État dispose d’autres moyens pour favoriser la natalité si le besoin s’en fait sentir, ce qui n’est pas le cas en permanence, et sans avoir recours à une morale religieuse.

    En réalité, le seul mariage civil conforme aux principes républicains et laïques, c’est le pacte civil de solidarité (PACS). Certes, ça manque un peu de décorum, ce qui convient parfaitement à certaines personnes mais je ne vois aucune raison pour que le PACS soit privé de la mairie ou que le mariage civil ne soit pas contracté au tribunal d’instance. Le reste n’est que fioritures laissées à l’appréciation de chacun.

    Quant à l’aspect familial que le mariage serait censé induire et garantir dans le seul intérêt des enfants, c’est se moquer du monde que de prétendre que le bonheur de ces derniers relèverait de l’hétérosexualité de leurs parents. Les faits-divers dont nos journaux sont si friands démontrent jusqu’à l’écœurement que les enfants sont souvent mis en danger par leurs propres parents à qui on ne pratique pas d’expertises psychiatriques a priori pour déterminer s’ils sont aptes à les élever ou non. S’il s’agit de donner amour, protection et éducation à un enfant, je ne vois vraiment pas ce qui disqualifierait les homosexuels sauf… l’homophobie d’une partie de la société pour refuser de reconnaître leur humanité pleine et entière en leur reconnaissant simplement l’égalité des droits.

    On trouve à ce propos des arguties à vomir comme Marion Sigaut qui voit dans le mariage des homosexuels un simple prétexte pour la création d’un droit exclusif aux homosexuels sur les enfants des autres au travers du droit à l’adoption. On ne voit en effet absolument pas pourquoi, alors qu’il s’agit d’instaurer une égalité de droits, redisons-le, il deviendrait plus facile d’adopter sous prétexte d’homosexualité alors que le problème de l’adoption (plénière) est justement le « manque » d’enfants pouvant en bénéficier. Pourtant, à bien y réfléchir, l’adoption est fondamentalement un droit donné à des gens sur des enfants qu’ils n’ont pas conçus. Le genre des parents adoptifs n’y change rien. Bien sûr, dans l’abjection, il est difficile de faire plus fin et délicat que Civitas qui promeut une campagne, évidemment reprise par Minute, où l’on voit deux hommes nus de dos, portant le drapeau arc-en-ciel, avec cette légende : « Confieriez-vous vos enfants à ces gens-là ? »
    D’autant plus surprenant que, dans notre société, même les fachos ont le droit d’en élever…

    D’autres, plus modérés et développant un argumentaire assez proche du mien, en viennent à la conclusion opposée, ce qui est bien sûr leur droit, en posant des questions assez surprenantes : « Mais une fois le mariage accordé aux homosexuels, comment pourra-t-on justifier l’interdiction du mariage incestueux ? Comment argumenter l’obligation de fidélité entre époux ? Quelles raisons invoquera-t-on pour s’opposer à la polygamie ? On ne pourra invoquer que la tradition, celle-là même qui s’oppose au mariage des homosexuels… »
    Un mélange des genres un peu incongru tout de même. Si la « tradition » et la loi interdisent le mariage incestueux, c’est peut-être aussi en raison des conséquences génétiques engendrées par ces unions. Mais enfin, même dans les familles les plus permissives, il est rare que les enfants d’une même fratrie s’aiment à ce point. Cela n’est pas une aspiration sociétale significative. L’obligation de fidélité ? En quoi est-elle incompatible avec l’homosexualité et en quoi la loi empêche-t-elle l’infidélité ? Quant à la polygamie/polyandrie, en vertu du droit de chacun à conduire sa vie comme il l’entend, je ne vois vraiment pas pourquoi elle est interdite en termes d’union civile lorsqu’elle n’est pas contrainte.

    Pour tout dire, les religions nous emmerdent à vouloir sans cesse intervenir dans nos vies. Ces gens-là sont les premiers à hurler à l’intolérance quand on se permet de les critiquer ou de les caricaturer mais ils ne se privent pas, eux, pour afficher la leur. De la très catholique prière à Marie du 15 août prochain, façon Sauvez la France, pour les uns, aux voiles et fanfreluches des autres, ce n’est que prosélytisme partout. Alors oui, je le dis, la seule façon de garantir l’égalité de tous devant la loi, c’est de vider les actes civils de toute connotation religieuse et d’appliquer et de faire respecter la loi de 1905 de séparation des églises et de l’état partout sur le territoire de la République. Cela n’empêche nullement tout un chacun d’agir ensuite en vertu des principes et des dogmes qu’il s’est librement imposés, selon ses croyances et, surtout, sans emmerder ses voisins. Basta !

    Pour finir, une fois n’est pas coutume, saluons une déclaration sur le sujet faite par Nadine Morano sur RTL. Ben oui ! Le bulot neurovégétatif a eu une pensée qui la rapproche temporairement du monde de l’intelligence. Il est cependant à craindre que l’effort consenti soit fatal à son neurone et nous prive de ses lumières pour un nouveau cycle de plusieurs siècles. Mais, même si ça reste très incomplet et surprenant, ça valait quand même la peine d’attendre ce moment rare comme le passage d’une comète. Comme quoi, l’homosexualité peut être source de miracles…

    Dieu soit loué ! Et pis, c’est tout !

    Sports de voiles

    dimanche 29 juillet 2012, par Marc Leblanc

    Il paraît que, en Egypte, a été lancée la première chaine télé 100 % musulmane et 100 % féminine. Elles sont toutes voilées, les filles qui y bossent, des présentatrices aux techniciennes, y a pas un poil qui dépasse. Il paraît même que le seul mec qui ait le droit de s’y rendre est le proprio. Encore un gros malin qui se constitue son harem !

    Le problème, apparemment, c’est que les Égyptiens sont, paraît-il, fétichistes à un point qu’on a du mal à imaginer et que la vue de ces nanas en niqab ou en hijab et tout ça, les met dans des états pas possibles. Au point que leurs femmes, à qui était censée être réservée cette chaine, se plaignent maintenant que leurs mecs arrosent plus souvent leur écran de télé que leurs petits jardins secrets à elles. C’est malin !

    A quoi ça tient l"érotisme ?

    Surtout que la chaine n’est pas cryptée, semble-t-il, et que les émissions holé holé sont diffusés après minuit comme dans certains pays laïques. Là, on imagine aisément la folie que ça doit être de voir toutes les pornostars égyptiennes s’envoyer en l’air sous leurs voiles sexy en récitant des sourates.

    Bon, tout ceci est faux, bien évidemment, hormis la création de la chaine à voiles. C’était juste histoire de détendre finement l’atmosphère. Quand même, ça valait bien la peine de faire une révolution pour en arriver là. Les Tunisiennes et les Libyennes vont certainement en pâlir de jalousie, au train où vont les choses. Il n’est pas impossible que d’ici peu ces pays se retrouvent à la case départ après avoir échangé des dictatures laïques contre des dictatures religieuses. Ça va motiver à mort les Syriens, ça, surtout quand on pense que leurs principaux soutiens sont les Saoudiens et Al-Qaïda. Et qui c’est qui va encore avoir l’air con dans l’histoire ?

    Il faut dire que l’époque est à la libération de la femme. La Fédération Internationale de Football Association (FIFA) vient d’autoriser, sous la houlette d’un de ses vice-présidents, un prince jordanien frère du roi du coin, le port du voile pour les footballeuses. Et tout ça, non pas parce que c’est un signe religieux, ce qui contrevenait aux règles de la Fédé, mais parce que c’est une coutume culturelle. Et personne n’a rien trouvé à y redire. C’est fort ! Faut dire aussi, que le Qatar va organiser la Coupe du Monde dans quelques années (en 2022 pour être exact). Même si c’est celle des hommes, mieux vaut pas trop contrarier ces gens qui ont tant de pognon et qui peuvent s’offrir tant de clubs de foot de par le monde et en particulier chez nous.

    Le Comité International Olympique n’est d’ailleurs pas en reste. Ces gros couillons avaient exclu l’Afrique du Sud du temps de l’apartheid jusqu’à ce que Mandela n’y prenne le pouvoir mais ça ne leur était pas venu à l’esprit de s’en prendre à tous ces pays qui n’envoyaient aucune femme dans leur délégation. Ce qui est contraire à la charte olympique qui interdit toute discrimination. Finalement, ils ont fini par s’intéresser à la question après s’être fait un peu secouer les plumes mais ils ont aussi fini par céder aux exigences des Iraniens, notamment, qui avaient monté des jeux islamiques où les femmes pouvaient participer librement mais à condition d’être voilées. Du coup, la chose a été étendue aux JO, en contravention formelle avec la charte qui interdit toute expression politique ou religieuse. On se souvient que, en 1968 à Mexico, deux athlètes américains avaient été exclus pour avoir brandi leurs poings pour défendre les droits civiques des Noirs.

    Ici et là, des voix se sont élevées contre ces capitulations assez peu glorieuses qui galvaudent l’esprit du sport et bafouent la liberté des individus. Il est vrai que ces instances ne brillent qu’assez rarement par leur défense des valeurs universelles ramenées de plus en plus souvent à de simples valeurs occidentales au nom de la relativité interculturelle. Pourtant la liberté de conscience, ça ne se discute pas, me semble-t-il même pour une Iranienne. Et personne ne nous fera croire que 100 % du peuple iranien est musulman ou que 100 % des musulmans iraniens sont pratiquants. La seule chose dont on peut être sûr, c’est qu’on ne verra pas une seule femme non voilée dans la délégation iranienne. Ce n’est certainement pas promouvoir le sport pour tous que d’accepter ces dérives prosélytes et intolérantes.

    Bien sûr, on peut toujours prendre les choses à la rigolade en moquant ces filles couvertes de la tête au pied se défonçant sur les stades et sur les terrains par des températures caniculaires. Ou s’extasier devant leur prouesse. C’est sûr qu’entre les culs des Brésiliennes au volley de plage et les tuniques des Iraniennes et autres Jordaniennes au 400 m ou au foot, y a pas photo. Mais le sport, ce n’est pas que ça, quand même. On rigolera sans doute moins si, un jour, un de ces pays organise ces si sublimes manifestations pompes-à-fric et propagandistes et imposent à nos athlètes de respecter leurs coutumes au nom de la relativité des cultures et de l’égalité entre les concurrentes. Et, en attendant, celles qui n’acceptent pas ce diktat religieux sont obligées soit de renoncer, soit de s’exiler pour pratiquer leur sport !

    Pour en savoir plus, le mieux est de lire le livre d’Annie Sugier, présidente du comité Atlanta luttant contre la discrimination des femmes dans le sport, et qui publie aux Éditions Jourdan, « Femmes voilées aux Jeux olympiques. »

    Édifiant !

    Le pain et le sel

    Histoire ordinare du racisme ordinaire

    mercredi 2 mai 2012, par Marc Leblanc

    Avec presque 41 % des suffrages exprimés qui se sont portés sur le Front National, Bédarrides semblait faire figure de cas d’école et symboliser aux yeux de la presse quotidienne régionale (PQR) ce vote un peu curieux, pas facile à cerner. Et cela d’autant moins que, si on considère un peu la vie de la commune, on est loin de l’enfer qu’on nous décrit en parlant des villes voisines et de leurs quartiers. Oui, ces fameux quartiers qui sont autant de zones de non droit dit-on.

    Ici, on a bien de temps à autres quelques cas de délinquance de nature à mériter un article dans la PQR mais, franchement, c’est pas Chicago. Pas de quoi faire vivre un journal, en tout cas. Quant à « l’invasion », honnêtement, c’est pas ici qu’il faut chercher pour remplir des charters. Côté religion, pareil : j’ai aperçu, il y a quelques mois, une jeune femme portant un foulard sur ses cheveux mais c’est tout. J’ignore même si elle habite ici tellement ce genre de rencontre est rare (pour moi). Ceci dit, je ne passe pas tous les jours en centre-ville et je ne fais pas la sortie des écoles pour dresser des statistiques. Quand même : le musulman est rare à Bédarrides.

    Du coup, la Provence a envoyé son meilleur grand reporter pour venir ausculter ces gens en apparence schizophrènes. Là où on reconnaît tout de suite la patte de la professionnelle (oui, c’est une dame), c’est qu’elle a su sans hésitation repérer le véritable vivier d’électeurs pro-FN : le zinc du bar du club de rugby. Faut dire que c’est le plus proche de la gare SNCF et qu’on est obligé de passer devant quand on débarque du train, ce qui devait être le cas de notre enquêtrice. Je ne vois pas d’autre explication. On apprend ainsi que ce bar serait même le rendez-vous des Bédarridais. Comme qui dirait, notre « café de Flore » à nous. Bon, je veux bien surtout si l’idée c’était de débusquer l’électeur frontiste : un bistrot c’est encore le mieux.

    L’article en lui-même ne nous apprend pas grand chose, hélas ! Même pour un village de 5209 habitants, il faudrait plus qu’une visite éclair d’une matinée et un article d’un quart de page pour commencer à dresser le portrait de cet animal. On a tout de même droit à quelques idées-forces comme celle du « village gaulois qui voterait FN par prévention, pour éviter les emmerdements. » Pauvre Astérix ! Un autre nous dit que « le village est fermé. Ici, on défend ses terres. On ne veut pas de logements sociaux… On veut rester entre Bédarridais, etc. » Les tracts de l’opposition municipale, lors de la dernière élection éponyme, étaient très clairs sur ce point.

    Reste que je ne suis pas très convaincu de la représentativité de l’échantillon même si toutes ces braves gens expriment une part de la vérité possible. Sauf que ces arguments-là ne sont pas très nouveaux et qu’ils ne sont pas forcément majoritaires. Mais on n’en saura pas plus pour l’instant. Il s’agit donc d’un article de La Provence du 24 avril qui ne semble malheureusement pas disponible en ligne.

    Certains y verront peut-être une relation de cause à effet mais, moins d’une semaine après, des inscriptions racistes sont venues souiller les murs d’une maison en construction : « On veut pas de toi sale batard », « sale arabe barre toi. » Tout en majuscules et sans faute d’orthographe ce qui, malgré la simplicité du message, est assez remarquable. La force de l’habitude, sans doute. Je vous le donne en mille, les gens qui construisent cette maison sont bien des Français « musulmans d’apparence », comme le disait encore récemment un futur ancien président de la République.

    Des injures racistes, on en voit parfois quelques-unes sur les murs. Ça doit correspondre à des phases de crises aiguës qui ne sont pas nécessairement synchrones avec le calendrier électoral. Comme dit le maire, ce serait « un excité qui ne sait pas retenir ses pulsions ». On est quand même ravis qu’il ne manie que la bombe de peinture, l’excité mais ce serait bien qu’on lui mette la main dessus avant que ses pulsions de haine ne le conduisent à de pires extrémités.

    Personnellement, je me fiche de savoir si notre courageux gugusse a eu un orgasme après l’annonce des résultats de sa walkyrie au point de devoir s’aventurer dans la nuit glaciale pour déverser son message immonde sur un mur. Je pense que ces injures ne souillent pas que ce mur. Elles n’insultent pas seulement ces gens. Je me sens aussi insulté et je pense que tout le village est également insulté. Ces injures sont un affront fait à nous tous.

    Je ne trouverais pas incongru que nous offrions à ces gens le pain et le sel, comme la coutume le voulait dans l’Antiquité et encore aujourd’hui dans certains pays. Le pain et le sel pour leur signifier qu’ils sont les bienvenus parmi nous et pour les remercier d’avoir choisi notre ville pour s’y installer et y vivre en paix. En paix avec nous tous. En paix, comme nous tous.

    Sales bêtes à Bon Dieu

    mardi 20 décembre 2011, par Marc Leblanc

    Il y a une petite quinzaine de jours, la Ville d’Avignon, dans son programme des fêtes de fin d’année (page 12), invitait tout un chacun à participer à une « fête des lumières » qui n’avait pas grand chose de commun avec le grand siècle, celui des Lumières, mais tout avec une obscure pratique religieuse remontant au XVIIième siècle :

    FÊTE DES LUMIÈRES
    Le 8 décembre, la ville renoue avec la fête des lumières.
    Le Palais des Papes sera illuminé de 1 000 lampions. Dès 18h, participez à cette fête en posant des lampions sur vos fenêtres et en participant à une des trois “processions lumineuses” qui partiront simultanément des églises Saint-Pierre, Saint-Agricol et Saint-Didier pour rejoindre le Palais des Papes.

    Tradition tombée pour le moins en désuétude et remise au goût du jour par ci par là, essentiellement pour attirer le chaland. Comme à Lyon, mairie socialiste, ce que n’a pas manqué de souligner madame la Maire d’Avignon (UMP), dans sa réplique à l’énervante Fédération Départementale de la Libre Pensée qui lui cherchait des poux dans la tête pour avoir laissé paraître dans la plaquette municipale un appel à participer aux processions religieuses. L’édile avignonnais arguait du fait que certaines traditions religieuses étaient pour ainsi dire tombées dans le domaine public et qu’elle ne voyait pas à quoi rimait le mauvais procès que les laïcards ci-dessus cités lui faisaient.

    C’est vrai, quoi ! Elle n’a pas trop tort, madame Roig : Noël et Pâques, notamment, sont effectivement devenues bien autre chose que les événements religieux qu’elles sont censées célébrer. Plutôt des fêtes pour les marchands du Temple, engeance qui, si mes souvenirs de catéchisme sont exacts, avait eu le don d’énerver le petit Jésus grave ! On a vu comment s’est terminée cette querelle : Ponce Pilate, le Golgotha, la croix et tout ça. Ça fait jamais que 2011 ans (environ) qu’on nous bassine avec…

    Cela dit, j’arrive à peu près à comprendre que pour faire marcher le commerce d’une ville, belle de surcroit et assez agréable à vivre, une municipalité la pare des plus beaux atours pour attirer touristes et gens d’à l’entour. La lumière est un bon argument qui se suffit à lui-même pour exalter la beauté des immeubles et des monuments du lieu. Mais de là à aller puiser dans le passé religieux de la ville ou du pays en faisant mine d’oublier que bien des événements se sont produits depuis qui ont changé la manière dont les gens appréhendent le vivre ensemble me paraît non seulement curieux mais aussi suspect. La Vierge Marie est certainement une personne super-cool et hyper-sympa mais, franchement, pour admirer l’illumination d’une façade de pierre, je m’en cogne avec entrain. Et m’inviter de surcroît à suivre une procession à la gloire de la dame, là, c’est pousser le bouchon un peu loin. La FDLP 84 a bien raison de le souligner : cette invite n’a rien à faire là, il s’agit bien d’une violation de la loi de 1905 portant séparation des églises et de l’État.

    J’ajoute que cette promotion cléricale est pour le moins plaisante dans une ville comme Avignon qui, certes, aujourd’hui, vit assez grassement de son passé pontifical mais qui fut aussi l’une des premières à sonner la révolte contre la suzeraineté papale en 1790, allant jusqu’à mettre la pâtée aux troupes papistes de Carpentras, et par deux fois. Révolte qui conduisit au rattachement d’Avignon et du Comtat Venaissin à la France révolutionnaire. Souvenez-vous ! Bizarrement, ce bouleversement-là n’est guère mis en avant alors qu’il a changé la ville et sa région en profondeur et démontré la soif de liberté et de tolérance des Avignonnais. Toutes choses que le pouvoir clérical leur refusait, est-il nécessaire de le rappeler ?

    La semaine dernière, deux députés UMP du Vaucluse (MM. Ferrand et Bouchet) ont brièvement défrayé la chronique locale en soutenant publiquement un texte de leur congénère de l’Isère (M. Remiller) dénonçant les persécutions subies par les Chrétiens de par le monde pour conclure sur l’exemple de récents spectacles et autres œuvres dont la caractéristique première n’est pas de promouvoir l’imagerie christique comme le souhaitent ses thuriféraires. C’est vrai que question persécution, ça fait peur !
    Fameux raccourci tout en délicatesse qui vient à point pour réconforter les nazillons en soutane d’un groupuscule pompeusement nommé « institut Civitas », hurlant à la mort devant le théâtre du Rond-Point de Jean-Michel Ribes où se donne la fameuse pièce « Golgota Picnic ». Ainsi va la droite populaire de Sarkozy : question ratissage large, ça ne craint pas les voisinages douteux. Mais on a l’habitude. Il est vrai que ces messieurs réagissent en « hommes chrétiens » inutilement blessés dans leur croyance par les œuvres décriées qu’ils n’ont probablement pas vues.

    Qu’on excuse mon ignorance : je ne savais pas que nous élisions nos députés selon leur appartenance religieuse. Je ne savais pas que dans notre république laïque, le rôle de nos députés était de légiférer en fonction de leurs convictions religieuses. Qui parle de communautarisme, déjà ?

    Du coup, l’un des responsables du machin fondamentaliste se prend à rêver au vote d’une loi qui interdirait à la puissance publique de subventionner des œuvres pouvant choquer les fidèles des différentes religions. Rien moins ! Il est mignon, le petit.

    Et qui c’est qui va déterminer si une œuvre choque les croyants de telle ou telle religion ? Je leur souhaite bien du courage à ces rigolos. Ça promet de belles discussions y compris pour des œuvres à caractère religieux qui froisserait le poil des fidèles du commerce voisin. Chouette, voilà le retour des guerres de religions, croisades et autres pogroms qui s’annonce. Installons-nous confortablement et regardons ces branquignoles s’entretuer ! Quel délice !

    Encore une fois, voilà bien la plus répugnante façon de se poser en parangons de vertu et de décider de ce qui est bon pour tous au travers du seul prisme de leurs croyances étriquées. Ainsi que le dit Mme Roig, avec laquelle je suis pour une fois d’accord, personne n’oblige ces gens à aller voir quelque chose qui peut les choquer et qui n’est pas exposé sur la voie publique. Mais ces gens-là n’en ont cure. Il en faut toujours plus pour honorer leurs dieux. Dans certaines campagnes, on étrangle l’école publique et laïque au profit de l’école catholique voisine. Voilà de la bonne gouvernance des fonds publics. « La culture est une courroie de transmission importante de l’antichristianisme » disait le 14 décembre dans La Provence l’autre agité du calice cité plus haut. Mais oui, c’est bien sûr : tuons la culture ! Ce fléau des chapelles, mosquées et autres temples !

    Ah ! Que revienne le temps de l’Inquisition, de la Question et des bûchers, de l’ignorance généralisée (pour les gueux) et de l’obscurantisme, seules valeurs et seuls outils capables de diffuser largement la gloire des religions auprès du plus grand nombre. Comme au bon vieux temps. Redorons un peu le blason de ces églises si exemplaires, à la morale si rigoureuse et immaculée, et où l’on aime tant faire venir à soi les petits enfants…

    Qu’on ne se méprenne pas. Je vis avec une personne croyante et qui pratique également, de temps à autre. Une personne qui est capable de se retirer dans une église ou une chapelle pour prier quand le besoin s’en fait sentir. Comme le disait Brassens parlant du Père Duval, « la calotte chantante » : « elle me laisse dire merde, je lui laisse dire amen » et chacun respecte la philosophie de l’autre. C’est une affaire intime. Ce ne sont pas les gens comme elle qui pourrissent la vie de leurs contemporains. Sa foi serait presque exemplaire, en fait, car discrète et sans prosélytisme. Non, ce sont tous ces minables censeurs à calotte, à barbe, à frisettes, tous ces gens qui se disent toujours victimes des infidèles et des blasphémateurs et qui n’hésitent pas, quand ils ont le pouvoir, à envoyer leurs contempteurs ad patres. Tous ces gens qui vous vendent la miséricorde divine sans en avoir le moindre échantillon sur eux.

    Qu’ils nous foutent la paix, qu’ils s’étouffent dans leurs anathèmes et qu’ils aillent dans leur foutu paradis empoisonner la vie éternelle des saints et des anges. Mais qu’ils nous oublient et nous laissent penser ce que nous voulons de Jésus, d’Allah et de toute la clique.

    C’est peut-être à ça qu’on doit reconnaître la perversité de Dieu : avoir créé les religieux et les fondamentalistes pour pourrir la vie des pauvres gens.

    Ce monde est vraiment merdique !

    Je n’ai guère été convaincu par la nécessité, martelée par l’UMP et quelques autres, d’un débat sur la laïcité. Je le suis d’autant moins que, dans l’air ambiant, j’y vois une façon assez détestable de pointer l’islam et sa pratique dans ce pays. Donc, en définitive, les musulmans de France.

    Le prétexte est assez surprenant : la loi de séparation des églises et de l’État de 1905 aurait été conçue et votée à une époque où l’islam n’existait pas ou était quasi-inexistant en France.
    Ceux qui le professent veulent sans doute parler de la France métropolitaine et tiennent à l’écart l’empire colonial où ce n’était certainement pas le cas. D’accord, l’empire n’était pas la France. Soit ! Mais quid de l’Algérie, par exemple, qui constituait alors plusieurs départements depuis 1902 et faisait donc partie de la République ? On ne peut donc pas dire qu’il n’y avait pas de musulmans en France en 1905.
    Bien sûr, on peut toujours arguer que cette loi visait essentiellement la religion catholique, largement majoritaire, ce qui n’est peut-être pas totalement faux — tout au moins pour la genèse de l’affaire — mais occulte le fait que la loi est essentiellement un compromis bien loin des positions les plus dures, tant chez les anticléricaux que chez les cléricaux.
    Sans doute, les mêmes font-ils un parallèle avec le Concordat de 1801 et ses avenants, qui voulaient régir les relations entre l’État et l’église catholique, surtout, ainsi qu’avec les églises réformées, par extension, et qui furent peu à peu étendus à d’autres religions (d’abord le judaïsme). En fait, ils étaient surtout un moyen pour l’État de contrôler les religions. Mais, effectivement, le Concordat ne s’embarrassait guère de l’islam qu’il ne voyait même pas. Cependant, on peut penser sans grand risque de se tromper qu’il aurait fini par le prendre en compte.

    La loi de 1905, quant à elle, est un texte de portée générale — disons universelle — qui, comme telle, est applicable aux relations entre l’État, les individus et n’importe quelle religion. La découverte soudaine par certains que l’islam est devenu la deuxième religion de France ne change rien aux principes qu’elle pose et qui fonctionnent plutôt bien dans l’ensemble depuis plus d’un siècle.

    Certes, il y a bien quelques entorses comme, par exemple, de passer des écoles privées confessionnelles sous contrat pour en permettre le financement par l’État… Ou d’inscrire des édifices religieux à l’inventaire des Monuments Historiques pour en faire supporter l’entretien par l’État et les communes même s’il est vrai aussi que la République s’est appropriée les biens de l’Eglise sous la Révolution et que, forcément, il en reste quelque chose… Et d’autres encore, sans doute.
    Il n’en reste pas moins que les exceptions les plus notoires sont l’Alsace et la Moselle, pour des raisons historiques, et, dans une moindre mesure (quoique, mais je parle ici de notoriété), la Guyane et Saint-Pierre-et-Miquelon. La France est une république une, indivisible, laïque et sociale, dit la Constitution… C’est d’un beau !

    C’est donc sans doute pour coller à ce débat essentiel que France 2, la semaine dernière (les 12 et 13 avril, si mes souvenirs sont exacts), nous a gratifié de deux reportages dans ses journaux de 20 heures successifs.

    Le premier avait trait, je vous le donne en mille, aux lieux de prières musulmans ou plutôt à leur pénurie qui, dans certaines villes, contraint les fidèles à prier dans la rue. Forcément, ça fait désordre. Il y avait même un pauvre gars qui déclarait que, une fois par semaine, le vendredi, il ne pouvait pas sortir sa moto pendant une heure. Là, j’ai compati. Pour autant, il n’avait pas l’air trop marri et semblait plutôt narquois, comme s’il voulait faire plaisir au journaliste qui avait absolument besoin de faire l’inventaire des nuisances causées par cette occupation de l’espace public.
    Et comme, s’il manque des mosquées, il faut donc en construire et qu’on ne trouve pas l’argent sous les sabots d’un cheval, France 2 nous remet le couvert le lendemain avec un reportage aux petits oignons sur l’Alsace et la Moselle nous expliquant le régime concordataire. Ben, ça faisait presque envie, si ! Là-bas, dans la France frontalière de l’Est, les pouvoirs publics peuvent participer au financement des édifices religieux, à leur entretien et bien plus encore puisque les ministres du culte y sont salariés par l’État.
    Et tout ça nous est présenté comme le summum de la transparence, à l’opposé de l’hypocrisie qu’engendrerait ailleurs la loi de 1905. Le truc hyper-cadré, contrôlé, tarifé et, osons le mot, génial. Presque on nous convaincrait que si on avait ça dans la France de l’intérieur, on n’aurait plus aucun problème pour construire des mosquées et autres temples. Que du bonheur, en somme. D’ailleurs, on voyait un responsable musulman heureux dont la mosquée en construction — un édifice monumental avec une salle de prière pouvant accueillir 3000 personnes, je crois — était partiellement financée sur les deniers publics. Ben voyons !

    A se demander pourquoi ne pas abroger cette fichue loi de 1905 ?

    Comme toujours, ces reportages ne font qu’effleurer le sujet. L’argent n’est pas tout et la séparation des églises et de l’État n’explique pas tout.
    A mon humble avis, il serait peut-être bon de s’interroger aussi et d’abord sur les difficultés que rencontrent les musulmans à construire des mosquées ou à simplement aménager des salles de prière, du fait de l’hostilité de leur voisinage. J’ai dans l’idée que, même si l’État et les collectivités territoriales ouvraient les robinets en grand, il restera encore longtemps plus facile de construire une église ou une cathédrale en béton, même hideuse (ça existe), qu’une mosquée, aussi belle et modeste soit-elle. Allez savoir pourquoi ?

    Pourtant, personnellement, je ne vois absolument aucun inconvénient à voir pousser des minarets ici ou là. Les musulmans sont des citoyens comme les autres — du moins, ils devraient être considérés comme tels — et comme les autres, ils ont droit au respect de leurs convictions dès lors que leur expression ne remet pas en cause les lois de la République. En cela, légiférer, comme le propose l’UMP, avec ses 26 propositions, sur la base d’une seule religion n’a pas de sens et peut s’avérer bien pire pour la laïcité que la situation actuelle. La loi de 1905 est un point d’équilibre qui satisfait la grande majorité des Français car elle leur permet de vivre en paix avec leurs voisins quelles que soient leurs convictions religieuses. Par ailleurs, il existe déjà des lois républicaines qui régissent de nombreux aspects que ces propositions veulent pointer (abattage rituel, scolarité obligatoire, respect de la neutralité de la fonction publique et des fonctionnaires, financement des associations cultuelles, etc.). Il suffit de les appliquer.

    Toutefois, les lois de la République ne doivent pas être détournées pour stigmatiser une religion et pénaliser ses adeptes. Les musulmans, pas plus que quiconque, ne doivent avoir le sentiment d’être traités comme des cas « à part », pour ne pas dire anormaux et indésirables. Si les mentalités doivent évoluer, c’est aussi chez les non-musulmans. Car c’est bien le rejet de l’autre qui favorise le communautarisme et génère certains raidissement dont les médias aiment faire leurs choux gras. Le respect ne peut être que partagé, il ne peut être à sens unique et, de ce point de vue, certaines administrations ont encore des progrès à faire.

    En fin de compte, si « la voix de son maitre » semble revenu à une approche plus mesurée du débat foireux et tout de même foiré sur l’islam la laïcité, selon le Monde, il me semble qu’il serait bien aussi de ne pas oublier que la laïcité n’est pas seulement une affaire de religions. C’est aussi l’affaire des athées et agnostiques qui, eux, en la matière, n’exigent rien si ce n’est que chacun fasse avec sa conscience et foute la paix aux autres. Il est d’ailleurs assez curieux que l’État, par l’entremise du gouvernement, fasse si grand cas de la religion au moment où il se désengage de tout, notamment de l’Éducation (publique). Peut-être faut-il y voir la concrétisation de l’idée formulée par le chanoine de Latran, selon laquelle « dans la transmission des valeurs et dans l‘apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l‘instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur. »

    Favoriser la religion plutôt que la justice et la cohésion sociales, voilà bien une conception qui oublie une partie non négligeable de la société et pas des moins productives en termes de pensée. Une vision anti-laïque qui explique certainement tout le reste.

    Un espoir enfin

    Ou l’éternelle alliance du sabre et du goupillon

    mardi 20 juillet 2010, par Marc Leblanc

    Un entrefilet dans La Provence du 20/07/2010 et un article plus complet sur son site :

    (extrait)

    La foi, les religions et les œuvres de charité jouent un rôle primordial pour surmonter les conséquences de la crise économique et financière, ont estimé lundi les présidents de la Commission, du Conseil et du Parlement européens.

    José Manuel Barroso, Herman van Rompuy et Jerzy Buzek ont par ailleurs estimé que l’Europe devait s’inspirer de l’expérience des Eglises et communautés religieuses dans la lutte contre la pauvreté.

    Au moment où, partout en Europe, se développe une offensive sans précédent pour, paraît-il, assainir les finances des Etats en réduisant les salaires et en démantelant protection sociale des citoyens et services publics — pour leur substituer des entreprises privées axées sur le profit —, et, notamment, la Santé et l’Education, voilà que les trois pitres du machin européen ont trouvé LA solution pour mettre du baume sur les plaies ouvertes des misérables : la foi et la charité.

    C’est effectivement un peu plus pimpant qu’une politique sociale fondée sur la justice et la solidarité et ça coûte bien moins cher. Ça a, de plus, l’avantage de ne pas écorner les sacro-saints principes ultra-libéraux de cette Europe qui ne jure que par les marchés, par essence (divine ?) infaillibles !

    Et c’est finalement d’une cohérence implacable : la soumission au dogme qui définit un ordre social immuable, la fatalité des vicissitudes humaines posée comme un principe intangible puisque résultant de la volonté divine et l’espoir d’une vie bien meilleure, dans l’au-delà, pour ceux qui se seront conformés aux paroles de leur dieu miséricordieux. Ou, s’ils sont du bon côté du manche, qui auront fait acte de charité à l’égard des malheureux.

    Crevez en silence, braves gens, l’Europe et Dieu vous récompenseront juste après votre mort !

    Le joli programme que voilà ! La bourgeoisie du XIXième siècle (et même d’après) ne l’aurait certainement pas renié. Charité bien ordonnée commence toujours par soi-même et ces gens-là en savent quelque chose (les autres aussi, d’ailleurs !). Quelle témérité dans la marche vers le progrès, vraiment ! Le siècle des Lumières et ses philosophes se voient renvoyés dans les culs de basses fosses. Dieu, enfin, est de retour pour régler la vie des petits. Vive l’Europe !

    L’année 2010 est placée dans l’UE sous le signe de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale et la stratégie Europe 2020 récemment adoptée par l’UE prévoit de diminuer de 25% d’ici dix ans le chiffre actuel de 84 millions de pauvres en Europe.

    Même si, promis juré, les « organisations philosophiques et non-confessionnelles seront quant à elles reçues à Bruxelles sur le même thème le 15 octobre », il est proprement hallucinant de voir ainsi une institution politique en appeler aux religions et à leurs pantins pour prétendre résoudre les catastrophes qu’elle a elle-même engendrées par son dogmatisme.

    Le traité de Lisbonne prône « un dialogue ouvert, transparent et régulier avec les associations représentatives et la société civile » nous dit-on, comme s’il s’agissait d’un exercice démocratique ordinaire. Or, il s’agit rien moins que de justifier la prise en compte des exigences des différents groupes de pression économiques, d’une part, et, d’autre part, celles du Vatican, symbole des « racines chrétiennes de l’Europe ». Que les musulmans et les israëlites soient associés à la fête n’est qu’une mascarade destinée à calmer les remous que cette prétention avait suscités lors des débats autour de la Constitution européenne.

    Voilà donc qui va être la cause d’un orgasme intempestif chez le grand crétin pontife et chez ses charmants comparses qui pourront voir venir à eux les petits enfants. Et chez tous ceux qui ne jurent que par la prééminence des lois prétendument divines sur celles des Etats laïques.

    Qu’ils aillent au diable ! Le « curé mieux que l’instituteur », cher à notre bienheureux chanoine de Latran, se voit conforté par un « la charité plutôt que la solidarité » qui sonne comme une nouvelle claque à la laïcité.

    Va falloir ressortir les plumes et le goudron, semble-t-il !

    Et pis c’est tout !

Pages 1 | 2

SPIP | thème par ydikoi | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0