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[Blogue] 6 juin 1944 : un hommage au rabais

vendredi 5 juin 2009

Ceux qui me connaissent peu ou prou le savent : j’ai une vraie passion pour l’Histoire. Celle avec un grand « H ». Celle des évènements qui ont jalonné l’histoire des peuples et des gens sans importance, comme moi.

Concernant notre Histoire (relativement) récente, et au-delà des contextes politiques qui contribuent à l’expliquer, j’éprouve un profond respect pour ces gens qui ont sacrifié leur vie pour libérer le monde du monstre nazi. Je dirais même que c’est un respect presque viscéral. L’évocation du débarquement du 6 juin 1944, qui reste sans conteste la plus vaste opération militaire de tous les temps, me donne toujours la chair de poule. Comment exprimer la reconnaissance due à ces femmes et à ces hommes qui sont venus libérer notre pays ? Aucun mot ne peut exprimer le respect que nous devons à leur courage et à leur sacrifice.

Pourtant, la guerre m’écœure. C’est rien de le dire.

Visiblement, ce genre de question n’effleure pas l’esprit étriqué de celui que les Français se sont donnés pour président. Cet homme-là est trop préoccupé par sa petite personne et par une recherche maladive d’une reconnaissance qu’il ne mérite pas et d’un prestige qu’il n’aura jamais.

Ainsi, pour le 65ième anniversaire du débarquement, notre furoncle vient, une fois de plus, de donner une fort élégante illustration de son inconsistance.
En voulant se donner de grands airs de sauveur du monde et, accessoirement, de l’Europe, et apparaître seul comme un grand sur la photo aux côtés du très médiatique président Obama, il a tout simplement réussi le tour de force d’offenser le dernier chef d’état encore vivant à avoir participé (et sous l’uniforme) à la dernière [1] guerre mondiale : la reine Elizabeth d’Angleterre (83 ans). Et, à travers elle, les peuples britanniques qui ont payé un lourd tribut à ce conflit. Une paille ! Une belle prouesse pour notre petit président qui, il y a environ un an, a été reçu en grande pompe chez la « Queen ». Bravo, la diplomatie sarkosyenne !

A force de cirer les pompes aux Américains, Nicolas le Petit donne la mesure de son insignifiance. Certes, les États-Unis ont été les maîtres d’œuvre de la victoire finale et le peuple américain a payé plus que sa part de sang et de larmes. Mais on ne peut pas oublier que le Royaume-Uni a tenu seul durant quasiment un an et demi face aux nazis (de juin 40 à décembre 1941, date de l’entrée en guerre des États-Unis, suite à l’attaque japonaise contre Pearl Harbour) et même après.
On ne peut pas oublier, non plus, que l’Angleterre a accueilli des combattants venus de toute l’Europe occupée (Polonais, Tchèques, etc.) parmi lesquels le Général de Gaulle et les Forces Françaises Libres, qu’elle a équipés et qui ont renforcé les armées britanniques.
On ne peut pas oublier, enfin, que les Britanniques et les Canadiens étaient présents le Jour J, pour l’opération Overlord, d’ailleurs partie d’Angleterre : les Britanniques sur les plages Gold et Sword ; les Canadiens sur la plage Juno.

Au total, 17500 soldats britanniques et 5300 soldats canadiens sont morts pour libérer la France. Avec une mention spéciale pour les Canadiens, envoyés au casse-pipe pour tester le dispositif allemand, à Dieppe, le 19 août 1942. Bilan : sur 5000 hommes débarqués, 1200 tués, 3000 blessés ou prisonniers.

Certes, on ne peut opposer ces morts-là aux morts américains ni à d’autres. Ce serait totalement abjecte. La plage d’Omaha fut certainement la plus meurtrière du débarquement et plus de 400000 soldats américains (sur 17 millions) ont perdu la vie au cours du conflit.

Reste que si l’hommage est nécessaire, indispensable, le geste de Sarko est un camouflet à tous ces morts passés au rang des accessoires pour de vils motifs de politique politicienne.

Car, le président, fidèle à son mépris des principes démocratiques, n’a pour seule ambition que son propre service. La campagne officielle pour l’élection du Parlement Européen sera close depuis la veille... pour tout le monde sauf pour lui et l’UMP. La commémoration du Débarquement est donc transformée, par la grâce de Sa Majesté, en ultime tribune électorale pour faire valoir tout ce que l’Europe, le monde et la France doivent à ce type.

Un tel égocentrisme, un tel narcissisme, ne confinent pas seulement à la pathologie. C’est aussi le signe extérieur d’une rigueur morale non pas défaillante mais tout simplement inexistante. Cet homme est tout de même censé représenter notre pays, un pays qui doit sa liberté au sacrifice de milliers d’hommes et de femmes, pas seulement américains. L’oublier et les mépriser de la sorte est aussi une injure faite à la France et, pour tout dire, une abjection.

Une de plus.

Notes

[1à ce jour mais tous les espoirs d’une suivante ne sont pas perdus

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