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[Blogue] Adieu Macha...

dimanche 26 avril 2009

C’était à la fin des années 70 et au début des années 80. En ce temps-là, nous vivions en région parisienne [1] et chaque fois que nous le pouvions, nous rompions avec cet exil professionnel pour « redescendre » en Provence, retrouver la famille et les amis.

A l’époque, nous avions une 2CV4. Pour ne rien perdre de ce précieux temps de vacance, nous prenions la route en début de soirée. C’était aussi pour une raison pratique : notre bébé « ferait sa nuit » tranquillement, bercée par le ronronnement du flat. C’était un ange, notre petite puce, que rien ne perturbait. Et puis, à l’époque, j’aimais bien rouler de nuit sur les routes désertes et traverser tous ces villages endormis, parfois même pas éclairés. C’était une sensation étrange que d’être seuls au monde au milieu de nulle part.

Nous roulions donc la nuit, par la Nationale 6, puis par la 7, après Lyon, bien sûr. On arrivait ainsi au petit matin, à l’heure du premier biberon. Avec la deux-pattes, l’autoroute ne nous aurait de toute façon pas fait « gagner » beaucoup de temps, et puis, nous étions contre le principe de payer une seconde fois ce que nos impôts avaient contribué à construire. Et puis, fallait aussi compter les sous et l’autoroute, ça n’a jamais été donné !

Pendant que mon trésor dormait à l’arrière, dans son couffin, la radio nous accompagnait. Ce n’était d’ailleurs pas un autoradio mais bel et bien un poste portatif, assez encombrant tout de même, que nous bourrions de grosses piles et que nous coincions sous la planche de bord. Nous écoutions France Inter dont les programmes du soir et de la nuit étaient riches de diversité.

C’est ainsi que j’ai découvert Macha Béranger. Après les informations de minuit, sa voix grave et douce, si particulière, emplissait l’habitacle et elle y apportait une sorte de sérénité. Écouter la voix de Macha, c’était comme faire une cure de relaxation. De plus, elle entamait, avec les auditeurs qui l’appelaient, des conversations que je trouvais passionnantes. Ils parlaient de toutes sortes de choses, souvent de problèmes personnels et elles les y poussait sans rien imposer, sur un ton calme ou enjoué qui n’était jamais sentencieux. Elle redonnait aux plus pessimistes un peu de sa flamme de vie, les encourageait à reprendre le dessus, sans donner de leçon, en les poussant à l’introspection, à aller puiser en eux-mêmes la force de remonter.

Il y avait des « habitués ». Des gens qui rappelaient plusieurs jours ou plusieurs semaines après pour donner des nouvelles et pour lui dire combien elle leur avait fait de bien, par ses simples paroles et par son écoute. Car c’était des silences aussi, ces conversations. Étonnamment, même à la radio, cela n’était pas saugrenu.

Et puis, elle envoyait un disque, toujours une musique excellente, pour passer d’un auditeur (homme ou femme) à l’autre. Parfois même, le morceau choisi servait d’introduction à la conversation suivante ou de relance à celle en cours.

Il y avait beaucoup de délicatesse chez Macha, dans l’ambiance qu’elle créait et qui favorisait une complicité étonnante. On écoutait, sans faire aucun commentaire, comme on aurait écouté deux amis échanger devant soi.

Je n’ai jamais été réellement assidu aux émissions de Macha. Et pour cause : en général, la nuit, je dors. Mais j’ai eu de nombreuses occasions de l’écouter, de loin en loin, toujours avec un plaisir immense, comme on retrouve une vieille amie. Ce que d’autres disaient, parfois, j’aurais pu le dire. C’est donc un peu à moi aussi qu’elle parlait.

Elle a joué dans des films aussi. C’était également une belle femme qui portait sur elle ce raffinement qu’on ressentait en l’écoutant. Mais, surtout, elle avait ce talent subtil de provoquer la confidence. Et sa voix... Et son écoute...

Voilà. C’est fini. Macha Béranger s’est éteinte aujourd’hui, 26 avril 2009. C’est une immense dame de la radio qui s’en va ainsi, sans faire de bruit. Une amie qu’on aurait aimé garder pour soi et dont on aimerait que l’hommage qui lui est dû soit à la hauteur de son talent.

Adieu donc, Macha, et merci pour tous ces moments si chaleureux que vous nous avez offerts.

Notes

[1Evry, dans l’Essonne, puis St Fargeau-Ponthierry, en Seine-et-Marne

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