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[Blogue] Mort aux jeunes !

Le niveau baisse

lundi 15 décembre 2008

Suite à mon précédent billet, la Rouquette m’a fait passer ce texte anonyme, là-dessous. Il me semble l’avoir déjà lu, il y a quelques temps, je ne sais plus où. Il illustre au moins en partie mon propos : la jeunesse est souvent décriée par « les vieux ».
Mais lisez plutôt :

On ne le dira jamais assez : le niveau baisse, baisse, baisse, et la jeunesse n’est plus ce qu’elle était.

A preuve ces quatre témoignages désabusés :

  • « Notre jeunesse (...) est mal élevée, elle se moque de l’autorité et n’a aucune espèce de respect pour les anciens.
    Nos enfants d’aujourd’hui (...) ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce, ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. Ils sont tout simplement mauvais. »
  • « Je n’ai plus aucun espoir pour l’avenir de notre pays si la jeunesse d’aujourd’hui prend le commandement demain, parce que cette jeunesse est insupportable, sans retenue, simplement terrible. »
  • « Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n’écoutent plus leurs parents.
    La fin du monde ne peut pas être très loin. »
  • « Cette jeunesse est pourrie depuis le fond du coeur. Les jeunes gens sont malfaisants et paresseux. Ils ne seront jamais comme la jeunesse d’autrefois. Ceux d’aujourd’hui ne seront pas capables de maintenir notre culture. »

Ça c’est ben vrai !

Une précision toutefois :
la première citation est de Socrate (470-399 av. JC) ;
la seconde est d’Hésiode (720 av. JC) ;
la troisième est d’un prêtre égyptien (2000 av. JC)
et la dernière, vieille de plus de 3000 ans, a été découverte sur une poterie d’argile dans les ruines de Babylone.

Comme le temps passe...

Je ne sais pas si ces citations sont exactes. Les références sont pour le moins imprécises. Il se peut aussi bien que cela fasse partie de ces nombreux textes « édifiants » circulant sur le Net. Vous savez, ces trucs qui, sous couvert d’appuyer une thèse particulière grâce à des citations ou des démonstrations ronflantes, ne sont en fait que des assemblages dérisoires que l’on se passe de l’un à l’autre pour justifier une colère ou dénoncer un prétendu scandale mais qui ne résistent pas à une recherche un peu sérieuse.

Toujours est-il qu’elles reflètent simplement une tendance cyclique : les « vieux » récriminent contre la jeunesse qui, elle-même, secoue les carcans que les premiers lui imposent (en fait, ils ne cèdent pas la place assez vite). Mais, en fin de compte, tout le monde finit par faire la même chose ou pas loin. La nature humaine, en somme.

Bien entendu, comme en toute chose, il faut se garder de généraliser. Il y a de très nombreux « vieux » qui placent leurs espoirs dans la jeunesse. Espoirs d’un monde meilleur et/ou, simplement, espoir de lui passer le relais dans les meilleures conditions. A l’inverse, beaucoup de jeunes savent que l’expérience des anciens est leur meilleur atout pour les préparer à ce passage de relais.

Ce que je veux simplement dénoncer dans mon billet, c’est le fait que, par la casse du service public de l’Education, par les excès des lois sécuritaires qui les visent plus particulièrement, par la faiblesse de nos contestations de ces politiques honteuses, nous, qui sommes la génération détentrice de l’action, nous, les « vieux », en somme, nous institutionnalisons cette défiance héréditaire et nous enfermons nos jeunes dans une véritable prison.
De cela nous sommes collectivement responsables car, d’une certaine façon, nous avons accepté pour (ou plutôt contre) nous-mêmes l’instauration d’une société de la peur, avec le terrorisme et la délinquance comme repoussoirs, et nous l’imposons maintenant très précisément à nos enfants. Nous les désignons très clairement comme des menaces.

Je voudrais aussi, pour illustrer le fait que toutes les générations n’ont pas eu à l’égard de la jeunesse les mêmes tentations totalitaires, rappeler que les principes de l’éducation pour le plus grand nombre, de la compréhension, de l’accompagnement des générations montantes, ces principes sont issus du siècle des Lumières, de la Révolution et des grandes avancées de la fin du XIXème siècle et du début du XXème. Ils ont trouvé leur affirmation la plus éclatante à l’issue de la seconde guerre mondiale, grâce au Conseil National de la Résistance.

En somme, le Furoncle ne fait pas que régler de soi-disant comptes avec Mai 68. Il a aussi entrepris de détruire toutes les avancées du CNR (dont la sécurité sociale) qui fondaient jusqu’à aujourd’hui le pacte social français pour mieux servir ses amis de la grande bourgeoisie. Sous couvert de moderniser la France, il nous fait faire un bond en arrière de plus de cent ans. Remarquable ! Et nous restons les bras ballants à regarder sans broncher.

J’espère juste que ces jeunes, dont on veut nous faire croire qu’ils sont une menace pour nous, sauront remettre de l’ordre dans tout cela et replacer le pays dans le sens du vrai progrès social et de la justice. Surtout qu’ils le feront pacifiquement. Et que s’ils parlent un jour de Sarkosy à leurs enfants, ce sera pour leur rappeler à quel niveau de bassesse la génération de leurs grand-parents était tombée.

Vos commentaires

  • Sirvain elodie
    Le 26/05/16

    Bonjour.
    Je souhaitais simplement vous dire que mon père a longtemps utilisé ce texte lorsqu’il formait des jeunes. Il me l’a montré un jour en m’expliquant quel sens il avait pour lui. J’ai depuis gardé cela en moi et je m’y réfère constamment autant dans ma vie personnelle que professionnelle. Je l’ai gardé affiché chez moi tellement il me semble vrai. En effet je pense que le sens de ce message me parait essentiel et à garder constament en tête si l’on veut avancer dans notre humanité et obtenir un monde constructif. La jeunesse reste l’avenir de la nation que les anciens le veulent ou non et ce sont eux qui importent.
    Par ailleurs je souhaitais également vous dire que j’aime beaucoup votre discours et y adhère dans l’ensemble
    Cordialement.

  • @Ficanas84
    Le 30/05/16

    Bonjour Elodie,

    Il y a bien longtemps que j’ai écrit ces 2 textes (celui-ci et l’article précédent) et à les relire je trouve que je n’ai rien à y retrancher.
    J’aurais dû parler aussi d’Éducation Populaire et de tous ces principes humanistes qui voulaient préparer les jeunes à devenir des êtres humains autonomes et libres, capables d’analyses et de décisions. Ça aussi, nous l’avons abandonné et nous le payons aujourd’hui en laissant le champ libre aux idées les plus rances.

    J’ai confiance pourtant dans la capacité de la jeunesse à s’emparer de l’avenir. J’espère simplement qu’elle ne ressemble pas à Macron et à ces politiciens qui refont le monde à l’envers.

    Bien à vous et merci de votre commentaire.

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