Accueil > Blogue > De tout un peu

[Blogue] De tout un peu

samedi 15 novembre 2008

Ben oui. Ça faisait un petit moment que je n’étais pas venu trainer mes guêtres sur ce blogue. Quasiment un mois. Pas forcément un manque d’envie, d’ailleurs, mais d’autres choses plus immédiates à faire ou à penser et un emploi du temps qui en laisse un peu moins pour soi.

Évidemment, la planète a continué de tourner et j’avoue que ça m’a parfois démangé les doigts de commenter certaines choses. Alors, pour ne pas prendre trop de retard, un petit résumé, ça vous va ?

Le retour de Lady D.

C’est dans l’autre sens, en fait. Lady D. a décidé de rentrer au pays, là-bas, de l’autre côté de la mer. Comme je n’ai pas très envie de relater sur ce blogue des trucs trop intimes, je n’en dirai rien. Et Lady D. n’apprécierait pas non plus, je pense. Mais une chose est sûre, la maison est devenue d’un coup bien plus grande et bien plus silencieuse. Sûr ! Ça change plein de choses au quotidien. Mais ça fait aussi des voyages en perspective...

Obama first

Ça fait longtemps que, tous les quatre ans, j’éprouve une réelle nausée face à la complaisance des médias français pour les élections américaines. Ce n’est plus de l’information, c’est presque du fayottage. Parce que, même si j’admets volontiers que la politique américaine a des conséquences sur la vie des vassaux de l’empire, notre opinion n’a tout de même que peu d’importance : ce n’est pas notre président, après tout. Enfin, pas directement.
Il est vrai aussi que les élections présidentielles chez les maîtres du monde sont un vrai spectacle avec sa dramaturgie et ses codes. Pour nos télés, qui nous ont habitués à ingurgiter tant de productions étasuniennes à la qualité souvent douteuse, cette superproduction-là, c’est de l’or en barre. On n’y comprend pas forcément grand chose mais ça se laisse regarder comme un "soap" ! Rien à voir, évidemment, avec les lamentables pitreries sarkosyennes ou royaliennes. Encore que, quand on gratte un peu le vernis, on est parfois tentés de se demander pour quoi au juste votent les Américains ? Et nous, donc !
Il y a aussi des moments de franche rigolade comme avec l’inénarrable Sarah Palin dont je me félicite qu’elle soit Américaine plutôt que Française et surtout qu’elle n’ait pas été élue. En cherchant un peu, pas beaucoup il est vrai, on trouvera sûrement quelques personnalités niaiseuses bien d’cheu nous capables de rivaliser avec sa médiocrité crasse. Mais je trouve quand même un peu déplacé le temps consacré à commenter des élections dont on n’a rien à faire, comparé à celui qui est réservé à celles qui se déroulent chez nos voisins européens, alors que nous sommes censés partager avec eux une réelle communauté de destin. Allez comprendre. D’accord, John McCain est bien plus drôle que Gordon Brown ou Angela Merkel mais quand même !...

Cette année, cependant, je dois dire que les États-Unis ont retrouvé un réel prestige en élisant Barack Obama, un Noir (ou plutôt un métis mais c’est un détail sans importance). Certes, M. Obama n’est pas un descendant d’esclave mais le symbole est évidemment très fort dans un pays où la question raciale et des droits civiques s’est longtemps résolue dans la violence et le rejet. Là, je tire mon chapeau au Peuple américain qui, ce faisant, donne une belle leçon, et quelle leçon, à toutes les démocraties "blanches" de la planète. Et pas seulement aux occidentaux, d’ailleurs.
Même si notre pays n’a pas recouru à l’esclavage en métropole, à ma connaissance et en tout cas pas à l’échelle américaine, nous sommes directement concernés par cet évènement car, d’une part, l’esclavage a bel et bien existé dans nos territoires d’outre-mer et, d’autre part, une certaine bourgeoisie française, avec la complicité de l’État, a basé sa prospérité sur ce commerce abjecte. Indéniablement, l’esclavage et la colonisation, qui en a été le support, ont façonné dans notre mémoire collective l’image viciée que nous portons encore aujourd’hui, très souvent, sur les peuples de nos anciennes colonies dont étaient issus ces esclaves. Et sur les autres aussi, d’ailleurs.
J’attends donc de voir le jour où, en France, nous élirons un homme ou une femme descendants d’esclaves ou issus de l’immigration. M’est avis que, malgré l’extase de notre classe politique face au culot américain, on va attendre longtemps.
Bien sûr, et sans vouloir faire preuve d’angélisme, ce sont les idées qui doivent déterminer l’adhésion, le projet politique, et non la couleur de la peau ou le sexe. Mais quand on voit que l’on en est encore à considérer comme un évènement extraordinaire la nomination d’un préfet d’origine maghrébine ou africaine, alors que ce devrait être banal, il n’y a pas de doute, nous ne jouons pas au même niveau que les Étasuniens.

Reste, évidemment, que Barack Obama est avant tout Étasunien et que sa fonction sera de défendre les intérêts de son pays. C’est à dire des intérêts qui ne sont pas nécessairement les nôtres. J’en reviens donc à mon introduction : l’élection du président des États-Unis d’Amérique, dans le fond, je m’en bats l’œil.

Argent pas cher

Si j’ai bien tout compris, il y aurait deux économies : la réelle, celle dans laquelle nous autres, les médiocres, nous vivons et qui nous fait vivre, et l’autre, la financière, un truc presque virtuel qui relèverait du fantastique, avec ses sorciers malfaisants et ses anges purificateurs.

Ce qui est remarquable, c’est l’extraordinaire antinomie que ces deux économies génèrent dans les discours et les solutions.
Dans l’économie réelle, les caisses de l’État sont vides, la dette publique toujours insupportable et les déficits des organismes sociaux insolvables. Pas question d’aller chercher l’argent là où on pense logiquement qu’il est. A chacun de s’en sortir comme il peut, l’effort reposant toujours sur les gagne-petit priés avec insistance de se serrer toujours un peu plus la ceinture.
Dans l’autre économie, la virtuelle, la financière, le vocabulaire est tout aussi catastrophique mais les sommes sont incomparablement plus vertigineuses. Et il paraît que c’est pas pour de vrai, juste possible. Pourtant, subitement l’argent coule à flot. Pour huiler des rouages grippés par l’avidité de nos pauvres gens riches, il y a des milliards d’euros en pagaille, disponibles sur un simple claquement de doigts, là où quelques mois plus tôt il n’était pas question de sortir un centime de plus pour la Sécurité Sociale, les chômeurs et les retraités. Faut dire que tout ça concerne des imbéciles qui travaillent pour de vrai dans l’économie réelle, la moins prestigieuse, et que les trous qu’ils ont dans leurs caisses font un peu minables comparés aux pertes des banques. Alors forcément, qu’ils se démerdent !

Breves de terrain - CGT 2008
View SlideShare presentation or Upload your own. (tags : cgt prudhommes)

Le seul point commun entre nos deux économies, c’est les baisés ! Pour virtuelles que soient les sommes nécessaires pour réparer les petites bêtises de nos copains bourgeois, il n’est pas besoin de beaucoup d’imagination pour deviner qui va trinquer. D’ailleurs, comme par enchantement, ça a déjà commencé. C’est fortiche le capitalisme, quand même !
Ce qui est beau aussi, c’est la gratitude que cette engeance sait manifester à l’égard des petits. On n’a pas fini d’annoncer que l’argent des petits épargnants allait servir à porter secours aux entreprises que déjà il est question de diminuer la rémunération faramineuse du livret A. Paraitrait que c’est normal parce que l’inflation a diminué. Elle est coquine, cette inflation, elle diminue pile-poil au bon moment, pour qu’on n’ait pas trop à dépenser pour remercier les petits épargnants de leur contribution forcée.

Mais comme, promis, juré, SuperSako va refaire le monde et rendre le capitalisme moral, on n’a pas à s’inquiéter. Tout ira mieux demain. Finis les parachutes dorés, les stocks-options et tout ça : les riches vont payer. Enfin, un peu. Enfin, peut-être. Si on est sympa avec eux. Là aussi, on y croit...

Métro-boulot-cimetière

Il y a bien deux façons de diminuer le poids des retraites sur la collectivité : réduire leur montant et réduire le nombre des bénéficiaires.
Ça paraît tout bête mais on y vient. Non seulement plus on allonge la durée de cotisation plus le montant des retraites escomptées diminue, et c’est pas d’hier, mais maintenant on nous explique en plus que, si on avait le bon goût de mourir à notre poste de travail, ce serait presque un acte de grand civisme. Une nouvelle sorte de solidarité, en somme. Ajouté à cela la possibilité de travailler le dimanche pour arrondir les fins de mois, et bientôt nous aurons la réjouissante perspective de passer notre vie à bosser. Du moins pour ceux qui auront un boulot.

Car, c’est bien connu, le boulot c’est la vie ou à peu près : t’en as pas, tu crèves la gueule ouverte ; t’en as un, tu crèves moins mais finalement, tu crèves aussi. Parce que faut pas non plus espérer gagner de quoi faire des extravagances. Tu bosses, tu fermes ta gueule et tu prends l’aumône qu’on te donne.
Parce que y a plus d’argent. C’est comme ça ! Enfin, y a plus d’argent pour les minables obligés de bosser pour « vivre » car pour les rentiers, les spéculateurs, ceux qui en ont déjà plein mais pas assez, les abonnés aux niches fiscales, au bouclier du même nom et tout ça, c’est autre chose : entre 1983 et 2006, la part des salaires dans le produit intérieur brut (PIB) a baissé de 9,3 % en France [1]. Ce serait entre 120 et 170 milliards d’euros - une paille - qui auraient glissé des poches des salariés vers celles des rentiers. De quoi regarder d’un autre œil le démantèlement des mécanismes de solidarité.

Le plus extraordinaire dans tout cela, c’est qu’on nous explique que bosser jusqu’à 70 balais et/ou le dimanche, ça se fera sur la base du volontariat. Mais le volontariat ne suppose-t-il pas d’avoir le choix ? Et qui l’aura vraiment le choix, que ce soit pour des raisons économiques ou face aux sollicitations de son patron ? Et pour bosser jusqu’à 70 ans, à supposer qu’on en ait l’envie et la force, ne faudrait-il pas déjà que les entreprises ne songent pas à virer leurs vieux dès 50 ou 55 ans ? Et quid des jeunes dans tout cela ?

Bref, du pipeau, comme toujours. Qu’il soit virtuel, comme on voudrait nous le faire avaler, ou réel, le pognon ne manque pas. Encore faudrait-il aller le chercher là où il se trouve. Je me demande combien de temps encore nous supporterons d’être pris aussi ouvertement pour des cons ?

Notes

[1Le Monde Diplomatique n°646 - Janvier 2008 - page 3 : « Partage des richesses, la question taboue » par François Ruffin.

Blogue | Suivre la vie du site RSS 2.0