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[Blogue] Unité nationale

samedi 4 octobre 2008

Il paraît qu’on n’a pas le choix : sans crédit pas d’activité économique qui tienne ! Alors faut aider les banquiers. C’est comme ça. C’est les spécialistes qui le disent. Ces mecs qui vous parlent de ratios, de millions ou de milliards, comme moi je parle de mes centimes, avec un tel détachement qu’on en oublierait presque qu’au bout de la chaine, ceux qui trinquent, c’est nous !
Du coup, les Etasuniens dépensent 700 milliards de dollars pour renflouer leurs banques qui menacent de sombrer dans les remous d’une crise financière qu’elles ont plus ou moins elles-mêmes suscitée. Et pour ne pas être en reste, on nous parle de 300 milliards d’euros pour en faire autant de ce côté-ci de l’Atlantique.

Bref, il y a de la nationalisation dans l’air. Bien sûr, on nationalise la merde et on rendra tout au privé quand ça ira mieux. Jusqu’à la prochaine fois.

C’est beau le capitalisme, quand même : quand ça roule, on s’en met plein les poches avec une arrogance qui confine au mépris, on s’approprie tout ce qui peut se transformer en espèces sonnantes et trébuchantes, notamment les retraites des gens qui se crèvent le cul pour gagner de quoi survivre ; puis quand ça merdoye, on trouve encore le moyen d’aller pomper le pognon des petits épargnants [1] pour renflouer plus ou moins directement ceux qui s’enrichissent avec nos dettes. Si j’aurais su, j’aurais été capitalisse !

Il y a même des petits malins qui, après avoir trouvé le moyen de ruiner leur banque, se font lourder avec des indemnités mirobolantes. Je vais tenter le coup avec mon patron ; lui faire boire la tasse sur une mission qui aurait dû être juteuse pour voir si ça fonctionne aussi pour un minable petit technicien comme moi. Quelque chose me dit que non mais ça doit être ma paranoïa qui me joue des tours.
Et puis, c’est râpé, paraît-il : les parachutes dorés sont morts, vraiment trop immoraux par ces temps de déconfiture généralisée. On y croit, on y croit, on y croit... Pas vraiment !

Quand même, ce sont des enculés ! Vous avez bien lu. Enculés. Après avoir jeté à la rue des millions d’Etasuniens pris à la gorge par la hausse des taux d’intérêt de leurs crédits immobiliers, voilà que maintenant, après avoir bien joué avec la misère des gens, on doit encore filer du pognon à ces affreux pour réparer leurs errements. Mais eux, nous en auraient-ils donné du pognon s’ils avaient affiché des gains époustouflants ?

Il n’y a pas si longtemps, on nous disait que les chômeurs étaient des grosses faignasses qui vivaient de la générosité du bon peuple laborieux. Alors fallait les stimuler, ces sales profiteurs, les obliger à travailler même si ça leur rapporte que des clopinettes. On a même inventé le revenu de solidarité active pour permettre aux patrons de mieux s’en donner à cœur-joie avec les salaires de misère et les emplois précaires à tire-larigot. Ils ont bonne mine nos moralisateurs sentencieux : le boulot va se faire rare. Ils comptent en faire quoi des chômeurs-fainéants-profiteurs ?

Et tout ces milliards d’euros qui vont partir en fumée pour aller au secours de nos amis richards si généreux, bizarrement, on n’avait pas songé à les débloquer pour aider ceux qui en aurait eu un besoin vital pour pas crever la gueule ouverte. Heureusement d’ailleurs, car comment aurait-on fait pour secourir la foule des spéculateurs, des délocalisateurs, de ceux qui nous saignent au moindre découvert !

Ce qui vous requinque, c’est d’entendre les mêmes doctes spécialistes qui hier juraient, la bouche en cul de poule et la main sur le cœur, que tout n’était pas aussi pire que ça, nous affirmer aujourd’hui qu’on va en chier. Ils nous l’auraient sorti il y a dix mois, on n’aurait pas été plus dépaysé que ça, on a l’habitude depuis le temps. Mais, il paraît que la France est un pays béni des dieux : les crises nous touchent moins qu’ailleurs. C’est vrai, on sait tout faire mieux que les autres. La preuve : on est les premiers en récession. Si c’est pas un gage du génie de nos classes dirigeantes, ça !

Et l’autre, le gai Fillon, qui ose venir nous parler d’union sacré, d’union nationale. L’heure est grave braves gens, serrons-nous les coudes autour de notre belle et grande bourgeoisie qui souffre le martyr ! Pensez, 19 milliards d’euros de bouclier fiscal, c’était à peine suffisant. Maintenant, il faut un geste beau, grand et noble : renonçons à nos salaires minables et offrons-leur nos petites économies.

Là, mon François, tu déconnes grave. Pour qu’il y ait union, il faudrait au minimum un semblant de consensus autour d’un projet solide, un truc qui donne à chacun l’impression qu’il en sortira sinon gagnant, du moins sans trop de dégâts. Ou que ceux-ci soient équitablement répartis. Mais là, on a un peu le sentiment de connaître à l’avance les dindons de la farce. Rien de bien nouveau, au demeurant, ce sont toujours les mêmes. Alors ton union nationale, tu vois, tu te la tailles en pointe et tu te l’enfonces bien profond dans le fondement, t’auras déjà une idée précise de ce que l’on ressent, nous autres, à voir des guignols comme toi et tes amis nous enfumer avec leurs belles paroles.

Notes

[122 milliards d’euros, pris sur les CODEVI et livrets d’épargne populaire, pour aider les PME que les banques abandonnent

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