Accueil > Blogue > Putain de croisade

[Blogue] Putain de croisade

mardi 23 septembre 2008

D’accord ! Je reconnais m’être un peu planté dans mes précédents billets sur ce sujet (La guerre, ça tue, ne sais-tu ?, La guerre, ça tue ! Deuxième couche...et La guerre, ça tue ! Troisième couche...). Mais finalement, pas tant que ça :
- Je pensais que l’armée ferait la fine bouche face aux demandes des familles des soldats tués de se rendre à Kaboul. En fait, on aurait presque pu croire que la grande muette s’était muée en succursale du « Club Med ». Comme quoi ! Mais cela n’a été qu’une belle opération de communication, surtout destinée à soutenir l’option belliciste du gouvernement.
- Je m’attendais à ce que le PS soit embarrassé et il l’a effectivement été puisque son argumentaire n’est pas, à proprement parler, clair comme de l’eau de roche. Toujours est-il que les socialistes ont voté (sauf quatre) contre le maintien de nos troupes en Afghanistan, ce à quoi je ne croyais pas vraiment.

C’est donc sans surprise que, comme je le craignais, le Parlement a confirmé l’engagement du pays dans une guerre qui n’est pas la nôtre. Et c’est donc en notre nom que nos soldats vont mener cette croisade si chère à Bush.

« Pour notre sécurité », nous dit Fillon, le bout-en-train, l’homme des caisses vides. A voir la vitesse à laquelle les civils afghans garnissent leurs cimetières, avec l’aide assidue de la coalition, on se doute un peu que ce n’est pas vraiment pour la leur que 40 pays sont sur place pour canarder la racaille. Et à ce train, on pourrait voir rapidement éclore des vocations pour nous faire partager les joies de l’insécurité et de la mitraille. Mais comme on aura Vigipirate, Edvige et quelques autres joyeusetés du genre, on est tranquilles !

Ce qu’il n’a pas dit, en revanche, c’est avec quel argent il va financer la guerre. Je lui propose d’instaurer une taxe sur les feux de Bengale et d’artifice, les flèches, fléchettes et autres plombs de plus ou moins gros calibre dont raffolent les fans de tir et les chasseurs. Et puis une autre sur le commerce des cercueils et autres accessoires funéraires. Cette industrie devrait devenir un fer de lance de notre économie. Pas sûr que ça suffise mais c’est déjà un bon début. Et c’est tellement conforme à l’imagination de ce gouvernement.

Il n’en reste pas moins que, même si le PS demeure empêtré dans ses débats internes (il s’est trouvé tout de même 4 socialistes pour faire bande à part dans ce vote), la gauche dans son ensemble a permis de rompre l’absence de sens critique qui semblait prévaloir dès qu’on abordait l’interventionnisme français, à quelques exceptions près.

Questions légitimes
LE MONDE | 23.09.08
© Le Monde.fr

Piètre satisfaction, tout de même, puisque, fidèle à lui-même, le Parlement s’est affranchi de l’opinion du pays. Courageux, diront les thuriféraires de la droite, renvoyant la gauche à la démagogie et, pour la bonne bouche, à l’irresponsabilité politique. Courageux, en effet, de mener une guerre que l’on sait perdue d’avance et dont les conséquences risquent d’être désastreuses.

Et tout cela pour jouer les coqs orgueilleux et pathétiques et faire risette à nos grands amis étasuniens. Lesquels ont déjà fait la démonstration de leur aptitude à s’enferrer joyeusement dans le moindre guêpier : remember Vietnam, Somalie, Irak... Un bel exemple pour la France éternelle qui n’a pas fait beaucoup mieux, d’ailleurs. Mais c’était un autre temps où l’anti-France œuvrait pour le dénigrement de l’apport positif et civilisateur de notre empire colonial. Foi de Sarkosy et de la droite justicière, les temps ont changé, ils vont voir ce qu’ils vont voir : on leur refait le coup de Lafayette et de l’amiral de Grasse. Cette fois, on aura deux hélicoptères Gazelle et le Charles-de-Gaulle. Les talibans n’ont qu’à bien se tenir : ils vont s’en prendre plein la tronche. Benoit avec nous ! Sus à la chienlit islamiste, à la burqa et aux babouches de montagne ! Place à l’Occident chrétien !

Sarko le Petit, qui prétend réhabiliter Napoléon III, lui-même appelé le Petit, devrait se souvenir dans quel désastre militaire s’est terminé le glorieux Second Empire. L’Afghanistan n’est pas la Prusse. C’est un fait. Mais c’est peut-être pire : les Russes en savent quelque chose, qui ont, eux aussi, goûté aux deux. Le furoncle aurait pu en toucher deux mots à Poutine avant de nous embarquer dans cette aventure et de jouer les fiers à bras.

Mais comme dit Brassens : « Quand on est con, on est con ». Et quand on l’est trop, ça devient inquiétant. Il faut vraiment l’être gravement pour voter pour des cons pareils.

Blogue | Suivre la vie du site RSS 2.0