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[Blogue] La guerre, ça tue ! Troisième couche...

dimanche 24 août 2008

Ce soir, dans le journal télévisé de France 2, un reportage sur la colère de la famille d’un des soldats tués en Afghanistan. Je n’ai pas pu récupérer de vidéo et je le regrette.

Encore une fois, je redis que je comprends tout à fait la douleur de ces familles. Perdre un enfant est un drame incommensurable. Alors les excès de langage, les délires verbaux, on peut sinon les accepter, du moins les comprendre.
Ce qui est moins compréhensible, c’est l’écho qui leur est fait. Comme si la perte de ces vies ne suffisait pas à définir le cadre dramatique de l’évènement et des douleurs qu’il a engendrées, les médias s’attardent sur les familles et rapportent jusqu’à la nausée leurs commentaires les plus insensés. A quoi cela peut-il bien servir sinon à satisfaire notre voyeurisme ?

Ce soir, le père d’un de ces soldats déclarait en substance que l’opération qui a coûté la vie à son fils n’aurait jamais dû avoir lieu. Il se proposait d’aller en Afghanistan rencontrer les compagnons d’arme du défunt pour, disait-il, « savoir la vérité ».
Déjà, je lui souhaite bon courage. Avant qu’il obtienne de l’armée une quelconque autorisation pour se rendre dans les cantonnements d’une unité combattante, il risque d’avoir le temps de se calmer un peu. L’armée prendra certainement des gants pour l’en dissuader mais je crains que s’il insiste un peu trop, il ne se voit carrément envoyer sur les roses avec pertes et fracas. En effet, si l’on peut admettre qu’il ait du mal à faire son deuil, il n’est certainement pas dans l’intérêt du commandement de laisser les militaires mariner dans ce jus. Ces hommes doivent passer à autre chose et dépasser leur peine sans quoi ce sont leurs propres vies qui seraient mises en danger.
Et quand bien même il obtiendrait cette autorisation, j’ai du mal à imaginer qu’il puisse en tirer autre chose qu’un discours formaté et convenu. Ces hommes sont des militaires, des soldats, ils savent que perdre des compagnons au combat fait partie des scénarios auxquels ils doivent se préparer. Quant à les entendre formuler la moindre critique sur la gestion de l’affaire, eux qui n’en connaissent qu’une partie (certes la plus dramatique), il faut une sacrée dose d’optimisme pour y croire.
Peut-être un jour, quand le temps aura fait son œuvre et que des historiens s’y pencheront dessus, saurons-nous vraiment comment appréhender l’évènement. Mais pour l’heure, j’en doute fort.

Quant à l’appréciation faite par cet homme sur la pertinence de l’opération, elle relève d’un délire que seule la douleur peut expliquer. Je ne vois pas , en effet, ce qui le qualifie, en tant que père d’un militaire, pour affirmer ce qui doit être fait ou non dans le cours d’une guerre. Là encore, il faudra du temps et du recul pour savoir comment le commandement opérationnel des forces françaises a géré les opérations et s’il a commis des erreurs.
J’imagine d’ailleurs assez mal que l’état-major envoie aux parents des militaires une demande d’autorisation chaque fois qu’un régiment doit partir au feu.

Encore une fois, la seule question qui vaille la peine d’être posée est de savoir si la France doit faire cette guerre ou pas. Pour moi, la réponse est non car je ne vois pas ce qui nous autorise à décider à la place des Afghans de ce qui est bon pour eux. Ceci d’autant moins que l’Afghanistan est un guêpier qui ne peut être réduit à une vision binaire, les gentils avec nous, les méchants contre nous. Les Étasuniens le savent bien qui ont naguère armé les moudjahidines contre les Russes et se les prennent dans la gueule aujourd’hui. Et nous avec eux !
C’est donc avant tout sur le plan politique que nous devons décider d’engager nos troupes ou non. A supposer que nous le décidions dans des conditions démocratiques irréprochables - ce qui reste encore à voir - il ne sera plus temps de se lamenter ensuite que nos soldats en fassent les frais.
Ainsi que le disait dans le même reportage un militaire du 8ième RPIMA : « Quand on s’engage, on sait les risques auxquels on s’expose. On les accepte ». Car il ne faut pas oublier non plus que ces hommes sont des militaires professionnels, pas des conscrits. Aux seconds, on aurait pu accorder qu’ils n’auraient pas été là de leur plein gré (encore que ce ne soit pas forcément exact). Mais certainement pas aux premiers qui ont effectué une démarche volontaire. Que celle-ci se soit faite avec ou sans l’assentiment de leurs parents ne change rien au fait qu’ils sont militaires et que mourir au combat fait partie intégrante des risques du métier qu’ils ont choisi.

Que la mort tragique de ces hommes soit la plus mauvaise propagande qu’on puisse imaginer pour convaincre les Français de la légitimité de notre engagement en Afghanistan, je n’en doute pas un instant. J’aurais personnellement souhaité que nous nous emparions de ce débat sans attendre de tels drames. Mais qu’on en finisse avec cet étalage complaisant et indécent des douleurs des familles et des compagnons. Ceci est bien dans le ton d’une société qui refuse d’assumer le moindre risque et qui verse dans le pathos dès qu’un drame survient. L’erreur c’est d’avoir laissé faire sans rien objecter. Ce qui arrive était prévisible comme il est prévisible qu’il arrive encore bien pire.
La peine de la perte de leurs compagnons n’empêchera pas nos militaires d’accomplir la mission que nous leur confions s’ils pensent que le pays est derrière eux. C’est leur métier. Et c’est à nous de dire si c’est bien ce que nous voulons. Personnellement, je souhaite qu’ils rentrent vite, sans attendre que la liste des morts ne s’allonge.

Cette guerre n’est pas la nôtre.

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