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[Blogue] La guerre, ça tue ! Deuxième couche...

samedi 23 août 2008

Même si je suis loin d’être un expert de la stratégie militaire, macro comme micro-géographique, la chose militaire, quant à elle, ne m’est pas totalement étrangère.
Pour des raisons familiales, d’abord, parce que mon paternel était militaire de carrière. Les uniformes, les cérémonies, les décorations et autres fêtes prestigieuses dans les cantonnements, je connais. Pour moi, également, le lycée fut une école militaire, de la seconde jusqu’au bac. Et pas mon pire souvenir, du reste, bien au contraire.
Ensuite car je fais partie de ces générations qui ont connu le service militaire, alors appelé « Service National ». Et pas comme « deuxième cul », comme on disait élégamment dans le langage imagé et délicat des conscrits. Non ! J’ai fini sous-lieutenant et me suis vaillamment hissé jusqu’au grade de lieutenant de réserve. Malgré - ou peut-être en raison de - mes nombreuses réserves sur la pertinence de la politique militaire de la France, je continue de penser que les citoyens de ce pays ne doivent pas se désintéresser de ce que l’on fait faire à nos armées, en leur nom. Pour moi, si l’on considère que la démocratie et la République méritent d’être défendues, c’est d’abord au citoyen que cela revient. Même si notre histoire démontre cruellement les limites de la chose, je persiste à penser que le service national était un moyen de placer l’armée sous le contrôle direct du peuple pour en faire pleinement l’armée de la République. Mais c’est un autre débat.

Ce que j’ai retenu de mes diverses instructions militaires, c’est que l’embuscade est probablement l’acte de combat le plus efficace dans une guerre d’escarmouche pour déstabiliser, désorganiser et même démoraliser l’ennemi. Son but n’est pas de l’écraser sur l’instant ni de tenir le terrain coûte que coûte mais de frapper, infliger des pertes (peu importe qu’elles soient lourdes ou pas) et de se retirer rapidement en y laissant le moins de plumes possible.

La connaissance du terrain et sa maîtrise sont naturellement des éléments-clés du succès de l’embuscade, de même que les voies de repli pour un retrait rapide. Si certaines règles sont respectées, l’embuscade tourne quasiment toujours à l’avantage de ses auteurs. Ce n’est pas autre chose que faisait la Résistance quand elle voulait désorganiser la Wehrmacht.

Le seul moyen de prévenir l’embuscade est d’organiser la patrouille d’éclaireurs de telle sorte qu’elle puisse avoir la vision la plus large possible du terrain et, surtout, de ses pièges. Il est bien évident que certaines zones sont plus propices que d’autres à des embuscades et que des militaires tant soit peu chevronnés savent les identifier.
Du reste, à cette époque où l’on nous enseignait un « art de la guerre » dont nous étions persuadés qu’il ne nous servirait jamais, et si, par conséquent, nous prenions la chose à la légère, l’embuscade, même d’opérette, dans les bocages normands ou les garrigues provençales, lorsqu’on y réfléchissait deux minutes, apparaissait bel et bien comme notre plus belle « chance » d’y laisser notre peau, quand nous étions dans le rôle des piégés. D’où, probablement, cette désinvolture qui enrageait nos instructeurs mais qui masquait sans doute l’angoisse diffuse que nos chances d’en réchapper auraient été minimes dans la réalité.

Il semble bien que, dans l’embuscade du 18 août, nos soldats étaient dans le rôle des éclaireurs du convoi qu’ils avaient pour mission d’accompagner et de protéger. S’ils ont quitté leurs véhicules à l’approche du lieu fatidique, c’est probablement parce qu’il avait été identifié comme critique et qu’il fallait s’assurer que le passage du convoi puisse se faire sans danger. Et il est fort possible que les Talibans aient ouvert le feu sur la patrouille de reconnaissance parce qu’ils savaient qu’ils ne tarderaient pas à être découverts. Enfin, s’il existe des règles pour tendre une embuscade, il en existe aussi pour s’en défendre et il me semble évident que nos militaires les connaissent. Sauf que parfois les choses ne se passent pas comme dans la théorie ou comme à l’exercice et que le rôle du piégé est toujours moins favorable que celui du piégeur.

On peut aussi épiloguer sur les évènements dans le courant du combat : on parle de tirs amis dont auraient été victimes nos soldats. Il est probable qu’une enquête le dira. Quant à savoir si on nous en communiquera les résultats...
Quand bien même ce serait le cas, ce sont malheureusement des choses qui peuvent arriver, surtout lorsque les combats se déroulent dans un mouchoir de poche, ce qui semble avoir été le cas.

Alors quand j’entends certaines personnes dire qu’il faut « assurer la sécurité de nos soldats », je me dis qu’il y a là une certaine démagogie. Passe encore que les familles de nos malheureux compatriotes, accablées de douleurs, expriment leur incompréhension. A leur place, il est probable que j’en ferais autant. Mais dans la bouche d’un homme politique (François Bayroux, en l’occurrence), ça ne passe pas vraiment.
C’est oublier, en effet, que le métier de militaire est avant tout destiné à faire la guerre et que, par définition, dans une guerre, il y a des soldats qui meurent. Et pas seulement des soldats, d’ailleurs.
A moins de concevoir que l’armée française soit en mesure d’inventer une forme de guerre dans laquelle on puisse déglinguer l’ennemi en restant à l’abri dans une sorte de bunker calfeutré et inviolable, je ne vois pas vraiment comment nous pourrions éviter que nos soldats soient exposés à un moment ou à un autre. Même au Liban où, pourtant, nos militaires n’avaient pas mission de combattre, on a vu qu’ils n’étaient pas à l’abri d’actes meurtriers. Alors, en Afghanistan où ils sont partie prenante du conflit...

La seule question qui vaille, à mes yeux, est de savoir si notre pays doit ou non participer à ce conflit dont nombreux sont ceux qui prédisent qu’il n’aura pas d’issue. Les Afghans ont fait de leur pays le Vietnam soviétique, après tout.
Le débat annoncé à l’Assemblée Nationale le mois prochain sera probablement une bonne chose. Tout au moins s’il ne se réduit pas à un affrontement de clans. Je suis plus réservé sur le fait qu’il soit suivi d’un vote car celui-ci aura valeur d’engagement solennel et je doute que la majorité en place soit encline à désavouer le président de la République, ne serait-ce que par quelques réserves. De ce fait, la volonté du peuple risque bien, une fois encore, comme pour le traité de Lisbonne, de passer à la trappe. On l’a vu avec les réformes de la carte judiciaire, celle de l’armée et les retouches constitutionnelles : le débat politique confine souvent à la préservation des intérêts carriéristes de nombreux hommes politiques. L’intérêt commun semble loin d’être un souci partagé par tous mais sert d’emballage somptuaire à des préoccupations bien plus triviales. Hélas !

D’autant que, sur l’Afghanistan, les choses sont loin d’être binaires. Ce sont Jacques Chirac et Lionel Jospin, alors en période de « cohabitation », qui y ont envoyé nos premières troupes, fin 2001, après l’attentat du 11-septembre et la fameuse déclaration de guerre étasunienne au terrorisme. Même si leur mission a évolué, depuis, cela place aujourd’hui le Parti Socialiste dans une position quelque peu inconfortable, a priori. Je ne m’attends donc pas à un miracle. Cela est d’autant plus dommageable que, une fois de plus, ni la France ni l’Europe ne sont capables de développer une politique internationale qui soit autre chose qu’un pâle suivisme des États-Unis.

Henri Emmanuelli le disait en avril dernier :

En réalité, par delà les morts qui sont déjà quatorze et dont je crains qu’ils ne soient demain nombreux dans ce bourbier dont aucune puissance militaire n’est jamais sortie victorieuse, l’aventure afghane n’a aucun objectif acceptable. Il s’agit, au mieux, d’afficher notre bonne volonté auprès de nos alliés américains dont le fardeau devient insupportable. Au pire, de s’inscrire activement dans l’absurdité de leur vision manichéenne du monde.

Extrait de son article Mauvais coups et gros risques

Il en avait mis une première couche lors de l’interview suivante, donnée à Arte le 2 avril 2008, et cela directement sur le sujet :

J’espère donc qu’il se trouvera d’autres députés, quels que soient leurs partis, pour défendre avec lucidité et responsabilité une autre vision du rôle de notre pays et le non alignement de la France sur les États-Unis. Sans quoi, je crains que les seuls à se réjouir de la politique extérieur du furoncle et de sa brosse à reluire égotique [1] soient les fabricants de médailles et les pompes funèbres.

Notes

[1Kouchner

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