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[Blogue] La guerre, ça tue, ne sais-tu ?

jeudi 21 août 2008

Dix soldats français tués, 21 blessés.

Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps après le renforcement de notre contingent en Afghanistan pour voir revenir les premiers cercueils. Du moins, autant en une journée que dans les sept années précédentes.

Je noterais simplement cette affirmation de notre furoncle :

La cause est juste, a déclaré le président français. C’est l’honneur de la France et de ses armées de la défendre. Au nom de tous les Français, je renouvelle à nos armées la confiance de la Nation pour remplir leur mission.

Extrait de l’article du Monde.fr repris ci-dessus

Je ne sais pas si la cause est juste. Selon quels critères le serait-elle ? Au nom de l’alignement de la France sur la théorie étasunienne du bien et du mal ? En tout cas, je note que les talibans apparaissent de moins en moins éradiqués. Ils peuvent intervenir sur près de la moitié du territoire afghan avec le soutien d’une bonne partie de la population. Et nous, on est dans ce merdier !
De plus, notre armée ne doit être rien d’autre, aux yeux de ces Afghans, qu’une armée d’occupation. Ce n’est pas vraiment la gloire d’une armée de libération. On devrait pourtant le savoir, nous, Français.

Alors, bien sûr que notre sympathie va à nos soldats. Mais avec cette exigence : qu’ils rentrent vite car il y aura d’autres cercueils dans cette guerre dont j’ai du mal à croire qu’elle puisse être la nôtre.

Parce que, si ces morts français font figure de douche écossaise dans un pays où mourir à la guerre était presque devenu un drame un peu abstrait pour livres d’Histoire ou pour le cinéma ou pour jeux vidéos, c’est quand même bien le « propre » de la guerre que d’être grosse productrice de deuils.
Et pas seulement chez les militaires.
Ces morts-là nous touchent car ils sont nos compatriotes. Et c’est bien normal. Et ils sont bien jeunes, aussi, ces soldats (une autre des spécificités de la guerre : faucher des jeunes). Mais il ne faudrait pas oublier que cette guerre fait aussi d’autres morts qui, jusqu’à présent, n’étaient que des « morts de plus » annoncés dans les journaux, qu’ils soient afghans, américains, canadiens, britanniques, etc. Cette fois-ci, ils sont français. C’est dur à encaisser. Et ça risque bien de ne pas s’arrêter là.
Car à la différence de la plupart des autres « théâtres d’opérations » où notre armée est engagée, à la différence du Liban naguère, par exemple, cette fois, l’armée française n’est pas qu’une « simple » force d’interposition, plus ou moins exposée, mais bel et bien une armée en guerre dans un pays étranger.

La guerre, ça tue des gens. C’est ce que les Géorgiens viennent subitement de se voir rappeler, et de manière cinglante et sanglante, par la Russie. Et tout le monde (occidental) de tomber à bras raccourcis - et en paroles uniquement - sur le dos des Russes qui passent du coup pour des salauds. Sauf que l’ombre des États-Unis plane une fois encore sur cette grosse « boulette » du président géorgien, Saakachvili. Qui peut penser, ne serait-ce qu’une seule seconde, que celui-ci ait pu défier la Russie sans que ses conseillers militaires américains ne l’aient assuré qu’elle ne broncherait pas ?
C’est raté et c’était d’autant plus prévisible que Poutine avait déjà averti, à Munich, que la politique américaine d’encerclement de la Russie (selon la doctrine d’après-guerre froide des conservateurs US tels que Brzezinski - Réduire l’influence russe), qui dure depuis vingt ans, commençait à sérieusement lui courir sur le haricot. Je veux bien que Saakachvili ne soit qu’un nationaliste pas très fin mais j’ai du mal à penser qu’il ne savait pas que l’armée géorgienne avait autant de chances d’arrêter l’armée russe qu’une chiure de mouche de faire trébucher un éléphant. Et à moins que les États-Unis n’aient eu l’intention d’envoyer des « Marines » en Géorgie - ce qui ne semble pas être le cas mais provoquerait un joli bordel si ça l’était - cette tentative géorgienne de mettre en pratique une doctrine nationaliste étriquée et absurde était de toute évidence vouée à l’échec. Du moins, pour qui se sert de son cerveau pour autre chose que pour emmerder les Russes.

Sans oublier que la Géorgie, qui fait aujourd’hui figure de victime de l’ours russe, ne s’est pas trop gênée, il y a dix jours, pour massacrer gaiement des civils ossètes - dont la présence dans le coin n’était pas plus saugrenue que celle des Géorgiens eux-mêmes - et quelques casques bleus...russes (donc ayant un mandat international pour s’interposer entre géorgiens et ossètes). Un détail, sans doute.
Il semble, par ailleurs, que ce soit une habitude chez certains Géorgiens que de faire appel à une puissance étrangère pour les aider à régler leurs problèmes : à la fin du XVIIIème siècle, leurs princes avaient trouvé l’armée du tsar vachement sympa, au point de lui demander de les aider à conforter leur pouvoir. Pas sûr que, cette fois-ci, ils aient choisi le bon cheval et que Dobeliou leur soit d’un grand secours. A la place des Polonais, je me méfierais : le bouclier anti-missiles, c’est d’abord pour protéger le territoire des États-Unis, pas celui de la Pologne...

Quand on fait le bilan, ça commence à faire un bon petit paquet d’endroits, comme ça, où la politique étasunienne nous plante un joli bordel pas piqué des hannetons : la guerre contre le mal - ces affreux islamistes-terroristes, le choc des civilisations - ajoutée à leur volonté d’être la seule puissance planétaire, les seuls capables de dicter leur loi, forcément, ça va finir par énerver les copains russes ou chinois qui, en la matière, ne sont pas des enfants de chœur non plus. A se demander, même, si nos amis américains, entre autres, ne souhaitent pas tout simplement une bonne vieille conflagration généralisée pour ramener la population mondiale à ce qu’elle était à l’âge des cavernes. Un moyen peut-être un peu radical de lutter contre le réchauffement climatique.

Finalement, on pourrait même en arriver un jour à se souvenir que le 18 août 2008, ce sont seulement dix soldats français qui sont morts (paix à leurs âmes) dans une embuscade en Afghanistan et envier ce jour. Parce qu’on ne devrait jamais oublier que la guerre, ça tue des gens. C’est d’ailleurs d’abord fait pour ça !

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