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Humeur sombre

[Blogue] Traité "simplifié" : Le silence des agneaux

Trahison institutionnelle

samedi 2 février 2008

Le 29 mai 2005, nous, Peuple Français, avons rejeté, par plus de 54 %, des suffrages le Traité établissant une Constitution pour l’Europe (TCE ou Traité de Rome II)).

Le 4 février prochain, le Parlement français se réunira en Congrès pour modifier la Constitution, préalable à la ratification parlementaire (prévue le 7 février) du nouveau traité (à peine) simplifié, issu du précédent et dit "Traité de Lisbonne".

Le moins que l’on puisse dire est que les médias, dans leur très grande majorité, ne donnent pas à cet évènement crucial pour le pays la place qu’on serait en droit d’attendre.

Ainsi, près de 2 ans après que le Peuple Français, souverain, a signifié son rejet d’un texte dans lequel il ne se reconnait pas, le Président de la République Française et son Parlement s’apprêtent à le renier dans le plus grand silence médiatique.

A mes yeux, il s’agit ni plus ni moins d’une trahison institutionnelle, certes parée des atours de la légalité mais qui marque la déchéance de nos élus et leur phobie des réactions supposées du Peuple. Que reste-t-il de la démocratie française ?

J’avais déjà voté "Non" sur Maastricht en 92. J’ai voté "Non" en 2005 sur le TCE. Toujours pour les mêmes raisons : Le libéralisme institutionnalisé et le déficit démocratique. Si un référendum avait été organisé sur le traité simplifié, j’aurais encore voté "Non". Voilà pourquoi :

Mercredi 16 janvier 2008, Valéry Giscard d’Estaing passe une audition devant la Commission des Affaires étrangères et devant la Délégation pour l’Union européenne de l’Assemblée Nationale. Valéry Giscard d’Estaing est l’ancien président de la Convention qui a négocié et rédigé la Constitution européenne. Lors de cette audition, il reconnaît que le traité de Lisbonne est « identique dans sa substance à 98 % » à la Constitution européenne, rejetée par le peuple français en 2005.

Source : http://www.traite-simplifie.org/

Contrairement à ce que les partis politiques de gouvernement, appuyés par leurs savants analystes, ont osé prétendre, moi comme la majorité de nos concitoyens n’avons pas rejeté ce traité par peur de la mondialisation mais bel et bien parce qu’il instaure le libéralisme comme seule doctrine économique légale pour l’Europe ; parce que, ce faisant, il nie le droit fondamental de tout peuple à décider de ses orientations en les asservissant à une organisation supranationale totalement anti-démocratique qui n’est pas responsable devant les peuples ; parce qu’il ne se fonde pas sur la laïcité et concède aux autorités religieuses un droit d’intervention inacceptable qui remet en cause le principe de séparation entre les États et les Églises ; parce qu’il réduit la notion de "service public" à un simple concept commercial concurrentiel qui fait fi de l’égalité des citoyens, dans leur droit d’accès, quel que soit le territoire sur lequel ils vivent. Etc.

En réduisant le vote du Peuple Français à une simple réaction de peur ou à un sentiment anti-européen, ces gens, pourtant censés nous représenter, nous adressent la pire insulte à notre intelligence et à notre sens politique.

En nous privant de notre droit fondamental à choisir les destinées de notre pays, le Président de la République et les parlementaires qui légitiment cette voie de ratification confortent le sentiment que cette Europe-là ne se construit pas pour les Peuples mais sans eux voire contre eux.

Et on le comprend. Ce prétendu nouveau traité, simplifié ou allégé, n’a rien de nouveau. Il est le même que celui sur lequel nous nous sommes exprimés en 2005. Sauf qu’il ne s’appelle plus "constitution" et que les références aux symboles de l’Union ont été retirées (hymne, drapeau, etc.). La belle affaire ! Comme si le fondement du débat était là !

A priori, ce procédé ne peut que réjouir ceux qui sont persuadés que ce texte est une avancée pour l’Europe ou, tout au moins, qu’il est nécessaire de l’adopter pour faire avancer la machine sans en être pour autant totalement satisfaits. C’est leur droit, bien entendu. Mon point de vue est qu’on ne peut pas sacrifier les fondements de notre République à un compromis qui leur est si souvent contraire.

Pourtant, les choses ne sont pas aussi simples. Même chez ceux qui approuvent le texte, il en est pour s’élever contre ce déni de démocratie perpétré par Sarkosy. Honneur leur soit rendu.

A quelques rares exceptions près, les médias se taisent. Ils sont donc complices. Nulle part, quasiment, n’ont été rapportés les appels citoyens à l’organisation d’un référendum. Pourtant, ils existent, ce n’est pas un épiphénomène :

Assassinat en réunion ou quand la démocratie française est tuée au nom de l’Europe.

Le peuple a repoussé à 54,7% le traité européen qui était soumis à ses suffrages en Mai 2005. Un nouveau traité va être ratifié par voie parlementaire. Nous le disions déjà le 17 Novembre : "Que le nouveau traité est le même que celui soumis au vote des français en 2005, tous les dirigeants européens le disent, et il n’est besoin que de lire l’hallucinant article de Valéry Giscard d’Estaing, le père du TCE pour s’en convaincre. La charge de la preuve de ce qu’il serait définitivement différent du TCE appartient donc non pas à ceux qui réclament un référendum, mais bien à ceux qui justifient son adoption par voie parlementaire."

Nous disions aussi : "Seuls les députés et sénateurs socialistes peuvent arrêter la mécanique en marche en votant Non à la réforme de la Constitution française préalable à la ratification du traité". Las, à l’interpellation des parlementaires socialistes et apparentés que nous avions organisée, seuls 24 parlementaires ont réagi, auxquels il faut ajouter sans doute ceux qui ont signé l’appel du CNR et qui ne nous ont pas répondu, leur prise de position étant notoire ( résultats là).

Que suppose une démocratie ?

- L’honnêteté dans les propos de ceux qui briguent les suffrages des citoyens. Nicolas Sarkozy a parlé de "mini-traité" puis de "traité simplifié" alors-même qu’il s’agit du traité dit "constitutionnel"de 2005 très vaguement amendé.

- Le respect de la règle du parallélisme des formes que le Président de la République bafoue.

- Des parlementaires soucieux avant toute chose du respect de la démocratie dans le cadre de laquelle ils ont été élus, et se refusant à la sacrifier sur un quelconque autel, fût-il l’autel de la construction européenne ou de l’unité d’un parti.

- Des parlementaires, délégataires de la volonté populaire, qui ne méprisent pas le peuple qui les a élus, et ne se croient pas investis d’une mission qui consisterait à faire le bonheur du peuple malgré le peuple considéré comme ignare et devant être mené par une élite éclairée.

- Une opposition qui soit réellement une opposition, surtout quand le pouvoir en place s’apprête à commettre un déni de démocratie.

- Des médias libres et qui croient eux-mêmes aux valeurs dont ils se revendiquent : liberté, indépendance, "quatrième pouvoir", "ferment de la démocratie". Deux grands évènements publics ont eu lieu pour appeler à la tenue d’un référendum, les 27 novembre et les 2 décembre derniers. L’omerta a été quasi-totale.

C’est bien

- à un meurtre avec préméditation de la démocratie que nous assistons, sacrifiée sur l’autel de la construction européenne - qui, pour être belle, ne saurait supposer de telles pratiques ;

- à une collusion pour faire taire le peuple, ne jamais permettre que le débat - ferment réel de la démocratie et condition sine qua non de celle-ci - ne soit suscité ;

- à un assassinat en réunion du débat démocratique qui devrait entourer cette construction.

C’est un meurtre prémédité de longue date. Pire que de faire revoter - ce qui était arrivé à deux autres peuples européens qui ne filaient pas droit : réduire le peuple indiscipliné au silence.

Un jour l’Histoire jugera. Le peuple français aussi.

Même source

Ô combien je partage cet avis.

Car si je ne me permettrais pas de préjuger de la décision de mes concitoyens s’ils avaient à se prononcer à l’issue d’un réel débat politique sur cette question essentielle, c’est bien le refus de nos représentants de nous laisser nous exprimer qui me scandalise.

Jamais je n’aurais pu imaginer que l’on puisse nous imposer par effraction une quelconque conception de l’Union Européenne et, ceci, quoi que j’en pense moi-même.

Entendre Monsieur Roger Karoutchi, Secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement auprès du Premier ministre, affirmer sur France Inter, il y a une dizaine de jours, alors qu’il était interpelé par des auditeurs (comme il est de coutume sur cette radio dans l’émission matinale d’information), comme argument suprême de cette infamie : "De toute façon, l’Europe en a besoin", en dit long sur le profond mépris de ce personnel politique à notre égard.

Alors que, depuis cinquante ans, l’Europe se construit en notre nom sans que quasiment jamais elle n’ait été au cœur des débats politiques français, sauf à 2 exceptions près (1992 : Traité de Maastricht ; 2005 : TCE), les partis politiques de gouvernement persistent dans leur attitude irresponsable qui est d’éviter qu’un tel débat ne s’instaure ou de le fausser lorsqu’il est inévitable (du genre, voter contre c’est être contre l’Europe. Comme si c’était aussi limpide !) ou de reporter sur l’Europe la responsabilité de leurs difficultés au gré de leurs intérêts du moment.

Inutile de dire que, dans de telles conditions, je m’interroge sur le sens de notre démocratie. Ou plutôt, hélas, je ne m’interroge plus. Celle-ci prend de plus en plus les allures d’un vieux paravent usé derrière lequel se cachent mal des intérêts de classe mal assumés. Oui de classe. La démocratie française est comme une baudruche que l’on offrirait au peuple pour lui permettre de jouer ou de passer ses états d’âme sans qu’il ait jamais la possibilité de rien changer à quoi que ce soit. Un simulacre malsain. Il y a là, me semble-t-il, une cocotte-minute appelée à exploser un jour ou l’autre. Ce jeu est dangereux et nous en ferons tous les frais !

Pour ma part, il est désormais hors de question que j’accorde ma voix à l’un quelconque de ces pantins. Et si j’ai un message à adresser aux Hollande, Royal et consorts, c’est celui-ci : Si vous imaginez un seul instant que vous pourrez revenir au pouvoir après une telle infamie, vous vous mettez le doigt dans l’œil jusqu’aux orteils. Je ne voterai jamais plus pour vos candidats ni pour vous-même et ferai en sorte d’en convaincre le plus grand nombre. A bon entendeur, salut !

Ceci est d’ailleurs valable pour tous les guignols prétendument de gauche qui prennent cette voie.

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