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[Blogue] Ecoeurant

jeudi 7 août 2008

Fab’ parle du meurtre du petit Valentin sur son blog. Il aborde le sujet sous l’angle de la récupération politique. Je n’ai pas pu m’empêcher d’y ajouter mon grain de sel, vous me connaissez ;0)

Cependant, cette affaire provoque chez moi un profond malaise. Qui ne serait pas écœuré, d’ailleurs, par le meurtre d’un enfant ? Par un meurtre aussi sauvage. L’œuvre d’un dément, comment en serait-il autrement ?

Écœuré, je le suis également par la façon dont elle est traitée par les médias. Une fois de plus. Par certains propos, aussi, tenus par des membres de la famille, que je n’ai malheureusement pas pu mémoriser, mais qui, sur le moment, m’ont fait douter que ce soit la vérité qui importait. Comme si le fait que deux marginaux passant par là puissent faire des coupables idéaux leur suffisait. A la famille, on peut naturellement le pardonner. On comprend leur douleur, elle doit être terrible. Et on se dit qu’à leur place, nous réagirions de la même façon, tout simplement parce que c’est insupportable.

Mais voilà, nous ne sommes pas à leur place et, aussi dégueulasse que soit ce crime, nous avons la faculté de réfléchir sans passion à la façon dont les choses se passent.

Mais les médias ? Mais les politiques ? Même si les faits semblent désormais établis :

Parce que, une nouvelle fois, avant même que le soupçon ne soit devenu lourde présomption, on a pu assister à un terrible déballage sur ces deux personnes. Pensez ! Des illuminés, des mystiques, des marginaux. Comme si tous ceux qui ne jurent que par la volonté divine et s’en croient les dépositaires étaient naturellement prédisposés au meurtre. Au meurtre d’enfant, qui plus est. Comme si tous ceux qui vivent en marge de la société, par choix ou par contrainte, étaient des assassins en puissance.

Cette façon de penser est trop commode. Elle n’est que le reflet de nos psychoses, de nos œillères. Elle est dangereuse. On l’a vu à Outreau.

En quoi cela nous regarde-t-il, la manière de vivre de ces gens, ce qu’ils sont, ce qu’ils font ? A quoi bon ces interviewes de leur entourage, de leurs familles, de ces gens qui se retrouvent ainsi jetés en pâture à l’opinion, pathétiques, et qui auraient sans doute préféré que ce soit parce qu’ils avaient gagné au Loto. Ne peut-on les laisser tranquilles avec leur propre douleur et cette honte qu’ils ne savent pas dire ? Quelle impudeur, quel manque de retenue !

Cela me fait penser aux réactions des villageois lorsque des « gens du voyage » s’installent sur la commune. Il faut fermer à doubles tours. Il n’y a pas plus de vols que d’habitude mais s’il n’y en a qu’un, c’est forcément ces « romanichelles » !

Cela fait penser à l’affaire d’Outreau, encore. Au fameux « Y a pas de fumée sans feu » qui permet de désigner des coupables sans se soucier de la vérité, de briser des vies avec bonne conscience. Encore des affaires concernant des enfants. Est-ce que cela justifie tout ?

Cela permet aux habituels justiciers de salon d’exiger le rétablissement de la peine de mort pour « les assassins d’enfants ». La faute inexcusable de Badinter, pardi ! Elle aurait donné quoi, à Outreau, la peine de mort ? Violer un enfant, n’est-ce pas aussi une forme d’assassinat ?

Et de réfuter par avance que le meurtrier puisse être un dément. Comme si, de toute façon, mieux valait l’emprisonner à jamais que l’envoyer en hôpital psychiatrique. C’est vrai que c’est la vie de château, un hôpital psy ! C’est trop doux. Quelle ineptie ! Peut-être, au fond, est-il plus réconfortant, pour tous ces gens, de se dire qu’un individu « sain d’esprit » a pu commettre un tel acte. Moi, je trouverais ça terrifiant ! Quelle perversion, quand on y pense.

Tout cela m’écœure jusqu’à la nausée car, finalement, ce n’est qu’un fait divers, tragique, terrible, aux conséquences humaines destructrices, ravageuses, pour la famille, mais un fait divers quand même que l’on rangera dans un coin de nos mémoires d’ici quelques jours car ainsi va la vie. On passera à autre chose. On oubliera. Eux, les parents, n’oublieront jamais mais, nous, cela ne nous concernera plus. Je suis écœuré car c’est un fait divers sur lequel se font des déclarations politiques opportunistes et démagogiques pour justifier des lois inutiles et dangereuses.

Si tous les journalistes utilisaient leur talent d’investigation et d’écriture avec la même ardeur pour nous éclairer sur tous les sujets qui touchent à nos vies, sans doute serions-nous suffisamment informés pour exercer pleinement notre devoir de contrôle citoyen sur nos dirigeants. Hélas, il est plus facile d’émouvoir le bon peuple avec des histoires sordides (par ce qu’elles le touchent aussi dans sa chair) que de s’attaquer sur le fond aux politiques mises en œuvre, que de les analyser pour en comprendre les enjeux. Non, là, surtout ne pas penser, ne pas réfléchir, rester dans le flou et le dogmatisme.

Pauvres médias ! Pauvres nous !

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