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[Blogue] En passant par la Lorraine

mercredi 30 juillet 2008

A ce jour, je ne m’étais rendu qu’une seule fois en Lorraine. Cela remonte à une vingtaine d’année, au temps où je militais dans les MJC et c’était d’ailleurs pour l’assemblée générale (ou le congrès ou les assises, je ne sais plus quel terme était employé) de la Fédération Française des Maisons des Jeunes et de la Culture (FFMJC) qui se tenait à Pont-à-Mousson. Déjà des F, des M et des C, souligneront certains. Ben oui, déjà !

Toujours est-il que, au mois de février, ni Pont-à-Mousson ni la Lorraine ne m’avaient semblé particulièrement affriolantes. Il est vrai aussi que j’en avais vu assez peu puisqu’il s’était agi, en fait, d’un aller-retour sur 2 ou 3 jours laissant peu de place au tourisme. Une manie dans ces grandes fédérations !

Cette fois, l’occasion était trop belle. La FFMC des Vosges voulait fêter sa centième adhérente et avait invité le Bureau National à partager son bonheur. La date coïncidant avec le début de mes congés, j’ai sauté sur l’occasion, la tentation d’un petit raid à moto étant trop forte. A cela s’ajoutait l’invitation de France et de Pascal à venir goûter la chaleur de l’hospitalité lorraine. A eux seuls, ils doivent faire plus pour leur pays que tous les offices de tourisme de la région réunis ! Alors, ça ne se refuse pas.

Jour 1 : vendredi 18 juillet

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Préparatifs

Vendredi matin, donc, chargement de Frida, programmation du Tomtom Rider et zou, faï tira la bourrique ! En route pour l’aventure. Il était pas loin de 10 heures quand j’ai lancé le bourrin.

Rien à dire sur le voyage aller. De l’autoroute tout le long jusqu’à la sortie n°11 (Colombey les Belles) de l’A31. Puis la départementale D974 jusqu’à quasiment destination. Là, déjà, la Lorraine s’offre dans toute sa splendeur à mes yeux innocents. Une entrée en matière prometteuse.

Le temps de poser les valises et de boire une bière (lorraine, bien sûr), nous voilà repartis vers Épinal par les chemins de traverse, sous la conduite de Pascal et de sa FJR 1300 sur laquelle a pris place Quentin. France suit derrière sur sa Ducati Mostro et je ferme la marche.

Le pays est vallonné et les routes viroleuses. C’est verdoyant aussi, ce qui colle assez bien avec la quantité de nuages que je vois régulièrement stationner sur cette région quand je regarde la météo à la télé. Et frisquet. Moi qui suis parti, éternel optimiste méridional, avec mon blouson d’été, je me pèle gentiment depuis la traversée du plateau de Langres (où la Seine prend sa source, paraît-il). Je guette avec anxiété les hordes de pingouins qui, selon mes informations, traversent fréquemment les routes du pays, en volant en rase motte, signe de froidure imminente. Mais non, pas de pingouins à l’horizon. M’aurait-on enduit d’erreur à l’insu de mon gré ?

Du coup, j’en profite pour m’en mettre plein les mirettes. C’est vraiment beau. Je me souviens aussi de quelques noms de villages traversés ou aperçus : Lupcourt, Burthecourt aux Chênes, Domptail en l’Air...

Finalement, nous arrivons à Épinal après une petite heure de route et à l’heure, voire même peut-être en avance. La réunion est sympa, la "centième" est bien mignonette. Tout cela finit autour d’un verre de champagne ou de bière (belge !), selon les goûts de chacun. On pose même pour la postérité autour de notre jolie centième et de son ER6F noire flambant neuve. France passe des infos et félicite l’antenne et son coordinateur pour ce succès mérité. Moi, comme d’habitude, je ne capte pas la moitié de ce qui se dit et me contente de manifester ma solidarité par une présence silencieuse mais imposante.

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FFMC 88 Centième adhérente (juillet 2008)

Après 2 heures de discussions, de rigolade et d’échanges de toutes sortes, il est temps pour nous de reprendre la route pour Nancy. Cette fois, ce sera essentiellement la voie rapide (RN57, je crois) pour gagner du temps. Car la soirée n’est pas finie pour autant. Le temps de rentrer les motos en marche arrière dans le garage situé sous la maison (une opération un peu surprenante, la première fois), il faut bien manger un peu. Puis, au lit. J’ai plus de 800 km dans les jambes et les reins pour cette première journée et j’avoue que, là, je suis caramélisé.

Jour 2 : samedi 19

Il doit être 9 heures 30 quand j’ouvre les yeux. C’est bon de dormir quand on est vanné. Mes hôtes sont partis bosser (niark !) depuis longtemps, me confiant la garde de leur petit nid douillet et celle du chat, Spam. Un sacré numéro, celui-là ! Je flemmarde en buvant mon café (au lait) quand Quentin réintègre ses pénates et me fait les honneurs de sa maison et de son jardin. Une jolie demeure, bien agencée et décorée avec goût.

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Porte de la Craffe
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Fontaine Place Stanislas

Puis, Quentin et moi partons sur Frida en direction de la place "Stan" (en nancéen dans le texte). Là encore, la dernière fois que j’avais aperçu la place Stanislas (voir plus haut), c’était de nuit et en voiture et sans une minute pour la visiter. Aujourd’hui, la place, magnifique, est entièrement piétonnière et c’est un vrai plaisir d’y déambuler, ainsi que dans les petites rues avoisinantes du vieux Nancy. Après un détour par la basilique St Epvre, le palais ducal et la porte de la Craffe, nous arrivons dans le parc de la Pépinière, superbement arboré, où l’on peut voir de nombreuses bestioles et autres volatiles se pavaner tranquillement, ainsi qu’un splendide kiosque à musique.

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Essaim de Nancéennes en liberté

C’est là que Pascal a sonné la fin de la récréation sur le portable de Quentin. Il était temps de rentrer déjeuner car l’après-midi était consacrée à une réunion de travail de l’AFDM 54. Enfin, travail... Je me comprends !

Cette fois, le déplacement se fait en boitàroues, ce qui n’est pas mal non plus. Direction Mirecourt, dans les Vosges, où se tient la réunion.

C’est Cyril et Claire qui reçoivent dans une très belle maison du XIXième siècle (1857) construite dans un grand parc. Là, une bande d’énergumènes rigolards est censée préparer un stage de perfectionnement dans des effluves de pâtisserie facétieuse car décidée à se carboniser. Au grand dépit de Babette, la pâtissière du jour, qui devient la cible des quolibets de son fan-club. Sympa, les copains !

En fait, ça bosse aussi. Avec démonstration au tableau et vidéo-projection par Pascal et François. Du grand art. Forcément, sur la fin, ça se relâche un peu et ça discute de tout et de rien et surtout de... moto. Gagné ! Comme c’est aussi l’anniversaire de François, Cyril prépare le barbecue qui doit marquer la fête. Et c’est là qu’il se met à pleuvoir. Du coup, tout le monde se transporte dans la salle à manger où se déroulera le repas. C’est qu’"y mouille à siaux [1]", dehors.

Finalement, la pluie cesse quand on en vient au dessert, ce qui nous permet de finir la soirée dans le parc. Là, François et Babette se transforment en conteurs et font l’ambiance. Pour ma part, je m’accroche aux quelques sons que j’arrive à traduire dans le bruit d’éolienne d’une acouphène pas piquée des vers. Mais ça rigole bien.

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Une réunion de travail

Nous reprenons la route vers minuit et je retrouve bientôt avec plaisir le calme de ma petite chambre pour une séance de sommeil qui devrait régler, pour ce soir, les délicieux aléas de la surdité.

Jour 3 : dimanche 20

Comme il faut bien rentrer au pays, j’avais annoncé la veille à mes hôtes que le grand départ serait pour aujourd’hui. A leur grand dam, d’ailleurs, car, toujours soucieux de promouvoir ce coin de France, ils espéraient m’emmener en balade du côté de l’Alsace et des Vosges. Ce n’est que partie remise, pas d’inquiétude.

De toute façon, on n’est pas pressés. Il est pas loin de midi quand notre petite troupe se met en route. Pour l’occasion, Pascal et moi échangeons nos bécanes et me voilà pas peu fier de tester la FJR 1300. Pas mal du tout la bête. Moto vivante, joueuse, confortable, aisée à mettre sur l’angle, une position de conduite royale. Les premiers kilomètres, je m’obstine à vouloir passer une sixième qui n’existe pas. D’ailleurs, il faut aussi rétrograder pour les relances, afin de jouer sur le couple. De ce côté, ma Frida est plus pêchue. En tout cas, elle reprend bien plus bas dans les tours sans avoir à jouer avec le sélecteur. Mais ne boudons pas notre plaisir, la FJR est vraiment plaisante à conduire. Surtout, le grand pare-brise rend le Nolan N103 presque silencieux.

Pascal nous emmène sur les départementales. Une bonne idée. Ça monte, ça tourne, ça descend (forcément), il y a des forêts, des prairies et pleins de villages plus coquets les uns que les autres. Dans l’un d’eux, il y a même un musée de la brasserie mais pas le temps d’avertir le chef de meute ni de mémoriser le nom. C’est ballot. Faudra vraiment revenir !

Alors que nous traversons une courte zone de travaux, dans un autre village, je comprends qu’un riverain en train de décharger sa voiture ne nous adresse pas ses meilleurs vœux. France et Pascal confirmeront. Un râleur qui ne porte pas les motards dans son cœur. Une espèce somme toute assez répandue. A la sortie du bourg, France me propose sa Ducati. Ça ne se refuse pas et me voilà au guidon de l’italienne avec l’impression bizarre d’avoir le nez sur le garde-boue avant. Mais c’est sacrément joueur, cet engin, et ça pousse fort. Question confort, c’est pas trop mon truc mais j’avoue qu’on prend vite goût au caractère démoniaque de la bestiole.

Finalement, on fait une halte dans les environs de Vesoul pour boire un coup bien mérité. C’est là aussi que nos routes se séparent. Je reprends possession de ma Frida et file en direction de Besançon prendre l’autoroute A36. Il faut que j’achète une ampoule pour mon feu de croisement qui a rendu l’âme. La première aire est la bonne et je me lance dans le remplacement de la loupiote. J’en profite aussi pour m’envoyer les sandwiches préparés délicatement par France, dont un au Munster dont le top-case se souviendra pendant une semaine. Merci France, fallait pas !

Il est 16 ou 17 heures, on va devoir accélérer un peu la manœuvre.

Bon, l’autoroute, c’est l’autoroute : On s’emmerde ferme ! Pour varier les plaisirs, je prends par les A39-A40-A42-A432, pour récupérer l’A7 au sud de Lyon. Mais ras le bol. L’alerte-radar sonne tous le 20 km et j’aperçois même la Subaru de la maréchaussée qui fait des misères à un motard. De fait, ils étaient bien sur un ou deux emplacements annoncés. On a beau avoir la conscience tranquille, c’est fatiguant ce cirque !

Je sors donc à Chanas et croise en direction de Beaurepaire par la D519. Au passage, j’oublie de refaire le plein, ce qui donne un peu de sel au tronçon. Par bonheur, une station automatique m’attend à bras ouverts à Beaurepaire. Vu la quantité qu’engouffre le réservoir, il n’aurait pas fallu qu’elle soit installée 5 km plus loin. Comme on dit : "Quand on n’a pas de tête, mieux vaut avoir des jambes". Heureusement, Frida est sobre ce qui m’a évité de le vérifier !

Il est 20 heures passées. Arrivée prévue vers 0 heure. Alors, en route, mauvaise troupe !

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Escandillade

Foin des considérations spatio-temporelles, nous nous offrons la D538. Frida est ravie de reprendre de l’angle et moi aussi, du coup. L’orage menace. Du moins, il nous précède de quelques kilomètres. Un peu avant Lens-Lestang, une belle escandillade [2] illumine la vallée du Rhône, laissant le Massif Central en contre-jour, au loin. Je m’arrête donc pour immortaliser l’instant. La lumière donne un ton chaleureux aux champs de blé frais moissonnés sous les nuages sombres.

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Escandillade

A la sortie de Lens-Lestang, une maison au décor bariolé m’oblige à un nouvel arrêt. On n’est pas près d’arriver à ce train-là. Pour faire bonne mesure, je passe Hauterives, la ville du Facteur Cheval et de son Palais Idéal, sans m’arrêter. La maison vue précédemment me donne à penser que le bon facteur a fait école. Faudra revenir.

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Insolite à Lens-Lestang

L’orage nous frôle peu avant Romans. 3 gouttes retardataires et la chaussée bien mouillée. Mais rien de catastrophique. On continue sur notre D538. Un peu plus tard en haut d’une côte, la silhouette étrange d’une éolienne se détache sur le ciel qui noircit. Le bulbe et les hélices se découpent, imposants, au ras de la crête de la colline, au-dessus des arbres, lui donnant un aspect insolite, presque inquiétant. J’hésite à m’arrêter une nouvelle fois. La route est sinueuse, pas beaucoup de visibilité à cette heure entre chiens et loups. Prudent, je préfère passer mon chemin. Faudra revenir... encore !

La route redescend vers la vallée de la Drôme. Bientôt, au sud de Crest, je quitte la D538 qui s’écarte vers l’est pour rejoindre Nyons. Je croise tranquillement en direction de Grignan où je ne résiste pas à la tentation de photographier le château de la Marquise de Sévigné, tout illuminé de jaune-orangé.

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Château de Grignan

La route est encore bien viroleuse. Je passe Suze-la-Rousse, dont la citadelle est magnifiquement éclairée puis Rochegude et voilà Uchaux et le Vaucluse. Le reste est presque banal. Passé Orange, je retrouve la Nationale 7 qui me mène jusqu’à l’écurie.

Il est environ minuit quand je coupe le contact. Content quand même d’être arrivé.

Au final, voilà une belle balade de 1450 km qui vaut par les jolies départementales empruntées, la découverte de la Lorraine et de son incomparable hospitalité. Promis, je ne ferai plus de plaisanteries douteuses sur les pingouins lorrains, sauf par inadvertance, bien sûr... Cerise sur le gâteau, la Drôme traversée au soleil couchant et de nuit, qui constitue toujours une belle récompense pour le voyageur dilettante. Un département aux visages multiples qui mérite plus que quelques arrêts prolongés. On reviendra en voisin. Obligé !

Seule ombre au tableau, le bruit infernal du vent sur Nolan N103. Rien n’y fait, pas même les bouchons d’oreilles. Et encore, je suis sourd. Qu’est-ce que ça doit être pour un entendant ! De quoi pondérer sérieusement mes propos de ce billet.

Quant à Frida, elle a été irréprochable, comme toujours. De quoi donner envie de repartir très vite. Pourquoi pas la semaine prochaine ?

Les photos sont là

Notes

[1Expression québécoise pour dire qu’il pleut comme vache qui pisse.

[2Une embellie, un rayon de soleil qui perce à travers les nuages. Mais c’est plus beau encore en provençal !

Vos commentaires

  • France
    Le 01/08/08

    ...avec mes sabots dondèneu, ho, ho, ho, avec mes sabots...
    Ben tu reviens quand tu veux, avec ta blonde, même, si tu veux.
    Sympa, le compte rendu, je vais faire suivre aux copains que tu as rencontré. A ce propos, c’était l’anniversaire de François, chez Cyril, mais personne ne t’en voudra de la confusion, tous ces gens étaient bien bruyants, surtout tard le soir ;o)))
    Les pingouins te saluent !
    France

  • François
    Le 01/08/08

    elle n’était pas si vilaine avec ses sabots, la preuve tu reviendras, pis on te montrera des pingouins, si t’es sage.
    au fait, t’as peut être pas tout compris, mais tu te marrais bien, au moins, tu as évité les déchets vannesques obligatoires dans ce genre de traquenard.
    au plaisir de te revoir et de te relire
    @ppel de phare
    François

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