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[Blogue] Politburo

mardi 22 juillet 2008

L’expression fait florès depuis le grand retour de la droite décomplexée. Jean-François Copé, le cire-pompe en chef du Furoncle, ne rate jamais une occasion de faire état de sa science des langues étrangères et de sa grande culture politique, aidé parfois par ce malheureux Raffarin qui pense toujours savoir s’y prendre pour faire l’intéressant, hélas.

La dernière occasion en date, c’était évidemment hier, après la glorieuse victoire de Sarkosy au Congrès et l’adoption des modifications constitutionnelles à une voix près. On a senti que tout ce beau monde était soulagé (il y avait de quoi) mais Copé n’a pu s’empêcher de lancer la papatte en direction du Parti Socialiste dont le "politburo" (sic) avait donné des consignes pour faire échec aux prétentions "furoncliennes". Il s’en est fallu d’un cheveu, d’ailleurs, que tout ce bel agencement ne capote lamentablement.

En gros, quand l’opposition résiste, on a affaire à la menace bolchévique, soviétique et tout ça ; quand la droite gagne, c’est la démocratie qui gagne, quand ce n’est pas la liberté. Et modestes avec ça, les godillots !

Déjà, appliquer une terminologie soviétique au PS prête quelque peu à sourire quand on pense aux hésitations de ce parti sur ces origines, à son abandon de toute référence à la lutte des classes ou à la révolution et à ses œillades parfois appuyées pour le libéralisme économique. Mais on devine, derrière cette allusion subtile, les vieilles réminiscences d’un discours de droite éprouvé dans lequel tout ce qui est de gauche est coupable de communisme. Ceci va d’ailleurs tout à fait dans le sens du sarkosysme ambiant pour qui la modernité, c’est surtout une succession de retours en arrière. Il est d’ailleurs regrettable que, pour cause de disparition de l’URSS, Copé ne puisse pas ajouter, comme il était fréquent il y a 30 ans : "Si t’es pas content, t’as qu’à aller vivre chez les Bolchéviques" ! Non mais. On se demande qui, aujourd’hui, regrette le plus feu l’Union Soviétique !

Ensuite, on imagine assez mal que même à l’UMP, qui n’est pas vraiment un exemple d’homogénéité et de discipline, il n’y ait pas, comme dans la plupart des partis et des associations, une instance dirigeante qui ressemble peu ou prou à un "bureau" (en gros, Président, Secrétaire, Trésorier et quelques autres) dont le rôle est de veiller à la bonne marche de l’organisation et de faire appliquer la politique décidée par l’assemblée générale (ou le congrès, pour un parti). En d’autres termes, tous les partis (et même les associations) ont un bureau... politique autrement dit, en russe, un "politburo" !

Celui de l’UMP n’a d’ailleurs pas chômé ces derniers jours pour convaincre les récalcitrants de son propre camp, si l’on en croit le Copé lui-même. Et on n’a pas de mal à imaginer les amabilités qui ont dû être échangées à cette occasion. De là à dire que l’UMP a des pratiques bolchéviques... Passons.

Il est remarquable de noter, au sujet de cette fameuse réforme constitutionnelle, qu’elle a donné, aux simples péquins que nous sommes, une illustration pour le moins édifiante de l’esprit de responsabilité supérieur des hommes politiques sur celui, beaucoup plus mesquin, du citoyen ignare. En effet, on prétend souvent que, lors des référendums, les Français répondent à tout un tas de questions sauf à celle qui leur est posée. On peut constater que, avec les remous causés dans sa propre majorité par la politique de "réformes" du Furoncle et les tractations qui s’en sont suivies, un bon nombre de députés avaient bien d’autres réponses en tête que le simple oui (ou "da" pour Copé qui ne s’exprime qu’en russe) aux ordres du parti et du président.

Et pas seulement à droite puisque une bonne partie des Radicaux... de Gauche (enfin, il paraît) a cédé aux sirènes sarkosyennes dans l’espoir d’un peu plus de visibilité. Que ne ferait-on pas, chez ces gens-là, pour donner l’impression d’exister vraiment ?

Jusqu’à notre Djack national qui attend maintenant une reconnaissance méritée de ses valeureux services. C’est beau la fidélité à ses convictions. Et quel courage, comme dit Copé, d’avoir résisté aux oukases du politburo !

Quant à la réforme constitutionnelle, si elle touche à pas mal de choses, elle ne résout en rien le problème de fond de la Vème République qui est le conflit latent de légitimité entre l’exécutif et le Parlement. La Constitution a beau n’être ni de droite ni de gauche, selon Sarkosy, elle n’en est pas moins fortement connotée à droite par la conception quasi-monarchique de l’exercice du pouvoir qu’elle sous-tend. Ce n’est pas vraiment une surprise. Il ne fallait pas s’attendre à ce que Son Insignifiance se laisse trop aller à ses penchants démocrates jusqu’au point de mettre en place un système plus respectueux du suffrage populaire. Et la réforme du Sénat attendra, elle aussi.

En fin de compte, il n’y a pas grand chose d’important dans tout cela. A moins que le Parlement ne fasse un usage surprenant de sa nouvelle maîtrise de son ordre du jour (en fait la moitié). Comment dit-on : Affaire à suivre, en russe, M’sieu Copé ?

Vos commentaires

  • machin
    Le 25/07/08

    mais …

    il faut bien reconnaître que l’opposition n’a pas été très intelligente sur ce coup … comme sur beaucoup ces temps ci.

    et qu’ils ouvrent un boulevard à ce genre de critiques, (trop) faciles

  • @Ficanas84
    Le 29/07/08

    Tout à fait d’accord en ce qui concerne le PS qui, si l’on en croit les médias, est la seule opposition. Et à les regarder faire, il y a de quoi se bouffer les c...

    Sarko peut dormir tranquille.

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