Accueil > Blogue > C’est ma faute

[Blogue] C’est ma faute

vendredi 27 juin 2008

Autant vous le dire sans détour, ce soir je suis un peu patraque. Enfin, un peu, beaucoup même. Moi qui pensais naïvement que mes agissements passeraient inaperçus, me voilà démasqué. J’ai honte de m’être laissé piéger de la sorte. Vraiment, c’est ballot.

A ma décharge, je reconnais que mon bourreau est de ces hommes qu’on rencontre peu souvent dans une vie. Un journaliste d’investigation. Un enquêteur dont le talent mérite probablement un Pullizer, peut-être un Nobel, si ça existe pour les journalistes. Un gars qui a mis toutes ses tripes pour arriver à cette remarquable hauteur de vue qui, je n’en doute pas un seul instant, est un exemple édifiant pour nous autres, les gens de peu, toujours enclins au vice, à la dissimulation, au contournement des lois et au mépris des autres. Voilà une belle âme et, finalement, je suis presque heureux d’avoir été dénoncé par ce genre de référence incontestable.

Voilà, J’avoue : Je suis un assassin. Je suis un salaud. Un pourri, une ordure. Un sous-résidu de l’humanité. Je ne suis même pas humain. Ne dites pas non [1], je le sais. C’est prouvé. Je l’ai compris en lisant ce chef d’œuvre. C’est un fait établi. N’insistez pas [2].

Voyez-vous, j’avais érigé mon égoïsme en art de vivre sans me rendre compte de l’exemple déplorable que je donnais à ces simples d’esprits que je croisais ou dépassais sur ma route. C’est ce qu’il dit mon Javer.

Je l’avoue encore : Je me gare n’importe où. C’est vrai, j’essaie de ne pas gêner les handicapés ni les mamans avec leurs poussettes ni les vieillards. Bref personne. Mais faut pas le faire même s’il n’y a pas d’autre solution, parce que c’est trop vilain.

Je remonte les files de voitures engluées dans les embouteillages. Bien sûr, je le fais lentement pour pas surprendre les conducteurs et je les remercie d’un signe quand ils me facilitent le passage mais ça non plus, c’est pas beau. C’est interdit. Et puis ça leur donne trop la haine à ces gens immobilisés de me voir passer. J’ai honte, si vous saviez.

J’ai jamais grillé un stop ou un feu rouge. Sauf des fois, par inadvertance. En remerciant le ciel que mon inattention n’ait pas eu de conséquences plus graves. En tout cas, moins souvent que ces flics que je vois faire parfois alors qu’ils n’ont ni gyrophare ni sirène. Parce que voyez-vous, je sais que je ne fais pas le poids. Mais surtout, je ne me pardonnerais pas d’être la cause du malheur d’autres gens. Mais c’est pareil. Je suis un inconscient, un criminel de m’être laissé aller à mes pensées.

Bien sûr, je ne respecte pas scrupuleusement les limitations de vitesse. J’avoue. En général sur autoroutes, quand ça roule bien, je laisse ma Frida prendre le mors aux dents. Allez, 150, 160. Des fois, sur les belles routes départementales ou nationales, je m’offre un petit 110, là où c’est juste permis de rouler à 90. Mais en ville, sauf inattention encore, jamais. Trop de gosses, de vieillards, de gens qui ne demandent qu’à vivre tranquille. N’empêche, je suis une brute sanguinaire, ivre de vitesse et d’adrénaline.

Alors, forcément, mes petits écarts rendent les autres jaloux. Les piétons se sont mis à traverser au passage des bus pour les emmerder. Les cyclistes se permettent de faire des écarts au passage des poids-lourds pour les faire chier. Et les automobilistes, ces couillons, ils essaient de faire comme moi. Il y en a même qui font les malins aux passages à niveaux. C’est dire. Je suis devenu leur mentor, en quelque sorte, à tous ces gens. Leur mauvais génie. Une sacré responsabilité, je vous assure.

Alors, forcément, ça fait des dégâts. Tout le monde n’est pas si habile.

Les quelques 4000 morts sur nos routes, c’est ma faute. Les blessés, les traumatisés, les mutilés, c’est aussi ma faute. Les gens qui roulent bourrés ou drogués par leurs médicaments ou leurs paradis artificiels, c’est toujours ma faute. Les gros connards et les pétasses qui téléphonent en conduisant, c’est forcément ma faute. Ils veulent se venger. Faut les comprendre.

Je vous le dis. Je suis un assassin. Je suis un salaud. Un pourri, une ordure. Un sous-résidu de l’humanité. Je ne suis même pas humain.

Je suis un motard.

Merci à ce génie du journalisme de m’avoir révélé ma vraie nature, étudiée avec tant de minutie depuis le volant de sa voiture. Il s’appelle Jean-Luc Martin. Un gros con grand journaliste. Vraiment.

Notes

[1enfin, un peu quand même pour me remonter le moral

[2idem

Vos commentaires

  • ?
    Le 01/07/08

    Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa.

    J’avoue aussi. Humblement.

    Et puis-je suggérer une pétition pour que tous les motards de France (et de Navarre) avoue, eux aussi, d’un clic ?

    Après tout, ça rentrera bien dans le plaider coupable ;-)

  • France
    Le 07/07/08

    J’ai peur d’être coupable aussi... Quoique, si ça se trouve, non, pas moi. Je suis une sous catégorie de motard, même pas un panel représentatif, presque rien du tout, c’est peut-être moins grave ? Non ? La motarde aussi est coupable. Bon, alors j’avoue. Bien que mère de famille, il m’arrive de commettre d’honteuses actions et jusqu’à maintenant, ignorante que j’étais, je n’en avais pas conscience. Je ne savais pas. Merci Marco et surtout, merci monsieur Martin.

  • Vicnent
    Le 08/07/08

    effectivement, c’est ta faute !!!

Blogue | Suivre la vie du site RSS 2.0