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[Blogue] Assises 2008 : La parallaxe démocratique

jeudi 15 mai 2008

La parallaxe est l’incidence du changement de position de l’observateur sur l’observation d’un objet.


En métrologie, l’erreur de parallaxe est l’angle entre la direction du regard d’un observateur et la perpendiculaire à la graduation d’un appareil de mesure, amenant à une erreur de lecture de la mesure effectuée.

Afin de supprimer pratiquement cette erreur, l’observateur doit se placer de manière à confondre l’aiguille ou l’index avec l’image qu’en donne un miroir situé en arrière plan.


En psychologie, la parallaxe est une modification de la subjectivité, la différence de perception d’une même réalité.

On dit d’un sujet qu’il fait une parallaxe lorsqu’il arrive à percevoir une réalité ou un état dans un sens différent, et qu’il parvient à se décentrer de sa propre perception pour construire un nouveau sens de cette même réalité. L’essence même de la thérapie psychologique consiste à aider le sujet à se créer une parallaxe de la réalité qui allie le sens commun et sa sérénité.

Définition de Wikipédia

L’assemblée générale annuelle (AG) de la Mutuelle des Motards a été marquée, cette année, par 2 motions déposées par des sociétaires. Et c’est peu de dire que les débats qui s’en sont suivis ont été chauds ! Quasiment 7 heures de discussion, on peut dire que c’est du costaud.

Je retiendrai personnellement la première de ces 2 motions. Non pas que la seconde ait été sans intérêt, loin de là, mais parce que cette première motion me semble relever d’une appréciation assez surprenante des règles démocratiques. Elle pourrait bien, en fait, expliquer aussi la seconde.

Il s’agissait donc de faire passer le mandat des représentants élus des sociétaires (RES) [1] de un an à deux ans. Motif : La durée actuelle du mandat ne permettrait pas aux RES d’en rendre compte à leurs mandants. Par ailleurs, les sociétaires n’auraient à se mettre sous la dent que les informations délivrées par le Conseil d’Administration (CA), sans qu’aucune contradiction ne soit possible. De ce fait, le mandat donné le serait sur des bases floues puisque les candidats RES ne pourraient pas se déterminer en connaissance de cause.

L’assemblée générale ne s’y est pas trompée : La motion a été rejetée. On ne voit pas, en effet, en quoi un allongement de la durée du mandat rendrait plus facile ce qui, aujourd’hui, serait si difficile. De l’art d’enculer les mouches et du grand !

Néanmoins, le débat soulevé est pertinent. Du moins en apparence : Sur quel mandat un RES est-il élu ? Et n’a-t-il pas une obligation morale de rendre compte ?

La réponse à la première question me semble assez simple : A l’issue des discussions qui ont lieu au cours de l’assemblée régionale (AR), il suffit que le candidat précise s’il soutient ou non l’action du CA et quelles sont ses réserves éventuelles. Et s’il ne le fait pas de lui-même, c’est aux électeurs de lui poser des questions.

Pour la seconde, on est un peu dans la même logique. Un RES qui désire reconduire son mandat devrait préciser ce qu’il en a fait.

Dans les faits, les choses sont beaucoup plus feutrées. Les représentants du CA qui animent l’AR rendent compte de leur action au cours de l’exercice écoulé, des orientations prises et des premiers résultats financiers. Il est donc relativement facile, pour un sociétaire un tant soit peu curieux, de poser les questions qu’il juge nécessaire pour lever ses doutes éventuels. De plus, pour peu qu’il s’intéresse à la vie de la mutuelle, ce que sa présence à l’AR semble attester, il aura eu à cœur de s’informer en cours d’année des décisions prises lesquelles ont, de toute façon, généralement un impact direct sur ses contrats.

Ce que les porteurs des motions semblent ne pas accepter, c’est que, en fait, sauf sur certaines décisions précises qui peuvent faire débat, il y a relativement peu de questions qui remettent en cause l’action du CA. Mais plutôt que d’en attribuer la cause à un accord tacite des sociétaires, ils préfèrent compliquer les règles dans l’espoir de susciter un débat plus animé. Or rien ne permet de croire qu’il en serait ainsi.

Il en va de même pour le mandat du RES. Rares sont les candidats qui se positionnent ouvertement sur l’action du CA. Dès lors, s’ils sont élus, on peut considérer que les sociétaires leur donnent mandat de soutenir le CA, sans quoi, il s’en trouverait toujours quelques-uns pour les questionner à ce sujet.

La question valait donc bien, sans doute, d’être posée. Mais pas au point d’occuper l’assemblée générale si longtemps. C’est là que je perçois une erreur de parallaxe, dans un remède qui repose sur un diagnostic faussé.

Ceci d’autant plus que, quand on prétend agir au nom des grands principes démocratiques, il faut se donner la peine de les respecter soi-même un minimum. Or, nos porteurs de motions n’ont pas brillé par la transparence de leurs pratiques. En effet, j’ai appris d’un de mes collègues RES, élu dans la même AR que moi, qu’il avait été approché, après son élection, par un des initiateurs de ces motions pour l’inciter à les signer. Curieusement, je n’ai pas bénéficié des mêmes attentions. Ce serait-on méfié de moi ? Aurait-on craint que j’en face état publiquement et que l’affaire s’ébruite ?

Mais surtout, pourquoi cette proposition de motion n’a-t-elle pas été faite AVANT l’élection des RES ? Les sociétaires présents ne méritaient-il pas d’en être informés et d’en débattre ? Ou bien, nos maîtres en démocratie craignaient-ils de se voir désavoués avant même d’avoir pu planter le ouaille en AG ? Ce qui aurait été dommage, avouons-le !

Tout cela est finalement très révélateur d’une certaine tendance à distordre les principes dont on se réclame. Édifiant !

Notes

[1Les RES sont en fait des grands électeurs, élus par les sociétaires lors des assemblées régionales de la mutuelle, chargés de les représenter lors de l’assemblée générale annuelle.

Vos commentaires

  • Guillaume
    Le 15/05/08

    Salut,

    Moi, je l’ai écrit sous une autre forme, en dehors du cadre de l’Ag de l’AMDM. Et je pose comme réflexion que les minorités, une fois conforté dans leur rôle de minorité, c’est à dire quand LEUR position n’est pas passé lors d’un vote (Même informel), rejette les règles qui ont prévalu au vote, voire même toutes les règles. C’est donc un déni de démocratie alors que c’est juste un déni de réponse.

    La situation à la Mutuelle l’illustre parfaitement, d’autant que j’ai assisté au CA pendant plusieurs années en tant que BN. J’expliquerai cela dans un futur proche aussi...

    A bientôt

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