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[Blogue] Evaluation des ministres

Les riches heures d’une démocratie d’opérette

lundi 7 janvier 2008

En France, on aime bien se foutre de la gueule des Étasuniens (Ces Américains du Nord qui vivent au sud du Canada). Faut dire que, depuis quelques décennies, ils se sont donnés pour présidents quelques olibrius assez emblématiques de l’insondable profondeur de la connerie humaine. Ne serait-ce que les 2 Bush, le père et le fils mais sans aucun esprit, qui ont réussi à leur fourguer 2 guerres en Irak, dont la dernière est un vrai beau merdier. Une réussite que plus d’un peuple pourrait leur envier.

Mais, après tout, dès lors que nous ne faisons pas partie des dommages collatéraux, comme on dit, ils pourraient bien voter pour Mickey Mouse ou Homer Simpson que, personnellement, je m’en battrais ostensiblement les noix.

Les Étasuniens avaient donc le redoutable privilège de posséder en leur sein d’authentiques rois des cons. Presqu’une dynastie. Et que dire des Russes avec Poutine ? Encore plus dramatique, non ?

Mais l’Histoire est là pour nous le rappeler, s’il est une chose que nous avons en horreur, nous autres Français, c’est bien d’être ravalés au rang de sous-fifres. Il fallait donc réagir vigoureusement et relever le défi.

Nous en rêvions, Sarkosy l’a fait !

Je n’ai jamais fait mystère de mes opinions politiques et encore moins de ma révulsion pour Sarkosy et sa cour bêlante. Mais, après tout, les Français, mes compatriotes donc, l’ont choisi et pas qu’un peu. Alors, ainsi soit-il et ferme ta gueule. Surtout pour les odeurs de gerbe !

On me dira que je ne suis pas beau joueur. C’est la démocratie et il faut respecter le choix des électeurs. Euh ! Oui mais... non ! Objection votre honneur. Parce que là, pardon, mais je marche pas.

La démocratie, c’est un concept sacré. C’est le gouvernement du Peuple par le Peuple. J’ai bon ? Bien sûr, dit comme ça, c’est un peu vague mais c’est l’idée de base. C’est du Peuple, donc de nous, que les gens que nous élisons détiennent légitimement le pouvoir. C’est à nous qu’ils doivent rendre des comptes. A personne d’autre et surtout pas à eux-mêmes. Ce serait trop facile.

Alors, sommes-nous si dénués de bon sens que ce gouvernement préfère confier cette sanction à des cabinets de conseil, d’évaluation et patin et couffin ? Curieux que des gens qui savent si bien nous caresser dans le sens du poil pour obtenir nos voix puissent faire comme si nous ne comptions plus une fois qu’ils ont le pouvoir.

Il y a des jours comme ça où faudrait pas se lever. La veille encore, tu pensais qu’on avait touché le fond et tu reçois derrière les oreilles un coup qui t’enfonce encore un peu plus. Mais j’aurais dû m’y attendre. Avec Sarkosy on est jamais déçu. Depuis le temps qu’il est apparu sur la scène politique, il ne rate jamais une occasion de faire son intéressant. Il paraît même que pour lui, cela s’appelle la modernité. En fait, la seule chose qu’il réussit à moderniser, c’est la langue de bois. Le reste, il le casse.

Sur ce sujet, j’ai reçu cet article (je suis abonné) :

On peut pas dire que sur ce coup le Monde se montre très critique. Juste une simple relation des faits. Rien à dire, apparemment, tout est normal. Et pourtant.

Au delà de l’idéologie que porte Sarkosy, il y a la manière. Et je ne parle même pas de son goût immodéré pour se mettre en scène, pour étaler complaisamment sa vie privée comme si cela devait le rendre plus humain, plus accessible.

Cette conception de l’action politique me débecte. La politique, ce ne sont pas des histoires de princesses qui se crachent dans un tunnel parisien ni de méchante femme adultère qui brise le cœur du gentil Président. Franchement, qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Ou alors pour dire que ledit Président n’est plus en état de gouverner ? Putain, mais alors qu’il se casse !

Parce que là, franchement, ça dépasse l’entendement : Un cabinet privé va "évaluer" l’action des ministres. Kling ! Le tiroir-caisse tinte de joie !

Et nous dans tout ça, on n’est pas capables de les évaluer les ministres ? C’est pas la raison d’être d’une élection que de sanctionner l’action politique ? Va-t-on nous dire demain qu’il ne sera plus nécessaire de nous rendre aux urnes parce que les sondages et les évaluations suffiront à notre bonheur démocratique ?

Et le Parlement, à quoi il sert ? N’est-ce pas à lui que nous donnons mandat de nous représenter et de demander des comptes aux ministres ? Certes, en France, le Parlement n’a pas de pouvoir, ou si peu. Une chambre d’enregistrement, tout au plus. Aux ordres. Le Président, qui prétend tout régir, n’est même pas comptable de son action devant les élus de la Nation. Et l’Assemblée Nationale n’est même pas maître de son ordre du jour. C’est bien gentil de vouloir pomper sur les Américains, faudrait aussi retenir ce que leurs principes démocratiques ont de plus valorisant pour le peuple. Car là-bas, le Président aussi est élu au suffrage universel (un peu alambiqué vu d’ici) mais le Parlement a tout de même le droit de lui faire de la peine et même de le révoquer. Ici, c’est inconcevable.

Chez nous, que dalle. On ne veut voir qu’une seule tête. Tout juste laisse-t-on un petit espace à l’opposition pour faire son raffut de temps à autre ! Le Parlement n’a de véritable utilité que lorsque son avis ne risque pas de déplaire au Président. Ainsi en ira-t-il du prochain Traité (à peine) modifié de l’Union Européenne. Un petit merci au passage au Parti Socialiste et à quelques autres partis... de gauche. Du moins, il paraît.

Et puis c’est quoi cette "culture" du résultat ? Foutre des étrangers dehors pour entrer au tableau d’honneur, tu parles d’une gloire. On imagine sans peine ce que cela aurait donné sous Pétain ! J’en frémis.

Gouverner la France comme une entreprise ? Je rêve ! On va évaluer le Ministre du Travail sur le nombre d’heures supplémentaires, peut-être ? Non mais ça va pas ? Je suis pas leur employé, je suis un citoyen !

Parce que, en plus, la culture du résultat, je connais. Ça signifie sacrifier le service du client et la conscience professionnelle au chiffre d’affaire et aux profits. C’est ce qu’on me fait comprendre chaque semaine lors de l’évaluation de mon activité. "Vous êtes en retard sur vos objectifs". Chef, oui, chef !

Et en politique, ça risque bel et bien de donner ça :

Plus qu’une anecdote, le choix d’un tel système de notation va immanquablement engendrer des effets pervers dont le plus visible se traduira par une course au chiffre en fonction du coefficient attribué à chacun des critères, privant le responsable politique de toute vision à long terme et le forçant à négliger une part importante de ses missions pour se concentrer sur celles « qui rapportent ». Par Frédéric Durand dans l’Humanité

Merci l’Huma. Car je me suis demandé si j’allais lire ou voir enfin quelque chose d’un peu dissonant après cet article étonnamment neutre. Il est vrai que c’est pas sur les chaines de télé qu’on trouve les esprits les plus critiques mais on peut rêver. Personne n’a rien à dire ? Bon dieu, le gnome aurait-il aseptisé à ce point la vie politique de ce pays ?

Et puis, j’ai trouvé cet éditorial, encore dans le Monde :

Attention, gadget !
LE MONDE | 05.01.08
© Le Monde.fr

Ah ! Quand même ! Un frémissement. Et l’opposition ? Elle dit quoi ? Il n’y aurait eu, selon le Monde, que 2 socialistes pour s’élever (ô pas méchamment, c’est vrai) contre cette pantalonnade ?

Dans l’art de la poudre aux yeux, ils sont forts à l’UMP de Sarkosy. C’est même une grande tradition pour ce parti. Mais après tout, c’est son boulot de bien emmailloter le bébé du patron pour qu’il soit présentable et qu’il sente bon même quand il s’est fait dessus.

Mais il paraît quand même que la Gauche critique. Résultat ? 4 lignes en tête d’article pour le Monde et le reste pour donner la parole au Premier Ministre et à ses porte-flingues. C’est vrai que le PS est bien trop occupé par le choix de son prochain Secrétaire Général et que dame Ségolène capte toute son attention. On voit où sont les priorités. Elles vont être belles les municipales. Pitoyable !

Bon, je veux bien admettre que le sujet ne soit pas essentiel. Après tout, ce ne sont là que des gesticulations et des écrans de fumées conformes à ce que la Droite a toujours su faire. Mais, n’empêche. Ça en dit long sur l’état de notre démocratie, si tel est encore le nom que l’on peut donner à ce machin infâme.

Comme le dit encore F. Durand dans son article de l’Humanité déjà cité plus haut :

D’ores et déjà le bonnet d’âne revient sans conteste à un président que le peuple devra patienter encore 4 ans pour évaluer.

Ca va être long, c’est sûr !

Vos commentaires

  • Guillaume
    Le 07/01/08

    Moi, sur ce sujet, je reviens sur l’abolition des punitions corporelles... Mmmm... Et paf sur le nez de Fillon ! Et boum sur le naseau d’Hortefeu ! Et pan sur le naze de Lagarde !

    MMmmmm... Miam miam...

     ;o)

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