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[Blogue] Le CNSR invente la journée nationale des victimes de la route : de l’audace, encore de l’audace !

samedi 30 novembre 2013

Ainsi donc, le Conseil National de la Sécurité Routière (dites CNSR, c’est plus chic), cette sorte de comité Théodule censé délivrer de puissants conseils, s’est réuni le 29 novembre (donc hier) et a décidé de proposer au gouvernement, ça :

  • Instaurer une journée nationale des victimes de la route le 22 février, qui sera un jour de commémoration des personnes et des familles dont le destin a, un jour, sur une route, brutalement basculé dans le drame. Cette journée permettra également de lancer des travaux pour faire progresser la prise en charge des victimes et de leurs familles.

Sûr que ça a dû phosphorer dur pour y arriver. Je me demande même si on n’a pas frôlé la surchauffe voire la fusion du cœur du réacteur pour arriver à cette quintessence de la pensée sécuritaire. Avouez qu’il aurait été dommage de perdre tant de personnes indispensables dans un stupide accident, juste par manque de ventilation.

Ici, disons-le tout net, on frise le grandiose, le génie, que dis-je ? le sublime. Les victimes de la route vont enfin avoir leur journée commémorative. Non mais vous réalisez ? Une journée rien qu’à elles, c’est hyper cool, ça ! Bien sûr, trouver une date n’a pas été si simple car des « Journée » de ceci ou de cela, il y en a en pagaille. A une époque où on aime se donner bonne conscience à peu de frais, il est de bon ton d’initier une petite journée qui en jette même si, dans le fond, tout le monde s’en tape.

Nous avions déjà la journée sans voiture, l’autre sans tabac, celle de la courtoisie (un grand succès, paraît-il), une autre de l’Europe (passée totalement inaperçue, hélas heureusement !), celle de la Femme, bien sûr avec dans la foulée, celle de l’andouille de Vire ou du cassoulet de Castelnajac, la journée du Patrimoine, et patin et couffin. Avec un calendrier qui limite mesquinement le nombre annuel de journées à 365 voire 366 de temps à autres, c’est réellement un sacré exercice que d’en caser une nouvelle sans rien déranger.

Les victimes de la route auront donc leur journée, coincée, si j’ai bien compris, entre la Journée du Topinambour et celle du Mimosa, en plein dans la période des carnavals, ce qui doit avoir sa signification, certainement.

D’aucuns s’étonneront que la Toussaint ne suffise pas à honorer ces morts-là. C’est que d’abord la Toussaint (en fait, le 2 novembre, jour des morts) est estampillée « chrétienté » même si ce sont des païens qui en ont eu l’idée les premiers, il y a déjà un bail. Une République laïque ne peut évidemment pas se permettre une telle limitation religieuse. Et puis, franchement, créer une journée spéciale pour les victimes de la route, c’est bien dans l’air d’une époque où le premier blaireau et la première pétasse venus ne rêvent que de leur quart d’heure de gloire et ne craignent pas d’étaler l’insignifiance de leurs vies sur les chaînes de la TNT où la vulgarité la plus crasse le dispute à une empathie bien poisseuse. Il aurait été regrettable de se priver de la perspective de ces témoignages qu’on nous concoctera bien larmoyants à souhait et ourlés d’une morale au ras du bitume comme on l’aime chez les associations de victimes, LCVR en tête, où les rôles sont toujours très manichéens : fautif = chauffard, victime = innocent. Pas de demi-mesure, pas de nuance. Les bons morts d’un côté, les autres à la fosse commune.

Le Point allait même jusqu’à titrer : le 11-novembre des victimes. Faut pas se gêner surtout ! Toujours cette surenchère dans l’exploitation de l’émotion qui finit par donner la nausée. Oser comparer la mort brutale sur la route, aussi douloureuse et injuste qu’elle puisse être pour les proches, à celle des soldats de cette guerre atroce, au sacrifice de ces hommes pour leur pays, notre pays et notre liberté, mais quelle infamie ! Quel manque de retenue et de discernement, quel manque de pudeur et de respect, quelle bêtise confondante ! Voilà où nous en serions, alors ? A reléguer le sacrifice suprême de nos grand-pères au rang de simple fait-divers ?

J’entends déjà les gémissements d’horreur des oiseaux de malheur. Car oser ne pas se pâmer devant une idée aussi géniale, c’est forcément manquer de cœur, c’est obligatoirement mépriser ces victimes et leurs familles, c’est se ranger délibérément du côté des méchants, des chauffards. Hélas, je ne méprise personne hormis ceux qui, sous prétexte de défendre les victimes, ne font qu’exploiter leur douleur.

Et qu’on ne me dise surtout pas que je ne suis pas concerné.

Sinon, le CNSR a aussi décidé de proposer au gouvernement l’expérimentation de la circulation inter-files, c’est à dire une pratique que les motards expérimentent grandeur nature depuis plusieurs dizaines d’années dans toutes les grandes villes de France et que la FFMC revendique depuis plus de 30 ans. Mais attention, l’expérimentation « officielle » ne concernera que 4 villes-tests. L’expérimentation officieuse continuera donc comme avant. Ils sont vraiment trop forts, au CNSR. Quelle audace ! Mais jusqu’où s’arrêteront-ils ?

Franchement, quand on voit ce cinéma, on envie nos cousins belges chez qui la même décision n’a pas nécessité tant de chichis sans qu’on note la moindre aggravation de l’accidentalité. Et pour cause !

Pas facile à comprendre pour une élite française, ça...

Vos commentaires

  • denys
    Le 01/12/13

    Cœur de pierre. (C’est le cas ou jamais de le dire) Comment ne pas être ému aux larmes par tant de détresse ? Allons plus loin et construisons, sur crédits de la DSCR, nos monuments aux morts de la route comme ici, aux Pays-Bas, bouleversant exemple de statuaire édifiante ou là, à Liverpool.
    Notons que la journée mondiale existe déjà, c’est le 17 novembre. Enfin, le 18, selon d’autres sources. Une fois de plus, notre beau pays se singularise en ne faisant rien comme les autres.

  • rose
    Le 12/04/14

    cette journée est pour rappeler les dangers de la conduite.
    on a pas besoin d’une journée pour se rappeler que l’on une mère, un père une grang mère, ces journées sont sont uniquement pour faire marcher le commerce.et pensez vous , dans les écoles maternelles, quand les enseignements font faire des dessins ou ecrire des poèmes aux enfants, à ceux qui n’ont plus de maman ou de papa et parfois même sont orphelins des deux ?
    En ce qui concerne les victimes de la route il n’a pas été demandé d’ériger un monument où se recueillir chaque année, en plus ce jour ne sera pas férié cette journée n’est pas demander aux bénéfices de commerçants, il s’agit je le repète d’un RAPPEL A L ORDRE conduire ou fumer ou fumer et surtout respecter la vie des autres. à bon entendeur salut

  • rose
    Le 12/04/14

    et les familles des victimes ne veulent pas du 212 février non plus : pourquoi ?
    parce que nos enfants, nos êtres chers tués dans la totale indifférence des magistrats sont froids, dans nos coeurs il fait froid pourquoi encore un journée de gel ? Par pur esprit de contradiction de la part du CNRS et du gouvernement
    nous voulons pour eux quelque chose de plus beau, une journée de printemps
    en cette période de beaux temps, les automobilistes en prtofitent pour se promener, il est utile de leur rappeler les dangers

  • @Ficanas84
    Le 13/04/14

    Voilà ! Je vous avais prévenu...

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