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[Blogue] Mon plus beau cadeau d’anniversaire

dimanche 8 septembre 2013

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Guide de survie à l’usage des couples infertiles

C’était donc ce fameux jour que l’on connaît tous où on taille mentalement une nouvelle encoche sur le bâton virtuel qui nous servira un jour de canne. « Et de 59 ! » jubilais-je modestement et « jaunâtrement » tandis que parents et amis faisaient chauffer le téléphone pour me souhaiter un joyeux anniversaire. Ils sont adorables, tous, avec leurs gentilles attentions. Ça fait chaud au cœur.

Puis, ce fut le tour de ma fifille à moi, la chair de ma chair et toussa...

Elle est plutôt taiseuse en général, mon Audrey. On est un peu pareils quand il s’agit du téléphone. Non pas qu’on n’ait rien à dire mais on sait jamais comment le dire, si c’est important de le dire ou intéressant. Puis moi qui comprends pas tout correctement. Mais là, c’était plus qu’un affectueux message d’anniversaire. Elle avait prémédité son coup, la maligne, c’est sûr !

« J’ai une grande nouvelle à t’annoncer », qu’elle me dit ma fifille, comme ça, tout de go. Moi qui connais les difficultés des deux tourtereaux à avoir un bébé, et malgré leur recours à l’assistance médicale à la procréation, j’avais d’emblée écarté l’idée que ce puisse être « ça ». Oh, je ne dis pas qu’elle ne m’a pas effleuré l’esprit mais j’aurais été tellement déçu pour elle d’être déçu par tout autre « grande nouvelle ». C’est vrai quoi, adopter une fratrie de chiots jumeaux dogues allemands ou se lancer dans l’élevage de chatons abyssins ou bien la promotion du gendre idéal qui va propulser le couple à Canberra ou à Ushuaïa, c’est sympa, mais ça sonne quand même pas pareil.

Alors, d’un ton faussement placide, je lui ai demandé d’abréger sa torture. Et bien, j’avais tort, c’était « ça » !

« Je suis enceinte » ai-je entendu ma fille me glisser dans les trompes d’Eustache.

D’un seul coup, je me suis retrouvé sur un petit nuage, entouré de petits noiseaux gazouillant et voletant gaiement, tandis qu’un arc-en-ciel se dessinait subitement dans le pur azur de ce jour d’été et que les cloches de tout l’univers se mettaient à sonner follement pour annoncer au monde LA nouvelle. C’est comme si mon amour de Dulcinée venait de m’annoncer que j’étais à nouveau père ! Promis, pareil !

Il paraît même que, somnolant encore comme des bienheureux un instant seulement avant la révélation, trois rois-mages se sont mis précipitamment en route avec leurs chameaux pour collecter le monceau de cadeaux qui couvrira bientôt le sol au pied de cette descendance tant espérée. Mais l’info reste à confirmer. Quand même !

C’est fou aussi la niaiserie qui soudain fait vasouiller votre cerveau. J’en ai entendu dire que dans mon cas ça n’a rien à voir avec ça, c’est un état naturel chez moi. J’ai les noms, on règlera ça tout à l’heure à la sortie. Il n’empêche que vous voilà à ânonner des banalités affreusement... euh !... banales, c’est le mot, alors que tout en vous voudrait exprimer cette joie indicible par des paroles plus historiques les unes que les autres comme, au hasard : « Yaaaaoooouuuuhhhh ! »

Alors, bien sûr, ce petit embryon qui nous procure tant de joie, n’est pour l’instant encore que la promesse d’un grand bonheur à venir. Nous savons que d’autres espoirs ont été déçus, hélas, avant celui-ci. D’ailleurs, ma fifille et mon gendre idéal ont attendu trois mois pour officialiser LA nouvelle et c’est bien ainsi. Du reste, malgré cela, la crainte n’est jamais très loin et nous l’avons vérifié il y a quelques jours lors de notre bref séjour chez les enfants. Quelques douleurs dans le bas ventre et nous voilà à craindre le pire et mon gendre idéal se presque liquéfier d’inquiétude pour sa femme et la vie si fragile qu’elle porte. On n’en menait pas large nous non plus car, tout au plaisir des moments passés ensemble, nous avons peut-être été un peu imprudents et finalement égoïstes en voulant croire que tout allait naturellement pour le mieux. Le soulagement quand l’alerte a finalement passé sans autre conséquence que cette angoisse quand même terrible !

Mais je sais depuis longtemps qu’elle est bien entourée ma fifille et que mon gendre idéal est un mec en or comme on en trouve peu. Mon autre fils, pour de vrai...

Puis, on ne peut pas faire autrement : ce bébé en devenir occupe une place considérable. Nous voilà à évoquer le bébé qu’était sa maman et tout une bouffée de souvenirs me submerge. Je pense depuis un certain temps qu’on est peu ou prou en deuil de l’enfance de nos enfants. Le mot est fort et ceux qui ont vraiment perdu un enfant le jugeront inapproprié mais il y a un peu de ça. Devant nos enfants adultes, indépendants, qui mènent leurs vies sans plus rien nous demander, on songe aux nourrissons qu’ils étaient et dont on changeait les couches, à qui on donnait le bain et le biberon, qu’on serrait dans nos bras en caressant leurs toutes petites mains si parfaites. On repense à toutes ces étapes de leur vie toute neuve qui sont autant d’instants émouvants de bonheur : les premières dents, les premiers pas, les premiers mots, les gros câlins, la première rentrée... Il y a une chanson d’Yves Duteil qui évoque assez bien ces bonheurs-là : « Prendre un enfant par la main ». C’est tout à fait ça.

Moi, je pense aussi à ce bébé qui arrive. J’entame ma soixantième année (putain, déjà) et je vais être grand-père ! GRAND-PERE, merde ! Et je suis heureux. HEUREUX !

Merci à ma fifille et à mon gendre idéal. Qu’ils profitent le plus possible des années de bonheur que leur apportera cet enfant... et les suivants.

Je vous aime.

Et pis c’est tout !


P.S. : Ma fifille à moi a écrit un livre avec sa copie Audrey qui dessine très bien. Les deux gamines ont du talent à revendre (la preuve) et beaucoup d’humour. Mais je suis subjectif : j’adore l’humour féminin et celui de ma fille en particulier.

Ça s’appelle « Guide de Survie à l’Usage des Couples Infertiles (GSUCI) ».

Vous en comprendrez les raisons en vous rendant sur le blogue de fifille : L’AMP pour les nuls.

Vous pouvez aussi visiter leur page fessebouc.

Mais ce qui est plus important, que vous soyez concernés ou que des amis à vous soient concernés ou juste pour le plaisir d’enrichir votre culture en apprenant plein de mots nouveaux qui vous feront briller dans les compétitions de SCRABBLE, achetez ce petit livre rigolo et sans prétention qui pourra vous/les aider à affronter le parcours pour le moins rugueux de la procréation assistée et dont la femme, comme pour beaucoup de choses, supporte l’essentiel des avanies.


P.S.2 : Message personnel : Olivier, plus que jamais, merci.

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