Accueil > Blogue > Cléo s’est endormie

[Blogue] Cléo s’est endormie

jeudi 1er novembre 2012

JPEG - 306.4 ko
Cléo

Elle était née à Grasse, quelque part entre 1992 et 1993. Elle était fille de Héra, jolie femelle au port de princesse, et d’un matou de passage dont nul ne se souvient plus, probablement.
C’était une jolie petite chatte, au pelage gris mâtiné de fauve, un peu caractérielle. Elle s’était employée à vider mes étagères de tout bibelot, dans ses jeunes années. Elle pouvait aussi venir ronronner sur mes genoux pendant une heure et me donner un beau coup de griffes en remerciement, le regard soudain fou. A savoir ce qui se passait dans sa petite tête !?
Trop à l’étroit dans l’appartement de 55 m², elle avait pris l’habitude de le parcourir d’un bout à l’autre en courant à mis hauteur des murs, profitant des lois de la physique et de la forme en U du couloir, traçant une belle bande noire sur le mur blanc...

Un jour pourtant, lassée de cette vie urbaine qui ne lui convenait pas, elle prit son indépendance et décida d’élire domicile à Hurlevent, au grand air du Vaucluse. Il faut dire qu’elle m’y accompagnait durant mes villégiatures. C’est Mamie qui fût contente. Et c’est là que je l’y retrouvais lorsque 5 ou 6 ans plus tard, je vins m’y installer.

Cléo n’était pas partageuse et elle faisait une chasse féroce à quiconque voulait empiéter sur son territoire. Les gros mâles "testostéronés" du quartier trouvaient en elle à qui parler à défaut de pouvoir la sauter (elle était stérilisée et pas commode du tout avec ça). Elle a aussi longtemps boudé les nouveaux venus, César le bon gros matou aux allures de Siamois (plus gentil, ça n’existe pas) et Cypris la douce petite femelle tricolore (plus affectueuse, c’est impossible). Et aussi Kronos, le compère de Cypris, et Pucca la grande chienne un peu pataude et toute gentille, aujourd’hui émigrés au Québec. Tous ont goûté le sens de l’hospitalité de Cléo et... ses coups de griffes.

Aussi, quand l’âge commença à faire sentir ses effets, ses deux derniers colocataires lui donnèrent un peu de fil à retordre en souvenir du bon vieux temps. Alors, elle alla crier famine chez la voisine qui la prit en affection jusqu’à son déménagement sans pour autant songer à l’emmener avec elle.

Alors, Cléo est rentrée un soir après un an ou deux d’infidélité. Et elle a repris sa place, modestement. Et on l’a vue peu à peu perdre sa superbe et sa vitalité. Elle est devenue toute légère et son pelage a terni qu’elle n’avait plus la force de lisser. Elle se déplaçait avec difficulté. Elle mangeait comme quatre sans prendre un gramme et buvait des baquets de flotte en permanence. Elle était devenue sourde aussi, au point de miauler avec une voix de stentor, et... très gentille tout le temps. Des voisines l’avaient même prise en pitié et lui apportaient à manger...

Elle s’est éteinte cette nuit d’Halloween, au pied du canapé sur lequel elle n’a pas eu la force de monter, cette fois-ci. A côté du petit panier que nous venions juste d’acheter pour elle et que les deux autres lorgnaient déjà. Elle est partie sans bruit, sans doute emportée par une sorcière de passage qui sera venu lui porter assistance...

Elle repose désormais au fond du jardin, entre le jeune olivier et le grand pin d’Alep, où nous l’avons couchée pour son dernier sommeil, à tout jamais.

Adieu ma petite Cléo.

Vos commentaires

  • Rouquette
    Le 01/11/12

    Quel talent de rendre jolie même la tristesse...
    Bisous Marcounet.

Blogue | Suivre la vie du site RSS 2.0