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[Blogue] Avignon, scènes sublimes

Le bonheur théâtre

dimanche 29 juillet 2012

On a beau habiter à proximité du Saint des Saints, ce n’est pas pour autant qu’on est des festivaliers aguerris. Au contraire, je dirais que pendant très longtemps, chez nous, la grande préoccupation du mois de juillet a été de n’avoir pas à aller jusqu’en Avignon pour quelque raison que ce soit. Surtout éviter d’y mettre les pieds et de se retrouver noyés dans la fournaise et la foule compacte et hétéroclite des touristes et des amateurs de théâtre. Souvent les mêmes d’ailleurs.

Il n’y a guère qu’à l’adolescence que, avec quelques congénères, nous nous empressions de nous y rendre, moins pour nous enfermer dans quelque salle devant une improbable scène que pour nous offrir le spectacle gratuit et en plein air de toutes ces belles filles, léger et court vêtues, offrant aux esthètes que nous étions alors (et que nous sommes demeurés, encore très souvent, heureusement !), la vision enchanteresse de leurs courbes sublimes et de leurs sourires étourdissants. J’avoue que, aujourd’hui encore, l’un des attraits du festival d’Avignon est la beauté joyeusement exposée de cette jeunesse superbe et pleine de vie. Que celui qui prétend n’avoir pas succombé aux charmes d’une mignonnette lui tendant le tract d’un spectacle en devenir, avec grâce et sourire, soit sur le champ brûlé vif pour mensonge éhonté ! Bien sûr, je précise, pour éviter d’être taxé d’intolérance par certains amis aux orientations sexuelles différentes des miennes, qu’ils peuvent à loisir changer le genre de la cible. Les faits sont là : Avignon durant l’été et surtout le mois de juillet est le temple de la jeunesse et de la beauté !

Et le théâtre dans tout ça ? Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi mais j’ai longtemps trouvé ce genre de spectacle inaccessible, voire hermétique. Je veux parler du spectacle vivant, celui qu’on regarde depuis une salle et non pas celui qu’on nous distille à la télévision. Pourtant, j’avoue aussi avoir été séduit et captivé par des émissions comme le Théâtre de la jeunesse de Claude Santelli qui, sans être véritablement du théâtre, étaient des téléfilms aux décors souvent rudimentaires qui s’en rapprochaient beaucoup. Et aux textes magnifiques.

Il a fallu que j’aille vivre en plein cœur d’Avignon, à une certaine époque, pour commencer timidement à m’intéresser vraiment au vrai théâtre, un peu puis un peu plus, plus tard, quand j’ai participé à la vie d’une MJC. De fait, le théâtre est un univers insolite capable de vous emporter dans un tourbillon de mots et d’images par la simple force des textes et du jeu des comédiens. Lorsque l’alchimie fonctionne, on vibre tout entier, on ressent avec les tripes les émotions transmises par ces gens qui ne sont plus eux mais des personnages réels, vivants, ne s’adressant qu’à soi. On est parmi eux, on vit leur vie et on baigne dans leurs mots. Le spectacle, alors, nous appartient à nous seuls. Il est nôtre. Que le comédien soit seul en scène ou parmi une troupe plus ou moins nombreuse, la magie opère toujours de la même façon même si chaque fois elle est différente. Bien sûr, il arrive qu’elle n’opère pas, qu’il manque à la pièce ce souffle qui déclenche le rêve et qui n’est pas forcément le même pour chacun. Tant pis ! Il restera quand même une certaine reconnaissance envers ces comédiens qui ont essayé de nous transmettre quelque chose. Rien n’est jamais perdu dans le théâtre. Il y a toujours au moins la foi des comédiens dans l’œuvre qu’ils défendent. Peut-être ont-ils été mauvais ce soir ou moins bons que d’ordinaire. Sûrement le seront-ils à nouveau un autre soir pour d’autres spectateurs plus chanceux. Je n’ai jamais détesté une pièce. Au pire, elle m’a laissé indifférent.

Avignon, c’est une orgie de théâtre. Il paraît que, cette année, il y avait près de 1200 spectacles présentés, partout en ville et autour d’Avignon, dans les lieux parfois les plus improbables. Comment faire un tri parmi tous ces prétendants ? C’est impossible. Même la lecture des quotidiens locaux ne donne qu’une vision partielle de ces spectacles parmi lesquels on peut trouver d’authentiques pépites sur lesquelles, tous, nous rêvons de tomber. En fait, il existe une multitude de spectacles réjouissants qui, chacun à sa façon, nous offre un de ces instants de bonheur dont nous savons nous contenter, juste pour l’amour de ces scènes généreuses et des textes qu’on nous y offre et pour ces sièges très souvent affreusement inconfortables qui sont la preuve de notre abnégation inconditionnelle.

Et je ne parle là que du festival Off. Car il paraît qu’il y a un festival In, très officiel, qui jouit du privilège de la fameuse cour d’honneur du Palais des Papes et qui, il faut bien le dire, laisse le plus souvent de marbre... Comme si cet honneur d’être reconnu dans ce lieu unique, hanté par le fantôme de Jean Vilar, rendait la tâche presque impossible à ceux qui prétendent assumer cet héritage. Comme si, cette quasi-obligation de présenter des pièces pourtant archi-jouées depuis des lustres mais dans des mises en scènes estampillées modernes, différentes, innovantes et tutti quanti instaurait un horizon le plus souvent inatteignable, dans un rituel convenu.

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Affiche M. Guérin

Le vrai théâtre populaire si cher à Vilar semble donc bien être ce Off bouillonnant comme un chaudron plein d’idées, de vie et de joie de vivre. Tout n’est sûrement pas intéressant, tout ne vaut pas le prix qu’on nous en demande, je présume, mais Avignon mérite bien sa réputation de ville de théâtre tant elle devient un véritable bouillon de culture... populaire.

Il faut reconnaître, tout de même, que pour qui veut faire une cure bénéfique de théâtre, il vaut mieux prévoir un petit budget pas forcément négligeable. Et aussi s’organiser et prévoir.

Le prix des places oscille en général entre 15 et 20 € (tarif normal). Des fois plus, des fois moins. Il existe des possibilités de réductions, notamment avec la carte du Off. Le problème est aussi que, au fur et à mesure que le festival avance (entre le 7 et le 28 juillet, cette année) et, avec lui, le bouche à oreille, il devient difficile d’accéder à certains spectacles sans réserver parfois longtemps à l’avance. Cela devient même une gageure quand on n’a que le samedi et le dimanche pour étancher sa soif de découverte même en y allant à l’aveuglette !

Nous aurons tout de même réussi à voir quelques spectacles de qualité, cette année. Au théâtre du Chêne Noir : « Bibi ou les mémoires d’un singe savant » de Henri-Frédéric Blanc avec Damien Rémy ou « le Pays des Galéjeurs », par la Compagnie des Carboni, opérette d’après Scotto, Carb, Alibert et Sarvil. A l’Attila Théâtre : M. Guérin de et par Fabien Waltefaugle, histoire d’un mec gentiment névrosé façon Elie Sémoun et limite psychopathe façon Albert Dupontel. Avec beaucoup de plaisir à la clé.

Et beaucoup de regrets de n’avoir pu aller voir « Invisibles » de Nasser Djemaï au Chêne Noir ou « Ma Marseillaise » de Darina Al Joundi au Théâtre des Halles, pour ne citer que ceux-là. Du moins, nous restera-t-il, à nous autres qui vivons près de la cité bénie, le plaisir d’aller à la rencontre des théâtres permanents qui, tout au long de l’année, nous offrent de riches spectacles dont j’essaie parfois de vous parler. Car, par bonheur, Avignon ne vit pas seulement dans la chaleur étouffante de juillet et sait réserver de belles découvertes à qui se donne la peine de s’y intéresser.

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