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Législatives 2012

[Blogue] Quel enthousiasme !

vendredi 8 juin 2012

On sent bien qu’il en faudrait peu pour que ces élections tournent à l’hystérie collective... Mais non, je plaisante. La mayonnaise a du mal à prendre, hélas ! Comme si, depuis l’instauration du quinquennat, les législatives avaient perdu tout intérêt en ne devant être que la confirmation du résultat de la présidentielle. Et pourtant, c’est pas faute pour certains de se donner beaucoup de mal pour mettre de l’ambiance.

Tenez, par exemple, Maryse Joissains, vous connaissez ? Non ? Il paraît qu’elle est maire d’Aix-en-Provence. Si, si ! Mais bon, c’est pas leur faute non plus, aux Aixois. Ils ne savaient sûrement pas à qui ils avaient à faire. Alors donc, la Maryse, c’est celle qui a voulu faire son intéressante en attaquant l’élection de Hollande devant le Conseil constitutionnel quatre jours après celle-ci, alors que le délai légal n’est que de 48 heures et que seuls les candidats ont cette possibilité. En fait, c’était juste histoire de faire parler d’elle en essayant d’être encore plus ridicule que ses copains de l’UMP. L’animatrice du club des Sarkozettes du Sud — pendant méridional de l’inénarrable Morano pour la zone nord, c’est dire si la concurrence est terrible ! — en avait gros sur la patate que son Nico se soit fait bananer, alors elle nous a resservi à sa façon le fameux couplet du pov’ Sarko qu’était seul contre tous, victime de tant de calomnies, que même Bernard Thibault de la CGT à « illégalement » appelé à voter contre lui. Rendez-vous compte : si même la CGT dit du mal de Sarko, où va la France, ma pov’ dame, je vous demande un peu ? Pour Maryse pas de doute, l’élection de Hollande fait de la France une république bananière. Elle est mignonne, non, la Maryse ? On pensait que, avec Hortefeux, Dati, Wauquiez, Estrosi, Ciotti, Lefèbvre ou Morano (liste non exhaustive), on avait tout vu et tout entendu question bêtise insondable. C’était compter sans Joissains. Y a encore un cas, là. Décidément, l’UMP a des ressources inépuisables dans ce domaine. Il est temps de passer à autre chose car on sent qu’ils sont arrivés au bout du bout, ces braves gens. D’éructations en mensonges bien lourds, il n’y a plus rien pour lui donner de l’élan à l’UMP. Sauf un bon coup de pied au cul pour l’éjecter.

Un autre animateur frénétique de la campagne : Morin et son Nouveau Centre. Honnêtement, j’ai beau chercher où se planque sa nouveauté, je trouve que ça sent surtout le moisi. Comme ces vieilles lingeries qui n’ont pas servi depuis longtemps, enfermée dans une armoire et restée telles qu’au premier jour. Rassis genre vieille rengaine. C’est vrai, le centre, question originalité, ça reste un peu étriqué. Ça te vous la joue d’importance en agitant ses petits bras musclés et pchitt ! ça finit toujours par se coucher devant la droite, si possible dure quand ce n’est pas l’extrême-droite comme dans le Vaucluse. Ils ont bonne mine les centristes à toujours vouloir faire croire qu’ils ne sont pas de droite alors qu’ils n’hésitent jamais à s’allier avec les plus pourris. En fait, le centre, c’est plutôt du nombrilisme élevé au rang de principe politique. Et comme chacun sait, au niveau du nombril, souvent, c’est tout mou. Et puis franchement, qui peut bien encore prendre Morin et ses potes au sérieux après sa stupéfiante campagne de la présidentielle ? « Monsieur 0 %» disaient les mauvaises langues. Là aussi, encore pchitt ! Mais bon, je reconnais qu’il fallait oser, pour quelqu’un qui ne représente rien, vouloir aller à la baston même si l’issue était connue d’avance. Comme pour Borloo. Pareil. La touche sociale du sarkozysme qu’il disait ! Tu parles ! Des fois, on se demande où il va chercher tout ça, ce clown.

Bien sûr, on a aussi le FN qui en fait des tonnes pour épater la galerie. Je reconnais qu’il a de quoi bomber le torse, vu ses scores. Pour un peu, on croirait que le pouvoir lui revient de droit. Suffit d’écouter la Marine jubiler : Sarko voulait lui faire l’intérieur, le voilà hors course. Mais là aussi, sur le fond pas de changement. Toujours la même obsession : l’étranger et tout ce qui peut lui ressembler de près ou de loin. Surtout de loin. D’ailleurs, on ne dit plus « les Français d’abord », au FN, mais « les nôtres d’abord ! » La nuance est de taille surtout quand la Marine affirme que la plupart des gens qui crient « Vive Mélenchon », à Hénin-Beaumont, sont des Maghrébins. A l’UMP, on les appelle « musulmans d’apparence ». Mais c’est la même ignominie qui sous-tend le même discours raciste. Faut s’appeler Guaino pour trouver que le FN est devenu un parti politique comme les autres. Au moins aussi républicain que l’UMP dont certains candidats clament à pleins poumons qu’ils ont les mêmes valeurs que le FN et qu’ils préfèrent celui-ci à la gauche. On notera d’ailleurs à ce propos que la droite ne parle de la République que quand elle est sûre de gagner, comme en 2002. Bien contente alors que des cons de gauche vote pour elle au nom du sacro-saint front républicain. Mais quand ça va mal, alors, le front républicain, elle s’assoit dessus. Faut dire que, entre-temps, il y a eu Sarko dont l’héritage est plus pétainiste que gaulliste. Certes, c’est toujours un uniforme mais pas franchement la même dignité. Finalement, il aura même réussi à rendre Chirac sympa. Mais ça n’empêchera pas le sortant du coin, Jean-Michel Ferrand — dit Gomina — de se faire quelques cheveux blancs car si un duel avec Marion Le Pen-Maréchal semble plus que probable, la toute nouvelle dignité républicaine du FN pourrait bien inspirer à des électeurs de gauche qu’il est préférable d’affaiblir durablement les sarkozystes, le FN ne représentant pas un danger majeur à l’Assemblée. Pure spéculation, dira-t-on. Sans doute. Mais qui sait dire aujourd’hui où est la peste et où est le choléra après cinq ans de Sarkozy ?

Bien sûr, il est très regrettable, dans ces conditions, que la gauche n’ait pas su s’unir davantage. Ici, plusieurs personnalités sont montées au créneau pour dénoncer le boulevard que cela offrait à l’UMP et au FN. Admettons. Mais quoi ? Une union suppose des constats communs auxquels on souhaite apporter des solutions communes, un projet politique construit ensemble. Or, ce projet n’existe tout simplement pas. Le PS et le Front de Gauche ont peut-être parfois les mêmes constats mais ils y apportent des réponses radicalement différentes. Du reste, le discours du PS ne laisse pas d’inquiéter quand on y regarde de plus près. Il a tout de même permis, par son abstention, l’adoption du projet de loi permettant la ratification du pacte de stabilité renforcée à la fin du quinquennat de Sarko. Une belle façon de ne pas injurier l’avenir. Il a beau jeu aujourd’hui d’exiger un pacte de croissance alors que tout le monde prête à ce mot un sens différent et que ledit pacte risque de se faire attendre.
Je n’oublie pas non plus que François Hollande a été, comme de nombreux socialistes, un artisan de cette Europe que les Français ont rejeté sans ambiguïté. Je ne m’attends pas à ce qu’il la remette profondément en cause. Ce n’est pas de ce côté qu’il faut rechercher l’audace. Au contraire, je m’interroge sur le sens réel de certaines mesures comme la baisse des émoluments du Président et des ministres. L’exemplarité, nous dit-on. D’accord. Est-ce pour mieux nous faire accepter en juillet prochain la baisse de nos salaires, à nous salariés et fonctionnaires, ainsi que le prône toute l’oligarchie européenne et le pacte de stabilité renforcée au travers des réformes structurelles vantées par l’Allemagne et que les syndicats CFDT, FO et CGC sont déjà tout disposés à gober ?

Franchement, je ne suis pas très enclin à pleurer une union plus qu’hypothétique. En fait un marché de dupes. Il y a aujourd’hui plus qu’une simple différence d’appréciation entre le PS et le reste de la gauche (excepté EELV qui sait bien où sont ses intérêts). C’est une vraie divergence de conception de la société. Il est d’ailleurs assez piquant de voir que le parti qui se prétend socialiste est celui qui en a quasiment tout oublié.

Le PS obtiendra peut-être la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Je ne suis pas certain que ce soit une bonne nouvelle tant les politiques conduites par les sociaux-démocrates en Europe peinent à se démarquer de celles des droites ultralibérales. J’espère que le Front de Gauche obtiendra pour sa part suffisamment de sièges pour peser sur la prochaine mandature. Parce ce pour moi il n’y a pas photo, la gauche, elle est là :


J.-L. Mélenchon - Discours de Courrières par lepartidegauche

Alors, advienne que pourra !

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