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[Blogue] Dogmes et retours en arrière

Saccages en tous genres

dimanche 20 avril 2008

C’est un usage bien établi en Sarkosye, tout ce qui ne va pas dans le sens de la pensée (pardon, le mot est un peu fort) du petit timonier est une sorte de dogme politique, c’est à dire une théorie qui ne repose sur rien d’autre que sur la foi aveugle de ceux qui la professent et ne souffrirait aucune contestation.

Ainsi pourrait-on d’ailleurs qualifier la politique de "réforme" de Sarkosy, tant son but paraît plus de "réformer" pour "réformer" que pour améliorer les choses et la vie des citoyens. En tout cas, pas pour le plus grand nombre d’entre eux.

Ainsi, Monsieur Xavier Darcos, Ministre de l’Education Nationale, a-t-il qualifié de dogme, ou quelque chose de semblable, la politique menée depuis 30 ans dans son ministère par les gouvernements successifs et qui prônait, paraît-il, que la qualité de l’enseignement était liée aux moyens qu’on lui allouait.

En toute logique, Monsieur Darcos pense très explicitement que c’est de l’argent foutu par les fenêtres au vu des résultats obtenus. Évidemment, tout dépend de la manière dont on les apprécie. Notre ministre, lui, pense que tout ira bien mieux si on réduit les moyens.

Bien entendu, cette cure d’amaigrissement est motivée par la réduction des déficits publics, c’est à dire pour la bonne cause, n’en doutons pas. C’est vrai, la France ne peut pas s’offrir le luxe de faire de somptueux cadeaux à ces contribuables les plus aisés (19 milliards d’euros, c’est pas rien) et en même temps se préoccuper du sort de sa plèbe.

Ce serait lui faire offense (et je me l’interdis, bien sûr) que d’insinuer que les orientations de la belle paire Sarko/Darcos sont, elles aussi, un joli dogme. Non, je ne l’insinue pas, je l’affirme. Il faut, en effet, une belle dose d’optimisme, dans le meilleur des cas, ou de cynisme, pour rester poli, pour espérer faire croire qu’on fera mieux demain avec moins de moyens qu’hier avec des moyens déjà jugés insuffisants car passablement amputés de longue date.

Car Darcos fait mine de l’oublier, la réduction des effectifs dans l’Éducation Nationale n’est pas d’hier.

Mais qu’importe les approximations puisqu’il faut convaincre le bon peuple du bien fondé de la chose. Le sieur Darcos nous parle donc de politique menée depuis 30 ans. C’est à dire, si on fait une rapide soustraction, depuis les années 70 tout imprégnées des théories soixante-huitardes tant honnies par son gourou. Encore une preuve à verser au dossier à charge contre ce maudit mois de mai 68 ! Heureusement, Sarko est là et lui, qui est un révolutionnaire dans l’âme comme on sait, va donc nous arranger tout ça.

Pour commencer, finie l’égalité des chances, ce principe fumeux qui prétendait permettre à un gosse de basse extraction, dans son collège ou lycée pourri de ZEP, d’accéder à la même qualité d’enseignement, voire aux mêmes débouchés, qu’un gamin de la haute. On sait qu’on en est encore loin mais voilà bien un concept ringard, à l’évidence, puisqu’il est admis en Sarkosye que dans la vie on ne devient pas autre chose que ce que l’on a décidé d’être. Si un enfant de péquenot de banlieue veut faire sa place au soleil, il lui suffit de travailler avec sérieux et persévérance à l’image des si délicats enfants de la bourgeoisie qui y parviennent sans faire de vagues. A moins, bien entendu, que les gènes des pauvres ne les prédisposent davantage à la délinquance qu’aux études. Il serait donc bien plus pertinent de consacrer des moyens à détecter ces futurs mauvais citoyens dès la maternelle. Encore un dogme sarkosyen.

En page 8 de son édition du 16 avril, le Canard Enchainé révèle ainsi, dans l’article "Des lycéens plus égaux que d’autres" signé J.-F.J. que, pour la seule capitale, les établissements des 6 arrondissements les moins bourgeois (11, 12, 13, 18, 19 et 20) perdront à la rentrée prochaine 60 postes (dont 45 en lycées) contre 18 (dont 11 en lycées) pour ceux des 8 arrondissements les plus huppés. Sûrement un hasard.

Il n’est certainement pas totalement impertinent de penser que l’Éducation Nationale a vraiment besoin d’une sérieuse réforme. Sans doute, avant même que d’en parler, ne serait-il pas totalement idiot de s’interroger sur les objectifs que la Nation veut assigner à ce ministère essentiel. Entre l’acquisition des connaissances de base, les formations adaptées aux besoins en qualifications des différents secteurs économiques et l’épanouissement des êtres en termes de culture et de connaissance, il y a un large éventail d’objectifs qui, tous, détiennent une réelle pertinence. C’est, au sens le plus noble du terme, un vrai débat politique dont nous, citoyens de base, devrions nous emparer car il concerne l’avenir de nos enfants et petits-enfants mais aussi les intérêts du pays et sa place sur la scène internationale. Ce n’est donc pas seulement un débat réservé aux seuls spécialistes.

S’il est évident aussi qu’un tel débat ne peut avoir lieu sur le dos des enseignants, voire contre eux, il ne doit pas non plus être confisqué par les seuls acteurs du monde éducatif car c’est à la Nation tout entière qu’il appartient de fixer des objectifs. Or, justement, le caractère extrêmement politique de l’affaire fait que la plupart des tentatives de réforme annoncées depuis une bonne trentaine d’années ont été accusées d’être surtout des tentatives d’asservir l’éducation à des dogmes idéologiques, par les tenants des autres options. L’affaire n’est décidément pas simple.

Dans le même temps, il est vrai que le pays a investi des moyens considérables dans l’Education Nationale tout en déplorant de ne pas noter cependant une réelle amélioration d’ensemble. Du moins pour certains qui prennent en exemple la déliquescence de la langue, l’échec scolaire et l’insuffisance des diplômés "utiles". Tout cela n’est pas nécessairement faux mais ne reflète pas l’ensemble des réalités et fait peu de cas des succès remportés ici et là par des équipes éducatives motivées et dévouées. Tout cela coûte très cher mais peut donner des résultats pour peu qu’on y mette un brin de cohérence, de coordination et de volonté politique.

Il convient donc de se garder de tout jugement hâtif. La société n’est pas figée et, depuis les années soixante, elle a traversé une succession de crises auxquels nos politiques n’ont pas toujours été capables de faire face. Comment pourrions-nous faire grief à l’Éducation Nationale de n’y avoir pas mieux réussi ?

Reste que ces débats ont parfois eu lieu. Malheureusement, les orientations qui pouvaient en découler et auraient pu donner lieu à des transformations susceptibles d’être acceptées par le plus grand nombre dans l’intérêt du plus grand nombre, ont souvent été sacrifiées à des visions parfois étriquées et non dénuées d’arrière-pensées partisanes. Ainsi la droite n’a jamais manqué de connoter ses réformes dans le sens d’un élitisme parfois rampant, parfois forcené ou de profiter de la moindre occasion pour favoriser l’école privée dans le même temps qu’elle supprimait des moyens à l’école publique. Or, s’il n’est pas absurde qu’un pays cherche à faire fructifier les talents de ses enfants, ce qui suppose sans doute une certaine sélection, ne se doit-il pas de les rechercher au sein de l’ensemble de ses citoyens ? Cela suppose aussi que des moyens soient mis en œuvre pour que chaque enfant puisse étudier partout dans des conditions optimales et atteindre son meilleur niveau possible. D’autre part, si l’existence d’une école privée est susceptible de répondre aux vœux de certains citoyens comme l’expression légitime de leur aspiration à une certaine liberté de choix, elle ne peut se substituer à l’école publique car il est du devoir de la Nation d’assurer à ses enfants une éducation de la meilleure qualité possible selon les principes de laïcité de la République. Toutefois, lorsque ces principes sont respectés, je ne vois personnellement aucun inconvénient à ce qu’une certaine complémentarité entre école publique et école privée soit instaurée à condition que la première, garante de l’intérêt collectif, ne soit pas dépouillée au profit de la seconde qui, somme toute, ne représente que des intérêts particuliers.

Sans doute, l’Éducation Nationale n’est-elle pas en aussi mauvais état qu’on veut bien le dire. Il serait absurde de croire que ne sortent de ses rangs que des cancres et des ignares. Mais il est incontestable que trop de jeunes restent encore sur la touche. Sans doute l’argent que nous lui consacrons trouverait-il à être mieux employé par un déploiement des moyens au plus près des enfants qui en ont le plus besoin. Et ils sont nombreux, les bougres ! Mais il ne faut pas se faire d’illusion, le sort de l’Éducation Nationale est étroitement lié à l’état de la société elle-même. Croire que l’on pourrait maintenir la première hors des turbulences de la seconde est illusoire. La réponse aux imperfections de l’Éducation Nationale, et personne ne nie qu’elle en a, est indissociable de celles que nous apportons aux crises de notre temps.

C’est pourquoi la purge que ce gouvernement entend imposer à l’Éducation Nationale est gravissime. Elle tend encore à pénaliser un peu plus des enfants qui ne sont déjà pas particulièrement privilégiés. Elle renforcera encore chez de nombreux parents la certitude que la solution à leurs craintes pour l’avenir de leurs enfants, face à la dégradation programmée des conditions de scolarité dans de nombreux établissements publics, passera donc par des tentatives d’accéder aux établissements les plus prestigieux ou par le recours à l’enseignement privé sans que, par ailleurs, l’accès à ces établissements soit exempt de considérations économiques sévères pour la plupart.

L’attitude du gouvernement est donc hypocrite. Verser des larmes de crocodile sur ces pôvre zenfens qui save pas s’exprimé en francé et rendre leur scolarité encore plus difficile est un acte méprisable.

Ce goût prononcé pour la stimulation et l’édification des masses, se retrouve (mais est-ce vraiment un hasard ?) dans la bouche de l’inénarrable Nadine Morano lorsqu’elle affirme sans rire que les allocations familiales ne baissent pas mais qu’elles sont simplement "redéployées" (Lire à ce sujet ce billet de Machin). L’antienne est reprise par l’ensemble des ténors de la majorité, preuve que depuis l’affaire de l’amendement Chassaignes sur les OGM, le gouvernement a resserré la communication de ses godillots. Là encore, on retrouve l’affirmation du gnome selon laquelle les dépenses sociales ne doivent pas grever le budget de l’État.

Il n’est d’ailleurs pas certain que les finances du pays s’améliorent vraiment grâce à de telles mesures mais une chose est sûre, les plus défavorisés n’auront bientôt plus qu’à compter sur la charité des plus aisés pour espérer s’en sortir. Il ne faut pas léguer cette dette à nos descendants, paraît-il. Au train où vont les choses, c’est surtout la misère que nous leur laisserons en héritage.

Redéploiement aussi (le mot est décidément à la mode), pour les hôpitaux, présenté comme le gage d’une gestion pertinente des ressources sur un territoire donné. Avec, en prime, la complémentarité public/privé censée être le nec plus ultra de cette gestion aux petits oignons. Sauf que, là encore, les conséquences seront lourdes. D’une part, cette fameuse complémentarité se traduit par un principe simple : Aux cliniques privées les bénéfices, aux hôpitaux publics les déficits, grâce à la fameuse T2A (tarification à l’activité) qui, combinée à notre redéploiement, permet de laisser aux premières les actes les plus lucratifs et aux seconds les plus coûteux. A tel point que de nombreuses cliniques privées sont déjà passées sous la coupe de fonds de pensions étrangers attirés par de juteux profits pas trop risqués. Voilà donc que nos maladies vont financer les retraites de travailleurs étrangers. Un comble alors qu’on nous sucre peu à peu les nôtres. Preuve aussi qu’il y a de la ressource en France pour financer des retraites décentes et solidairement. Mais, pour ce qui est de l’amélioration de la qualité des soins, on ne peut être que très réservés. Bientôt le retour des hospices et des salles communes ?

Puisqu’on parle de santé, je ne puis qu’espérer que la suppression du remboursement des lunettes par la Sécu permettra de combler rapidement son fameux trou. Mais je n’y crois guère. Si le gouvernement s’imagine que, sans nos lunettes, on ne le voit pas venir, il se met le doigt dans l’œil, si je puis dire. En oubliant au passage que 8 % des Français n’ont pas de complémentaire Santé, la sémillante Roselyne Bachelot se justifie par les "bénéfices" que feraient nos Mutuelles pour leur transférer ces dépenses qui, de toute évidence, n’ont rien à voir avec un besoin mais, au contraire, seraient de l’ordre du confort, donc du superflu. Au prix de la moindre paire de binocles, la plus petite défaillance oculaire relève du luxe, et c’est pas d’hier. Mais tout ceci n’est qu’un jalon de plus vers l’ouverture de la prévoyance Santé aux assurances privées. Et tant pis pour les gagne-petit !

Bien entendu, il ne faut surtout pas voir dans cette mesure, qui s’ajoute à l’instauration des franchises médicales et au dé-remboursement de médicaments de plus en plus nombreux, la moindre atteinte à notre pouvoir d’achat. Tout cela est fait pour notre bien puisque, ainsi dissuadés d’être malades, nous le serons forcément moins.

Mais, pour un pays qui manque à ce point de pognon, je m’interroge sur la nécessité d’envoyer nos soldats faire la guerre à un pays qui ne nous a jamais vraiment menacé. Combien va nous coûter cette aventure afghane ? A force de mimer son piteux modèle américain, notre pauvre excité présidentiel est en train de nous préparer des factures qui seront lourdes. Attendons le retour des premiers cercueils pour mesurer l’enthousiasme des foules. 14 morts, quand même, depuis le début de notre intervention. Des morts discrets mais des morts quand même. Et je parie que nos prochains héros de la Nation n’auront pas droit au parcours de la flamme olympique pour leurs obsèques. Cependant, il est vrai que quand on possède une armée capable de mettre en déroute une bande de pêcheurs pillards, tous les Austerlitz nous sont promis...

On comprend mieux les chaleureuses envolées lyriques du korrigan de l’Elysée à l’adresse des bénévoles. C’est que dans pas longtemps, on aura besoin de gens de très bonne volonté pour prendre en charge les dégâts de cette politique ultra-libérale et impérialiste. Transférer au privé tout ce qui peut rapporter gros, laisser au public ce qui n’est pas "rentable" en ayant bien soin de rendre le service public aussi indigeste que possible, démolir tous les mécanismes de solidarité et laisser les plus défavorisés et les blessés de guerre à la merci des marchands de pitié, voilà qui augure d’une modernisation époustouflante de notre société. Un dogme qui n’est pas sans rappeler le joyeux XIXème siècle si ce n’est le riant Moyen-Âge.

Allez, encore un petit effort, M’sieur Sarkosy : Supprimez le droit de vote et rétablissez le servage. Ainsi, la boucle sera bouclée et nous irons alors tout droit vers une nouvelle Antiquité. Quel progrès !

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