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Présidentielle 2012

[Blogue] Fin de récré ?

vendredi 20 avril 2012

On sent comme un soulagement dans les médias avec l’arrivée du scrutin du premier tour. Comme si on assistait à la fin d’une période d’échauffement sans grand intérêt et qu’on allait enfin passer aux choses sérieuses. A se demander même pour quelle raison notre génial législateur a cru bon de nous infliger ce tour de chauffe rituel où s’étale une profusion d’idées et d’analyses. Au point qu’on avait besoin de l’avis éclairé de tant d’experts pour s’y retrouver. Du moins, tout ce petit monde un peu suffisant semble croire que nous attendions encore après lui pour nous faire notre propre idée.

Et encore, cette fois-ci nous n’avons eu droit qu’à des gens qui présentaient bien et sérieux même si la Le Pen est plutôt à vomir et si on avait l’impression que Philippe Poutou, par exemple, était toujours à deux doigts de s’écrouler de rire. C’est vrai que la période ne s’y prête guère mais le rire est aussi une thérapie et on aurait tort de s’en priver. Je regrette donc un peu ce candidat qui, voilà une bonne vingtaine d’années, sûrement davantage, présentait son programme accroupi, en faisant des bonds, et dont le slogan était un truc du genre « méditation transcendantale ». Je n’ai jamais réellement compris si c’était une grosse déconnade ou s’il y croyait vraiment mais ça nous avait valu, à l’époque, quelques bonnes crises de fou-rire qui, rien que d’y penser, font encore un bien fou ! Comme quoi, ce ne sont pas forcément les élus qui nous font toujours le plus de bien.

Bon, c’est vrai, Sarko fait un peu penser à ce type mais ses pitreries ont singulièrement perdu de leur pouvoir hilarant, je trouve. Cette fois, il n’a donc pas été question de fou-rire, hélas. A voir la tronche de certain(e)s journalistes, ou à entendre certaines questions posées, on sentait bien que l’exercice les ennuyait profondément tant certains candidats heurtaient les efforts de pédagogie que ces experts en toutes choses déploient au quotidien pour nous convaincre de notre chance de vivre dans un tel monde sans alternative crédible. Crédible selon eux, bien sûr. Et quand les journalistes s’ennuient, ils vous font des manchette grosses come aquo pour dire que la campagne ne nous passionne pas. Sûr qu’ils trouveront toujours des grincheux pour abonder dans leur sens et finasser sur la politique. Mais en réalité, cette campagne n’a pas été si médiocre (sauf du côté de Sarko et de Le Pen mais c’était prévisible) car elle a permis de mettre à jour une soif d’espérance là où d’aucuns attendaient la résignation. Pourtant, c’est vrai, bien des sujets se sont trouvés noyés : la pauvreté, l’éducation, la protection sociale, le respect des travailleurs. Ils auraient mérité de plus amples développements mais ils sont néanmoins sous-tendus par la question de la justice sociale et de la répartition des richesses que posent la crise actuelle et les dogmes ultralibéraux.

Les indispensables sondages ont bien entendu imposé non seulement la vérité de cette élection (duel Sarkozy-Hollande en perspective) — tout en ménageant un suspense à la limite du supportable (1-Hollande, 2-Sarkozy ou 1-Sarkozy, 2-Hollande ?) — mais également la hiérarchie des mérites de chaque candidat. Comme au Tour de France : le groupe des deux favoris suivis de près par trois poids-lourds « outsiders » et le peloton des poursuivants méchamment lâchés dans l’ascension du col hors catégorie. Évidemment, plus on descend dans le classement, plus les visages des journalistes et des « experts » ont peine à ne pas s’éclairer de sourires narquois condescendants.

J’imagine donc les grimaces quand, dimanche soir, ils vont découvrir Mélenchon en tête précédant Hollande pour le tour final !... Hé, hé, hé !

Pour ma part, je n’aime pas l’élection présidentielle que je trouve absurde et à la limite du foutage de gueule. Non pas sur le plan des idées car la politique c’est ou ce devrait être d’abord un débat d’idées amenant des décisions et des actions. Mais plutôt par le principe sur lequel elle repose : l’élection d’un souverain, d’un monarque investi de pouvoirs considérables sans pratiquement aucun contrôle. Je n’ai jamais cru à l’homme providentiel et je n’aime pas cette idée. On ne me fera pas croire que pour conduire la politique d’un pays, un homme seul entouré de soi-disant conseillers dont la légitimité est plus que discutable est préférable à une assemblée collégiale. Je pense qu’on peut gouverner le pays en composant l’exécutif et la représentation des citoyens de sorte que les décisions emportent l’accord de ceux-ci. Je pense même que l’organisation de la démocratie peut se décliner de multiples façons avec des modes de scrutins mieux élaborés afin d’éviter ce à quoi on assiste aujourd’hui, c’est à dire le gouvernement du pays par des minorités (dans la mesure où peu de candidats sont élus au premier tour).

A partir de la semaine prochaine, le débat devrait donc revenir vers un peu plus d’orthodoxie si les sondages ont raison. Pour autant, il reste encore l’élection législative pour laquelle, même si des tractations ne sont pas à exclure en vue de constituer des « majorités de gouvernement », les résultats de ce premier tour devraient ne pas être sans conséquences. Je pense en particulier aux propos de Jean-Vincent Placé, le sénateur Vert, qui roulait des mécaniques malgré la déconfiture annoncée d’Eva Joly. En fait, pour lui, l’essentiel a déjà été réalisé : un accord pour assurer des sièges écologistes à l’Assemblée Nationale. Peut-être, ceci explique-t-il cela d’ailleurs. Je pense tout de même qu’Eva Joly méritait mieux que l’hypocrite comédie de cette bande de bras cassés qui prétendent la soutenir car elle les représenteraient mais qui pensent plus à leur avenir politique personnel qu’à faire réellement avancer l’écologie politique. Quel triste spectacle. Je crois que jamais les écolos ne seront tombés si bas et n’auront été aussi antipathiques. Mais Placé devrait y réfléchir à deux fois avant de continuer à faire son faraud : la poussée du Front de Gauche pourrait bien changer la donne.

La récréation n’est donc pas terminée. Si rien n’est joué pour cette élection, c’est aussi vrai quel que soit le bout par lequel on prend le problème. Quel que soit le résultat final, il s’est réellement passé quelque chose durant ces derniers mois qui concrétise le rejet par une partie non négligeable des citoyens des politiques conduites par Sarkozy avec le soutien implicite ou explicite d’une partie des socialistes. Négligeable est d’ailleurs un mot clé. C’est ce que nous ne voulons plus être. Nous ne voulons plus entendre non plus cette expression bateau qu’affectionnent les faux-culs : « droite et gauche, c’est pareil. » Non, décidément, ce n’est pas pareil ! Ce qui se passe aujourd’hui, c’est cela : la gauche est de retour, la vraie !

Non, ce n’est pas fini.

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