Accueil > Blogue > Puisque c’est impossible, faisons-le !

Présidentielle 2012

[Blogue] Puisque c’est impossible, faisons-le !

dimanche 15 avril 2012

C’était peut-être la pire image de cette campagne électorale : tous les candidats [1] alignés en rang d’oignon derrière le pitoyable « encore-président » pour rendre hommage à ces malheureux enfants assassinés pour le plus dégueulasse des motifs, juste pour ce qu’ils étaient. Nous étions donc sommés de communier autour des familles à jamais endolories, nous tous, citoyens français, unis face à l’abjection et plus forts qu’elle. Nous étions sommés « d’oublier la politique » et de « mettre la campagne entre parenthèses » pendant ces quelques heures pour que personne ne se risque à « récupérer » ces drames. Tout de même trois enfants et quatre adultes assassinés mais quand même ! Ne pas poser de questions, surtout pas. Ne pas demander de comptes. Ne pas vouloir tenter de comprendre comment une telle dérive meurtrière puisse être possible.

Cela aurait-il été un acte de mépris à l’égard des victimes ? Cela aurait-il fait de nous des complices ? Des antisémites ? Des assassins potentiels ? Face à l’inacceptable, ne vaut-il pas mieux laisser l’émotion s’apaiser, laisser passer un peu de temps et raisonner calmement ? Car on peut comprendre, bien sûr, l’absurdité des propos du président du CRIF enjoignant aux chefs d’établissements scolaires de faire respecter une minute de silence à leurs élèves, « y compris par la contrainte ». Bon courage pour y parvenir sans violence ! Mais au moins, lui avait une excuse. Ce qui n’est pas le cas de Sarko s’adressant aux élèves d’un collège parisien, plus lamentable que jamais : « Ça s’est passé à Toulouse, dans une école confessionnelle, avec des enfants de familles juives, mais ça aurait pu se passer ici. Il aurait pu y avoir le même assassin, ces enfants sont exactement comme vous... Ces enfants avaient trois ans, six ans et huit ans, et l’assassin s’est acharné sur une petite fille, il faut réfléchir à ça. »  Le grand homme parlait ainsi à des enfants...

Car il est le Président de la République. A ce moment-là, c’était donc en notre nom qu’il parlait à ces enfants et il n’a rien trouvé de mieux que d’instiller l’idée qu’il y aurait un péril terroriste sur notre pays, que nos enfants ne seraient plus en sécurité lorsqu’ils vont à l’école. En bon législateur compulsif, il promet dans la foulée, ô miracle ! de nouvelles lois pour réprimer quoi ? « L’apologie du terrorisme ! » Et Klaus Guéant vient lui faire le service après-vente avec l’arrestation totalement impromptue d’une palanquée de barbus qui « djihadisaient » en douce. Quel talent !

En résumé, il aurait été indécent, paraît-il, de politiser les drames de Toulouse et de Montauban sauf, comme il se doit, pour Sarko chez qui l’indécence est une seconde nature.

Comme il serait indécent de parler des cinq dernières années au cours desquelles nous nous souvenons tous qu’il fût Président... sauf lui.

Lui, il a oublié qu’il a fait ratifier le Traité de Lisbonne par le Congrès, et avec le soutien de moult socialistes et écologistes, après que nous l’avons refusé sans ambiguïté par référendum. Aujourd’hui, le voilà prêt à la désobéissance souveraine ! Le voilà qui rue dans les brancards, fustigeant la Commission Européenne et les règlements insupportables d’une Europe qui, pour un peu, serait anti-démocratique. Il a même oublié que, voici encore un mois ou deux, il se pavanait partout au bras de la mère Angela pour vendre la règle d’or allemande, la mise sous tutelle par la Commission des budgets nationaux, la dérèglementation totale de l’organisation du Travail dans tous les pays européens et l’instauration d’une austérité perpétuelle pour les petites gens et les classes moyennes.

Il est fort ce mec !

Il voudrait nous faire croire que c’est un autre lui qui depuis cinq ans n’a eu de cesse de détruire la sécurité sociale et nos retraites pour les livrer au lobby des assurances privées tout en taillant aux classes possédantes des allègements fiscaux sur mesure. Pour un peu, il serait presque le héros qui a taillé en pièce le bouclier fiscal !

C’est sûr qu’il vaut mieux l’entendre parler des problèmes essentiels : le permis de conduire à l’œil et la viande halal ! Le reste, n’existe plus, il a tout sauvé. Comme il veut sauver un peu plus la France éternelle. Inch’ Allah !

On notera avec attendrissement que la Marine et lui nous la baillent belle sur l’abattage des animaux de boucherie. En effet, on oublie presque, à entendre leurs trémolos sur la souffrance des animaux qu’on étourdit pas au nom de rites religieux qui nous seraient cachés, que c’est aussi au nom de nos chères traditions que l’on a inscrit à notre patrimoine immatériel la corrida ou les combats de coq (voir aussi l’article 521.1 du Code pénal [2]). Il n’est évidemment pas question, ici, de cruauté à l’égard des animaux puisque tout cela est parfaitement français et chrétien. Et, bien sûr, c’est cohérent !

Il y en a marre de ces diversions ridicules, de cette façon de se poser en homme providentiel qui détient seul la vérité. Il est temps de lui confirmer que, comme il le sent, elle grossit cette vague qui va lui foutre un sacrément beau coup de latte dans le fion ! Exit Sarko ! Dehors le médiocre, l’inculte, le menteur, l’affabulateur, le faussaire, le vulgaire. Tout vaut mieux qu’un nouveau quinquennat avec ce type !

Oui, bon, rectification : tout sauf Le Pen ! Cela va sans dire.

On objectera sans doute que un Hollande président n’est pas la garantie de voir notre pays et la société française s’engager dans de profonds changements. On n’aura pas tort. Disons alors qu’il faut sérier les problèmes : d’abord renvoyer le furoncle au fond des latrines de la République puis construire un vrai changement.

Hollande n’est pas un révolutionnaire, on le sait déjà, mais ce n’est pas cela qui en fait un mauvais bougre pour autant. Toutefois, il reste un social-démocrate. Un ami me disait récemment : « La différence entre Sarko et Hollande, c’est que Hollande fournit le sourire et la vaseline. » Je ne suis évidemment pas d’accord : ce n’est pas le seule différence mais sur le plan économique, Hollande n’est certainement pas très éloigné de l’orthodoxie ultra-libérale actuelle même s’il prétend la mâtiner de justice sociale. Du moins, d’une pointe. Or, ce n’est pas possible.
Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que lui et la majorité des socialistes aient soutenu la construction européenne telle qu’elle est aujourd’hui et qu’ils aient abandonné depuis belle lurette la notion même de lutte des classes. Il n’est pas très étonnant qu’ils aient laissé, par leur abstention, le Parlement adopter le mécanisme européen de stabilité (MES) et le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), celui-là même que Hollande veut renégocier pour y inclure la relance de la croissance. Autant dire que même en voulant être optimiste, il n’y a pas de quoi sauter de joie. Et ceci d’autant moins que François Hollande est l’un des artisan d’une proposition qui ressemble furieusement aux accords compétitivité-emploi voulus par Sarkozy en vue de dynamiter notre Code du Travail.

J’ai peine à croire que ce genre de chose soit uniquement le fruit d’un soi-disant angélisme socialiste qui verrait dans la force des syndicats la garantie des droits des travailleurs face à la rapacité du patronat. C’est bien un choix idéologique majeur qui motive cette démarche et qui livrera des millions de salariés pieds et poings liés à la précarité, à l’incertitude et à l’appauvrissement. Le but est bien d’engager le marché du travail dans ce pays comme en Europe dans une spirale de baisse des salaires et de la protection sociale et d’augmentation sans limite du temps de travail en retirant aux salariés la protection minimale que leur apportait jusqu’à aujourd’hui la loi.

Ceci est proprement inacceptable, surtout venant de gens qui se prétendent de gauche et disent vouloir agir pour la défense des plus faibles.

Voter contre Sarkozy ne suffira donc pas.

J’entends les objections habituelles : Mélenchon est un mégalo. Il n’est qu’un beau parleur. Il ne réussira qu’à mettre la France à genoux. Rien de ce qu’il propose n’est possible. Il n’en fera rien. Etc.

Quoi qu’il arrive, la France est aujourd’hui à genoux et hormis le démantèlement de la protection honteuse dont bénéficie les classes aisées, un coup de pied dans cette infecte fourmilière ne nous fera pas forcément beaucoup plus de mal que nous n’en avons déjà. D’autant que si nous voulons bien prendre nos vies en main, vraiment, bien des voies s’ouvrent à nous pour construire une nouvelle société. Et puis, Mélenchon n’est qu’un homme qui nous propose de nous prendre en main, pas de faire à notre place. Et si son discours introduit un peu d’espoir, c’est peut-être aussi parce que nous sommes enfin redevenus optimistes et que nous avons confiance en notre force.

Je voterai Mélenchon, non pas pour Mélanchon le tribun, l’agitateur d’espérance mais pour celles et ceux qui l’accompagnent et seront demain les acteurs du renouveau de la France universelle. Je voterai Mélencon parce que vous pensez que ça ne servira à rien alors que je suis convaincu que c’est au contraire notre seule véritable salut social. Je voterai Mélenchon parce que pour savoir si nous avons raison, il nous faut essayer ces autres voies de progrès.

Je voterai Mélencon parce que si vous dites que ce qu’il propose est impossible, c’est donc qu’il faut que nous le fassions !


Discours Jean-Luc Mélenchon au Prado par PlaceauPeuple

Notes

[1A l’exception notable de Jean-Luc Mélenchon.

[2Alinéa 7 : Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie.

Blogue | Suivre la vie du site RSS 2.0