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[Blogue] Otages ?

vendredi 30 décembre 2011

J’en parlais encore à mon ours blanc en peluche pas plus tard qu’il y a une quinzaine et nous étions tombés d’accord pour dire que, si la température persistait effrontément à demeurer printanière malgré le passage du solstice d’hiver, ça allait chouiner dans les stations de ski obligées de dépenser des fortunes en eau et en électricité pour couvrir 5 m² de neige artificielle tout juste bonne pour faire de la luge. Et encore !

Et puis non. Ouf ! Finalement, la neige, la vraie, est arrivée, certes sans se presser, mais elle est bien là et les sommets des Alpes et des Pyrénées fleurent bon désormais le fart et le camphre, côté pistes, la tartiflette et la fondue savoyarde, côté fourneaux.

Du coup, on a eu droit à des reportages en pagaille sur ces passionnés de ski prêts à tout pour sacrifier à leurs rituelles vacances à la neige, leurs petites astuces pour payer moins cher et tout ça. On nous apprenait ainsi que pour certains, le budget de la semaine dépassait à peine 2500 € pour quatre personnes, en tirant sur tout. Là, je dis chapeau ! Mais d’un autre côté, je me dis aussi qu’il y en a bon paquet pour qui, même à ce prix-là, la montagne ça restera encore longtemps un rêve inaccessible.

Et puis voilà que comme un fait exprès, c’est la pagaille dans les aéroports juste à la veille des fêtes : les employés de la sécurité se sont mis en grève. Encore des envieux qui peuvent pas supporter de voir des gens heureux !

Faut dire que ces employés en question, ce sont ceux des sociétés auxquelles les gestionnaires d’aéroport — en général, les Chambres de Commerce et d’Industrie — sous-traitent les contrôles d’accès aux avions depuis que l’État a décidé que ça ne relevait pas de ses missions régaliennes, le transport aérien n’étant pas une mission de service public. Avant, c’était la police qui se cognait le boulot. Maintenant, forcément, ça se tire la bourre dans tous les sens pour prendre les « marchés » et, comme toujours, la variable d’ajustement, c’est les salaires des préposés aux contrôles à qui on demande d’en faire toujours plus pour des clopinettes. Comme on le sait, la sécurité, ça n’a pas de prix.

D’où la grève pour exiger des augmentations de salaire.

Ici, on se souviendra que, à l’époque de sa gloire resplendissante où il n’était pas obligé de s’y reprendre tous les dix jours pour sauver un truc puis un autre, notre vénéré timonier, le phare de l’humanité à nous envoyé par la providence pour nous guider dans ce monde cruel, Sarko, quoi, prétendait qu’avec lui, sous peu, quand il y aurait une grève quelque part, personne ne s’en rendrait compte. D’où le service minimum dans les transports publics.
Déjà, avec l’histoire des retraites, ça ne s’est pas tout à fait vérifié. On a vu bien du monde dans les rues et pas mal de grèves. Mais, en plus, pour son dernier réveillon à l’Elysée, bloquer les aéroport de France, c’était un coup à lui péter un anévrisme, au petit, peuchère !

Et là, comme toujours, le gouvernement a atteint au sublime. Prenant son courage à deux mains, il a envoyé la police faire le boulot qu’il lui avait demandé de ne plus faire. En d’autres termes, ces gens qui nous gouvernent et trouvent qu’il y a trop de fonctionnaires et que ces fonctionnaires ne servent à rien car trop d’avantages et trop bien payés, sont tout heureux d’en avoir sous la main pour aller casser la grève de gens qui se battent pour des salaires juste un peu meilleurs et en rapport avec les contraintes qu’on leur impose.

Encore dit autrement, ces gens qui nous gouvernent et qui ne jurent que pas l’entreprise privée et la marchandisation du moindre service public, reconnaissent que les fonctionnaires qu’ils n’ont de cesse de fustiger, de mépriser et d’humilier rendaient un bien meilleur service que ces sociétés privées qui font leur choux gras sur le dos de leurs employés faute d’avoir assez de cran pour imposer des tarifs décents aux CCI (mais les requins ne se bouffent pas entre eux).

Et tout cela au nom des sacro-saintes vacances de fin d’année et du droit des Français à se retrouver en famille. Traduction : gloire aux 35 heures, aux RTT et aux congés payés dans un pays qui, paraît-il, ne travaille pas assez (et compte tout de même 10 % de chômeurs).

On notera au passage que ces salauds de grévistes, eux, ne sont pas des Français. Ou pas des bons. Ou pas des vrais. Juste des crève-la-faim de qui on peut tout exiger y compris de la fermer. On parie, qu’après ça la répression va faire des ravages dans ces vertueuses entreprises ?

Le plus émouvant, bien sûr, hormis les habituelles inepties des ministres montés au créneau sur injonction du furoncle, ce sont les commentaires de certains passagers indisposés par l’incertitude et l’attente, ce qui se comprend aisément mais ne dispense pas de faire preuve d’un peu de retenue. Ces gens qui, comme le gouvernement, reprennent à l’envi l’éternelle antienne du gentil voyageur pris en otage par les odieux grévistes font ici preuve d’une belle indécence. Soit ils oublient que ceux qui les gênent sont loin de pouvoir dépenser en un mois ce qu’ils ont dépensé pour leur weekend ou leur semaine de fêtes, soit ils font mine d’ignorer que s’ils peuvent s’offrir ce fabuleux billet d’avion « low-cost », c’est en bonne part parce que les services rendus par les aéroports ne sont pas facturés aux compagnies aériennes à leur vraie valeur. Qu’un avion explose en vol du fait d’un terroriste mal contrôlé et on aura alors la longue litanie des pleureuses réclamant justice, c’est à dire, les têtes des mauvais employés qui auront commis la faute inexcusable.

A l’inverse de ce que racontent ces gens et le gouvernement qui les brosse dans le sens du poil, s’il y a des otages dans cette histoire, ce sont évidemment les employés de ces sociétés de service. Ils sont otages de la cupidité de leurs employeurs et de la bêtise d’une partie de leurs concitoyens si soucieux de leurs minables petits nombrils. Otages d’un gouvernement qui sacrifie les services publics au détriment des populations tout en se dotant des moyens pour mieux les soumettre. Et ces otages-là, finalement, c’est nous, aussi !

Et puis, il arrive que les otages se libèrent...

Bonne année 2012 !

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