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[Blogue] Sales bêtes à Bon Dieu

mardi 20 décembre 2011

Il y a une petite quinzaine de jours, la Ville d’Avignon, dans son programme des fêtes de fin d’année (page 12), invitait tout un chacun à participer à une « fête des lumières » qui n’avait pas grand chose de commun avec le grand siècle, celui des Lumières, mais tout avec une obscure pratique religieuse remontant au XVIIième siècle :

FÊTE DES LUMIÈRES
Le 8 décembre, la ville renoue avec la fête des lumières.
Le Palais des Papes sera illuminé de 1 000 lampions. Dès 18h, participez à
cette fête en posant des lampions sur vos fenêtres et en participant à une
des trois “processions lumineuses” qui partiront simultanément des églises
Saint-Pierre, Saint-Agricol et Saint-Didier pour rejoindre le Palais des
Papes.

Tradition tombée pour le moins en désuétude et remise au goût du jour par ci par là, essentiellement pour attirer le chaland. Comme à Lyon, mairie socialiste, ce que n’a pas manqué de souligner madame la Maire d’Avignon (UMP), dans sa réplique à l’énervante Fédération Départementale de la Libre Pensée qui lui cherchait des poux dans la tête pour avoir laissé paraître dans la plaquette municipale un appel à participer aux processions religieuses. L’édile avignonnais arguait du fait que certaines traditions religieuses étaient pour ainsi dire tombées dans le domaine public et qu’elle ne voyait pas à quoi rimait le mauvais procès que les laïcards ci-dessus cités lui faisaient.

C’est vrai, quoi ! Elle n’a pas trop tort, madame Roig : Noël et Pâques, notamment, sont effectivement devenues bien autre chose que les événements religieux qu’elles sont censées célébrer. Plutôt des fêtes pour les marchands du Temple, engeance qui, si mes souvenirs de catéchisme sont exacts, avait eu le don d’énerver le petit Jésus grave ! On a vu comment s’est terminée cette querelle : Ponce Pilate, le Golgotha, la croix et tout ça. Ça fait jamais que 2011 ans (environ) qu’on nous bassine avec...

Cela dit, j’arrive à peu près à comprendre que pour faire marcher le commerce d’une ville, belle de surcroit et assez agréable à vivre, une municipalité la pare des plus beaux atours pour attirer touristes et gens d’à l’entour. La lumière est un bon argument qui se suffit à lui-même pour exalter la beauté des immeubles et des monuments du lieu. Mais de là à aller puiser dans le passé religieux de la ville ou du pays en faisant mine d’oublier que bien des événements se sont produits depuis qui ont changé la manière dont les gens appréhendent le vivre ensemble me paraît non seulement curieux mais aussi suspect. La Vierge Marie est certainement une personne super-cool et hyper-sympa mais, franchement, pour admirer l’illumination d’une façade de pierre, je m’en cogne avec entrain. Et m’inviter de surcroît à suivre une procession à la gloire de la dame, là, c’est pousser le bouchon un peu loin. La FDLP 84 a bien raison de le souligner : cette invite n’a rien à faire là, il s’agit bien d’une violation de la loi de 1905 portant séparation des églises et de l’État.

J’ajoute que cette promotion cléricale est pour le moins plaisante dans une ville comme Avignon qui, certes, aujourd’hui, vit assez grassement de son passé pontifical mais qui fut aussi l’une des premières à sonner la révolte contre la suzeraineté papale en 1790, allant jusqu’à mettre la pâtée aux troupes papistes de Carpentras, et par deux fois. Révolte qui conduisit au rattachement d’Avignon et du Comtat Venaissin à la France révolutionnaire. Souvenez-vous ! Bizarrement, ce bouleversement-là n’est guère mis en avant alors qu’il a changé la ville et sa région en profondeur et démontré la soif de liberté et de tolérance des Avignonnais. Toutes choses que le pouvoir clérical leur refusait, est-il nécessaire de le rappeler ?

La semaine dernière, deux députés UMP du Vaucluse (MM. Ferrand et Bouchet) ont brièvement défrayé la chronique locale en soutenant publiquement un texte de leur congénère de l’Isère (M. Remiller) dénonçant les persécutions subies par les Chrétiens de par le monde pour conclure sur l’exemple de récents spectacles et autres œuvres dont la caractéristique première n’est pas de promouvoir l’imagerie christique comme le souhaitent ses thuriféraires. C’est vrai que question persécution, ça fait peur !
Fameux raccourci tout en délicatesse qui vient à point pour réconforter les nazillons en soutane d’un groupuscule pompeusement nommé « institut Civitas », hurlant à la mort devant le théâtre du Rond-Point de Jean-Michel Ribes où se donne la fameuse pièce « Golgota Picnic ». Ainsi va la droite populaire de Sarkozy : question ratissage large, ça ne craint pas les voisinages douteux. Mais on a l’habitude. Il est vrai que ces messieurs réagissent en « hommes chrétiens » inutilement blessés dans leur croyance par les œuvres décriées qu’ils n’ont probablement pas vues.

Qu’on excuse mon ignorance : je ne savais pas que nous élisions nos députés selon leur appartenance religieuse. Je ne savais pas que dans notre république laïque, le rôle de nos députés était de légiférer en fonction de leurs convictions religieuses. Qui parle de communautarisme, déjà ?

Du coup, l’un des responsables du machin fondamentaliste se prend à rêver au vote d’une loi qui interdirait à la puissance publique de subventionner des œuvres pouvant choquer les fidèles des différentes religions. Rien moins ! Il est mignon, le petit.

Et qui c’est qui va déterminer si une œuvre choque les croyants de telle ou telle religion ? Je leur souhaite bien du courage à ces rigolos. Ça promet de belles discussions y compris pour des œuvres à caractère religieux qui froisserait le poil des fidèles du commerce voisin. Chouette, voilà le retour des guerres de religions, croisades et autres pogroms qui s’annonce. Installons-nous confortablement et regardons ces branquignoles s’entretuer ! Quel délice !

Encore une fois, voilà bien la plus répugnante façon de se poser en parangons de vertu et de décider de ce qui est bon pour tous au travers du seul prisme de leurs croyances étriquées. Ainsi que le dit Mme Roig, avec laquelle je suis pour une fois d’accord, personne n’oblige ces gens à aller voir quelque chose qui peut les choquer et qui n’est pas exposé sur la voie publique. Mais ces gens-là n’en ont cure. Il en faut toujours plus pour honorer leurs dieux. Dans certaines campagnes, on étrangle l’école publique et laïque au profit de l’école catholique voisine. Voilà de la bonne gouvernance des fonds publics. « La culture est une courroie de transmission importante de l’antichristianisme » disait le 14 décembre dans La Provence l’autre agité du calice cité plus haut. Mais oui, c’est bien sûr : tuons la culture ! Ce fléau des chapelles, mosquées et autres temples !

Ah ! Que revienne le temps de l’Inquisition, de la Question et des bûchers, de l’ignorance généralisée (pour les gueux) et de l’obscurantisme, seules valeurs et seuls outils capables de diffuser largement la gloire des religions auprès du plus grand nombre. Comme au bon vieux temps. Redorons un peu le blason de ces églises si exemplaires, à la morale si rigoureuse et immaculée, et où l’on aime tant faire venir à soi les petits enfants...

Qu’on ne se méprenne pas. Je vis avec une personne croyante et qui pratique également, de temps à autre. Une personne qui est capable de se retirer dans une église ou une chapelle pour prier quand le besoin s’en fait sentir. Comme le disait Brassens parlant du Père Duval, « la calotte chantante » : « elle me laisse dire merde, je lui laisse dire amen » et chacun respecte la philosophie de l’autre. C’est une affaire intime. Ce ne sont pas les gens comme elle qui pourrissent la vie de leurs contemporains. Sa foi serait presque exemplaire, en fait, car discrète et sans prosélytisme. Non, ce sont tous ces minables censeurs à calotte, à barbe, à frisettes, tous ces gens qui se disent toujours victimes des infidèles et des blasphémateurs et qui n’hésitent pas, quand ils ont le pouvoir, à envoyer leurs contempteurs ad patres. Tous ces gens qui vous vendent la miséricorde divine sans en avoir le moindre échantillon sur eux.

Qu’ils nous foutent la paix, qu’ils s’étouffent dans leurs anathèmes et qu’ils aillent dans leur foutu paradis empoisonner la vie éternelle des saints et des anges. Mais qu’ils nous oublient et nous laissent penser ce que nous voulons de Jésus, d’Allah et de toute la clique.

C’est peut-être à ça qu’on doit reconnaître la perversité de Dieu : avoir créé les religieux et les fondamentalistes pour pourrir la vie des pauvres gens.

Ce monde est vraiment merdique !

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