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[Blogue] C’est la faute à Rabelais

De Eugène Durif

samedi 10 décembre 2011

Cela faisait longtemps que je n’étais plus allé au théâtre. 5 ans au bas mot. Toujours cette appréhension, souvent justifiée, de ne pas entendre correctement les textes. Ça paraît en effet un peu ridicule d’aller à ce genre de spectacle juste pour regarder les comédiens s’agiter sur la scène et ne rien comprendre de ce qu’ils racontent. Sauf si ce sont des mimes, bien sûr. D’ailleurs, je me souviens d’un excellent spectacle de mime, un vrai régal, vu dans un théâtre parisien, il y a fort longtemps, à une époque où j’entendais très bien !... Ironie de la vie.

Bref ! Depuis deux ans maintenant, je me risque à nouveau. D’abord le cinéma malgré le fait que toutes les salles ne soient pas encore équipées des fameuses boucles magnétiques pour les durs de la feuille comme moi. Il paraît que ça sera bientôt une obligation. Et je dis bravo des deux mains !
Et puis maintenant le théâtre.
Je dois dire que j’ai beaucoup hésité mais il fallait que je sache. Certes, ce ne fût pas parfait. Ça ne le sera jamais plus mais quel bonheur ! Quel bonheur de retrouver ce plaisir indicible d’être au plus près des comédiens et d’entendre leur texte, leurs intonations, de voir leurs expressions et leurs attitudes. Il y a dans le théâtre une forme de jouissance de l’instantané et de l’éphémère, un sentiment confus d’assister à quelque chose qui ne se répètera plus jamais exactement de la même façon.

Il y a surtout le fait que le théâtre, plus que tout autre forme de spectacle, est le lieu idéal pour assouvir une soif de mots et de textes travaillés, assemblés, construits et détournés, réinventés pour créer sans cesse de nouveaux ensembles qui deviennent à leur tour originaux.

Avec ce spectacle proposé par le Théâtre des Halles d’Avignon, nous étions en plein dans cette forme de délire. C’est la faute à Rabelais, d’Eugène Durif et la Compagnie « L’envers du décor », est bien une orgie de mots superbes ou banals, subtils ou ridicules, drôles ou graves, en chanson quelques fois (souvent en fait) que les deux comédiens (Eugène Durif et Pierre-Jules Billon) s’échangent ou partagent malicieusement, selon les moments, avec un plaisir évident et communicatif et une gourmandise qui met l’eau à la bouche.

Le spectacle est drôle et enlevé et l’on se laisse tant emporter par le plaisir qu’il procure que la fin vient presque nous prendre au dépourvu. C’est qu’on en voudrait encore de cette presque logorrhée, de ce long concert de mots et de phrases venant de Rabelais jusqu’à Alphonse Allais en passant par d’autres auteurs moins connus — peut-être — tels que Marc Papillon de Lasphrise.

Un spectacle brillant à consommer sans modération.

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