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Profanation du cimetère militaire d’Ablain-Saint-Nazaire

[Blogue] Racisme

Le monstre rampant

lundi 7 avril 2008

Bien sûr, ce n’est pas la première fois que cela arrive. Des juifs ou des musulmans dont on profane les tombes. Bien sûr, cette violence faite à des morts, à leur souvenir, est peut-être moins pire que celle faite tout aussi souvent aux vivants. Peut-être. Bien sûr, on se dit que ceux qui commettent de tels actes sont des malades, des alcooliques, des ignares, des cons. Bien sûr. Ça réconforterait presque. On pourrait croire que l’Homme est bon... sauf quand il est bourré. Mais non, nous savons bien que ce n’est pas vrai. Il y a en des vraiment méchants. Le racisme, la xénophobie, l’intolérance sont le trou du cul de l’humanité. Nauséabonds !

Je passerai, pour une fois, sur la réaction de notre cher nabot :

Nicolas Sarkozy a aussitôt dénoncé un acte relevant du "racisme le plus inadmissible qui soit"

Comme s’il y avait un racisme moins inadmissible. C’est à dire, plus admissible. Décidément, pauvre Sarko...

De Carpentras à Ablain-Saint-Nazaire, en passant par quelques autres localités de notre doux pays, il semble que certains aient trouvé dans la profanation des cimetières un moyen commode et peu risqué d’exprimer leur haine de l’autre. De nuit et au calme.

On en viendrait presque à saluer le "courage" de ces autres demeurés qui tendent des banderoles dans nos stades pour dire leur propre haine de leurs adversaires d’un soir ou pour injurier les joueurs "pas vraiment blancs" qui s’activent sur le terrain pendant qu’ils cuvent leur bibine dans les gradins. Mais comment s’y faire ?

Voir "Je suis un Ch’ti" de mon ami Guillaume.

La classe politique peut bien se rassurer, d’une certaine manière, en dénonçant les actes de "nazillons", forcément plus cons que le commun des mortels, par définition, il n’en reste pas moins qu’il existe chez beaucoup de nos semblables un solide fond de xénophobie, disons d’intolérance envers tout ce qui ne leur ressemble pas.

Je dénonçais ici même, dans ce billet, les relents quelques peu nauséabonds d’une liste locale aux dernières élections municipales. Je connais certaines des personnes qui ont apporté leur soutien à cette liste. Ce sont des gens biens, pourrait-on dire, respectables. Ni plus cons, ni plus méchants que vous ou moi. Et pourtant, ils professent ce genre d’idées !

Combien de fois me suis-je retrouvé à écouter les divagations racistes ou homophobes de collègues ou de relations de travail, par ailleurs parfaitement sympathiques, tout au moins jusqu’à ce que je leur dise que je ne partage pas leurs idées. Mais combien de démonstrations ai-je dû endurer, dès lors, pour me convaincre que je filais un mauvais coton ?

Et si ma fille se faisait sauter par un arabe... Et si j’étais moi-même pédé... et si, et si...

Comme ce chef de service qui écarta un candidat à l’embauche au CV intéressant, un jeune homme plutôt dynamique que j’avais sélectionné pour son entrain et son ouverture d’esprit. Je compris plus tard, au cours d’une conversation badine, que c’était son nom pas assez "européen" et son visage "un peu typé" qui lui avaient été fatals. Qu’auraient pensé nos clients d’être contrôlés par un arabe ? De même qu’à cette jeune femme le fait qu’elle en soit une, ce qui aurait été un handicap, paraît-il, dans notre métier où l’on côtoie un monde masculin aux gauloiseries embarrassantes pour une innocente jeune fille. Paraît-il !

N’est-ce pas là ce que l’on nomme "le racisme ordinaire" ? Ce rejet quasiment instinctif de ce qui est différent de soi ? Cette même intolérance qui justifie les agressions verbales, parfois physiques, à l’égard de ceux qui ne pensent pas comme soi, qui ne croient pas ce que l’on croit, qui n’aiment pas comme l’on "doit" aimer ou dont la peau n’a pas la couleur conforme au standard local ? Ce ressentiment surprenant qui donne naissance à des histoires plus édifiantes les unes que les autres, prétendument drôles, parfois, mais le plus souvent dramatiques et, à coup sûr, affligeantes de bêtise et qui toutes veulent illustrer les travers de ces gens différents. N’en disent-elles pas plus long encore sur leurs rapporteurs ?

Si différents ? Est-ce si sûr ?

Il arrive qu’en accueillant quelqu’un, sans a priori, on fasse des découvertes humainement enrichissantes. Que l’on découvre une histoire, une intelligence, une humanité qui aident à se mieux connaître soi-même, sans pour autant qu’il faille devenir ce qu’est cette personne. Un être humain, tout simplement, qui nous ressemble tellement, dans le fond.

L’homosexualité n’est pas contagieuse, que je sache. Pas plus que la judéité ou la couleur de peau. Je suis anticlérical mais j’ai des amis croyants, voire pratiquants. Je suis de gauche mais j’ai des amis de droite (enfin, quelques-uns). J’ai des amis homos mais n’ai aucune envie de coucher avec eux. Et alors, c’est leur droit de croire ou d’être ce qu’ils veulent, autant que le mien de ne pas partager leurs opinions ou leurs penchants.

Quelle tristesse finalement, ces gens qui ne voient le monde qu’au travers du prisme de leurs opinions, qui forment presque des clans dont l’accès est interdit à toute différence. En fin de compte, ce sont eux les imbéciles. Ils se privent d’une richesse inestimable. Celle de la connaissance de l’autre. Saint Exupéry le disait mieux que moi :

Et cependant, nous étions infiniment pauvres. Du vent, du sable, des étoiles. Un style dur pour trappistes. Mais sur cette nappe mal éclairée, six ou sept hommes qui ne possédaient plus rien au monde, sinon leurs souvenirs, se partageaient d’invisibles richesses.

Nous nous étions enfin rencontrés...

Terre des hommes, 1939

Mais c’est dans ce vivier humain banal, j’allais écrire, cette fange anodine, que germent ceux-là qui, un jour ou l’autre, s’en prennent à des juifs, des musulmans, des noirs, des homos ou des bretons ou des ch’tis ou des marseillais.

Et c’est en cela que cette banalité de l’intolérance est effrayante.

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