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[Blogue] Le Cochon de Gaza

Un film de Sylvain Estibal

mercredi 5 octobre 2011

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Affiche Le Cochon de Gaza

L’évocation de la Palestine, en général, ne prête pas vraiment à sourire. Même sans être un spécialiste du Moyen-Orient, on imagine aisément la difficulté de vivre dans un pays soumis à un état de guerre latente, assiégé, écrasé, où tout peut basculer d’un jour à l’autre, d’un instant à l’autre, où la violence sous toutes ses formes scande les épisodes les plus anodins de la vie, avec son lot d’humiliations pour les plus faibles et de traumatismes pour tous.

Jafaar est un pêcheur palestinien de Gaza qui, comme ses collègues, doit se contenter d’une petite bande côtière de 4 km pour tenter de remplir ses filets d’un poisson plus que rare. Ce sont plus souvent des tongs et des baskets dépareillées qu’il remonte au milieu de mille autres détritus et de quelques sardines perdues. Jafaar, c’est le gars à qui rien ne réussit vraiment, l’éternel perdant, le handicapé de la vie, soumis à son sort et à sa condition, sans révolte ni désir de révolte. C’est juste une sorte de lâche à la petite semaine qui ment à sa femme, quand la pêche est mauvaise, ou à ses créanciers parce que, peut-être, si Dieu veut, demain ça s’arrangera. Inch’ Allah !

Il y a du Chaplin, dans Jafaar qui, malgré tout, comme souvent les misérables qui luttent pour leur survie sans faire d’éclats, est un roi de la débrouille. Et cela conduit à des situations cocasses où l’on rit franchement. Parce que, un jour, Jafaar a remonté un cochon vietnamien dans son filet, probablement tombé d’un cargo lors de la tempête. Et ce cochon, animal impur et honni tant par les musulmans que par les juifs, va conduire notre petit pêcheur dans une succession d’aventures réjouissantes et souvent hilarantes. Plus encore, il va devenir une sorte de trait d’union entre Palestiniens et Israéliens.

C’est le très excellent Sasson Gabai qui prête ses traits à Jafaar. On l’avait déjà apprécié, ô combien ?, dans le film d’Eran Kolirin, la Visite de la Fanfare, sorti en 2007, un chef-d’œuvre de tendresse, de finesse et de générosité tout en hommage à la culture arable qu’il faut absolument avoir vu. Sasson Gabai y tenait le rôle d’un chef de fanfare égyptienne, perdue quelque part dans un trou israélien, homme sévère et introverti qui, peu à peu, se livre et échange ses fêlures avec la belle et sensuelle Israélienne, Dina (Ronit Elkabetz).

Ici aussi, Sasson Gabai donne à son personnage somme toute ordinaire une dimension humaine extraordinaire, d’une grande justesse dans sa simplicité. Jafaar nous apparaît sans artifice aucun, à notre portée, notre presque frère, un grain de sable qui fait tout foirer sans le vouloir et ridiculise gentiment les plus extrémistes. Cet acteur est vraiment un grand bonhomme. Génial !

Pour être juste, il faut aussi rendre hommage aux autres comédiens de ce film qui sont tous justes et attachants. En particulier, Baya Belal qui joue le rôle de Fatima, l’épouse de Jafaar, à la parole rare mais percutante et ironique, belle femme palestinienne fière et digne. Et aussi la très belle Myriam Tekaïa, Yelena dans le film, la jeune immigrée russe éleveuse de cochons, un peu hautaine au début et qui se laisse gagner par la sympathie pour ce curieux bonhomme.

Voilà donc un film sans prétention, drôle et sensible, peut-être utopique dans sa vision de cette partie du monde. Mais quelle utopie ! La paix entre Palestiniens et Israéliens. C’est pas rien ! Et on se prend à rêver qu’avec un peu de respect mutuel, de tolérance et de bonne volonté, ce pourrait être possible.

Allez voir le Cochon de Gaza. Vous verrez, il rend l’optimisme contagieux !

Et, pour ma part, je souhaite aux Palestiniens que le monde reconnaisse leur État. Enfin !

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