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Humeur

[Blogue] Jeux Olypiques de Pékin : La bonne conscience des gentils

dimanche 6 avril 2008

Avec ou sans le Tibet en guise de hors d’œuvre, il y a fort à parier que les Jeux Olympiques de Pékin auraient de toute façon été l’occasion, pour beaucoup de monde, de rappeler que la Chine est encore très loin d’être un modèle de Démocratie ni un paradis de la Liberté.

A la fois fascinante et inquiétante, la Chine focalise sur elle les appétits économiques des investisseurs avides de profits rapides et conséquents ainsi que les craintes des salariés de très nombreuses entreprises touchées de plein fouet par sa concurrence plutôt déloyale.

S’ajoute à cela un très fort sentiment nationaliste qui, soutenu par la possession de l’arme nucléaire, ne fait pas de la Chine un partenaire de tout repos.

Au-delà, le régime chinois n’apparaît pas non plus comme un chantre de la liberté. Les récents incidents au Tibet et la condamnation d’un contestataire pacifique et légaliste à 3 ans et demi de prison (Hua Jia) ne sont pas de nature à faire oublier qu’être Chinois ou se frotter à la République Populaire n’est pas un exercice dénué de risques.

Dans un tel contexte, les Jeux Olympiques ne peuvent que focaliser l’attention du monde sur les moindres dérapages du régime chinois.

Dès lors, la mobilisation des défenseurs de la Démocratie, de la Liberté et des Droits de l’Homme ne peut surprendre personne, pas même le gouvernement chinois qui savait très bien à quoi il s’exposait en posant sa candidature. Voir cet article :

Pékin et l’olympisme
LE MONDE | 05.04.08
© Le Monde.fr

La triste affaire du Tibet n’est, à la limite, qu’un évènement de plus qui s’ajoute à la liste déjà longue de ceux qui permettent de comprendre, à peu près, la nature réelle du régime chinois. Mais, comme toujours aussi lorsqu’il est question de ce pays, elle permet de mesurer la lâcheté de la "communauté" internationale et, plus particulièrement, des pays occidentaux. Déjà, en 1950, lors de l’invasion du Tibet par la toute jeune Chine Populaire, quasiment personne n’avait levé le petit doigt. Même si l’histoire du Tibet et de ses relations avec le Céleste Empire n’est pas dénuée d’une certaine ambigüité (voir ici), une fois les prétentions occidentales remisées au rayon des archives du colonialisme, le Peuple Tibétain n’avait plus qu’à se dépatouiller tout seul avec les visées territoriales de son encombrant voisin.

Il ne faudrait cependant pas croire que cet intérêt chinois pour le Toit du Monde n’est qu’une lubie communiste. Pour le seul XXième siècle, l’invasion de 1950 est la deuxième après celle de 1908, du temps de l’Empire.

Ceci posé, il faut reconnaître que, dans cette histoire, la Chine n’a pas le beau rôle. Son attitude nous rappelle trop celle de l’URSS face à la Hongrie en 1956 ou à la Tchécoslovaquie en 1968, pour ne citer que ces 2 pays. Et l’on garde toujours en mémoire les dramatiques évènements de la place Tian’anmen en 1989.

De son côté, le Tibet jouit d’un capital de sympathie assez conséquent. L’image du bouddhisme n’y est sans doute pas étrangère. Celle d’une religion pacifique, respectueuse du vivant. Y compris pour un vieil anticlérical comme moi, cela la rend plutôt sympathique, même si je pense qu’il faut se garder des conclusions trop hâtives, comme toujours.

Pour qui s’intéresse un peu à la question tibetaine, il est incontestable que la notoriété de ce pays doit beaucoup à Alexandra David-Néel et à l’actuel Dalaï-Lama, 14ème du nom, Tenzin Gyatso, dont le film de Jean-Jacques Annaud, en 1997, "Sept ans au Tibet", avec Brad Pitt, retrace un bref épisode de la vie.

De plus, le Tibet est indubitablement la victime de l’ogre chinois.

Pas étonnant dans ces conditions que les prochains Jeux Olympiques deviennent la cible de tous ceux qui, de par le monde, veulent mener la contestation contre le régime chinois.

Certes, il peut paraitre un peu facile et, finalement, sans grand risque de s’afficher pro-tibétain ou de dénoncer le régime chinois quand on est confortablement installé dans un environnement plutôt calme, à quelques milliers de kilomètres de la scène de l’action. C’est vrai mais j’objecte que si nous ne le faisons pas, nous qui risquons si peu, qui pourra dénoncer le sort réservé à ceux qui le font sur place, souvent au péril de leur liberté, quand ce n’est pas de leur vie ?

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Nos médias ne manquent jamais de nous informer des excès chinois en tout genre ni de saluer les performances des entreprises occidentales qui profitent des "facilités" chinoises pour asseoir leurs positions, le plus souvent au détriment des travailleurs occidentaux mais aussi, en définitive, chinois. Ainsi, ce pays est dépeint tantôt comme une dictature parmi les plus noires, tantôt comme un monstre néo-capitaliste des plus avides sans que cela n’émeuve outre mesure nos propres dirigeants qui se battraient presque entre eux pour en obtenir les faveurs.

On se souvient du pitoyable voyage de notre gnome national qui se vantait d’avoir fait les gros yeux aux dirigeants chinois sur les Droits de l’Homme tout en tentant de leur fourguer quelques échantillons de notre brillante technologie.

Mais que dire du Comité International Olympique qui a attribué l’organisation de ces Jeux à la Chine en connaissant très bien la situation de cet État et en sachant aussi que cette caution se transformerait en vitrine d’un régime pour le moins critiquable ? Belle démonstration, une fois de plus, hélas ! de l’absence d’odeur de l’argent, surtout lorsqu’il est promis en très grande quantité. On a beau savoir que le CIO n’est qu’un paravent grotesque, on est toujours un peu plus atterré par son cynisme.

Les arguments des opposants au boycott des Jeux apparaissent, dès lors, comme étrangement faux-cul. Songez : Nos glorieux athlètes les préparent depuis 4 ans. Il serait indécent de les en priver !

Évidemment, il n’est pas très poli de rappeler que le peuple tibétain attend de recouvrer la liberté depuis 60 ans (une paille) ou que quelques centaines, voire milliers, de contestataires chinois croupissent dans les geôles de leur pays depuis bien plus de 4 ans. Espérons que, au moins, ils éprouvent une immense fierté de voir la Chine mise au devant de la scène grâce à ces jeux et une infinie reconnaissance à nos gentils athlètes de rendre ainsi hommage à leurs bourreaux.

Et, s’il vous plaît, avec un incroyable courage. Celui d’arborer un badge dont le message méchamment provocateur pourrait bien mettre en grosse difficulté le gouvernement chinois... si le CIO les autorise à le porter ! On croit rêver !

Tout ceci est évidemment dérisoire et traduit bien l’hypocrisie et l’embarras du joli monde du sport passé depuis longtemps sous le joug de celui de l’économie. Les JO sont une juteuse affaire de gros sous et rien ne doit entraver l’ouverture du tiroir caisse. Télévisions, annonceurs et entreprises de toutes sortes se frottent toujours les mains à la perspective des profits que vont leur rapporter les prestations de tous ces gentils athlètes qui mouillent leur maillot pour la gloire, eux. Enfin, on y croit. On comprend pourquoi l’important est d’y participer, d’une façon ou d’une autre.

Il est rassurant de voir que, pour bâtir ce "monde meilleur" auquel les Douillet et autres Estanguet semblent vouloir croire en leur qualité de "citoyens avant tout", les États ne reculent devant aucun sacrifice, surtout pour empêcher d’autres citoyens, certes, un peu plus remuants et déterminés, de gâcher une si belle fête.

Ils ne sont malheureusement pas les seuls. Les grands portails Internet ne sont pas en reste, se transformant en supplétifs de la police chinoise, sous l’œil complaisant de... la France (voir cet article de Mariane).

Personnellement, je dois avouer que je m’en bats un peu l’œil, des jeux olympiques. Il y a belle lurette que ce fameux idéal de Pierre de Coubertin m’afflige plus qu’il ne m’exalte. Voir les "dieux du stade" s’enrouler dans leur drapeau national et entendre jusqu’à l’écœurement ces hymnes nationaux est, selon moi, la plus belle démonstration de la contradiction fondamentale d’un évènement censé exalter les valeurs humanistes et l’amitié entre les peuples.

Certains prétendront peut-être que je tiens ces propos parce qu’on n’y voit guère le drapeau français ni n’entend beaucoup la Marseillaise. Je me garderais bien de leur faire de la peine en répondant que, de ça aussi, je me contrefiche à un point que leurs esprits mesquins auraient du mal à imaginer.

Une chose est sûre, en tout cas. Je vais les boycotter ces jeux. A ma façon. Je n’en regarderai pas une image.

Et je complèterai la démarche en arborant mon soutien au peuple tibétain. Par exemple, son drapeau et quelques autres symboles que l’on peut trouver là.

Pas sûr que ça émeuve beaucoup le gouvernement chinois. Mais en faisant un peu plus attention au "made in" sur les étiquettes des articles que j’achète, en identifiant les entreprises qui se servent de la Chine pour s’enrichir et s’en rendent complices, en le faisant savoir, en secouant nos consciences apathiques, à mon modeste niveau, comme ces minuscules ruisseaux qui, mis ensemble, finissent par faire de si grands fleuves, j’espère qu’avec d’autres, nous contribuerons à faire avancer, un peu ou beaucoup, cette cause. Pacifiquement.

Pour la liberté des Peuples Tibétains et Chinois.

Voir aussi cet article :

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