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[Blogue] Coupable mais pas condamné : justice laxiste ?

samedi 17 septembre 2011

La justice a parfois de ces subtilités, pour tout dire, assez déconcertantes !

On se souvient que, en septembre 2009, à Seignosse, l’alors ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux — dont beaucoup trouvaient qu’il était ce que la Sarkozye pouvait produire de plus pitoyable [1] comme ministre d’Etat jusqu’à l’avènement du nauséabond Guéant — « BH », donc, s’était illustré, au cours d’une sauterie de l’UMP, par une de ces saillies dont la bêtise crasse le dispute, comme souvent, à l’ignorance la plus affligeante. La chose est assez courante en Sarkozye, me direz-vous avec juste raison, mais quand l’intéressé est censé être en charge des relations entre les cultes et la République, elle prend une petite saveur supplémentaire.

C’était donc la fameuse histoire du « quand y en a un ça va, c’est quand y sont plusieurs que ça va moins bien » (ou à peu près) que notre impayable humoriste adressait aux Auvergnats. Sacré Brice, va !

Bref, en juin 2010, BH était condamné en première instance, sur plainte du MRAP et de quelques autres mauvais coucheurs ne goûtant pas la si subtile drôlerie de l’homme, pour injure raciste... mais pas publique, à 750 € d’amende.

Voilà maintenant que la cour d’appel vient de l’exonérer de son amende au motif que le MRAP n’était pas fondé à porter plainte dans le cadre d’une simple infraction. Pas de pot, si ça avait été public, il avait le droit mais pas là. Là, c’était à l’« Auvergnat » concerné ou au Parquet de le faire. Déjà, on se demande bien ce qui est public si la diffusion d’un reportage sur une chaine de télévision ne l’est pas ! Quant à attendre du Parquet (savez, le gars qui représente la société, en gros, au tribunal) de s’en prendre à un ministre, en France, vous rêvez !

Malgré tout, si BH économise 750 €, la cour d’appel a pris tout de même soin de préciser qu’il est bien coupable d’injure raciste. Et paf !
Un peu subtil mais Maître Eolas l’explique évidemment fort bien.
Et, hormis pour la légitimité du MRAP [2] à agir en justice quel que soit le degré de gravité de l’acte au regard de sa qualification, l’essentiel est bien là : un ministre de notre République irréprochable a bel est bien tenu des propos racistes et ces propos sont condamnables juridiquement.

Évidemment, depuis, on a entendu pire dans la bouche du président de la république française et du successeur de BH. Et ceci n’est évidemment pas un élément de nature à faire briller notre pays qui serait — notez le conditionnel de rigueur tant cela paraît fou — la patrie des Droits de l’Homme.

Et comme le dit une commentatrice de Maître Eolas (Pascale en 11) : « Enfin, se payer la tête de Hortefeux pour 750 euros, ça n’a pas de prix ». Certes. Si ce n’est que la justice de ce pays n’a pas eu le cran de condamner, en fin de compte, un ministre. Et ça, quand même, c’est un peu râlant ! Et d’autant plus bizarre que le délinquant concerné est quelqu’un qui n’a jamais manqué une formule à l’emporte-pièce pour promettre aux autres délinquants les foudres d’une justice intransigeante. De la tolérance zéro à tous les étages. Surtout en bas, quand même ! Elle a l’air trop essoufflée pour aller jusqu’en haut, la pauvre.

Évidemment, cela illustre aussi parfaitement ce que sont certains de ceux qui nous gouvernent. Ça fait un bail qu’on n’avait plus d’illusion mais il est temps maintenant de faire le ménage !

Notes

[1hormis son « mètre à ne pas penser », bien sûr.

[2qui devrait se pourvoir en cassation car la limitation introduite par la cour d’appel pourrait avoir de graves conséquences dans la lutte contre le racisme.

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