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[Blogue] Un peu de morale, enfin !

vendredi 9 septembre 2011

Nous voilà enfin soulagés : notre belle jeunesse ne sera désormais plus abandonnée aux démons sordides de l’amoralité. Nos enfants, les citoyens de demain, vont enfin pouvoir bénéficier des lumières de la Morale, comme au bon vieux temps des blouses grises ou à carreaux, des tableaux noirs et de la craie ainsi que des plumes « sergent-major » et de l’encre violette. J’en passe !

Bon, ne raillons pas trop ce pauvre Luc Chatel : tout ce qui peut aider à favoriser le « vivre ensemble » est bon à prendre et peu importe comment on appelle ça. Si ça peut faire plaisir à l’ancien élève des jésuites, va pour la morale.

Évidemment, j’espère qu’il ne s’attend pas à ce que son petit emplâtre résolve les problèmes de violences et d’incivilités qui semblent être devenus l’apanage de la jeunesse d’aujourd’hui ou, pour être plus précis, d’une certaine jeunesse. Je me comprends...

Évidemment aussi, tout dépend de ce que ce terme va recouvrir, de ce qu’on va y mettre. Et disons que c’est là que les choses risquent de se corser un poil.
Tuer, pas bien, voler, pas beau, jusque là, ça colle à peu près avec l’idée que la plupart des gens se font du bien et du mal, même sans baigner dans une béatitude religieuse. Mais une fois qu’on a posé ces bases assez simples qui permettent de donner quelques premières limites à la relation entre les individus en excluant les solutions les plus radicales, il va bien falloir aborder des sujets qui risquent de ne plus être tout à fait neutres.

Les relations hommes/femmes, par exemple : en termes de morale, ça se traduit comment ? Pas gagné, ça.
Car à considérer le barouf fait par quelques députés UMP autour d’un manuel scolaire de biologie pour classes de terminales L et ES (mais pas S ni technique, va savoir pourquoi) qui, respectant en cela les directives officielles, aborde la complexité de la sexualité et le rôle de l’éducation et de l’environnement social sur sa construction pour chaque individu, franchement, il n’y a pas de quoi pavoiser. Parce que là, ça concerne des jeunes quasiment adultes, censés être doués d’un certain esprit d’analyse et, en tout cas, de réflexion. Et qui, pour un bon nombre d’entre eux en tout cas, ont déjà commencé à s’intéresser à la question, souvent de manière empirique et donc ont déjà une petite idée de leur propre sexualité et de leur propre genre, même si c’est encore parfois flou, même si c’est pas forcément évident ni clair ni simple. Alors faire tout ce foin ridicule sous des prétextes absurdes qui masquent à peine un certain sexisme et sans doute aussi une certaine homophobie, n’a rien de bien réjouissant. C’est en quelque sorte dénier à ces jeunes le droit de s’interroger sur un sujet central de la nature humaine et, finalement, les prendre pour des imbéciles.

Alors, j’imagine ce que ça va pouvoir donner avec des enfants du primaire pour lesquels il n’est sans doute pas question d’approfondir trop le sujet mais qui voient bien comment vivent leurs parents, leurs familles et les gens autour et se posent tout autant de questions sur le sens et la nature des relations entre individus, les rapports de force, les antagonismes ou les complicités, etc. Qu’est-ce qui est bien ou mal ? Qui le décide ? Sur quel critère ?

Et le rapport à l’argent ? Voler, pas beau. C’est bon, on l’a déjà dit. Mais c’est quoi voler ? Piquer le porte-monnaie de sa vieille voisine ? Oui mais encore ?
Et tricher pour payer moins d’impôts, et trafiquer les marchés publics pour s’enrichir, et vendre des produits dangereux en mentant sur leur nocivité, c’est voler aussi. Ça va faire partie du cours, aussi ? Parce que ça ne devrait pas être difficile à illustrer en ce moment...

Qu’est ce qui est moral ? Le cinéma joué par un ancien président de la République, qui a profité pendant 12 ans d’une immunité bienvenue et dont on savait depuis longtemps qu’il nous ferait le coup de la sénilité pour échapper à un procès qu’on aurait pas épargné à des gens moins importants que lui ? Ou ceux qui disent qu’il faut lui foutre la paix car il est vieux et fatigué et qu’il a beaucoup donné au pays et qu’il y a tellement longtemps ? Où est la morale quand le voleur de pomme n’a pas le même traitement que le président ?

Bref, il est émouvant de voir cet homme (Chatel), qui s’applique avec zèle à poursuivre la mise à mort de l’Éducation Nationale tout en nous jurant le contraire, se donner tant de mal pour faire passer pour des innovations majeures de purs joyaux de l’enfumage, spécialité de la maison Sarkozy.
D’ailleurs, question morale, il y aurait tout un manuel à écrire sur cette ère, pour l’édification de nos jeunes enfants. Mais, bien sûr, tout dépend du point de vue que l’on adopte pour décider de ce qui est moral ou pas.

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