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[Blogue] Ce en quoi je crois

mercredi 20 octobre 2010

Ydikoi a donc posé les premiers jalons d’une nouvelle aventure que je lui souhaite longue, heureuse, intense, exaltante et pleine de rencontres riches.
Il partira un jour, promis, à bord de son beau voilier — le Tandikoi, peut-être — dans le sillage des Moitessier, Gerbault, Colas ou Tabarly, à la conquête des mers du sud, du nord et de partout.

Mais avant de partir, il nous a laissé un témoignage de ses motivations à l’égard du Mouvement FFMC, duquel je tire ce simple extrait :

Il y a presque dix ans que je milite dans le mouvement FFMC.

J’y suis rentré avec circonspection, puis me suis engagé avec passion : les valeurs humanistes que notre projet politique et économique véhicule ont fait écho à cette vision utopiste d’une société meilleure qui traînait au fond de moi, et que nous cherchons collectivement à mettre en place.

D’abord localement à l’antenne PPC, puis au Bureau National et enfin au Conseil d’administration de notre Mutuelle, je suis resté convaincu par ce projet trentenaire, et toujours d’actualité : au plein milieu d’une crise économique de grande ampleur, refuser le repli sur soi et s’ouvrir aux autres, à la différence ; refuser l’individualisme galopant de notre société au profit d’un fonctionnement collectif assumé ; affirmer son soutien et revendiquer son appartenance au monde de l’Economie sociale et au mutualisme, mettant en avant le refus du profit comme finalité de toute activité ; c’est l’expression même d’une volonté d’organisation non seulement économique, mais également politique et démocratique.

Il se trouve que cette lettre, adressée au Mouvement et qui contient une référence appuyée aux valeurs qui l’ont fondé, arrive à un moment où, au sein même de la FFMC, des voix s’élèvent pour les remettre en cause. Je sais : c’est un peu brutal comme constat mais je le ressens ainsi.
Certes, ce n’est pas nouveau. C’est même assez récurrent. Deux conceptions de l’action s’affrontent en permanence, dans ce Mouvement : l’une, motardo-motardesque dirons-nous, se veut uniquement centrée sur le motard et sa monture. Tout va bien tant qu’on ne parle que de ça. Il y a les motards et les autres. Point barre. L’autre s’inscrit dans une vision sociétale de la pratique de la moto. Elle se veut ouverte aux autres, estimant que, à bien des égards, nous faisons partie de ces autres avec lesquels nous partageons bien plus que la route. Elle cherche à convaincre plutôt qu’à défendre obstinément un point de vue de victime.

Si, à la base, les constats sont les mêmes et les moyens d’action souvent similaires, le désaccord tourne autour des valeurs dans lesquelles elles s’inscrivent. Ces valeurs — liberté, solidarité, égalité, partage, entraide, tolérance, démocratie — sont pourtant bien celles que l’on prête généralement au monde motard. Mais, pour les uns, elles ne doivent s’appliquer qu’à lui tandis que, pour les autres, elles sont universelles. Et c’est cette dernière conception qui, jusqu’à aujourd’hui, est majoritaire dans le Mouvement.

Dès avant les Assises 2001 d’Eymoutiers, un impressionnant travail de mise en forme de ces valeurs avait été réalisé. Le préambule des statuts de la FFMC en est le résultat. Tout cela a été pesé et débattu. Il n’y a pas de mot choisi au hasard. Tout cela avait aussi pour but de sortir la tête des militants du guidon de leurs motos : regarder autour de nous le monde dont nous sommes partie prenante et tenir compte de ses problèmes dans nos propres analyses. Comment peut-on parler de sécurité routière en niant les conséquences des crises que traverse la société sur les comportements routiers ?

Ce préambule, le voici :

En 1980, au moment où pratiquer la moto était un moyen d’affirmer sa passion pour la liberté et son attachement à la solidarité, une façon de se démarquer et d’afficher son anticonformisme, la Fédération Française des Motards en Colère (F.F.M.C.) est née d’un combat collectif contre la politique motophobe des pouvoirs publics.
Son objectif est de fédérer les usagers des deux et trois roues motorisés (du cyclo au gros cube) autour des valeurs qui ont motivé sa création et continuent de l’animer.

Elle agit pour développer la pratique des deux-roues motorisés ou engins assimilés. Elle défend, sans corporatisme, leurs utilisateurs en tant qu’usagers de la route et en tant que consommateurs. Elle agit pour la sécurité et le partage de la route sur la base du développement de l’information, de la prévention, et de la formation, et pour faire prévaloir la connaissance et la prise de conscience plutôt que les mesures répressives.

Elle agit également pour promouvoir les valeurs de solidarité, d’égalité et de liberté, visant à permettre au plus grand nombre la pratique des deux et trois roues motorisés (du cyclo au gros cube), dans un esprit de responsabilité et d’entraide.

Elle préserve son indépendance vis à vis de tout pouvoir et rassemble les motards sans discrimination. Elle se prononce contre le racisme et tout ce qui tendrait à instaurer des discriminations, que ce soit l’origine ethnique, le niveau social, les choix politiques ou religieux, l’âge, le sexe ou les préférences sexuelles. Elle fonde son action sur la responsabilisation et la tolérance. Partie prenante du mouvement social, elle favorise l’intervention des motards en tant que citoyens

Dans la continuité de ses valeurs, la F.F.M.C. se reconnaît dans les principes de l’Economie sociale qui place en son centre les individus, le fonctionnement démocratique, et où le profit n’est pas une finalité. Elle en soutient les fondements par ses actions et ses prises de position, que ce soit dans les instances de la Fédération ou dans les structures qu’elle reconnaît comme appartenant au mouvement F.F.M.C.

Il y manque certainement une référence à l’Éducation Populaire. Pourtant, c’est bien sur cette base que s’est fondée la FFMC-Loisirs qui œuvre depuis trente ans pour la jeunesse et que prolonge aujourd’hui notre politique d’intervention dans les établissements scolaires et assimilés [1]. C’est aussi, d’ailleurs, sur le principe de solidarité inter-générationnelle que s’est construit cet ensemble d’actions destinées aux plus jeunes, sans prosélytisme : le but n’est pas de recruter de nouveaux motards mais de se servir de l’expérience des motards pour sensibiliser la jeunesse aux risques mais aussi aux plaisirs du 2-roues motorisé, sans discours moralisateur.

Il y manque également l’affirmation de notre attachement à la laïcité même si ce principe apparaît en contrepoint des valeurs de tolérance et du refus des discriminations.

Que cela ne plaise pas à tous est une évidence. C’est même normal si l’on admet que ces valeurs ne sont pas partagées par tous, dans le monde motard comme à l’extérieur. Il suffit, pour s’en convaincre, de voir avec quel entrain ce gouvernement foule au pied les droits fondamentaux et se fait rappeler à l’ordre par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.
Nous le savions et nous avons privilégié la fidélité à ces valeurs républicaines plutôt qu’un discours unanimiste uniquement centré sur les problématiques motardes, sorties de tout contexte sociétal. Cela aurait été, de toute façon, une hérésie encore plus dommageable à nos combats car hors de toute approche réaliste et pouvant être perçu comme strictement corporatiste. Or, nous voulions justement refuser le corporatisme, forcément réducteur et facteur d’enfermement. Ces valeurs ne sont rien d’autre — du moins pour certaines d’entre elles — que celles énoncées dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen dont la majorité des premiers militants exigeait qu’elles s’appliquent aussi aux motards, désignés alors comme des parias. Se voulant des citoyens à part entière, ils affirmaient leur attachement aux principes républicains en les reprenant à leur compte.

L’attachement à l’économie sociale (et solidaire), quant à lui, coule de source, si l’on peut dire. C’est bel et bien de cette forme d’entreprise que les « motards en colère » ont voulu doter leur création emblématique : la Mutuelle des Motards. Et ça marche plutôt bien.

On me dit que ces valeurs sont de gauche. Peut-être. A vrai dire, je n’en sais rien. Peut-être sont-elles plus souvent défendues à gauche qu’à droite mais on peut citer maints exemples où des gens dits de gauche les trahissent et des gens de droite les défendent. D’ailleurs, qui peut dire si les valeurs de notre République sont de gauche ou de droite ? Il ne viendrait à l’esprit de personne, je pense, de leur donner une couleur politique car ce sont, en fait, des valeurs humanistes, héritières des Lumières, qui suffisent aux gens de bonne volonté et sont le socle de notre « vivre ensemble ». En tout état de cause, c’est sur ces valeurs que se sont construits la FFMC et son Mouvement.

La France traverse une grave crise morale qui va jusqu’à la remise en cause, par une partie des citoyens et des personnels politiques, des valeurs de la République et celles des Lumières. Là encore, ce n’est pas nouveau : souvenez-vous de l’affaire Dreyfus puis des ligues factieuses dans les années 30 et, enfin, de Pétain et de sa révolution nationale. Le FN en est l’héritier mais Sarkozy a réussi une sorte de prouesse en intégrant certaines de ces remises en cause à une politique d’État. Alors que les partis républicains avaient tenté de marginaliser le FN dans les années 80, force est de constater que c’est lui qui a phagocyté les partis de la droite de gouvernement (républicaine). De fait, la droite réactionnaire a gagné la bataille des idées, ces dernières années, face à une gauche atone privée de toute idée novatrice et même complice de l’instauration du dogme libéral comme seul discours politique valable. Or, le libéralisme n’est rien d’autre que la prééminence du pouvoir économique sur le pouvoir politique et est, de plus, porteur d’une négation de l’État et d’une division de la société. Plus grave donc, la droite réactionnaire a aussi gagné face aux Républicains soucieux des principes démocratiques et qui se recrutent, quoi qu’on en dise, dans toutes les tendances politiques modérées.

Pas étonnant, dès lors, que ce prétendu débat se retrouve à l’intérieur de la FFMC. Si en 2001, il était déjà nécessaire de réaffirmer fortement les valeurs fondatrices du Mouvement, ceci devient aujourd’hui une nécessité plus grande encore. Or, nous constatons que de nombreux militants, pourtant conscients de l’héritage historique des fondateurs, préfèrent baisser pavillon face aux attaques visant précisément le préambule des statuts. Au nom de l’idée qu’il faudrait, pour la FFMC, accueillir tous les motards quitte à mettre ses valeurs au fond de ses poches avec un mouchoir par dessus. Surtout ne crisper personne.

Je le dis : c’est une gageure. Il y a plus de chances que nous y perdions notre âme que nous réussissions à convaincre davantage. Si tel était le cas, il y a longtemps que nous aurions plus d’un million d’adhérents. Or, si on en est loin, ce n’est pas à cause de nos valeurs mais parce que l’adhésion à un tel projet n’est plus de mise aujourd’hui. C’est chacun pour soi. Sans parler de ceux qui ont fait une spécialité de toujours critiquer la FFMC quoi qu’elle fasse. Et, de toute façon, on ne pourra jamais plaire à tout le monde et à son père, comme dit le proverbe !

Certains se disent choqués que la FFMC ait pu s’associer aux manifestations du 4 septembre sur le thème : Non à la politique du pilori !. Pourquoi ? Parce qu’on y trouvait des associations et des partis labellisés « de gauche » et qu’on y défendait aussi les Roms et les immigrés. Quel voisinage indécent, en effet ! Oubliées, du coup, les déclarations d’Hortefeux, le 13 août, en Auvergne, stigmatisant les motards sur le même mode que lui, son petit chef et leur garde prétorienne ont utilisé après les émeutes de Grenoble et de Saint-Aygnan et qui justifiaient pourtant amplement que la FFMC s’associe à ce mouvement de protestation.
Ce qui me choque, moi, ce sont les mensonges et les amalgames utilisés pour condamner une prétendue « dérive gauchiste » comme si ce que nous réclamons avec force pour nous-mêmes ne devait surtout pas être mélangé avec ces sujets moins dignes d’intérêts.

Évidemment, en toute logique, la décision du Bureau National de signer le pacte citoyen de la Ligue des Droits de l’Homme entraine les mêmes cris d’orfraies des mêmes vertus outragées. Lesquelles oublient, par ignorance ou par calcul, que le rapprochement avec la LDH n’est que la suite logique des décisions prises depuis 2001, date à laquelle c’est toute l’assemblée générale de la FFMC qui est allée à la rencontre de celle de la Ligue.

Dès lors, quoi d’étonnant d’entendre certains affirmer que « les statuts ne sont pas immuables ». Nous y voilà donc ! Il s’agit bien d’une entreprise de démolition.

Une chose est sûre pour moi : un projet, quel qu’il soit, qui ne repose pas sur une vision humaniste et tolérante de l’action à conduire ne vaut pas tripette. Il faut un idéal pour fonder l’action militante. Le nôtre c’est le partage et non pas le repli sur soi. C’est bien ce qu’affirment nos valeurs et je me battrai de toutes mes forces pour les défendre, y compris contre ceux qui, à l’intérieur de la Fédé, œuvrent aujourd’hui pour les réduire à néant ou préfèrent la politique de l’autruche en pensant ne pas se faire mal. Je me méfie de ceux qui se prétendent apolitiques et accusent les autres de dérive politicienne. Souvent, ils avancent masqués pour diffuser leurs idées qui sont tout sauf apolitiques en tentant de discréditer leurs adversaires. Il n’y a pas meilleur procureur pour accuser l’autre d’arrières-pensées politiciennes que celui qui veut cacher les siennes.

Sans les valeurs affirmées dans le préambule des statuts, la FFMC et son Mouvement ne seraient que des coquilles vides et ne seraient plus la FFMC, tout simplement. Tout juste un moto-club et encore !

Notes

[1Éducation Routière de la Jeunesse et 2-Roues Motorisé - ERJ2RM

Vos commentaires

  • ydikoi
    Le 20/10/10

    Marco …merci :)

    Amusant de voir cette coïncidence de textes, cela dit, je n’y avais pas pensé une seconde …

  • François
    Le 20/10/10

    j’aurais voulu écrire un commentaire intelligent, novateur, voire spirituel, mais non, tout est dit

    mort aux cons, et hasta la victoria siempre

  • Rouquette
    Le 20/10/10

    Ouais, merci ! Vraiment. Mais ça ne fait que (re ?) commencer, faut qu’on s’accroche aux branches et qu’on aiguise nos lames.

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