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"Hypothermie" de Arnaldur Indridason

jeudi 23 septembre 2010

C’est un bouquin comme je les aime. Un polar, bien sûr, mais un bouquin dans lequel on entre immédiatement et qui ne vous lâche plus, dont on peine à abandonner la lecture — parce qu’il faut bien faire autre chose comme dormir, manger, aller bosser — et qu’on a hâte de retrouver, toujours avec plaisir.

C’est le premier ouvrage de cet auteur, Arnaldur Indridason, que je lis. Ce ne sera certainement pas le dernier.

Son héros récurrent s’appelle Erlendur Sveinsson. Mais il paraît que, en Islande, on n’utilise que le premier prénom, qu’il n’y a pas vraiment de nom de famille, la différence se faisant par le rappel de celui du père (ici Erlendur fils de Sveinn). On apprend plein de choses dans les polars !
C’est un inspecteur de police un peu à la façon de l’Adamsberg de Fred Vargas. Un type qui fonctionne un peu à l’instinct, qui ne se fie jamais aux évidences et emprunte des chemins parfois tortueux pour arriver à son but, qui ne lâche rien. Certainement moins rêveur mais peut-être plus solitaire, plus bourru. Sa vie personnelle est ourlée de drames familiaux.

L’univers d’Erlendur (et donc d’Arnaldur, l’auteur), c’est l’Islande avant tout. Le pays apparaît en contre-point dans le récit, par l’énumération de noms de lieux mais, curieusement, il y a peu de descriptions des paysages. Le climat tient une place importante, au moins dans « Hypothermie ». Il est âpre et violent et le caractère des habitants semble souvent lui ressembler. Bien sûr, la violence est la source même du polar mais, à en croire l’auteur, elle serait une marque particulière de la société islandaise dont l’histoire a été souvent émaillée de conflits, de misère et de trahisons, notamment sous la domination danoise. Meurtres plus ou moins gratuits, viols, incestes, sont le quotidien de la police islandaise tel qu’il apparaît sous la plume d’Arnaldur. Pas si anodin dans un pays qui compte moins de 300.000 habitants.

Toutefois, on dira sans doute avec raison qu’il n’y a là rien de bien nouveau sous le soleil, fût-il de minuit. Mais il y a aussi cette ambiance particulière propre aux histoires scandinaves comme les enquêtes de l’inspecteur Kurt Wallander du Suédois Henning Mankel ou celles du journaliste Mikael Blomqvist dans la trilogie Millenium de cet autre Suédois, Stieg Larsson.
Ce qui renforce aussi l’atmosphère particulière des romans d’Arnaldur, ce sont les noms des gens et des lieux. Ils font un peu penser au Seigneur des Anneaux de Tolkien : Erlendur, Baldvin, Elmar, Vindashlid, Uxahryggir, Thingvellir, Grafarvogur, Eskifjördur... Enfin, je trouve.

« Hypothermie » baigne également dans une ambiance ésotérique, autour de la vie après la mort, obsession d’une femme, Maria, sur le suicide de laquelle enquête Erlendur. Ce qui lui donne l’occasion de reprendre d’autres enquêtes sur des disparitions de jeunes femmes ou de jeunes hommes survenues plusieurs années auparavant, parfois vingt ou trente ans, et jamais élucidées.
Le rythme est lent, sans doute. Erlendur, comme Adamsberg, est un cérébral. Il prend son temps. Mais l’histoire est prenante et les personnages sont décrits d’une manière qui les rend attachants ou, tout au moins, fort intéressants. Le style est agréable et fluide, la traduction a été faite dans un français simple, sans artifices mais efficace. Je la crois fidèle à l’esprit de l’auteur. Surtout, les références aux croyances islandaises ajoutent beaucoup au plaisir de suivre l’évolution des enquêtes.

J’ai déjà acheté le suivant : « La cité des jarres ». Il se trouve que « Cinécinéma Frisson » vient d’en diffuser la version cinématographique, fort bien faite et que j’ai regardée. Pas bien malin, c’est sûr, mais la curiosité a été la plus forte. C’était aussi l’occasion de découvrir des paysages de toundra islandaise sans arbre, un peu déprimants, autant que l’histoire est sordide, et des banlieues dont la grisaille n’est pas sans rappeler certaines des nôtres.

Bref, voilà un plaisir que je vous invite à partager. Pour ma part, j’ai découvert un nouvel auteur qui me confirme tout l’intérêt de la littérature scandinave actuelle aussi passionnante que les sagas du passé.

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