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[Blogue] Bédarrides 1791 l’Evénement

20 août 2011 : Bédarrides commémore le rattachement du Comtat

jeudi 28 juillet 2011

Petit rappel historique

Le 18 août 1791, en l’église St-Laurent de Bédarrides, fut voté par l’assemblée électorale réunissant les représentants de toutes les communes comtadines la demande de rattachement du Comtat Venaissin à la France.
C’est en cette même église, le 19 septembre 1791, après que l’Assemblée Constituante française, un peu mise devant le fait accompli, eût voté le décret de rattachement des états pontificaux d’Avignon et du Comtat (le 14 septembre), et avec le soutien de Maximilien Robespierre (quand même !), que l’acte fut enfin proclamé à la face du monde.

Il est considéré comme la première mise en œuvre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Un droit que la France n’a pas toujours mis beaucoup de zèle à respecter par la suite, il faut bien le dire, y compris à l’égard du sien. Souvenez-vous du Traité de Lisbonne...

Sur le déroulement de ces événements, voir aussi ici.

Il est à noter, pour nos aimables lecteurs passionnés d’histoire, que soixante ans après avoir activement milité pour le retour du Comtat Venaissin à la France et son entrée dans la République alors en gestation, Bédarrides s’est à nouveau illustré en défendant cette République contre le coup d’état du 2 décembre 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte, qu’on nommera plus tard Napoléon le Petit.
S’ensuivit une féroce répression.
Un square célèbre aujourd’hui cet esprit de résistance et porte le nom d’un de ses principaux instigateurs : Etienne Daillan.

On lira avec profit cet article.

Un événement chargé de symboles

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Louis XVI reçoit Lafayette

La première commémoration de « l’Événement » s’est déroulée le 21 août 2010 sur la place de la Mairie qui est aussi celle de l’église (à chacun sa référence).

Il y a, je trouve, une certaine ironie dans le calendrier des fêtes vauclusiennes : Châteauneuf-du-Pape (l’ancien Châteauneuf-Calcernier, ainsi nommé en raison de son antique production de chaux) commence le mois d’août avec sa Véraison médiévale, toute à la gloire de ses vins et qui, finalement, célèbre aussi la féodalité, tandis que, à cinq kilomètres de là, Bédarrides le termine en commémorant rien moins que son abolition. Ainsi va l’histoire et son héritage...

Dès que j’ai eu connaissance de cette initiative prise par quelques concitoyens voilà un an ou deux, et portée depuis par la municipalité, il était clair, à mes yeux, que ce rappel historique était chargé de symboles. Il était naturel que ce village s’en empare pour célébrer, dignement et dans la fête, la détermination et le courage des anciens — et il leur en a fallu — pour s’inscrire dans un mouvement historique découlant directement des idées de la Révolution.
Après les fameuses déclarations guerrières, comme toujours, de Sarkozy (à Grenoble) et de sa clique sur une certaine délinquance et surtout sur les Rroms et les étrangers, cette symbolique revêtait à mes yeux une importance encore plus grande, bien entendu, comme en témoignait ce texte que j’avais intégralement reproduit dans ce billet. Cette commémoration était aussi, bien plus, un acte d’union autour de ce qui a construit notre République (même si elle n’existait pas encore à l’époque) : la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789.

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Les villageois

Car, lorsque le récitant du spectacle a commencé à énoncer les premiers articles de la Déclaration, alors, nous, le public tout entier, les avons applaudis comme avait dû les applaudir, à l’époque, le petit peuple de ce bout de territoire en raison des espoirs fous qu’ils faisaient naître en eux. Et pourtant, il s’agissait seulement, pour la plupart de ces gens modestes, du droit de moudre librement le blé et de manger à sa faim...
Je me suis dit, à ce moment-là, que malgré nos différences d’opinions, aujourd’hui, nous étions encore unis par ces mêmes principes malgré l’indignité de ceux que, par la voie de cette démocratie que nos ancêtres avaient si cher payée, nous avions portés au pouvoir.
Quelle émotion, donc ! Ainsi, on reprend confiance en la sagesse de notre peuple et on se dit que le pire n’est pas certain.

Le spectacle et ses secrets

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Le vice-légat du Pape

Si l’affaire est sérieuse, elle n’en est pour autant pas dénuée d’un certain pittoresque. Car la distribution est assez simple : hormis le récitant et metteur en scène, Guy BERTRAND, et peut-être quelques comédiens et techniciens du spectacle, professionnels et amateurs, tous les « acteurs » bénévoles de cette production sont de modestes citoyens simplement heureux d’être là. Des gens du village habillés en costumes d’époque dont les plus simples ont été réalisés soit par un atelier de confection spécialement créé pour l’occasion, soit par les figurants eux-mêmes ou leur famille. Les autres, les plus complexes, sont de véritables costumes de théâtre.

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Le maire, sa femme et les petits mitrons


De plus, tous les textes sont enregistrés, ce qui a l’avantage de prévenir tout aléa technique ou humain. Il n’empêche que les « figurants actifs » déploient leurs talents de comédiens au travers de la gestuelle voulue par le metteur en scène. Rien de mieux quand même pour flanquer le trac !

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Le frais curé de Bédarrides et ses bonnes soeurs

Et, forcément, tous ces visages n’étaient pas si anonymes que cela pour la plupart des spectateurs. Il était d’ailleurs assez cocasse de reconnaître telle ou telle figure du village, appliquée à jouer son rôle, aussi modeste soit-il. Ainsi le président du club du 3ème âge en curé du village et sa femme en bonne sœur, le boulanger en maire du village (le premier) et sa femme en paysanne, le conseiller municipal (véritable) en consul du village (le dernier), etc. De Louis XVI au plus modeste paysan, en passant par les nobles, le clergé et les gardes pontificaux et françaises, tous sont Bédarridais et tiennent parfois plusieurs rôles.

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Le consul

_ Pour certain(e)s même, leur contribution ne se limite pas à faire figurant(e)s. Nombreux sont celles et ceux qui ont aussi participé au service du « repas révolutionnaire » précédant la représentation. Et quel repas ! Fameux !

Au total 60 à 80 personnes mobilisées pour fêter cet événement et dont la journée fut bien chargée, à n’en pas douter.

Un seul petit regret pour ma part : les textes d’accompagnement, lorsqu’ils donnent la parole à des Comtadins, ne chantent pas assez l’accent du pays et il y manque sans doute des expressions populaires provençales. Ceci dit, c’est un moindre mal. D’abord parce que ces textes sont très bien écrits. Ensuite car rien n’est pire à l’oreille qu’un accent provençal de comédie (confère Orane Demazis et Pierre Fresnay dans la trilogie de Pagnol) et dire un texte n’est pas si simple qu’il y paraît. Alors, à défaut de grives...

1791, deuxième édition

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Nymphes bédarridaises

Cette année, la seconde édition se déroulera le samedi 20 août.

Et cette fois nous en serons ! Personnellement, je porterai sur mes frêles épaules le rôle du Cardinal Anne Louis Henri, Comte de La Fare (1752-1829), qui n’était qu’évêque de Nancy au moment des faits. Il fut de ceux qui votèrent l’abolition des privilèges lors de la fameuse nuit du 4 août 1789. Il s’en mordit rapidement les doigts, comme beaucoup d’autres, et devint finalement un adversaire acharné de la Révolution. Il participa cependant à la rédaction de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, ce qui n’est pas rien même si la suite a montré les limites de son enthousiasme initial.

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Service


Bref, un des rôles-clés du spectacle ! Songez : 1 phrase de 17 mots à dire de l’air le plus inspiré possible. Le rôle de ma vie. A moi Hollywood après ça !

Ceci dit, les répétitions (car il y a des répétitions, oui môssieur, et même une générale, parfaitement !) se passent dans une ambiance bon enfant, sans prise de tête (au moins chez les « comédiens ») mais studieuse, chacun ayant à cœur la réussite du spectacle. Disons quand même que, plus le jour fatidique approche, plus notre metteur en scène a tendance à se liquéfier face à l’amoncellement de petits problèmes restant à résoudre (genre loi de Murphy), ce qui, soit dit en passant, ne traumatise pas outre mesure le reste de la troupe, d’humeur plutôt espiègle, disons.
Il faut dire, pour être honnête, que cette farouche volonté de réussir, propre à déplacer des montagne, est pour beaucoup le fruit de notre cachet : de l’Oasis, du Coca et de l’eau de source, forcément, ça motive...

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Service, toujours

Vous êtes invités

Le 20 août prochain, il est absolument impossible que vous ayez mieux à faire que d’assister à « Bédarrides 1791 l’Événement » après avoir fait ripaille et goûté à nos vins. J’ai du mal à imaginer quelle excuse vous pourriez donner tellement cela paraît inconcevable. Et cela d’autant plus que ce soir-là, nulle part sur la planète ne se déroule d’événement pouvant tant soit peu faire concurrence. Aucun blaireau couronné prince quelconque ne se mariera avec une pétasse roturière friquée pour faire rêver le bon peuple. Quant à la télé (Mouarf ! Fort Boyard !)... Passons.

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Té, Jeannette !

_ Bédarrides étant un ancien port fluvial, on peut aisément y amarrer un voilier de 18 m sans problème... ou presque (n’est-ce pas Ydikoi ?). Quant à ceux qui voudraient venir à moto des lointaines contrées d’outre-Rhône, d’outre-Durance et d’outre-Drôme, il n’y a pas non plus de problème pour parquer ces délicieux engins.

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Miréio ?

J’ajoute, à l’attention de ceux qui se sentiraient exclus de ces messages subliminaux personnels, qu’ils ne doivent surtout pas renoncer à nous rendre visite. Bien au contraire. A Bédarrides, c’est pas les bistrots qui manquent pour se rafraîchir et, en attendant d’en prendre plein les mirettes avec nos révolutionnaires, ils peuvent aussi embarquer pour une croisière bucolique et instructive sur la Sorgue. Tout est fait ici pour votre bien-être.

Alors, chiche ? Rendez-vous le 20 août 2011 pour fêter le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Rendons à César

Les six premières photos (de nuit), celles du spectacle et des figurants, sont de Christian Dresse.
Les autres... de moi.

Vos commentaires

  • cecilianobre
    Le 22/08/11

    Le monde est petit, et plein de surprises ! Je suis votre blog depuis plusieurs mois, et après une petite pause estivale, je réalise que nous avons fréquenté les mêmes coulisses ce week end !

    Merci pour tous vos billets, qui égaient mes nuits blanches provençales !

    Cécilia

  • @Ficanas84
    Le 29/08/11

    @Cécilia : Merci à vous d’y trouver quelque intérêt. Vu l’activité de ce blogue depuis quelques mois, j’espère cependant que vous avez d’autres lectures pour égayer vos nuits blanches, sans quoi elles doivent vous paraître bien longues.

    A bientôt, j’espère, et encore merci.

  • cécilia
    Le 10/09/11

    @Marco : point d’inquiétude, j’ai effectivement d’autres lectures. Je jongle entre le papier et l’écran. Mais concernant votre blog, je fait les choses dans l’ordre : après avoir découvert les billets les plus récents, j’ai entrepris une lecture depuis le début : arrivée dans votre belle région il y a un an seulement, j’ai pas mal de choses à rattraper pour parfaire mon éducation !

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