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[Blogue] Le C de la Colère est Citoyen

lundi 31 mars 2008

Débat récurrent.

Chaque fois qu’on parle de projet, de politique de développement de la FFMC, on y a droit. Il s’en trouve toujours quelques-uns pour prétendre que "Motards en Colère", c’est pas vendeur. Ça fait peur. C’est pas (politiquement) correct quand on va causer aux élus. Virez-nous cette colère ! Pas beau, la colère, pouah !

Aujourd’hui, il faudrait être tout lisse, tout bien présentable, bien policé, en somme...

Pourtant, à bien y réfléchir, je ne vois pas beaucoup de raisons de ne plus être un "motard en colère". Non, sans blaguer ! Car s’il y a une chose de particulièrement énervante, c’est bien d’entendre toujours les mêmes motifs sirupeux accompagnant les mêmes coups tordus.

Le contrôle technique, par exemple. L’exposé des motifs de la proposition de loi Mariani, député du Vaucluse, le même qui a pondu le célèbre amendement instaurant les tests ADN pour les étrangers, cet exposé des motifs est à lui seul un tel condensé de conneries qu’on peine à croire qu’il n’a pas été écrit pour faire descendre la communauté motarde dans la rue. Les mettre en colère, quoi !

Je me souviens aussi de discussions que nous avions eues avec des techniciens de feu la DDE des Alpes-Maritimes, du temps où je sévissais par là-bas. Après le traditionnel et toujours hilarant "Alors les motards, toujours en colère ?", nous avions pu faire valoir un certain nombre de récriminations concernant les infrastructures dans le département. Cela avait eu le don de passablement contrarier l’un de ces messieurs, pourtant lui-même motard, qui, vexé comme un pou, nous avait sorti le sempiternel et affligeant argument du comportement des motards.

Ainsi, pour ce guignol, à comportement égal, il n’y avait rien de choquant à ce qu’un motard se tue sur un piquet de rail, en principe de sécurité, ou celui d’un panneau de signalisation ou encore à cause de gravillons non signalés dans un virage, alors qu’un automobiliste, dans les mêmes circonstances, s’en sortirait le plus souvent indemne parce que l’infrastructure lui est adaptée, à lui et à lui seul. Du moins à sa boitàroues.

De même, les discussions avec les élus locaux (eux-mêmes très souvent finement adeptes du désopilant "Alors les motards, toujours en colère ?") donnent malheureusement à coup presque sûr dans le même registre. Parlez-leur de peintures glissantes, de dos-d’ânes hors normes ou de bornes anti-stationnement contondantes, ils vous répondront comportement et vitesse limitée à 30 ou à 50 km/h. Autrement dit, mourir en respectant la vitesse limite est un acte de citoyenneté. Il faut dire que, pour eux, cette éventualité est inconcevable. C’est dire si la plupart d’entre eux en connaissent un rayon sur les 2-roues motorisés. Je me suis toujours demandé quelle serait la réaction de tel élu goguenard si on venait lui annoncer que le minot à cyclo qui s’est tué sur les beaux rochers qu’il a fait placer en bordure des rues de sa riante bourgade, n’est autre que son fils ou son petit-fils (valable aussi au féminin). Mais la perte d’un motard anonyme, ça doit être moins pénible à supporter.

Prenez la lumineuse idée d’imposer les feux de croisement allumés à tout le monde, à laquelle le gouvernement a dû renoncer devant le rejet massif des motards et des automobilistes. C’était en 2005-2006. Je vous le donne en mille. La Commission Européenne, cédant aux sirènes du groupe de pression des constructeurs automobiles, annonce l’obligation d’équiper les véhicules neufs de feux dédiés pour 2012. Et c’est un Français, évidemment pas le plus brillant sinon on se souviendrait de lui, un certain Jacques Barrot, ex-ministre de Giscard, commissaire européen aux Transports, qui a porté le bébé sur les fonds baptismaux. Autrement dit, la reculade du gouvernement français était motivée par la quasi certitude que la mesure reviendrait par la voie européenne. Pas de quoi se foutre en rogne, c’est vrai !

Cette semaine encore, je me suis fendu d’un courrier au service des eaux de Bédarrides (la SDEI, filiale de la Lyonnaise, sauf erreur). C’est beaux messieurs ont fait des travaux dans le quartier. Ils creusent un trou maousse costaud dans la chaussée et, une fois terminé, rebouchent au tout-venant et s’en vont. Résultat, l’emplacement se transforme en ornière depuis trois semaines et les gravillons se répandent sur la chaussée (en pente). Petit détail, le trou a été creusé à 3 mètres du début d’une rue où 2 voitures se croisent de justesse. En général, même, mes voisins caisseux y prennent leurs aises et toute la place. Il n’est visible qu’au dernier moment pour qui l’emprunte dans le sens "entrant". Pensez-vous qu’il soit balisé, annoncé ? Vous rêvez ! Il n’est même pas venu à l’esprit d’aucun des responsables du chantier que, pour un 2-roues, cette ornière pouvait l’envoyer au tas ! Et il n’y aurait aucune raison de se mettre en colère ?

Des exemples comme ceux-là, il y en aurait à foison, hélas ! Si la FFMC contribue de façon citoyenne à faire évoluer les mentalités en prenant part à toutes les instances où la sécurité des conducteurs de 2-roues motorisés (et au-delà, de tous) est discutée, force est de constater que ce ne sont pas seulement les comportements des motards qu’il faut faire évoluer mais bien aussi ceux des décideurs, politiques ou techniciens. Et là, croyez-moi, il reste une sacré marge de progrès tant on rencontre de gens équipés d’œillères !

Il n’empêche que depuis 28 ans, la FFMC et son Mouvement ont démontré que leur démarche était bien plus constructive et prolifique que certains ne veulent l’admettre : Assurance (Mutuelle des Motards), formation (AFDM), loisirs (FFMC-Loisirs), éducation des jeunes (ERJ2RM), assistance juridique, information (Moto Magazine, Starter’), etc. Peu d’organisations peuvent se flatter d’un tel bilan qui illustre le positionnement citoyen de son action.

Alors, oui, la FFMC est une organisation citoyenne et elle le revendique haut et fort. Mais non, décidément, les motards et autres conducteurs de 2-roues motorisés n’ont vraiment aucune raison de ne plus être en colère, même si celle-ci est bien sage et même si certains d’entre eux ne veulent pas l’assumer. Et même si cette colère se conjugue avec Citoyenneté.

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