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Humeur

[Blogue] Le prix de la trahison

Ratification du traité de Lisbonne

dimanche 24 février 2008

En adoptant, le 4 février dernier, la modification de la Constitution préalable à la ratification du Traité de Lisbonne, le Parlement, réuni en Congrès à Versailles, a trahi la parole du Peuple Français - qu’il est pourtant censé représenter - qui avait rejeté ce même traité le 29 mai 2005.

J’en ai parlé dans ce billet.

Faut-il s’en étonner ? L’affaire n’a pas fait grand débat dans les médias. Sitôt le résultat des votes annoncé et le traité ratifié, on est passé à autre chose. Surtout pas de vagues. Tout juste a-t-on pu admirer un instant l’image émouvante de la gueule enfarinée du président du Congrès apposant l’estampille de la haute institution sur le parchemin de la trahison. Ils en sont si fiers, tous ces représentants du Peuple !

Il est vrai que l’actualité nous offrait des choses autrement plus importantes que ces broutilles. Pensez ! Un journaliste du Nouvel Obs’, je crois, a osé divulguer au monde médusé un SMS de notre Président à son ex. Ça, c’est de l’info ou je ne m’y connais pas. Déjà les élucubrations présidentielles au sujet de sa dame de cœur ne laissent guère de place aux choses banales et si bassement matérielles. Je cite au hasard : La hausse des prix, le pouvoir d’achat, les mal logés (ou pas logés du tout), bref tous ces sujets parfaitement triviaux qui abaissent scandaleusement le niveau du débat politique. Mais les aventures du bonzaï élyséen et de son flop-model italien, fallait surtout pas qu’on en rate un épisode. A croire que le journalisme français du XXIème siècle écrit ses lettres de noblesse en se pâmant devant la prétendue "première dame de France". A part le Canard Enchainé, on ne peut pas dire que la presse française abuse de l’impertinence. Ça se saurait.

La moindre interview télévisée d’un homme ou d’une femme politique tourne immanquablement autour du sujet "pipole" [1] Sarko-Brunien du jour. Ou se transforme en séance de brosse à reluire quand il s’agit d’un membre de la majorité.

Encore que ça dépend de qui est interrogé. Il fallait voir la ravissante Nathalie Iannetta, co-présentatrice parfois un poil crispante de I>Matin sur Itélé, avec son compère Laurent Bazin, se faire renvoyer dans les cordes par Henri Emmanuelli, figure du Parti Socialiste, dans l’émission du 13 février, alors qu’elle voulait le faire disserter gentiment sur la Carla du korrigan. Le fard qu’elle a piqué la petite dame !

Faut dire que Henri Emmanuelli fait rarement le voyage pour rien quand il s’exprime sur un plateau de télévision ou dans une émission de radio. Le bonhomme n’est pas facile à manipuler et c’est tant mieux. Il est, à mes yeux, l’un des rares socialistes qui me semble être resté fidèle aux valeurs de ce parti, au point même que je me demande ce qu’il y fiche encore.

Ce jour-là, notre Henri a donc ramené les questions de Nathalie Iannetta à leur juste valeur, c’est à dire à un peu moins que le niveau le plus bas de la mièvrerie et de l’insignifiance. Je vous jure, c’est là.

Par contre, ce qu’il a dit m’a quelque peu abasourdi :

L’incroyable aveu de N. Sarkozy

Que le Président de la République ait pris la responsabilité, durant la campagne électorale, d’affirmer son choix en faveur d’une procédure de ratification parlementaire pour le « mini-traité » (curieuse dénomination), ne choquera que celles et ceux qui pouvaient croire, naïvement, que seul le peuple français détient la légitimité pour confirmer ou infirmer son choix du 29 mai 2005.

Mais qu’il vienne expliquer à la télévision, à l’occasion d’une communication unilatérale qui rappelle les mœurs des régimes où les journalistes étaient en uniforme, que l’éviction du peuple français du processus de décision était une condition posée par nos partenaires pour parvenir à un accord est proprement stupéfiant.

C’est que, voyez-vous, se payer la tronche du gnome dans à peu près toutes les éditions de journaux télévisés, c’est déjà assez indigeste comme ça. Je ne vais pas, en plus, assister béatement à ses prestations télévisées commanditées au risque de vomir à chacune de ses phrases. Là, j’avoue que j’ai eu tort. Car si j’avais dû compter sur les commentaires des journalistes politiques...

Ainsi donc, la trahison était à ce prix. Voilà donc ce qu’est Sarkosy. Un nain politique qui, pour parvenir à ses fins, n’hésite pas à passer sous les fourches caudines de nos "partenaires européens" en sacrifiant son peuple. Dire que ce drôle est allé inaugurer l’Historial de Charles de Gaulle aux Invalides. Quel contraste ! Quel mépris !

Je rejoins totalement l’avis du Collectif du 29 mai

Comment qualifier et sanctionner, dès lors, un tel coup d’Etat ? Le texte de la très populaire Constitution de 1793 n’y allait pas de main morte en disposant, dans son article 27 : « Que tout individu qui usurperait la souveraineté soit à l’instant mis à mort par les hommes libres ». La peine de mort étant désormais prohibée par la Constitution française il convient de s’y conformer et de se tourner plutôt vers l’article 35 du texte de 1793 qui affirmait solennellement : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, intégrée au préambule de l’actuelle Constitution, range aussi la résistance à l’oppression parmi les droits naturels et imprescriptibles de l’homme.

J’avoue que je ne m’interroge plus sur la piètre conception de la démocratie qui prévaut dans cette Europe. Mon opinion est faite depuis longtemps et chaque nouvel évènement qui la concerne me conforte chaque fois un peu plus dans l’idée que cette usine à gaz n’est pas bâtie pour les peuples.

Je reste cependant stupéfait par la servilité de la classe politique française qui semble de moins en moins concernée par l’avis du peuple au point de le traiter avec un dédain méprisable. A ceux qui prétendent que le vote du Parlement était légitime et qu’il a joué son rôle de représentant du Peuple, j’aimerais rappeler que ledit Parlement n’a pas été consulté sur la décision d’envoyer des troupes françaises en Afghanistan, par exemple. Il s’agit pourtant là d’un sujet qui me semble ne pas pouvoir être laissé à la décision d’un seul homme.

La démocratie française n’a plus de démocratie que le nom et quelques simulacres électoraux. Mais dans le fond, quand bien même nous avons la possibilité de changer quelques têtes, nous ne pouvons quasiment plus influer sur les destinées de notre propre pays.

A force d’entendre, depuis tout petit, que la France est la Patrie des Droits de l’Homme, j’avais presque fini par le croire même si j’ai eu souvent de gros doutes en étudiant son Histoire et en considérant les idées défendues par certains partis.

Force est de constater que la France ne peut prétendre à ce titre pompeux. Elle ne respecte pas son Peuple, pas plus d’ailleurs que les autres peuples. Pour en revenir à la ratification du Traité de Lisbonne, le Collectif du 29 mai signale dans le même article :

Lorsque l’on sait que la Constitution californienne prévoit qu’une norme adoptée par référendum ne peut être par la suite abrogée ou modifiée que par une autre décision populaire et que la Cour constitutionnelle italienne adopte le même principe, on ne peut qu’être bouleversé par le coup d’Etat ainsi perpétré en France. Si le président a la conviction que les dispositions restant dans le traité modificatif ont fait l’objet d’une approbation implicite des Français, encore faut-il qu’il s’en assure en organisant un nouveau référendum tendant à obtenir leur accord explicite.

Que reste-t-il des principes de la première constitution (1793), de la Révolution ? Plus grand chose aujourd’hui. De renoncements en abandons, nous ne serons bientôt plus qu’un peuple de larbins réfugié derrière ses caméras de surveillance et ses flics et laissant le pouvoir à une classe de privilégiés qui le méprise.

Je ne peux pas imaginer qu’autant de vilénies puissent nous laisser sans réagir. Sarko a peut-être ceci de bon, c’est qu’il est en train de faire la démonstration de ce que sa médiocrité rend la fonction présidentielle dangereuse. Mais combien de temps encore avant le réveil ?

Notes

[1je sais, y a des mots comme ça qui en jettent

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