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[Blogue] Tu aurais pu vivre encore un peu... Jean Ferrat !

mercredi 17 mars 2010

C’est un ami, sans doute, qui s’en est allé ce samedi 13 mars ; un vieil ami d’enfance, un compagnon de route, fidèle et sûr. Un refuge parfois.

C’est ma mère qui nous avait présentés lorsque j’étais enfant, au début des années soixante. Elle chantait tout le temps, ma mère, pour accompagner chacune des choses qu’elle accomplissait. Et quand elle ne chantait pas, elle écoutait la radio qui emplissait alors toute la maison.

En ce temps-là, à la radio, on entendait souvent Jean Ferrat et elle l’adorait, ma mère. Alors, forcément, j’ai appris à l’aimer, moi-aussi. D’abord, sa voix chaude et douce, suave, un extraordinaire instrument au service de textes somptueux. Aragon, excusez du peu ! Et ses textes justement dont, peu à peu, j’ai compris la profondeur, les espoirs qu’ils expriment, les révoltes aussi, qui depuis longtemps ont alimenté les miens sans qu’il ait besoin de chercher à me convaincre. Qu’il chante des chansons légères, des chansons d’amour ou des manifestes anti-capitalistes, des hymnes à la liberté et à la justice, Jean Ferrat était un artiste immense.

La profonde émotion qui a envahi le pays à l’annonce de son décès traduit bien le statut particulier de ce grand échalas qui portait pourtant son idéologie communiste comme un étendard et sans faux-semblants. Jean Ferrat était aimé au-delà de ses opinions parce qu’il chantait de belles chansons qui allaient au cœur des gens, qu’elles parlent d’amour ou de l’horreur de la déportation. Et aussi parce qu’il était un homme simple vivant loin de l’agitation médiatique, sur une terre qu’il aimait, ne faisant que de rares apparitions lorsqu’il avait enfin quelque chose à nous offrir.

Il y avait longtemps d’ailleurs qu’il ne nous avait rien offert mais je crois que la foule de ceux qui l’aimaient attendait sans impatience qu’il ait à nouveau fini la maturation de chansons à venir. Ferrat était de ceux qu’on imaginait indéboulonnables, présent à jamais. C’était un lent qui prenait son temps et nous n’en étions que plus satisfaits.

Erreur. Il n’y aura plus de nouvelles chansons. A moins que ses amis ne nous révèlent d’ultimes compositions qu’il nous aurait laissées comme un dernier cadeau. Car je n’imagine pas que ce cher vieil ami n’ait pas ressenti le besoin, encore une fois, de vilipender les médiocres qui nous gouvernent et organisent la misère de notre peuple. L’injustice et la médiocrité ne peuvent pas s’en tirer à si bon compte. C’est déjà bien assez décevant que son vœu ne se soit pas accompli :

Ah qu’il vienne au moins le temps des cerises
Avant de claquer sur mon tambourin
Avant que j’aie dû boucler mes valises
Et qu’on m’ait poussé dans le dernier train [1]

Ne resteront plus pour nous consoler que ses quelque 14 albums créés depuis 1961. Ferrat était somme toute assez prolifique, finalement. Et c’est tant mieux sans quoi son absence serait vraiment trop difficile à supporter.

Mais quand même ! Vous nous aurez bien gâtés, monsieur Ferrat. Encore merci et salut, l’artiste !

Notes

[1Les cerisiers - 1985 - Album « Je ne suis qu’un cri »

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