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[Blogue] 11 novembre

jeudi 12 novembre 2009

Une fois n’est pas coutume, je vais saluer une initiative de notre furoncle national : l’invitation de la Chancelière allemande, Angela Merkel, aux cérémonies commémorant l’armistice du 11 novembre 1918.

Un symbole fort à mes yeux.

Il était plus que temps, 91 ans après la fin de cette monstruosité, d’en finir avec l’idée destructrice — et qui a conduit à la Seconde Guerre mondiale, entre autres motifs — qu’il y avait une France victorieuse — mais à quel prix ? — et une Allemagne vaincue, pour ne retenir que la folie meurtrière incompréhensible et la souffrance infinie des peuples. Au final, deux pays exsangues et traumatisés, deux peuples ravagés, plongés dans un deuil terrifiant.
On me dira ce qu’on voudra. Si toutes les guerres sont dans ce cas, celle-ci (14-18) et celle qui l’a malheureusement suivie (39-45), plus que toute autre sans doute, ne sont que les victoires de la folie et de la barbarie sur l’intelligence et c’est l’Humanité elle-même qui en est sortie vaincue.

En associant l’Allemagne à la commémoration de la fin de cette tragique boucherie — et ce, au lendemain du vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin, autre plaie abjecte de l’histoire européenne — Sarkosy, quelles que puissent être ses motivations réelles, fait œuvre utile en célébrant davantage un drame partagé par deux peuples (et par d’autres aussi) que la gloire militaire, ici terriblement futile et absurde.
J’objecterais simplement que, comme pour la commémoration du débarquement du 6 juin 1944, il a oublié d’y associer les pays qui ont été impliqués dans ce conflit et ont, eux aussi, payé un sanglant tribut. Même si l’affirmation de l’amitié franco-allemande, par ce geste symbolique fort, n’en est que plus éclatante, il n’est pas possible d’oublier la souffrance des autres peuples. C’est une faute de ne pas l’avoir rappelé avec insistance.

Pourtant, il semble que tous les préjugés ne soient pas vaincus pour autant. Pour preuve, Olivier de Kersauson, chroniqueur dans une émission de Laurent Ruquier sur Europe 1, en principe humoristique, qui dérape :

Comment peut-on apprendre l’allemand ? C’est une langue de collabo !

Et déverse ensuite un fiel germanophobe qui n’avait rien de très drôle car empreint de racisme.
Il est possible que cela ne soit qu’une de ces provocations dont l’homme, par ailleurs talentueux, a le secret. Hélas, j’en doute. Ce mépris injurieux de l’Allemagne, de sa langue et de sa culture —laquelle n’a vraiment rien à envier à la nôtre — est tout simplement abjecte. Là, l’Amiral, tu me déçois beaucoup !

Comme Jacques Tardi, qui, depuis plus de quinze ans, fouille la boue sanglante des tranchées pour y révéler la souffrance terrifiante des hommes dans le déchainement de l’enfer, je suis fasciné par la Grande Guerre. Je l’ai déjà exprimé. Je ne comprends pas comment des êtres humains ont pu supporter tant de souffrance et de misère. Je ne comprends pas comment des hommes dont la vie n’était jamais menacée ont pu sacrifier, par tant de décisions absurdes et criminelles, celles de millions de leurs compatriotes. Quel mépris du peuple ! Surtout, je ne comprends pas qu’une telle saignée n’ait jamais (ou quasiment) donné lieu à une demande d’explications démocratique. Le sacrifice de toutes ces vies était-il réellement indispensable, même au nom de la sauvegarde du pays ? Personne n’en a jamais rendu compte. On célèbre les bouchers, en donnant leurs noms à nos rues, mais, finalement, pas les simples troufions déchiquetés au fond de leurs trous à rats au nom de la grandeur de la France. Surtout, on fait comme si ceux qui sont comptables de leur mort, politiques et militaires, avaient agi au mieux. L’énormité du massacre signifie pourtant que c’est loin d’avoir été le cas.

C’est pourquoi je ne partage pas le mépris que Siné exprime, dans le numéro 61 de son hebdo du 4 novembre dernier, à l’égard des familles des militaires français tués en Afghanistan, dans une embuscade talibane, en août 2008, lesquelles attaquent en justice l’Etat français pour « mise en danger délibérée de la vie d’autrui ». Siné écrit :

Elle est bonne, celle-là ! Les engagés volontaires sont payés pour, oui ou merde ? Tuer de l’ennemi ou se faire zigouiller par lui, c’est leur boulot. Ils aiment ça le sang. Je conçois qu’ils préfèrent verser celui des autres que le leur, mais que leurs indignes géniteurs nous lâchent la grappe avec leurs pleurs et leurs gémissements !

J’ai abordé ce sujet dans mon billet « La guerre, ça tue ! Troisième couche ». Je n’ai pas changé d’avis sur le constat qui me semble évident : à la guerre les soldats meurent. Ma question reste également la même : que fait la France dans ce merdier ? Et comme il semble bien que la classe politique, dans sa grande majorité, refuse de demander des comptes, pas plus que l’opinion publique qui semble se foutre comme d’une guigne de l’engagement de notre armée dans ce conflit, je ne trouve finalement pas si absurde que les familles de ces militaires demandent des comptes.
Evidemment, s’il s’agit simplement de faire pleurer les foules parce que leur « grand bébé » est mort au combat, douleur que je respecte, je ne pense pas qu’il en sorte grand chose. Mais s’il s’agit de dire aux hommes politiques et à l’armée, mais aussi au peuple apparemment indifférent, qu’ils sont responsables de la vie, et de la mort, des soldats qu’ils envoient guerroyer au nom des soit-disant « intérêts supérieurs de la nation », alors je suis d’accord.
C’est en notre nom que ces hommes sont là-bas. Qu’ils aient choisi volontairement [1] ce métier n’y change rien : leur vie est aussi précieuse que la nôtre. Personne n’a le droit de la mépriser par des choix politiques irresponsables.

Si c’est là le seul moyen de mettre la question de l’engagement de la France au cœur du débat public, alors je suis d’accord. Et je pense que c’est le droit du peuple de toujours exiger des comptes du sacrifice de la vie des citoyens. Pour que les hommes politiques sachent que la guerre n’est jamais un choix anodin et que ce choix ne relève pas d’un droit régalien qui les exonèrerait de toute responsabilité.

Et pis c’est tout !

Notes

[1Mais dans le fond combien avaient réellement le choix d’une autre carrière professionnelle, dans la situation économique que l’on connait ?

Vos commentaires

  • ?
    Le 05/01/10

    Ce que j’aime les personnages comme vous, si prompts à taxer de racisme, de xénophobie, etc. ceux qui ne pensent pas comme eux ...... le tout en appelant "Tom Pouce", ou encore "Furoncle" le président que les français ont si largement élu (53%, le même score qu’Obama !).

    Vous avez vos idées, vous n’aimez pas la politique du gouvernement français, mais pourquoi diable user de tels termes, insultant au passage toutes les personnes de la même taille ou plus petits que M. Sarkozy ?????

  • Marco
    Le 12/01/10

    Non ! Sans blague ! C’est tout ce que vous trouvez à dire ?

    Je pense qu’il y a peu de chances que vous lisiez jamais ma réponse mais je vais quand même la donner, ne serait-ce que pour ceux qui passent de temps à autre ici.

    A tout seigneur, tout honneur : le président de la République.

    Cette fonction suppose une certaine stature politique. Elle est, après tout, et malgré ce que je pense de la Vième République, la première fonction représentative du pays. On va dire qu’elle suppose une certaine « grandeur » chez son titulaire. Grandeur que je n’arrive pas à déceler chez Sarko malgré ses 53 % de suffrages.
    Je l’ai déjà exprimé dans un vieux billet : pour moi, c’est un nain politique. Qu’il soit de petite taille est probablement la cause d’une profonde désolation chez lui (il s’est déjà ridiculisé lui-même sur ce sujet) mais ce trait ne fait qu’accentuer la petitesse de sa vision politique. Il mesurerait 185 cm qu’il ne serait toujours qu’un nain.
    D’ailleurs, « Tom Pouce » est emprunté à Guy Bedos qui a certainement bien plus de talent que moi pour dire du mal des gens de droite !

    Quant à « Furoncle » (voir ici pour en connaitre la genèse), je ne vois vraiment pas en quoi ce terme pourrait être injurieux pour les gens de petite taille. Il ne s’adresse qu’à Sarko et je m’en suis expliqué.

    Pour le racisme et la xénophobie, vous avez raison : cela s’adresse à des gens qui ne pensent pas comme moi. Si je pensais comme eux, il y a de fortes chances que je serais allé participer à ce superbe débat sur l’identité nationale pour dire tout haut ce que, paraît-il, tant de gens pensent tout bas ; tant de gens dont il fallait libérer la parole, on est bien d’accord, parce que c’est bien connu, les racistes et les xénophobes, et autres homophobes, sont des gens timorés qui n’osent pas s’exprimer. Il est vrai aussi qu’aller profaner des tombes de soldats musulmans morts pour la France peut être considéré aujourd’hui, par certains comme un acte de résistance illustrant un courage digne des plus glorieuses pages de notre Histoire. Désolé mais pas pour moi. Ces gens-là sont des cons. C’est mon avis.

    Quant aux 53 % de suffrages pour notre micro-président, vous êtes vraiment injuste : il les doit en grande partie à la médiocrité crasse de son adversaire, pour laquelle j’ai pourtant voté. Ben oui mais voter pour Sarko, c’était au-dessus de mes forces.
    Pourtant, 53 %, vous avez raison, ce n’est pas rien. Je ne sais pas pour Obama, dont je me tamponne avec frénésie, mais pour Sarko, ça signifie tout de même qu’il est censé avoir rassemblé très au-delà de son camp. Visiblement, au niveau de la réalisation, c’est loin d’être le cas. Gageons que la suite sera moins glorieuse.

    Et encore merci d’être passé nous voir.

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