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[Blogue] France monstrueuse

vendredi 13 novembre 2009

On l’avait presque oublié, ce pauvre Eric Raoult, depuis que Frédéric Lefèbvre nous a démontré qu’on pouvait trouver encore plus pitoyable en jouant les roquets du Tom Pouce de l’Elysée.
Forcément, ça devait l’agacer, l’autre, de voir les feux de la rampe braqués sur un plus braque que lui et il lui fallait donc réagir. Et quelle plus belle opportunité, pour exister en Sarkosye, que de s’en prendre à une ingrate africaine au moment où la majorité ne trouve rien de mieux, pour ratisser les voix du Front National en vue des prochaines élections régionales, que de (re)lancer un débat nauséabond sur l’identité nationale ?

Raoult nous sort donc le grand jeu et nous fait le coup du bon Français insulté par « ces gens qu’on a accueilli chez nous et qui se montrent si peu reconnaissants [1] ». Pensez : Marie Ndiaye a eu l’outrecuidance de dire, dans un entretien aux Inrockuptibles, qu’elle trouve la France de Sarkosy monstrueuse. Elle ajoute même :

Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité… Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux... Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel [2] est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus.

Et il n’y va pas avec le dos de la cuiller, le médiocre Raoult. On pourrait presque traduire ses récriminations par : « Voyez, nous les bons Blancs, les Français si gentils, on lui donne le prix Goncourt, à la négresse, et elle dit du mal de nous. C’est vraiment trop injuste. C’est même insultant ! Et le devoir de réserve, alors ? » Et d’envoyer une question écrite au Ministre de la Culture, histoire de le mettre un peu plus dans la panade. Non mais, on va voir ce qu’on va voir !
Bien sûr, on pourra toujours dire qu’il existe de plus nobles moyens, en politique, pour faire parler de soi. C’est très vrai mais il ne faut pas oublier qu’on n’a pas affaire ici à ce qui se fait de plus brillant, même à droite. On a là le prototype du populiste content de lui, heureux de se vautrer dans la fange. Rien d’étonnant donc que sa sortie vole si bas, fusse au prix d’un petit mensonge. Un détail : Marie Ndiaye avait réalisé cet entretien avant de recevoir le prix Goncourt. Alors, évidemment, brailler que ces écrivains que la France honore devraient s’imposer un devoir de réserve, c’est un peu gros comme prétexte.
Et puis, cette façon de s’approprier le jury du Goncourt, comme si, pour plaire au prince et à ses valets, il ne devait honorer que des écrivains ayant prouvé leur dévotion. Pitoyable !

En fait, ce pauvre homme ne supporte pas qu’un(e) intellectuel(le) ne succombe pas au charme enivrant de notre prodigieux pays et de son sublime grand timonier. Pas de voix discordante dans le concert obligatoire de louanges. Et surtout quand on n’est pas franchement « de souche ». Là, c’est impardonnable.
Comme l’attestent ces deux autres questions écrites par lui déposées, il semble également que le pas très honorable député soit surtout révulsé par la liberté d’expression, notamment des étrangers. Qu’on en juge :
- question écrite n°73833 du 20/09/2005
- question écrite n°62551 du 03/11/2009

Mais il a ici affaire à forte partie, notre triste sire. Il aurait été mieux inspiré de s’en prendre à quelqu’un qui a moins de répondant. Un Afghan, par exemple. Bon, c’est vrai, on a déjà Besson sur le coup, comme Hortefeux a ses Auvergnats. Le créneau est étroit, je le reconnais, et l’homme ne brille pas non plus par une imagination débridée. Si c’était le cas, on peut penser qu’il aurait reçu un prix littéraire, qui sait ?

Au moins, on peut se réjouir qu’une femme forte comme Marie Ndiaye ne fasse qu’une bouchée d’un si minable politicard. La partie paraît presque trop inégale mais c’est bien lui qui l’a cherché.
Une chose est sûre : ce genre de bonhomme ne fait pas honneur à notre pays. A la différence de Marie Ndiaye dont le talent porte haut notre langue et la littérature.

Bravo Marie. Ce que tu portes en toi m’est infiniment plus précieux que la vision étriquée de l’humanité que nous offrent les Sarkosy, Besson, Hortefeux, Raoult et consorts. Tu es une lumière dans cette obscurité. Merci.


P.S. : On lira avec profit ce nouveau billet de Maître Eolas, décernant un prix Busiris amplement mérité à notre affligeant député de Seine-Saint-Denis. Comme toujours indispensable.

Je recommande tout particulièrement ce commentaire :

33. Le Jeudi 12 novembre 2009 à 12:11 par Veig

Rien de plus rafraîchissant, au lendemain de copieuses célébrations autosatisfaites et asinusasinumfricantes autour de la chute du Mur, que cette douce brise stalino-maccarthyste émanant de la bouche d’un courtisan.

Ah. La Cour William Saurin. Tous les fayots faisant bloc autour de la petite saucisse.

Tous ces abrutis qui viennent de se féliciter bruyamment et à qui mieux mieux d’avoir fait tomber le Mur de leurs propres mains (si si, ils y étaient dès le premier soir, sur la tête de leur mère) et qui, à la première occasion, vont se comporter comme les pires caciques des régimes de l’ancien bloc de l’Est. Et pourtant Marie N’Diaye n’est pas Boris Pasternak ni même Alexander Soljenitsine !

La démocratie UMP : le gouvernement du peuple, par les crétins, pour les crétins.

Et pour rester dans cette ambiance de franche rigolade qui caractérise les productions du député Raoult, voir aussi cette question écrite du 10/11/2009 qui vaut son pesant de cacahuètes.

Et pis c’est tout !

Notes

[1C’est moi qui le dis

[2Marie Ndiaye vit à Berlin

Vos commentaires

  • France
    Le 14/11/09

    Oui, quel intéressant personnage, n’est-ce pas ?
    La France est monstrueuse, c’est vrai. Hélas.
    Sinon, tu sais que tu vas finir par te retrouver avec un procès ? On t’obligera à coudre sur tes vêtements un truc qui dit : je ne suis pas un ami de la France.

  • Fab’
    Le 15/11/09

    Les questions sont vraiment effarantes. Elles arrivent même à me faire lire un dimanche matin alors que je n’ai vraiment pas assez dormi.

    La réponse de MAM est pas mal. J’espère que RAOULT l’a affichée dans son bureau : on y lit bien l’esprit de celui qui a rédigé la réponse : "qu’est-ce qu’il a encore écrite celui-là" (le "celui-là" a même dû être qualifié).

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