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[Blogue] Dernières nouvelles du front

vendredi 9 octobre 2009

Allons bon ! Il paraît que c’est la guerre et on ne nous dit rien !

Il fallait lire le « Parisien-Aujourd’hui en France », le 5 octobre dernier, pour l’apprendre. Même qu’elle ferait rage, la guerre. Si, si ! Un truc sanglant, sûrement, pour émouvoir le journaliste d’investigation qui sommeille (et même profondément, semble-t-il) au fin fond de tout modeste porte-plume de la sécurité routière d’Etat.

« Et cékoidonkidy, çuilà ? » s’interrogeront les plus curieux de mes honorables visiteurs.

En fait, reportage de terrain à l’appui, la feuille de chou parisienne nous assène que c’est pas le grand amour entre motards et scootards des grandes villes et, notamment, de Paris. Tout ça pour illustrer un sondage GEMA Prévention/SOFRES (voir aussi MotoMag n°261 – octobre 2009) qui indique que le monde des 2-roues motorisés est bien moins homogène qu’on veut bien le dire. Le genre d’illustration à grand spectacle frappée au coin du sensationnalisme plus qu’à celui du sérieux, il faut bien le dire, et dont la plupart des titres de la presse quotidienne régionale, et même nationale, souvent, se sont fait une spécialité. Ça se voudrait de l’information alors que ce ne sont que des logorrhées.

Notre ami Nicolas Grumel y ayant répondu de manière fort pertinente sur MotoMag.com dans cet article, je n’y reviendrai pas.

Bizarrement, c’est au moment où la Sécurité Routière publie des chiffres pas très reluisants, toutes catégories confondues, que semble se dessiner une campagne d’un genre particulier qui ne cible pas seulement « les motards », éternels responsables de « l’insécurité routière », comme il est désormais de coutume. Elle fait bien mieux encore : elle voudrait décerner bons et mauvais points aux différentes sous-catégories de cet horrible monstre qu’est le monde des 2-roues motorisés. Et ça tombe plutôt bien puisque le gouvernement a quasiment mis en demeure les participants à la concertation nationale sur les 2RM de lui trouver rapido des propositions bien clinquantes pour dompter la bête (voir ici).

C’est donc simple et c’est vieux comme le monde : diviser pour régner. On n’en est pas encore à une déclaration d’amour en bonne et due forme aux « vrais » motards, faut pas déconner, mais on nous glisse à l’oreille que, dans le fond, ces derniers ne sont pas les plus pires : y a les scootards qui sont encore plus méchants et, si on creuse un peu plus, les p’tits jeunes sur leurs 50cc. « Car, voyez-vous, mon bon monsieur de la FFMC, tous ces gens-là, c’est pas des vrais motards, vous allez pas les défendre, quand même ? Y connaissent rien à la moto, y vous aiment pas et y sont mal polis, pas vrai ? »

Bref, on enfonce le coin en espérant que les Motards en Colère détourneront pudiquement le regard tandis que le couperet s’abattra sur les plus « fautifs ». La manœuvre est un peu grossière pour au moins deux raisons. D’abord, faut pas nous prendre pour des demeurés : on sait très bien que n’importe quelle mesure appliquée aux uns, s’appliquera automatiquement à tous. Et quand on sait le goût de ce gouvernement pour la poudre aux yeux, de préférence bien répressive, on peut légitimement s’inquiéter. Sans même parler des habituelles ponctions sur notre porte-monnaie tel le contrôle technique qui fait tant saliver les organismes de contrôle et la Prévention Routière, sous prétexte que trop d’adolescents meurent sur les routes. Y a rien de tel qu’un bon trémolo pour faire marcher le commerce.

Ensuite, il n’est pas dans les mœurs de la FFMC de sélectionner ceux qu’elle défend. On peut rouler en japonaise, en américaine ou en européenne, en sportive, en roadster, en custom, en routière ou en scooter, en solo, en duo, en side ou en trike, en 50, 125, 650 ou 1200, avoir 14, 21, 35, 46, 55 ou 60 ans et plus, être une femme ou un homme, hétéro ou homo, Jaune, Noir, Rouge ou Blanc, etc., la FFMC considère qu’il n’y a que des conducteurs de 2RM dont les problématiques sont les mêmes dans un contexte règlementaire et un environnement qui n’ont pas été pensés en tenant compte d’eux. Certes, compte tenu de l’engouement pour ce mode de déplacement, il est évident que tous n’ont pas la même culture, pas plus qu’ils n’ont les mêmes motivations. La difficulté est d’ailleurs davantage dans la manière de toucher ceux qui ne se considèrent pas concernés par ces problématiques que de savoir si nous devons les défendre ou pas. La réponse est évidente : c’est oui. Mais comment leur faire connaître nos combats et leur faire partager nos valeurs ? Là est plutôt la question.

Car qu’ils le veuillent ou non, tous sont confrontés aux mêmes problèmes et les crises d’humeur des uns et des autres apparaissent bien secondaires dès lors qu’on sort la tête du guidon. Du reste, il y a une prise de conscience et de plus en plus de scootards (parfois anciens motards eux-mêmes) viennent nous rencontrer. Mais la FFMC doit pouvoir faire mieux encore. Elle en est capable, comme elle a su agir auprès des jeunes depuis des années pour les sensibiliser, comme elle sait défendre les motards, pied à pied, et convaincre au-delà de ces usagers. Sans doute faut-il trouver là la raison pour laquelle tant de monde aimerait que nous ne soyons finalement que les défenseurs des seuls « vrais »motards. Mais c’est quoi au juste, un vrai motard ?

Car, depuis toujours, dans l’imagerie populaire, un cadre, deux roues et un moteur, ça fait une moto, petite ou grosse, peu importe. Ce qui fait de tout conducteur d’un « deux-roues motorisé » un motard, en fin de compte. Ce ne sont que la législation et aussi les modes qui ont décliné ces véhicules en catégories.

Alors, non, il n’y a pas de guerre, avec personne, pas plus les automobilistes, que nous sommes dans notre immense majorité, qu’avec n’importe quels autres utilisateurs de 2RM. Le partage de la route n’est pas un combat. Il y a juste une vie quotidienne pas toujours riante et, disons-le, une certaine promiscuité, parfois, avec des cons qui ne se distinguent ni par leur nombre de roues ni par leur âge ni par leur sexe. Et c’est déjà bien suffisant comme ça.

Vos commentaires

  • France
    Le 10/10/09

    Diviser pour mieux régner, j’vous dis. Y en a des que ça arrangerait bien que la FFMC "détourne pudiquement le regard"... La question d’après, c’est est-ce qu’il suffit de dire que c’est la guerre pour que ce soit la guerre ? Et comment les uns et les autres vivent-ils "le frottement" quotidien dans les grandes villes ? Comme une guerre ? Je trouve éminemment suspect que la même semaine, ce thème de la guerre entre motards et scootards sorte comme ça de ci de là...

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