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[Blogue] Du pain et des jeux, surtout des jeux !

mardi 1er juin 2010

C’est la troisième fois en quelques semaines que je regarde sidéré ces foules en délire célébrer leur équipe victorieuse : l’Olympique de Marseille, champion de France et vainqueur de je ne sais plus quelle coupe, en football, et Clermont-Ferrand, champion de France de rugby à XV.
Tellement le délire, d’ailleurs, qu’à Marseille, ça a même dérapé. Quelques abrutis mal finis en sont venus aux mains, y compris avec la police. Bonjour la fête ! A Clermont, je ne sais pas mais, de toute façon, ça me laisse un peu de glace.

Non pas que je ne comprenne pas le « bonheur » des supporteurs de ces équipes. Après tout, quand on aime le sport, il est sans doute normal d’être heureux de voir son équipe gagner. Mais ces défilés en bus à impériale à travers les rues de la ville, ces apparitions au balcon de la mairie pour y faire des déclarations confondantes de platitude et ces gens qui viennent exprimer leur « bonheur » ineffable en poussant des cris à chaque connerie distillée par l’un des héros du jour, toute cette mise en scène et ce décorum sont un poil excessifs à mes yeux.

D’un côté, on nous fait tout un foin pour fustiger les apéros géants organisés par les utilisateurs de fesse-bouc (que je ne trouve personnellement pas beaucoup plus attirants) et, de l’autre, on organise ces manifestations débiles de délire chauvin pour amuser les foules. Autrement dit, quand ce sont de simples citoyens qui se donnent rendez-vous, c’est dangereux mais quand ce sont des mairies qui se font mousser sur le dos de clubs sportifs utilisés comme instruments de propagande, c’est beau. Cherchez l’erreur.

Je l’avoue : je n’ai jamais aimé les foules. En tout cas, je ne les cherche pas. Je participe pourtant à des manifestations qui regroupent parfois quelques centaines, voire quelques milliers, de gens mais j’y reste le temps strictement nécessaire même s’il m’est donné d’y retrouver des amis et des gens avec qui je suis en accord profond.

Je sais ce que diront certains : la liesse populaire, c’est beau, c’est grandiose et c’est naturel. Les gens ont bien besoin de ces défouloirs et d’exprimer leur joie, surtout dans des périodes d’intense inquiétude. Sans doute. Surtout lorsque cette liesse est orchestrée et encadrée par ceux qui détiennent le pouvoir et s’en servent pour détourner, ne serait-ce qu’un instant, l’attention du bon peuple de tous les mauvais coups que, par ailleurs, ils lui assènent.
Et cela n’a rien à voir avec le pouvoir actuellement en place. C’est partout pareil et c’est ainsi depuis la nuit des temps. Les empereurs romains offraient à la plèbe des combats de gladiateurs bien sanglants ou des courses de chars ou encore de beaux chrétiens bien allumés jetés aux fauves. C’était grandiose, on en pleurait de bonheur pendant des jours et on en oubliait la cruelle réalité de sa propre condition.

Un peu comme aujourd’hui, ces footballeurs et ces rugbymen, dont c’est tout de même le métier de gagner, après tout, puisque payés à prix d’or avec notre propre argent ponctionné sur nos impôts et taxes et sur les produits que nous achetons, au travers de la publicité et des mécénats (« sponsoring », pour les anglophiles). Toujours ça de moins pour les salaires de ceux qui viennent bader d’admiration devant ces privilégiés. La plupart de ces petites gens ne gagneront jamais dans toute leur vie ce que certains de leurs héros palperont en une saison.
Vous avez dit « excessif » ? Non, c’est moi !

Et la France n’est pas encore (de nouveau) championne du monde ou d’Europe. Parce que là, va falloir ressortir Découflé de la naphtaline, au moins, pour fêter ça !

Et pis c’est tout.

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